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Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bas-Chantenay - Nantes
  • Commune Nantes
  • Adresse rue des Usines , rue Réaumur , rue Jules-Launey , boulevard de Chantenay , boulevard du Maréchal-Juin , rue des Chantiers-Crucy , boulevard de Cardiff , quai Marquis-d'Aiguillon
  • Précisions anciennement commune de Chantenay

De l'assèchement à l'atterissement :

La "prairie industrielle" est une dénomination arrêtée dans le cadre de l'inventaire du patrimoine bâti du Bas-Chantenay pour exprimer la concentration et l'organisation industrielle qui s'est constituée sur une ancienne prairie, sur la rive droite Loire, en aval de Nantes. Constituée d´alluvions, elle était parcourue par des étiers et des ruisseaux comme le Buzard. Elle est en partie asséchée au cours du XVIIIe siècle avec notamment le creusement du canal de Chantenay et aménagée par les frères Crucy, qui y installent des chantiers navals. A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, elle gagne progressivement du terrain sur la Loire par la constitution d'atterrissements et la construction d'estacades destinées à l'accostage des bateaux de marchandises pour atteindre la surface de 90 hectares. La réalisation progressive de comblements et d'atterrissements, entre Dubigeon et Saint-Gobain (3 hectares environ), et en amont de Roche-Maurice, au niveau des quais du port autonome (4 hectares) rationalise la rive droite du fleuve. Cette rationalisation est accompagnée de travaux dans le chenal de la Loire. Ainsi, en face des Salorges, l'Île Lemaire ou Mabon, dite également Miseiry ou Misery, est rasée, en 1902, afin d'améliorer la navigabilité sur la Loire des navires à fort tirant d'eau et éviter l'encombrement des sables agglutinés dans le chenal. Elle abrita un temps une école de mousses. Ce chantier s'accompagne d'une rationalisation du fleuve au niveau de l'île Cheviré par un tracé moins sinueux et plus régulier quant à sa largeur. La prairie industrielle, dont l'altitude actuelle est de 6 à 7 mètres, est fortement marquée par les inondations du fleuve, en particulier, la crue centennale de 1910 et celle de 1936. L'amélioration des routes et le rehaussement, d'environ 1 mètre, suite aux inondations de 1910, des voies est suivi, en 1911, de la construction d'un égout entre le ruisseau de la Boucardière et la maison des Anciens Chantiers Nantais, sur une longueur de 1 000 mètres.

1ère zone industrielle nantaise :

Selon Daniel Pinson, le Bas-Chantenay peut être considéré comme la première zone industrielle de Nantes, en termes de chronologie historique. La rationalisation de l'espace de travail et la concentration des productions y est forte, en comparaison, par exemple, des "arrangements" de bâtiments artisanaux qui existaient auparavant dans le quartier de la Ville-en-Bois. L'agrandissement des parcelles pour la rationalisation de la production, les accès pour les chargements et déchargements de marchandises facilités par l'aménagement privé de quais et les embranchements ferrés sur la ligne Saint-Nazaire-Orléans, courant au pied du coteau, ont contribué à créer dans le Bas-Chantenay une zone industrielle, qui, si elle ne fut pas concertée, peut aujourd'hui apparaître comme un espace rationalisé et qui sut s'adapter, dans ses limites et contraintes, aux logiques de production industrielle. A l'origine, l'implantation des usines s'est faite autour des Chantiers Crucy, autour de Roche-Maurice et de la gare de Chantenay, puis en façade de Loire. Enfin, au début du XXe siècle, les grandes parcelles libres au nord de la voie ferrée se couvrent d'entrepôts et de grandes halles de production (Joseph Paris, Georget, Carnaud). Une stratégie d'annexion de l'espace s'opère progressivement par les entreprises pour leur expansion : ainsi, au XIXe siècle, les terrains du canal de Chantenay sont privatisés un à un par les entreprises ; deux rues intérieures, l'impasse Crucy et le chemin du Buzard, tendent à disparaître de l'espace public à l'intérieur des sites industriels.

Un tissu urbain d'habitat malmené par des coupes franches

Au XIXe siècle, les quartiers formant faubourgs de Nantes, tels La Grenouillère, La Piperie, les Vignes du Bourg (actuel chemin de la Tannerie), regroupent une concentration ouvrière importante ; le lieu d'habitation et le lieu de travail s'y confondent encore pour de nombreux charpentiers de navires et de chaudronniers pour la marine. De nombreux îlots d'habitation disparaissent, suite aux percées nécessaires au passage de la voie ferrée (milieu du XIXe siècle), à la création du boulevard maritime (vers 1942), et à l'élargissement de nombreuses voies destinées plus à la pénétration dans Nantes qu'à l'urbanisation du quartier : dans le bas de l'Ermitage, à la Piperie, à La Grenouillère, rue de la Tannerie, rue Chevreul (plan d'alignement de la Sauzaie, après la construction de la gare, voté en 1896), des îlots entiers disparaissent, des alignements laissent des îlots sans vis-à-vis, encaissés (Bougainville) ou éventrés. Ces coupes franches dans les îlots historiques d'habitation du Bas-Chantenay se poursuivent au XXe siècle (rue Chevreul à partir de 1942, route de Roche-Maurice dans les années 1960, au Buzard dans les années 1980). La rue des Usines est d'abord prolongée et rehaussée suite à la grande crue de la Loire en 1910 ; elle est plus récemment élargie, dans les années 1970 à 1990. Des rues ont également disparu : la rue Jean Faber abritait, par exemple, deux cafés et buvettes recensés par les registres entre 1901 et 1946. Une carte postale de 1913 montre ainsi un café-buvette prenant des pensionnaires et proposant un jeu de boules et la "Buvette des tramways" dans le prolongement de la rue Jules Verne, en face de la raffinerie, sur un axe, traversant la voie ferrée, très emprunté par les ouvriers. Le paysage industriel, urbain et portuaire de la prairie industrielle témoigne aujourd'hui d'une urbanisation plus par le vide (aménagement d'espaces libres pour la circulation et les transports) que par le plein (délimitation de l'espace par des constructions). De la rupture opérée après la Seconde Guerre mondiale du lien physique (piétonnier et cycliste), que les ouvriers entretenaient avec l'espace séparant leur habitation de leur lieu de travail, résulte la disparition d'un tissu social, l'abandon de pratiques urbaines, le délaissement quasi complet de cet espace à la circulation routière.

  • Période(s)
    • Principale : 19e siècle
    • Principale : 20e siècle
  • Statut de la propriété
    propriété privée
    propriété d'un établissement public

Bibliographie

  • PINSON, Daniel. L'Indépendance Confisquée d'une Ville Ouvrière, 1982. Editions arts-cultures-loisirs.

Date d'enquête 2012 ; Dernière mise à jour en 2012