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Bourg de Connerré : cité intra-muros

Dossier IA72058705 réalisé en 2018

Fiche

Précision dénominationbourg intra-muros
Dénominationsbourg
Aire d'étude et cantonPays du Perche sarthois - Savigné-l'Evêque
AdresseCommune : Connerré

Le noyau médiéval de Connerré

Bien que Connerré soit attesté comme vicus publicus sur la voie romaine de Paris au Mans au Haut Moyen Age, aucune fouille archéologique ne permet de localiser exactement l'emplacement de la bourgade qui s'est probablement développée dès l'époque gallo-romaine. Les découvertes fortuites des XIXe et XXe siècles indiquent que le bourg actuel, notamment le centre-ville, est en grande partie assis sur une nécropole mérovingienne, dont les contours exacts nous sont encore inconnus.

Le bourg tel que nous le connaissons s'est développé autour de l'église Saint-Symphorien, mentionnée dès le IXe siècle et donnée vers 1100 à l'abbaye Saint-Vincent du Mans par le seigneur du lieu, Avesgaud. D'après le cartulaire de l'abbaye, les moines obtiennent également "la licence de bâtir un bourg dont [ils] percevront les coutumes, à l'exception du tonlieu de la foire de Saint-Symphorien, dont ils n'auront que la dîme". C'est donc sous l'influence des bénédictins que le bourg de Connerré prend réellement forme. Du château féodal, mentionné à la même époque, il ne reste aucune trace, mais la toponymie invite à penser qu'il aurait pu se situer sur l'île de la Motte, c'est du moins la théorie généralement admise. Les parties les plus anciennes de l'église, seul vestige de cette période, pourraient remonter au XIe siècle. Les maisons les plus anciennes du cœur de Connerré, bien que très remaniées par la suite, ne remontent pour leur part qu'au XVe ou au XVIe siècle : on les identifie aisément à leurs toitures pentues et à leurs pignons découverts, comme c'est le cas au n°22, rue Faidherbe ou au n° 17, rue Michel Beaufils.

La construction des fortifications

Le bourg intra-muros est défini par la ceinture de fortifications qui enferme le cœur de la cité : la muraille est de construction tardive, dans le contexte de la fin des guerres de Religion (dernières années du XVIe siècle). Plus symbolique que réellement dissuasive, la fortification est à la fois une marque de prestige et une frontière entre ville et campagne. Ponctuée de quatre portes et dix-sept tours, la muraille englobe le prieuré, l'église, le cimetière, la halle et une grande partie des maisons du bourg de l'époque (bien qu'il existe déjà des maisons à la périphérie), ainsi que des espaces non bâtis. D'ailleurs, à la fin du XVIIIe siècle encore, le bourg se trouve au large dans ses murailles, puisqu'on trouve de vastes espaces dévolus aux jardins notamment en bordure du rempart et du Dué.

Les remparts de Connerré semblent ne pas avoir pu éprouver leur solidité (toute relative au demeurant), puisque aucune attaque contre la cité n'est relatée après leur construction. La fin des guerres de Religion voit la pacification de la région. Dès le début du XVIIe siècle, des contrats sont passés avec des habitants pour construire des logements sur les portes de ville. A partir du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, la muraille devenue inutile est peu à peu privatisée par les riverains, avant d'être progressivement démolie, tandis que les fossés sont comblés pour devenir des jardins ou des rues.

L'organisation du centre-bourg à l'époque moderne

On pénètre dans le bourg fortifié par la porte du Lion depuis le nord, la porte du Saulvage depuis le sud ou la porte des Vieux ponts depuis l'est. A l'ouest, la quatrième porte, sans doute plus modeste que les autres et moins fréquentée, ne se situe pas sur un axe important et entre directement dans la cour du prieuré. Celui-ci, accolé à l'église, occupe une grande part de l'actuelle place de la République, où se trouve également le cimetière et la chapelle Sainte-Anne. Sur l'ancienne place du marché, de dimensions modestes, se trouve une petite halle en bois. Deux rues principales, la rue Haute (qui passe au pied de l'église) et la Grande rue ou rue Basse (parallèle au Dué), se rejoignent en patte d'oie à la porte du Lion, et sont reliées aux vieux ponts par la rue de la Fontaine. L'îlot central ainsi délimité, en forme d'éperon, est traversé par plusieurs ruelles étroites. L'angle sud des remparts est occupé par le collège.

