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Îlot 1, quai Albert-Chassagne ; quai Edmond-Libert ; chemin des Jardins

Dossier IA44004539 réalisé en 2004

Fiche

Œuvres contenues

Dénominationsîlot
Aire d'étude et cantonPaimbœuf (commune)
AdresseCommune : Paimbœuf
Adresse : quai, Albert-Chassagne , quai, Edmond-Libert , chemin des
Jardins
Cadastre : 1810 254 à 318 ; 1999 A 3ème feuille 539 à 639, 1231

Les quais Chassagne et Libert se caractérisent par un front bâti hétérogène ayant pour origine trois siècles de construction, de démolition et de reconstruction de part et d'autre d'une première voie parallèle au fleuve. Elle concerne aujourd'hui, au sud des quais, une cinquantaine d'unités architecturales élevées majoritairement au XVIIIe siècle divisées actuellement en près de 70 logements. Deux séquences sont vides de constructions à l'alignement de la rue : la première au nord de la parcelle adressée n° 19 quai Chassagne (y étaient élevées des maisons d'un étage carré dépendant de l'hôpital général encore visibles sur des cartes postales du premier quart du XXe siècle) ; la seconde, en aval, comprise entre les n° 37 et n° 40 quai Chassagne. Il s'agissait, au milieu du XVIIIe siècle, d'un ensemble de dix-sept maisons de rapport d'une seule pièce et d'un grenier (pour la plus part d'entre elles) construites à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, propriété d'un négociant nantais. Elles sont représentées sur le plan figuré de Paimbœuf en 1749. Les maisons situées en rive en amont de la maison n° 30 quai Chassagne, élevées du troisième quart du XVIIe siècle à la seconde moitié du XVIIIe siècle ont été détruites dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'Etat ayant repris la possession des berges à des fins d'aménagement et d'équipement (construction d'un bassin de radoub parallèlement à celle d'une cale en forme de fer à cheval en aval). Les minutes notariales en permettent seules aujourd'hui la restitution. La reconquête de la rive a également induit la disparition au nord du n° 32 quai Chassagne d'un édifice cantonné de deux tours régulièrement signalé en tant que prison jusqu'en 1787, date à laquelle il est proposé à la location. Nous ignorons l'origine de ce bâtiment avant cette affectation ; il est en effet peu probable qu'un édifice de cette importance ait été construit, dès la seconde moitié du XVIIe siècle, pour servir de prison. Il est présenté en élévation sur le plan figuré de la ville en 1749. On pourrait peut-être (avec grande réserve) lui associer le dessin naïf du château cantonné de deux tours représenté en 1666 sur la carte d'arpentage des îles de la Loire. L'ancienne prison est encore représentée en plan masse au milieu du XIXe siècle alors que la quasi-totalité des maisons en rive a déjà disparu.

Le lotissement :

Une vingtaine de maisons sont régulièrement mentionnées au haut Paimbœuf avant 1671, l'année des premières mentions de mise à disposition de terrains à bâtir par la duchesse de Lesdiguières. Une aire de délestage, des magasins et le bureau de la Prévôté y sont présents dès le milieu du siècle. Le lotissement du haut Paimbœuf concerne un territoire d'une centaine de mètre de profondeur limité au nord par le fleuve (la bande de rive, originellement propriété du Domaine royal, ayant été annexée au moment de la configuration des lots) et au sud par la métairie du Petit Paimbœuf. La boisselée (1458 m2) et le sillon (la deuxième partie de la boisselée) sont les unités de mesure utilisées par l'arpenteur au moment de l'attribution des lots. Les dix actes repérés (non exhaustifs) datent de 1671 (neuf dont cinq passés le même jour, le 23 février) et de 1684 (un). Une profession est mentionnée pour trois acquéreurs : marchand-boucher, charpentier de navires et maître chirurgien. Les lots varient autour d'une demi, d'une ou de deux boisselées ; un lot unique de plus d'un hectare (huit boisselées) est attribué à proximité du port des Quatre Amarres (vraisemblablement entre le n° 34 et le n° 41 quai Chassagne jusqu'à la rue des Jardins). Il est fait mention d'une maison déjà construite sur ce lot. La configuration parcellaire en amont et en aval de l'îlot considéré est liée aux opérations foncières conduites par la famille Lafite au siècle suivant. En 1710 et en 1722, Alexandre Lafite arrente successivement deux vastes terrains, chacun de six boisselées (8848 m2) à l'est de l'impasse actuelle n°4 quai Libert, de part et d'autre de la route de Nantes. Quelques rares maisons et des entrepôts y étaient implantés à la fin du XVIIIe siècle faisant face à l'est de la rue aux chantiers navals Crucy et à la chapelle du haut Paimbœuf contemporaine des premiers arrentements de terrain (1667). En 1747, son fils, François Lafite, arrente au duc de Villeroy une terre de plus d'un hectare (sept boisselées et demi), alors cultivée en blé, à l'est de l'actuelle rue Beausoleil, entre le quai et la rue des Jardins. Il en sous-arrente la même année la moitié à un charpentier constructeur de navires qui fait élever la maison n° 49 quai Chassagne. Il construira pour lui-même, une vaste demeure, n° 50, 51 quai Chassagne, retenant quelques traits de l'hôtel particulier, et en cela, complètement isolée de la production paimblotine. Pour les lots plus modestes, une division en lanière depuis la rive a présidé au découpage, ce dernier intégrant la voie parallèle à la Loire que chaque constructeur doit laisser libre. La rue scinde de fait chaque lot en deux, offrant la possibilité de deux constructions distinctes, une maison du côté de la Loire et une maison du côté de la terre, cette seconde maison bénéficiant d'un long terrain cultivable au sud. Une complémentarité, une mutualisation des équipements (l'usage du puits) et des espaces de circulation orientent leurs constructions dont les arrentements et les aveux enregistrés au XVIIIe siècle rendent compte.

