Dossier d’œuvre architecture IA85002541 | Réalisé par
Suire Yannis (Contributeur)
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée depuis 2017.

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  • inventaire topographique, Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
Aqueduc de Maillé
Auteur
Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
  • Commune Maillé
  • Lieu-dit Aqueduc (l')
  • Cadastre 1835 A 485  ; 2020 A 544, 842
  • Dénominations
    aqueduc
  • Parties constituantes non étudiées
    pont, écluse, barrage mobile

Un ouvrage construit en 1664

L'aqueduc de Maillé fait partie (avec les aqueducs du Gouffre, à L'Île-d'Elle, et l'ancien aqueduc de la Grande Bernegoue, à Maillé) des trois ouvrages de ce type créés dans les années 1660 par la Société des marais de Vix-Maillezais. Chargée du dessèchement des marais entre Maillezais et L'Île-d'Elle, sur la rive droite de la Sèvre Niortaise, il s'agissait en effet de permettre l'écoulement des eaux de ces marais vers la mer, via le canal de Vix, sans que ces eaux ne se mélangent aux affluents de la Sèvre, les Autises et la Vendée, charriant des eaux d'inondation.

La construction de l'aqueduc de Maillé intervient après celle du Gouffre et en prenant modèle sur celui-ci. En effet, le canal de Vix est creusé d'aval en amont, et ce n'est qu'au printemps 1664 que le chantier arrive à hauteur de Maillé et de la Jeune Autise. Le 19 mars 1664, la Société de Vix-Maillezais représentée par René Desprez de Rochefort-Boutrie, passe un accord avec Josué Desprez de Pairé-Boutrie, neveu de celui-ci, pour la fourniture du bois nécessaire à la construction de l'aqueduc de Maillé, soit 73 pièces et madriers de chêne faisant de 14 à 48 pieds de long. Ce bois sera livré par charrois au port de Souil, à Saint-Pierre-le-Vieux, puis acheminé par bateau, via la Jeune Autise, jusqu'au site du futur aqueduc. Le 1er avril suivant, la Société verse 875 livres au batelier Marolleau, de Maillé, pour transport de sable. Le même jour, marché est passé avec René Gautrin, maître maçon au faubourg des Loges, à Fontenay-le-Comte, pour la construction de l'aqueduc de Maillé. "Revestu tout de pierre de taille", il "sera faict de la mesme façon de celluy qui est sur la rivière de la Vandée" (soit le Gouffre). La Société fournira la pierre, la chaux, le sable ainsi que le bois nécessaire à la construction de la grille ou radier de fondation sur laquelle reposera l'ouvrage. Le marché est conclu pour 1500 livres. Cette même année 1664, le Contrebot de Vix est créé, prenant naissance au tout nouvel aqueduc de Maillé.

Un site majeur, objet de toutes les attentions

L'ingénieur du roi Claude Masse, au début du 18e siècle, est le premier à décrire et dresser des plans de l'ouvrage, notamment en annexe de sa carte de la région (46e carré) en 1720 et dans le mémoire qui l'accompagne, établi dès 1719. Il montre l'ouvrage permettant au canal de Vix de passer sous la rivière de la Jeune Autise, laquelle arrive par le nord à travers des marais et différents îlots. Sur ses coupe, profil et élévation, l'aqueduc apparaît édifié sur son radier en bois, lui-même soutenu par un assemblage de pieux fichés dans la vase. L'eau du canal de Vix est conduite à travers trois passages parallèles. Claude Masse indique dans le mémoire qui accompagne sa carte, que "cet aqueduc est fort beau, revêtu de pierre de taille".

Au-dessus, le passage de la rivière est commandé par une porte busquée, pointée vers l'aval et placée à la tête aval de l'ouvrage (comme aujourd'hui le barrage éclusé). Cette porte permet de retenir de l'eau en amont dans la Jeune Autise à la saison sèche, et d'empêcher l'eau de refouler également vers l'amont en cas de crue du Contrebot de Vix et de la Sèvre Niortaise, comme Claude Masse l'explique dans un se des mémoires en 1714. Dans son autre mémoire de 1719, il précise néanmoins que "dans les années sèches, les bateaux n'y peuvent pas passer, n'y ayant point assez d'eau sur le pont de l'aqueduc". Ses plans montrent enfin l'existence à côté de l'aqueduc d'une vanne, probablement une bonde permettant de prélever de l'eau dans la Jeune Autise pour l'envoyer dans les marais desséchés à la saison sèche.

Clé de voûte du système de dessèchement, avec l'aqueduc du Gouffre et les portes à la mer, l'aqueduc de Maillé fait l'objet de toutes les attentions de la part de la Société des marais de Vix-Maillezais : sa rupture ou sa destruction entraînerait l'inondation de tous les marais desséchés, comme cela manque de se produire par exemple en 1691. A la fin du XVIIe siècle, un garde permanent est posté auprès de l'aqueduc. Le 26 juin 1698, la Société décide ainsi de réutiliser les pierres de la maison du garde de l'aqueduc de la Grande Bernegoue, lequel est désaffecté depuis plusieurs années, pour construire la maison du garde de l'aqueduc de Maillé. Le poste de garde de l'aqueduc est pérennisé par la Société en 1727 "affin d'avoir soin des portes, surtout dans le temps des grandes eaux qu'on est obligé de les fermer pour empescher que l'eau de la Saivre s'écoule dans le contrebot des levées de Souil et Maillezay". La maison attribuée au garde apparaît sur le plan cadastral de 1835 : depuis lors disparue, elle se trouvait sur le terre-plein actuel entre les deux aqueducs, côté nord.

