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Manoir de Crémeur, puis ferme

Dossier IA44003755 réalisé en 2007

Fiche

Appellationsmanoir de Crémeur
Parties constituantes non étudiéesmur de clôture, portail, puits, four à pain, porcherie, étable, remise, chapelle, jardin d'agrément
Dénominationsmanoir, ferme
Aire d'étude et cantonGuérande - Guérande
AdresseCommune : Guérande
Lieu-dit : Crémeur
Cadastre : 1819 B3 1201, 1202 ; 1962 B3 936 ; 2000 ZM 117

La seigneurie de Crémeur, relevant de l'évêque de Nantes, appartenait avant 1423 à la famille de Mello. À cette date, elle passe par le mariage de Raoulline de Mello avec Payen de Carné dans le giron de la famille du même nom. La famille de Carné, famille de la moyenne noblesse bretonne installée dans le pays guérandais joue un rôle important en Bretagne et est présente à la cour de France. Payen de Carné, chambellan du duc de Bretagne Jean V, est mentionné comme seigneur de Crémeur (Crémeur-en-Crémeur) et de Carné (Crémeur-en-Clis) dans les montres de 1427. À sa mort en 1446, son fils, Roland de Carné, chevalier, hérite de la seigneurie. Simple écuyer à 40 livres de rente par an en 1426, Rolland, est premier échanson du duc en 1427, puis devient son maître d'hôtel avant 1440. Il est également ambassadeur du duc auprès du roi de France en 1450 et en 1451. En 1450, il est nommé maître d'hôtel héréditaire du duc de Bretagne. À la mort de Roland, peu avant 1477, Crémeur passe entre les mains de Pierre de Carné, son fils, gouverneur de Saint-Malo et maître d'hôtel héréditaire du duc de Bretagne. En 1475, il épouse en secondes noces Anne de Goulaine, dont il a Tristan de Carné, héritier de la seigneurie en 1495. Tristan est cité en 1500 comme l'un des 50 gentilshommes de la Reine. Capitaine de Brest en 1512 puis de Guérande en 1513, gouverneur d'Auray de 1523 à 1526, il est aussi maître d'hôtel héréditaire et chambellan du duc de Bretagne puis de la reine Claude de France de 1520 à 1526. Il épouse en première noce Jeanne de la Salle qui meurt en 1526, puis Renée de Mauléon en 1532. Son gisant repose au côté celui de sa première femme dans la chapelle basse de la collégiale Saint-Aubin. En 1680, André-Vincent de la Bouexière, chevalier, seigneur de Brantonnet hérite de la seigneurie de Crémeur. La terre restera entre les mains de cette famille apparentée à celle de Rohan-Chabot jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Déclassé en ferme au XIXe siècle, le manoir est propriété de Madeleine Kersalio en 1826.

La partie sud du logis, transformée en étable au XIXe siècle, est sans doute la plus ancienne. Le pignon nord conserve les vestiges d'une cheminée dont les tableaux latéraux de part et d'autre du contrecœur, largement chanfreinés, se terminent par des congés triangulaires dont le profil pourrait suggérer le XVe siècle. Le mur gouttereau ouest de cette pièce est par ailleurs ajouré d'une baie couverte d'un linteau trilobé, dont la mouluration qui effectue un retour sur l'appui de façon continue, tend à affiner la datation dans la première moitié du XVe siècle. Une carte postale du premier quart du XXe siècle semble montrer deux croisées bouchées sur le mur gouttereau est. Le bâtiment nord est venu se greffer dans un second temps, comme en témoigne la reprise sur la façade est et un arrachement encore observables à l'angle du pignon sud-est.

Un inventaire des meubles du manoir de Crémeur de 1598 mentionne bien la viele maison du bout puis le pavillon qui est neuf. D'après le texte, la partie ancienne se composait d'un cabinet faisant office de bibliothèque au bout duquel prenait place une chambre au bout de la salle. Il est également fait mention, d'une cuisine et d'une cave ou d'une « despance » prenant peut-être place dans l'aile en retour actuellement disparue au sud-est. L'absence de description d'étage laisserait entrevoir la possibilité d'une organisation autour d'une salle basse sous charpente.

