Auteur
Guillotin Yves
Guillotin Yves

Photographe, Service Patrimoine, Région Pays de la Loire.

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  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes Maine 301 - Bonnétable
  • Commune Bonnétable
  • Adresse 19-21 rue Maréchal Leclerc
  • Cadastre 1835 E3 1738  ; PCI 2016 AI 3

En 1450, Jehan d'Harcourt obtint de Charles VII l'autorisation de rétablir et fortifier son château de Bonnétable, autorisation renouvelée par Louis XI en 1472.

En 1476, il passa marché avec honneste home Mathurin Delandelles, maczon demeurant à Coutures près Montsabert, pour la construction, dans un délai de quatre ans et pour 4000 livres tournois, d'un château situé sous la chaussée de l'étang de la ville. Le devis prévoit la construction d'un édifice d'une surface de 110 pieds carrés, constitué d'une cour quadrangulaire close de murs et cantonnée de quatre tours, d'un corps de logis à étage et galetas placé sur la courtine longeant la chaussée de l'étang, percé au rez-de-chaussée d'un portail voûté défendu par deux autres tours, et d'une chapelle à deux pignons, couverte d'une charpenterie à tiers point, le tout défendu par des machecouleys de grans corbeaux de pierre et couvert d’ardoises d'Angers. Il est prévu de distribuer chaque tour en trois chambres avec retraits, et le logis en seliers, puis aurez-de-chaussée en salle, portail voûté et grande chambre ou cuisine à deux cheminées, à l'étage en grande salle à deux cheminées et plusieurs chambres avec retraits et gardes-robes, dont trois en chacun retour de croisée de maison, et l'étage de comble en galetas. 40 croisées et demies croisées de pierre de taille, huit lucarnes et 37 cheminées sont prévues. Le bois doit être pris dans la forêt de Clossay et la pierre du vieil chasteau de Bonnestable réemployée (cf. annexe 1).

En 1479, un marché supplémentaire passé entre les mêmes attribua à Mathurin Delandelle, demeurant à présent à Bonnétable, un délai supplémentaire de trois ans pour parachever ledit chasteau de toute maczonnerie et cherpenterie couverture, et comme tout paiement la jouissance pendant quatre ans des revenus de la châtellenie de Bonnétable. A cette date les maçonneries et couvertures semblent en voie d'achèvement, mais les planchers, les huisseries et la vitrerie restent à faire, de même que le pavillon et l'eschaugette pour asseoir l'orloge. Une large partie des matériaux provient des terres de la chatellenie (pierre à chaux à Montihier, bois de charpente de la forêt de Clossay, grès pour le pavage à Montcollain), les ardoises furent achetées au Mans et les menuiseries fournies par le seigneur (cf. annexe 2).

Un autre marché pour le même édifice aurait était passé en 1486 entre les mêmes intervenants. Le chasteau neuf de Bonnestable est mentionné en 1491.

Vers 1550, des travaux furent menés pour Louis de Couesmes et Anne de Piseleu (blanchiment et pavage de la chapelle, achèvement des cheminées des tours et peintures de deux chambres).

En 1590, le château fut mis en état de défense pour François de Bourbon, prince de Conty (achat de couleuvrines).

En 1621, Henry Guillaume, maître architecte de la ville du Mans, commanda des pierres de grès pour la réparation du château de Bonnétable, probablement pour la construction de l'aile en retour gauche édifiée pour Anne de Montafié, comtesse de Soissons.

En 1644, à la mort de la comtesse de Soissons, la distribution du château comprenait chapelle, grande salle, cuisine, salle du commun, chambre du trésor des titres du château, plusieurs chambres dont celle de madame en galtas sur la grande salle, celle de feu monseigneur le Prince, les deux avec antichambre et cabinet, celle du concierge et celle de la chambre de dessus la cour.

Deux plans datés de 1739 et 1769 montrent le château et son parc. Le château, de plan quadrangulaire et bordé de douves, comprenait alors le corps de logis principal, desservi par deux escalier en vis dans des tours hors-oeuvre, l'aile en retour d'équerre gauche, desservi par un escalier intérieur rampe sur rampe, et la chapelle en retour d'équerre au nord. Depuis la rue, un portail à pilastres vermiculés ornés de têtes d'animaux fabuleux sculptés profondément dans la pierre et couronné d'un fronton donnait accès au pont-levis à flèche fermant le passage couvert du logis. Le château était alors divisé en appartements affectés à plusieurs officiers de la seigneurie et sa distribution fut remaniée entre ces deux dates par des cloisonnements.