On sait peu de choses des activités artisanales alors exercées au sein du bourg, si ce n'est qu'il y avait sans doute déjà des tanneries le long du Dué. Connerré étant alors déjà un bourg marchand, on trouve en revanche trace de nombreux commerces et de plusieurs hôtels, notamment près des portes de ville, comme l'Image, le Plat D’Étain ou la Croix Blanche (où se trouve également la poste aux lettres au XVIIIe siècle). Les maisons se développent généralement sur des parcelles étroites, mais elles sont rarement profondes. En revanche, on trouve souvent, comme l'indique le plan terrier de 1787, de vastes cours et jardins à l'arrière.

L'incendie de 1731 et la reconstruction du centre-bourg

Le 21 avril 1731, un important incendie, attesté par plusieurs témoignages, ravage une grande partie du bourg. D'après un écrit du curé de Beillé (non retrouvé) rapporté par plusieurs auteurs, il se serait déclaré chez un nommé Guynement et, attisé par un vent violent, aurait détruit 133 maisons (chiffre qui pourrait être exagéré au regard des plans de l'époque) et dévasté l'église Saint-Symphorien et la chapelle Sainte-Anne. Le lendemain, un voyageur qui avait assisté au drame écrit dans une lettre : "l'églize, la chapelle, le prieuré, la maison du plat d'estain et toutes celles de cette rue ont esté brullées le vant y estant ; l'auberge où descend le carosse chez le sieur la Roue et les autres maisons qui sont de ce côté icy ont esté conservées le vent n'y estant pas. Tous les habitans sont dans la consternation car il n'a esté sauvé que très peu de chose". La plupart des maisons étant sans doute encore en bois et torchis à cette époque, on comprend la rapidité de propagation du feu et l'ampleur des dégâts.

Pour l'heure, on ne dispose pas de documents permettant de mesurer l'ampleur de la reconstruction qui s'ensuivit, excepté pour l'église, qui ne fut remise en état que vingt ans plus tard, en 1751-1752. On relève toutefois, dans le terrier de 1787 (incomplet), la mention de quelques maisons incendiées et nouvellement reconstruites : s'agit-il de séquelles du grand incendie de 1731 ou d'autres incendies survenus par la suite ? On note que parfois, une maison est reconstruite à la place de deux, certains habitants en profitant pour s'affranchir de l'étroit parcellaire médiéval pour construire des maisons plus confortables et fonctionnelles.

Les grands chantiers du XIXe siècle

Mais c'est bien le XIXe siècle qui modifie le plus le visage du centre-bourg de Connerré. Si le centre-bourg est contourné par la nouvelle route royale de Paris à Nantes dans les années 1780 (bien que son éventrement ait été envisagé), un pont et une nouvelle rue sont néanmoins créés en 1805 pour faciliter l'accès à la rue de Paris. Une lettre de 1803 évoque en quelques lignes le projet totalement démesuré de créer "une belle étoile à six rayons ou six embouchures de chemins" au débouché du pont, ce qui aurait complètement remodelé le centre-bourg. En 1824, la route royale reçoit son plan d'alignement (ce sera également le cas des autres rues par la suite). Tout au long du XIXe siècle, les façades de maisons seront progressivement reconstruites et/ou mises à l'alignement pour améliorer la circulation. Plusieurs angles de rues sont également traités en pan coupé, comme par exemple celle de l'hôtel de ville au début du XXe siècle, entre les rues Faidherbe et Michel Beaufils. L'utilisation de codes propres à l'architecture urbaine témoigne du fort développement de Connerré à cette époque et de la volonté de ses habitants de lui donner le statut de petite ville.