Le pavillon a été remanié au XVIIIe siècle (lucarnes, charpente). Néanmoins, le style de certaines cheminées, notamment celle de la salle nord du rez-de-chaussée et celle de la salle sud du premier étage pourrait autoriser une datation dans la seconde moitié du XVe siècle. La porte de la salle sud couverte d'un linteau porté par des coussinets profilés en talon tend à confirmer cette datation. Notons que l'on retrouve une porte similaire au moulin de Crémeur construction traditionnellement attribuée à Tristan de Carné aux alentours des années 1500. Le pavillon se composait visiblement d'après l'inventaire de 1598 d'une "suite de chambres" peut-être sur les deux niveaux, dont au moins trois sont nommées : la chambre d'en bas la chambre de la Tour et la chambre de devant. À l'étage, elles étaient surmontées par un galeta. Les niveaux étaient distribués par un escalier demi-hors-œuvre, abritant une vis en bois située dans l'angle nord-ouest. Le texte mentionne également la présence d'une chapelle joignant le pavillon. Le puits date sans doute du XVIe siècle. Il est mentionné dans l'inventaire de 1598 surmonté d'une geruel.

Les seigneurs de Crémeur possédaient plusieurs moulins (ceux de Crémeur-en-Crémeur et de Crémeur-en-Clis - voir dossiers) ainsi que deux métairies dont la présence est attestée en 1680 : celle du Cabinet, à l'ouest de l'étang de Crémeur, l'autre au nord du manoir. Les deux métairies sont signalées en 1720 dans les rôles de la capitation. La première est alors affermée à Jacques Quenégo qui en doit 6,1 livres tournois, la seconde à Guillaume Terrien qui en doit 8 livres tournois. Dans la 1ère moitié du XVIIIe siècle, la métairie du Scodier (voir dossier) appartient également à la seigneurie.

Période(s)Principale : 1ère moitié 15e siècle , (?)
Principale : limite 15e siècle 16e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 2e moitié 19e siècle
Principale : 2e quart 20e siècle
Mursgranite
moellon
Toitardoise
Plansplan allongé
Étages1 étage carré, comble à surcroît, étage de comble
Couverturestoit à longs pans
toit en pavillon
appentis
noue
pignon couvert
pignon découvert
Escaliersescalier demi-hors-œuvre : escalier en vis en charpente
États conservationsremanié
Statut de la propriétépropriété privée

Annexes

  • Invantoire de meuble de Cremeur, 1598 (Archives départementales de Loire-Atlantique ; 28 J 40).

    Pour le premier, il i a au vieu kabinet de la viele maison du bou de la chambre de la sale un viel coufre et une chapele de plom, et a la viele depanse il y a un vieu charnié, deus vie gerans coufre de baut . Et encore au vieu quabinet du bout de la viele chambre, il y a de planche de contre la murail dudict cabinet, sis planche et trois aultree de contre la fenetre pour soutenir des livres.

    Et une orloge en la kave du bout de la gerange, un coufre pelat et un garnier faict d´une pipe.

    Et en la viele cambre du bout de la sale une p table qui se ferme a clef.

    En la viele quisine un banc.

    En la sale, une belle gerande table de noié avec ce treteau de noié, et un vieu bufet et un geros blanc.

    Au pavilon (qui est neuf) (du costé) qui touche à la chapelle, il i a un viu poutreau, deus cheverons, un estoc d´un degeré et une iambete de cheminée.

    Et du lon de la muraille de ladicte sale, une filliere, et deus muees à la chambre qui es desous le gerenié, et un coufre pelatet un charlit et une viele table, un matera, une couette et un banc.

    Du lon la muraille de la viele chambre, un pillié d´ardoise, une table aussi d´ardoise, odesus du puis une greuce et à la cave une buse et au gerenié une buse et une chere, et en la chambre du desous du genier une buse et une quve , en la gerange un tour, et en la sale un poutereau qui va de desus la poutre neuve en une austre poutre.

    En ce pavillon, il i a deu cheres, un banc, une table et un bufet et qatre manbrure qui sont odesus des poutreaus, une poulie de bois pour oser se que lon veut et un tranoié pour oser de poutre et se que l´on veult. Et une table de quisine en la chambre d´en bas, et un charlit et une couete et deus esqabeos et un querochet pour soutenir les harquebuse et une gerande echelles qui tient vint et cinc piés.

    Et au pavillon, une porte qui net point mise en sa plase et deus fenestre qui ne sont point minse en sa place du. Et au pavilon et au quabinet, et du bout de vile chambre, des couples pour la porte qui net point minse en se sapelase pour les fenestre.