Entre 1784 et 1786, la couverture d'ardoise fut réparée puis des pierres pour la façon d'un nouveau portail achetées. Entre 1799 et 1801, la tour nord-ouest, dite des prisons, fut abattue, les douves furent comblées, les pont-levis, herses et créneaux des murailles de ceinture détruits. En 1805, on rénova les deux appartements du régisseur puis en 1812 celui de la duchesse de Montmorency.

Entre 1880 et 1888, le château fut restauré, remanié et augmenté dans le style néo-gothique par les architectes Henri puis Louis Parent pour Sosthène de la Rochefoucauld et par l'entrepreneur de maçonnerie de Bonnétable Auguste Roger et les sculpteur et peintre manceaux Gaullier et Renouard, dans le but de créer une demeure alliant la rudesse de l’architecture féodale au confort d'une habitation moderne. Le corps principal restauré et redécoré, une nouvelle aile en retour constituée d'une chapelle et d'un pavillon fut ajoutée ajoutée à droite et l'aile gauche entièrement remaniée et augmentée de deux bow-windows. La partie droite du corps principal et l'aile gauche furent dévolus aux pièces de réception (salle des gardes, galerie donnant sur la salle à manger et le grand salon, salle de billard et bibliothèque sur deux niveaux dans la tour sud-ouest, grand perron donnant sur le parc), le reste distribué en appartements. Les deux escaliers en vis furent refaits, celui de droite en vis de saint-gilles, celui de gauche, plus ouvragé, à noyau ouvert. Les douves furent recreusées et le pont-levis refait.La pierre de Lavoux fut utilisée pour les lucarnes et la sculpture, ainsi que la pierre de Chauvigny et celle de Villaines pour les parements. En 1885, le château était équipé d'un bélier hydraulique et en 1890 d'une machine à vapeur destinée à l'éclairage électrique, en 1894 d'une lingerie à vapeur et d'une éolienne.

Synthèse

1. Construction ex-nihilo du château dans le dernier quart du XVe siècle par Mathurin Delandelles pour Jehan d'Harcourt.

Du château construit entre 1476, date du devis initial, et 1491 environ, date de la mention du château neuf, subsistent le gros-oeuvre du corps de logis principal et de ses deux tours d'escaliers hors-oeuvre (escaliers refaits entre 1880 et 1888), ainsi que le gros-oeuvre des quatre tours qui le défendent et de la tour sud-ouest. Le logis, à étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, étage carré et étage de comble, largement éclairé sur la rue comme sur la cour par des travées de fenêtres terminées par des lucarnes, a peut-être comporté deux courtes ailes en retour (en chacun retour de croisée de maison), détruites par les augmentations postérieures. Dans cette hypothèse, les tours d'escalier étaient chacune placées dans les angles du corps principal et des deux corps en retour. Le pavillon couronnant la travée du portail est probablement le pavillon de l'orloge encore à construire en 1479. La chapelle s'élevait contre la courtine sud, peut-être en prolongement du corps en retour.

L'appareil défensif consistait en en avant-murs, mentionnés dans le devis de 1476 et correspondant peut-être aux murs crénelés fermant côté rue le jardin devant le château sur la vue cavalière de 1721, plusieurs canonnières placées notamment à la base des tours et sans doute desservies depuis des casemates placées dans l'étage de soubassement, absentes des différents devis mais visibles quelques dessins anciens et un chemin de ronde sur mâchicoulis à parapet de briques (état avant restauration attesté par un dessin de 1843) régnant probablement sur l'ensemble du périmètre.

2. travaux d'embellissement au milieu du XVIe siècle pour Louis de Couesmes et Anne de Piseleu.