Le cimetière est déplacé hors du bourg en 1832. Mais la principale intervention sur le tissu urbain du cœur du bourg a lieu en 1862-1863. L'importance croissante des marchés et foires de Connerré nécessite d'agrandir la place et d'en faciliter l'accès. Il s'agit aussi de mettre en valeur l'église et d'en dégager les abords tout en créant des perspectives. Aussi la municipalité décide-t-elle d'acquérir une grande partie du prieuré et des restes des remparts pour les raser et créer une vase esplanade ; elle fait également percer une rue reliant directement la rue de Paris à l'église. Les autres îlots sont peu altérés dans leur forme, mais la plupart des façades voire des édifices sont reconstruits. Quelques rares dessins du milieu du XIXe siècle montrent des maisons médiévales de Connerré aujourd'hui totalement disparues.

Une activité économique intense

Tout au long du XIXe siècle et jusqu'au milieu du XXe siècle, le centre-bourg de Connerré est bien le cœur économique de la cité. Il accueille la plupart des commerces, tandis que les faubourgs sont principalement dévolus aux activités artisanales. L'emplacement des foires et marchés reste inchangé, alors que dans d'autres communes on crée des champs de foire à la périphérie. Il est également intéressant de noter que le développement industriel de Connerré se fait au cœur du bourg et ce, jusque dans la 2e moitié du XXe siècle. En effet, on trouve en plein centre de l'agglomération d'importantes industries : la poterie Guilmet qui donne sur la place de la République, la tannerie Quatecous et la fabrique de toiles métalliques Bienvenu puis Pelletier installées rue Faidherbe, et plus tard les usines de charcuterie Lhuissier et Pottier situées à deux pas de l'église. La présence de la gare de Connerré-bourg, sur la ligne Mamers-Saint-Calais, explique la proximité de ces établissements industriels. Leur migration vers la périphérie, pour gagner de la place, faciliter les acheminements et soulager le voisinage des nuisances sonores et olfactives, ne se fait que progressivement au cours du XXe siècle. La zone industrielle de la Herse est aménagée à partir des années 1960.

Le XXe siècle ne voit que peu de modifications de la trame bâtie dans l'ancien espace intra-muros, à l'inverse de la périphérie qui connaît de grands bouleversements : élargissements du carrefour du Lion, suppression de la voie ferrée et construction du complexe sportif, démolition de l'usine Lhuissier remplacée par des logements, étalement de l'agglomération autour des anciens faubourgs... Aujourd'hui, si le nombre de commerces a diminué et si les usines ont quitté le centre-bourg, et malgré la création de la déviation dans les années 1960, le centre de Connerré conserve aujourd'hui un certain dynamisme et un marché hebdomadaire très fréquenté.

Période(s)Principale : Moyen Age, Temps modernes, Epoque contemporaine

Le quartier anciennement intra-muros de Connerré se déploie entre le Dué et les rues Marceau et du Sergent Louis Mantien, et entre le carrefour du Lion et les écoles Jules Ferry et Sainte-Anne. La place de la République constitue un grand espace vide. On ne compte que deux rues principales presque parallèles (qui se rejoignent au niveau de l'ancien hôtel de ville, quartier de la Boule d'Or), la rue Faidherbe (ancienne Grande rue ou rue Basse) et la rue Michel Beaufils (ancienne rue Haute puis rue nationale). Des passages transversaux les relient, une portion de la rue des Vieux Ponts (ancienne rue de la Fontaine), une portion de la rue de Paris, ainsi que la ruelle des Potiers.

Les rues délimitent des îlots entièrement bâtis sur leur pourtour, avec des cours et jardins à l'intérieur. Celui entre la rue des Vieux Ponts, la rue Faidherbe, la rue de Paris et la rue Michel Beaufils conserve des constructions parmi les plus anciennes de Connerré. Si la trame est médiévale, l'aspect ne remonte qu'au XIXe siècle. Les alignements ont homogénéisé les façades et donné aux rues un aspect bien linéaire, particulièrement sensible dans la rue Faidherbe (continuité des bandeaux et des corniches des maisons). Les emplacements stratégiques que sont les angles ont reçu un traitement spécifique, en pan coupé, pour faciliter la circulation et dégager des perspectives : les exemples les plus parlants sont visibles au carrefour des rues Faidherbe et de Paris, ou encore au niveau de l'ancienne mairie. Enfin, la petite place du marché est devenue une vaste esplanade aujourd'hui parking.