    Et hors de la gerande porte alant devers le bois il i a une pierre de taille pour servir en une iambete de cheminés. Et en la gerange, deus poutres et sis filieres qui tiene anviron trante piés et deus poutreaus et deus table de quisine, une de cinc piés et l´autre de sis piés de lonc faict et trois manbrure et deux bois, tous faict pour la quisine.

    Et dedans le bois il y a une piece de bois qui est pour un marbre de moulin qui tient cinq piés de long, et au pavilon un petit cofre pelat et a une des étables, il ya un cheveron, et au pavilon un bufet qui se ferme a clef et un petit cofre qui ferme a clef et un tabelié et une pelanche et deux landiés.

    Invantoire de meubles de Cremeur qui est lesé an ferme.

    Pour le premier, il y a au vieu kabinet de la viele meson un vieu coufre de baut et une chapele de plom et une orloge. Il y a neuf planche pour soutenir des livres et des coulpes pour une porte et deus fenestre et une giroite.

    Et a la viele depance il y a un vieu charnier, deus vieus gerans coufre de baut et une buse, et en la cuisine un banc, et en la viele chambre une table qui se ferme a clef, et en la sale une table de noié avec ses tretaus de noié et un bufet et un gros banc, et au pavillon qui joint de contre la chapelle il y a deus cheverons et un ettoc de degeré, une janbete de cheminée, et au grené une buse et une chere.

    En la chambre du desous le grenié y a un charlit et une couete et un matera et deus mues et une viele table et un cofre pelat et une buse et une quve, et en une des etables un cheveront. Et en la gerange, une guerande echelle qui tient vint et cinq piés de long et deus poutre (et une plus petite) et sis fillieres tenant trante piés de long ou environ et deus pouteraus et deus table de quisine donc y l y an a une qui tient sis piés et l´autre cinq de long et trois manbrure et deus bois tors fais pour le dome de la quisine, et en la kave une buse et un charnier faict d´une pipe et un coufre pelat, et en la guerande court y a une filiere et un pilié d´ardoise et une table d´ardoise et desus le puis une geruel.

    Au pavilon de contre la greande porte i a une p table qui se tire et un bufet et en la chambre de la tour et au galeta y a une porte, deux cheverons, deus charlit, trois couetes et un traversié et un orillé, deus petite ckasete et un esqabeo et un tranaoé pour oser des poutre et deus cheres et un banc etang manbruer. En la chambre d´en bas y a une table de quisine et un esqabeo et un charlit et une couete et un querochet pour soutenir les harquebuse et en la chambre du devant y a un bufet et un petit coufre pelat et.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de Loire-Atlantique. B 1457. Aveux rendus au Roi pour le manoir de Crémeur appartenant à Tristan, fils de Pierre de Carné, seigneur de Carné et Crémeur (1495), à François Martin, écuyer, seigneur de Beaulieu, sénéchal de Guérande, et à Marie Le Mauguen (1653) ; à Aug. de Rohan, comte de Chabot, et à Sylvie du Breil de Rays, héritiers d'Yvonne Le Vaillant, veuve d'André de la Bouëxière, seigneur de Brantonnet (1733) ; et à Aug. De Rohan seul, agissant pour ses enfants (1749), lequel a compris dans sa déclaration les domaines de Léchet et du Scodier. 1495-1749.

  • Archives départementales de Loire-Atlantique. B 3502. Rôles de capitation. 1720.

  • Archives départementales de Loire-Atlantique. 28 J 40. Inventaire des meubles de Crémeur. 1598.

Documents figurés
  • Cadastre ancien, 1818-1820 (Archives départementales de Loire-Atlantique ; 7 P 2492).

Bibliographie
  • CORNULIER, Ernest de. Dictionnaire des terres et des seigneuries du comté nantais et de la Loire-Inférieure. Annales de la société académique de Nantes et du département de la Loire-Inférieure, 1860.

  • GALLICÉ, Alain. Guérande au Moyen Age. Guérande, Le Croisic, le pays guérandais du milieu du XIVe au milieu du XVIe siècle. Rennes : PUR, 2003.

  • QUILGARS, Henri. Dictionnaire topographique du département de la Loire-Inférieure comprenant les noms de lieux anciens et modernes. Nantes, 1906.

  • SÉBILO, Aurélia. L'habitat d'une élite à Guérande durant la période moderne : étude de 7 manoirs. Mémoire de maîtrise d'histoire, Université de Nantes, 2000, 2 vol.

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