Ces travaux ont été vus par les historiens locaux comme ceux de l'achèvement du château mais correspondent plutôt à des réparations et au renouvellement du décor, aujourd'hui disparu (plafond de chêne de la salle dite des chevaliers à l'étage du logis, divisé selon une description du XIXe siècle en carrés et losanges par des cartouches roulés en volutes et des pendentifs à jour, que terminaient des écussons fleurdelisés, des roses trémières ou les chiffres entrelacés du couple seigneurial). Le portail à pilastres vermiculés donnant sur la rue, connu par un dessin de 1739 et détruit dans le dernier quart du XVIIIe siècle, datait sans doute de cette campagne de travaux.

3. Construction de l'aile sud dans le premier quart du XVIIe siècle, par Henry Guillaume pour Anne de Montafié.

L'état ancien de l'aile en retour gauche du logis, ajoutée vers 1621, soit l'année suivant l'accueil du roi au château, n'est connu que par une description et un dessin du milieu du XIXe siècle. Placée à l'appui de la galerie qui reliait la chapelle à la tour sud-ouest, elle comptait un rez-de-chaussée surélevé, un étage carré et un étage de comble, éclairés par des travées de grandes fenêtres aux doubles croix de pierre sommées de lucarnes à fenêtres jumelées et frontons-pignons à volutes, et couverte d'une toiture élevée et pointue. Elle était distribuée en quatre pièces en enfilade desservie par un escalier rampe-sur-rampe placé au centre. Le même dessin montre la chapelle reconstruite dans l'angle du corps de logis principale et de la tour d'escalier nord, dans la même campagne de travaux ou peu après.

4. Restauration et augmentation dans le dernier quart du XIX eiècle par Henri et Louis Parent pour Sosthène de La Rochefoucauld.

Au cours de cette campagne de restauration des années 1880-1888 sous la direction d'Henri puis Louis Parent, le corps principal fut restauré, son décor sculpté renouvelé (introduction du thème de Mélusine) et les éléments défensifs recréés (recreusement des douves, installation d'un nouveau pont-levis). L'aile gauche fut entièrement remaniée dans le style néogothique pour mieux s'harmoniser avec le corps principal, et la distribution des deux corps fut profondément modifiée. Dans la même campagne de travaux, le château fut augmenté au nord d'une nouvelle chapelle (approximativement à l'emplacement de la chapelle précédente) et d'un pavillon.

  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Protections
    inscrit MH partiellement, 1991
  • Précisions sur la protection

    Château (hormis le pavillon Nord 1880), communs, parc et potager (avec l'éolienne Bollée) et murs de clôture (cad. AI 1 à 3 ; AK 455, 499 ; E1 38 ; E2 86, 87) : inscription par arrêté du 29 novembre 1991.

Documents d'archives

  • Archives départementales de la Sarthe ; 7 F 50. Fonds Menjot d'Elbenne. Papiers Robert Charles. Extraits d'archives de fabriques : Bonnétable.

  • Comptes de la régie du domaine du château de Bonnétable. 1752-1812. Archives du château du Chesnay, Torcé-en-Vallée. (Collection particulière).

Bibliographie

  • ESNAULT, Gustave. Dictionnaire des artistes et artisans manceaux, notes et documents de l'abbé Gustave-René Esnault, publiés par l'abbé J.-L. DENIS. Laval : A. Goupil, 1899. 2 tomes.

    t. 1, p. 299
  • GUY, Auguste. Etude historique sur Bonnétable. Paris ; Autremencourt, 1995. 362 p. Fac-similé de l'édition de 1895.

  • PIEL, Frédéric. Le château de Bonnétable [Extr. de la Revue de l'Anjou et du Maine, t. V et VI]. Angers, Impr. Cosnier et Laches, 1859.

    Archives départementales de la Sarthe, Le Mans : BIB AA 100

Périodiques

  • MAUMENE, Albert. Le château de Bonnétable au duc de Doudeauville (Sarthe). La Vie à la campagne : travaux, produits, plaisirs, 1er juillet 1908, vol. IV, n° 41, p. 11-16.

Annexes

  • Marché du 15 juillet 1476 entre Jehan d'Harcourt, seigneur de Bonnétable, et mathurin Delandelles, maçon, pour la construction du château de Bonnétable
  • Marché du 7 janvier 1479 entre Jehan d'Harcourt, seigneur de Bonnétable, et Mathurin Delandelles, maçon.
Date d'enquête 2015 ; Dernière mise à jour en 2016
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