Les maisons en rive :

Il s'agissait du côté de la Loire de maisons construites entre la rive et la rue, élevées sur un niveau de cave accessible depuis la Loire, rarement d'un étage carré, plus souvent sommées d'un étage de comble, d'une ou deux pièces par niveau, la/les pièces pouvant ouvrir du côté du fleuve sur une coursière en charpente dite galerie intégrant à l'une des extrémités les latrines ; cette coursière liée au rez-de-chaussée ou à l'étage carré pouvait être exceptionnellement portée par des piliers en pierre. La boutique au rez-de-chaussée est irrégulièrement signalée, de même que le grenier. Elles sont qualifiées, sur un plan schématique de la ville restitué à la fin du XVIIIe siècle au moment d'un conflit d'intérêts opposant le Domaine et les habitants de : maisons en dedans de la rivière qui n'ont que le pignon sur la rue. La largeur des façades après examen de déclarations des propriétaires enregistrées dans la seconde moitié du XVIIIe siècle varie entre 4,20 mètres (dans le cas d'association de part et d'autre d'une allée commune) à 7,75 mètres, leur profondeur de 6,15 mètres à 7,25 mètres et jusqu'à 14,25 mètres dans le cas de doublement des pièces ou/et l'ajout de la coursière. Deux maisons confirment les deux éléments caractéristiques des maisons en rive, la coursière et l'accès direct à partir de la grève : l'une du côté de la Loire n° 55 quai Chassagne, la seconde de l'autre côté de la rue, adressée n° 28 du même quai. On doit leur préservation à leur importance. La première, de deux étages carrés, baignée par la Loire, a été élevée dans le deuxième quart du XVIIIe siècle pour un constructeur de navires ; elle figure, dans son état originel, au premier plan d'un dessin du port de Paimbœuf, par Nicolas Ozanne, à la fin du XVIIIe siècle, chaque niveau étant alors ouvert sur une coursière en charpente sur les deux faces. La construction de la seconde, dite la maison Berg-Op-Zoom, suit l'arrentement du terrain en 1671. Elle rappelle, quoiqu'aujourd'hui éloignée de la rive, l'importance de la liaison entre la maison et le fleuve : un passage creusé sous la chaussée relie le niveau des deux caves, exceptionnellement voûtées, à la Loire.

Les maisons du côté terre au sud des quais :

Le terrain arrenté fournit la pierre nécessaire aux constructions ; l'excavation née de l'extraction est parfois laissée en eau à usage de vivier. En témoignent encore les réserves d'eau et les bassins au fond du jardin potager ou paysager des maisons n° 30, n° 49 ou n° 50 quai Chassagne. Il fournit également l'eau. Le puits est partagé avec les habitants de la rive. On observe aujourd'hui l'absence de maisons élevées dans la seconde moitié du XVIIe siècle si ce n'est la maison n° 28 quai Chassagne et sans doute quelques unes des petites maisons situées entre le n°10 et le n° 14 quai Libert. La majorité des maisons repérées ont été construites au XVIIIe siècle et davantage dans la seconde moitié du siècle. Qu'en est-il de la première campagne de construction ayant suivi l'arrentement des lots ? Un petit nombre de mentions de maisons délabrées émerge des minutes notariales dans le premier quart du XVIIIe siècle. Nous en retiendrons deux à titre d'exemples : la première, une maison acquise par Alexandre Lafite dans les années 1720 composée d'une pièce au rez-de-chaussée ouvrant sur la rue par une petite fenêtre en forme de boutique, une pièce haute sous charpente ouverte en façade au nord et au sud ; la seconde décrite, en 1723, d'un étage carré et d'un grenier, d'une pièce à feu au rez-de-chaussée séparée par un couloir d'un petit cellier ou cabinet, de deux pièces à l'étage dont une petite chambre séparée par une cloison en planches. La cour, au sud, est bordée de celliers ou magasins. L'une comme l'autre se signale par l'absence presque complète de menuiseries, quelques volets sont encore en place dont la mention pour la seconde d'une ouverture à l'étage fermée par quatre panneaux. Ces maisons modestes pourraient constituer, seules ou associées, le socle des demeures actuelles. Pour l'illustrer nous pouvons mentionner l'arrentement de quatre emplacements de maisons dont une seule est dite debout en 1723. La maison du haut Paimbœuf est au XVIIIe siècle une maison simple en profondeur à l'exception des maisons n° 46, 49, 50-51 quai Chassagne. De une à deux pièces par niveau (le premier niveau réservé au commerce), elle ouvre au sud sur une cour et un jardin clos de murs contre lesquels se développent en appentis, à toutes les périodes, des celliers, des entrepôts, des logements, des ateliers et les latrines. Il faut traverser la maison pour passer du quai à la cour et au jardin. Cette contrainte induit la présence récurrente d'un couloir latéral (privatif ou non), ou central lors de l'association de deux unités d'habitation. On assiste dans la seconde moitié du XVIIIe siècle à une libération complète du couloir de tout départ d'escalier ; ce dernier hors œuvre en charpente est alors accessible depuis la cour au sud facilitant ainsi une division horizontale de la maison. Le corps secondaire, en appentis, perpendiculaire, articulé au corps principal par le corps de l'escalier, se généralise dans le troisième quart du XVIIIe siècle (plan en L : n° 32, 24, 22, 21 quai Chassagne ; n°17, 15, 9 quai Libert). L'escalier a pu très exceptionnellement être lié à une coursière en charpente se développant sur la façade postérieure (mention d'archives), cette dernière étant réservée à la construction en rive. Dans de rares exemples conservés un escalier en charpente droit en œuvre conduit au deuxième niveau (n° 46, 27 quai Chassagne). L'étage carré se généralise dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le logement d'une population non sédentaire induit la présence d'auberges ou d'hôtels. L'ancien hôtel de Bretagne, n° 32 quai Chassagne, actuellement divisé en logements, est mentionné dès la première moitié du XVIIIe siècle. Vraisemblablement surélevé et augmenté d'un corps secondaire dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, il offre à la fin du siècle la location de boutiques au rez-de-chaussée.