Reconstructions et remaniements du XVIIIe siècle au début du XXe

Malgré toutes ces précautions, la grande inondation de 1747, catastrophique pour l'ensemble du Marais poitevin, frappe durement l'aqueduc de Maillé qui est reconstruit en grande partie en 1749. L'opération est menée par René François Caquineau (peut-être René Caquineau (1701-1799), maçon et tailleur de pierre à Maillezais, époux de Renée Taupeau), alors que Julien Denfer est directeur de la Société de Vix-Maillezais, comme le rappelle l'inscription toujours visible sur le bajoyer de l'aqueduc, en aval, rive droite :

"ANS LAN 1749 / EST REBATIE LA CA / DUC DUTAN DE Mos / DANFER DIRECTUR / PAR RENE FRANCO / IS CAQINEAU".

L'essentiel de l'ouvrage actuel remonte probablement à cette campagne de travaux. Peu de modifications sont ensuite apportées à l'ouvrage au cours des XVIIIe et XIXe siècles, comme le montre par exemple le plan des lieux par Jacques Parent en 1767.

En 1834 toutefois, à la demande des communes situées en amont de l'aqueduc, et aussi de la Société de Vix-Maillezais, un barrage à poutrelles est établi en travers du passage de la Jeune Autise pour mieux gérer le niveau d'eau, notamment en période de sécheresse, en plus de la porte qui existe déjà. L'objectif est de permettre le passage plus aisé des bateaux par-dessus l'aqueduc, par transbordement, en laissant en été un tirant d'eau suffisant, et aussi de permettre à la Société des Vix-Maillezais de prélever davantage d'eau dans la Jeune Autise par ses vannes ou bondes. Ce barrage en vient remplacer un autre, jusqu'ici situé au pont de Souil, jugé trop en amont. Le projet, présenté par l'ingénieur des Ponts et Chaussées Morandière le 23 juillet 1834, est autorisé par arrêté préfectoral du 8 décembre suivant. La manoeuvre du barrage est pourtant contestée sitôt sa construction. Dès juin 1839, puis à la suite de fortes pluies en août 1841, des contentieux s'élèvent au sujet du niveau du barrage et de ses poutrelles, accusés par les propriétaires en amont de retenir trop d'eau.

Pour améliorer le système, décision est prise en 1843 de remplacer la porte qui, depuis l'origine de l'ouvrage, barre le passage de la Jeune Autise. Suivant le projet présenté le 2 juillet 1843 par Jean Ballereau, architecte à Luçon, l'ancienne porte busquée, qui était encadrée par un panneau droit en bois et par un autre pouvant s'abaisser à l'aide d'un cabestan, fera place à une nouvelle porte de même largeur mais encadrée cette fois par deux autres portes busquées plus étroites. Le tout sera, comme précédemment, franchi par une passerelle. Le projet, modifié le 19 février 1844, est ensuite mis en oeuvre.

La grande crue du 12 décembre 1872 manque de submerger l'aqueduc ; le niveau d'eau alors atteint est rappelé par un trait et une inscription gravés sur l'élévation du passage de la Jeune Autise, rive droite, en aval. Les portes sont reconstruites en 1873, suivant marché passé le 21 juin avec Prosper Richard, charpentier à Maillé, qui s'engage à les fournir avant le 15 septembre. Ainsi en place, les portes et le barrage à poutrelles apparaissent sur des cartes postales des lieux au début du XXe siècle.

En 1891, l'Etat envisage d'abaisser le radier du passage de la Jeune Autise pour améliorer la navigation sur la rivière et son écoulement, à l'image de ce qui a été pratiqué plusieurs décennies auparavant à l'aqueduc du Gouffre. Mais le coût de l'opération et la difficulté liée au passage du canal de Vix sous la rivière, font renoncer à ce projet. Seuls la porte et le barrage sont reconstruits en 1894 : c'est probablement à cette occasion que la triple porte conçue en 1843-1844 fait place à deux larges portes busquées. Le dispositif du passage des bateaux par la Jeune Autise au-dessus de l'aqueduc est complété en 1910 par l'aménagement d'une écluse à sas. Le projet, similaire à celui du barrage éclusé créé en 1899 dans le grand port de Maillé, en est présenté le 31 juillet 1910 par le conducteur des Ponts et Chaussées Texier (également auteur de l'écluse du port de Maillé). Portes, écluse et barrage apparaissent sur des cartes postales du début du XXe siècle.