Paradoxalement, peu d'édifices publics structurent cet espace. L'église avec son imposant clocher est bien entendu le monument principal et le point fédérateur du bourg de Connerré. L'ancienne mairie occupe un emplacement de choix à l'ancienne entrée l'agglomération et à la jonction des rues principales. L'école Jules Ferry (ancienne école de filles sur l'ancien emplacement du collège) ne se démarque quant à elle pas réellement et occupe un angle de l'ancienne fortification. Les autres équipements publics, mairie actuelle, édifices scolaires, bureau de poste, salle polyvalente... se trouvent en dehors de cet espace.

Les maisons du centre-bourg se différencient de celles des faubourgs pour deux caractéristiques principales. En premier lieu, elles possèdent presque toutes un étage carré, alors que celles de la périphérie sont le plus souvent en rez-de-chaussée. La densité plus forte et la place réservée aux boutiques au rez-de-chaussée expliquent ce phénomène. Avec ses trois étages carrés, la maison Guilmet sur la place de la République constitue une exception. En second lieu, les décors de façades, bien que discrets, sont plus présents que dans les faubourgs. Certains participent de l'embellissement de la façade et de la rue (corniches, bandeaux, encadrements d'ouvertures...), d'autres ont également une fonction d'identification d'une enseigne ou d'une fonction (décors de la maison Guilmet ou de l'ancienne mairie par exemple). Toutefois, force est de constater que les maisons du centre-bourg de Connerré restent globalement d'une grande sobriété dans leur ornementation.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de la Sarthe ; G 1035. 1787 : terrier de Connerré.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 7 J 33. 1731, 22 avril : lettre évoquant l'incendie de Connerré.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 2 O 90/6 à 9. Mairie, écoles, église, collège, halle, cimetière de Connerré.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 93, 94. 1837-1930 : alignements le long de la route d'Authon (puis RN 827 puis CD 302), commune de Connerré.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 753. 1794-1900 : voirie urbaine et alignements, Connerré.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 2 S 55. 1800-1841 : route royale n° 23, traverse et construction du pont sur le Dué de Connerré.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 2 S 69, 70. 1852-1924 : alignements de la route royale n° 23, commune de Connerré.

Documents figurés
  • 1854 à nos jours : délibérations du conseil municipal de la commune de Connerré. (Archives municipales de Connerré).

  • XVIIIe siècle (vers 1770 ?) : plans du bourg de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; C add 94).

  • 1771 et 1787 : plan du bourg et plan terrier de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; 1 Fi 663).

  • Cartes postales anciennes, commune de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; 2 Fi).

  • Années 1950 : photographies aériennes du bourg de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; 13 Fi 50 à 54).

  • 1861, 26 septembre : plan d'alignement du bourg de Connerré, réalisé pour l'agrandissement de la place du marché. (Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 752).

  • 1853 : projet de plan d'alignement du bourg de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 753).

  • 1836 : plan cadastral napoléonien de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; PC\091).

  • 1824 : plan d'alignement de la route royale, traverse de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; 2 S 672).

  • Collection de cartes postales et photographies anciennes, Connerré. (Archives municipales de Connerré).

  • Collections particulières de cartes postales et de photographies anciennes, Connerré. (Collection particulière).

Bibliographie
  • CHARLES, R. Abbé, MENJOT D'ELBENNE, Samuel. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Vincent du Mans (ordre de saint Benoît), publié et annoté. Mamers : imprimerie Fleury, 1886-1913.

    p. 88-92
  • JALINIER, Suzanne. Connerré au fil du XXe siècle. Mulsanne : ITF imprimeurs, 2009.

(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Pays du Perche sarthois - Barreau Pierrick
Pierrick Barreau

Chercheur auprès du Pays du Perche sarthois.


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