L'alignement des quais au XIXe siècle :

La modification des alignements au XIXe siècle entraîne la reconstruction des maisons n° 5 et 6 quai Libert et celle de la maison n° 41 quai Chassagne ainsi que la modification des façades des maisons n° 43 et n° 32-34 du même quai. Le XXe siècle ne rompt pas tout à fait avec le XVIIIe siècle : l'immeuble adressé n° 4 quai Libert est traité comme un corps secondaire perpendiculaire à la rive couvert en appentis. Il abrite sept logements identiques d'un étage carré chacun de huit mètres de façade pour cinq mètres de profondeur, un escalier droit dans l'axe de l'entrée permettant de gagner l'étage. Un jardin privé clos précède chaque logement.

Période(s)Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle
Statut de la propriétépropriété privée

Références documentaires

Documents d'archives
  • Rôle rentier de mesdemoiselles Grou pour les rentes qui leur sont dues sur les maisons de painbeuf, [1772] avec mention des premiers arrentements

    f° 66 à f° 78 Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : 1 E 757
  • Etude de Me Trastour. Aveu rendu au Marquis de Bruc par Michelle Grou. Articles 184 à 197. 15 février 1780

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : 1 E 4 E 90/42
  • Registre de la contribution foncière établi en 1791, état de section n° 1. Articles 1 à 45

    Archives communales, Paimbœuf
  • Etude de Me Thébault. Une petite maison en mauvais état acquise par Alexandre Lafite au haut Paimboeuf composée d'une pièce au rez-de-chaussée, une fenêtre en forme de boutique sur la rue, une pièce haute sous charpente, ouverte en façade sur la rue et le jardin. 1721.

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : 4 E 90/19
  • Etude de Me Thébault. PV des réparations des maisons dépendant de la succession de Jan Prouteau. Une maison au haut Paimboeuf, en ruine : au rez-de-chaussée un couloir traversant (dit allée) sépare la pièce à feu d'un petit cellier ou cabinet, un escalier en charpente permettant l'accès à une pièce à feu à l'étage séparée par une cloison en planches d'une seconde petite pièce et au grenier. La maison est couverte en tuile. Des celliers ou magasins en ruine certains en forme d'écurie bordaient la cour ce que le rédacteur qualifie de longe du côté du midi. 5 juillet 1723.

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : 4 E 90/20
  • Etude de Me Baullin. Vente par Marie Leray, veuve de Pierre Courtois, notaire, à François Rialland, maître charpentier constructeur de navire d'une maison du côté de la rivière consistant en trois embas, caves au-dessous, chambres au-dessus, pour 2000 livres. 1 juillet 1752

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : 1 E 2/110
  • Etude de Me Baullin. Location par Roze Rialland, épouse de Mathurin Louis Lucas de Montrocher, avocat au Parlement de Bretagne, substitut du procureur général du roi, à Marie Jolly marchande charcutière et aubergiste d'une maison du côté de la rivière consistant en deux boutiques, arrière boutique, cabinet de travail, grenier, caves et galerie derrière, pour 580 livres pendant 5 ans. 19 septembre 1787.

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : 1 E 1/5
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général - Lelièvre Françoise
Françoise Lelièvre

Chercheur, Service Patrimoine, Région Pays de la Loire.


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