La création d'un second aqueduc en 1960-1961

Un réaménagement bien plus important du site, qui n'avait guère évolué dans son organisation depuis le milieu du XVIIe siècle, a lieu en 1960-1961. Dans le cadre des Grands travaux des Marais de l'Ouest conduits par l'Etat pour remettre sur pieds et moderniser les ouvrages hydrauliques malmenés par la guerre et le mauvais entretien, l'aqueduc de Maillé fait partie des ouvrages recalibrés de manière à mieux évacuer l'eau. On considère en effet que le vieil ouvrage construit en 1664 et reconstruit en 1749 propose un débouché insuffisant à la Jeune Autise et aux marais mouillés qui l'encadrent, en amont de l'aqueduc. Est aussi pointé du doigt le coude que forme le cours de la Jeune Autise avant de s'engouffrer dans l'aqueduc.

En 1960-1961, un second aqueduc est donc créé en amont du premier. L'opération est menée par les Ponts et Chaussées pour le compte de l'Union des Marais mouillés de la Sèvre Niortaise, propriétaire des structures supérieures (quand le Syndicat des marais desséchés de Vix-Maillezais reste propriétaire du canal de Vix au-dessous). Le marché de construction est passé le 20 avril 1960 avec les entreprises Heulin, de Paris et Le Mans, Bourdin et Chaussée. La première fournit notamment les vannes à crics du nouvel ouvrage. Offrant un passage plus large à la rivière, le nouvel aqueduc permet aussi de redresser son cours, par ailleurs élargi en aval. On intervient par la même occasion sur le vieil aqueduc. Sa maison de garde est démolie, de même que le magasin ou dépôt de matériel qui se situait juste au nord-ouest de l'ancien aqueduc. La passerelle en bois qui franchissait le passage de la Jeune Autise au-dessus de l'aqueduc, et qui soutenait les deux portes busquées, est supprimée, et le barrage à poutrelles est fermé par un mur en béton. Le radier du passage de l'Autise est refait en béton, tout en conservant, en amont notamment, l'ancien radier en bois. On créée enfin un nouvel accès au site, à partir du chemin qui arrive du Pont de la Route par le nord-ouest, ce qui évite désormais de devoir passer à travers la ferme ou cabane de l'Aqueduc voisine.

Le site a été restauré en 2008-2010 sous maîtrise d'ouvrage de l'IIBSN (bien que sa propriété reste celle de l'Union des Marais mouillés). L'opération a consisté notamment à reconstruire les murs de soutènement et rideaux de palplanches dégradés.

  • Dates
    • 1749, porte la date
    • 1960, daté par source

L'aqueduc de Maillé se trouve au nord du bourg, à l'intersection entre la rivière la Jeune Autise et le canal de Vix. Le site englobe en fait deux aqueducs différents, tous deux permettant à un bras de la rivière de passer par-dessus le canal sans que les deux ne se mélangent. Dans le cas contraire, l'eau de la rivière s'engouffrerait dans le canal et inonderait les marais desséchés qui s'étendent en aval.

Le premier aqueduc, à l'ouest, est celui construit en 1664 puis reconstruit en 1749. Edifié sur un radier en bois reposant sur des pieux fichés dans le sol, ses élévations sont en pierre de taille. Il reçoit la Jeune Autise, qui vient du nord-est, elle-même rejointe juste en amont de l'aqueduc par le canal de ceinture de la digue ou levée de Bois-Dieu, au nord. Le passage de la Jeune Autise, d'axe nord-sud, est commandé par un barrage éclusé (le barrage a été muré en 1960, seule reste l'écluse, large de 3 mètres et longue de 8). Il est encadré, à l'ouest et à l'est, par un pont construit en moellons, reposant lui-aussi sur un radier en bois qui a pu être observé lors des travaux de restauration de 2008. Ses arches, en plein cintre et en pierre de taille, enjambent le canal de Vix. Celui-ci passe au-dessous de l'ouvrage, à travers trois conduits de section rectangulaire, larges de 1,70 mètre et hauts de 95 cm. En amont de l'aqueduc, à l'est, traversant un îlot de terre, le canal de Vix passe dans un encuvement en béton et métal. Juste au débouché de l'aqueduc, au sud-ouest, prend naissance le Contrebot de Vix.

Le second aqueduc, à l'est, édifié en 1960-1961, est en béton. Il est précisément situé sur l'axe de la Jeune Autise, évitant à celle-ci le contour qu'elle opérait par le premier aqueduc. Le passage de la rivière s'effectue ici par deux pertuis. Chacun, large de 5,20 mètres, est commandé par une vanne verticale en métal, levée par deux crémaillères à crics soutenues par des portiques en métal. Le canal de Vix passe au-dessous, à travers deux conduits de section rectangulaire, larges de 3,80 mètres et hauts de 80 cm.

  • Murs
    • calcaire moellon
    • calcaire pierre de taille
    • béton
    • métal
  • Couvrements
  • Statut de la propriété
    propriété d'une association, Propriété du Syndicat des marais desséchés de Vix-Maillezais-Maillé-Doix pour les structures inférieures (canal de Vix), de l'Union des Marais mouillés de la Sèvre Niortaise pour les structures supérieures (passage de la Jeune Autise et barrage, pourtant peint en vert, couleur des ouvrages de l'Etat).
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler