Dossier d’œuvre architecture IA49010667 | Réalisé par
Durandière Ronan (Contributeur)
Durandière Ronan

Chercheur auprès du Conseil départemental de Maine-et-Loire.

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Le Corre Chloé (Rédacteur)
Le Corre Chloé

Stagiaire Conservation départementale du patrimoine (1/03/2022 à 29/07/2022).

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  • enquête thématique départementale, Confluence Maine-Loire
Église Notre-Dame de Béhuard
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général
  • (c) Conseil départemental de Maine-et-Loire - Conservation départementale du patrimoine

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Confluence Maine-Loire
  • Commune Béhuard
  • Adresse 1 place de l' Eglise
  • Cadastre 1835 A2 799-800  ; 2019 AO 558
  • Précisions
  • Dénominations
    collégiale, église paroissiale, chapelle
  • Vocables
    Notre-Dame

Une dépendance de l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers

Le cartulaire de l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers atteste la présence d'une chapelle à Béhuard dès le milieu du XIe siècle. À la mort de Geoffroy Martel (1006-1060), le chevalier breton Buhardus, affecté par la disparition du comte d'Anjou, offrit aux moines de l'abbaye bénédictine plusieurs terres qu'il avait reçues en cadeau de ce dernier. La donation initiale comprenait deux îles de Loire : l'une dite de La Roche, où se trouvaient sa maison et sa chapelle, l'autre, sans nom, où étaient ses pâturages et ses bois, toutes ses pêcheries, une écluse, un canal et un moulin. À la fin du XIe siècle et au siècle suivant, les moines de Saint-Nicolas acquirent progressivement les droits des terres et des cours d'eau alentour. En 1170, le chevalier Mathieu Garell compléta ces dons, pour le repos de l'âme de son père et de son frère, d'une petite île sise à la Roche Béhuard, près de la "chapelle de l'écluse Saint-Nicolas".

Le miracle de Béhuard, tel qu'il est relaté dans les Vitae de Sigon (1055-1070), deuxième abbé de Saint-Florent de Saumur, suggère que la chapelle n'était qu'un lieu de dévotion secondaire au milieu du XIe siècle. Le récit attribue en effet le sauvetage d'un pêcheur tombé dans la Loire à cet endroit au prélat et non à la Vierge, pourtant déjà patronne de l'église, comme on aurait pu le supposer. Durant les XIIe et XIIIe siècles, les sources sont muettes sur un quelconque pèlerinage à Béhuard. La chapelle n'est signalée ni dans le compte de décimes du diocèse d'Angers de 1329-1332, ni dans celui de 1467. Jusqu'à son élévation au rang de paroisse par Louis XI, l'île resta un simple fief avec chapellenie, rattaché à la cellérerie de l'abbaye Saint-Nicolas.

Dans les premières décennies du XVe siècle, le pèlerinage à Notre-Dame de Béhuard était pourtant déjà solidement établi. Dans son traité historique sur Notre-Dame l'Angevine, Joseph Grandet (1646-1724) retranscrivit les récits de plusieurs miracles mentionnés dans les registres paroissiaux et sur certains tableaux accrochés dans l'église. Au début du XVe siècle, la chapelle revêtait suffisamment d'importance pour qu'en mai 1431, la duchesse d'Anjou, Yolande d'Aragon, et le duc de Bretagne Jean V, vinssent y assister au serment de fraternité prêté par leurs fils respectifs, Charles, comte du Maine, et François, comte de Montfort, futur François Ier de Bretagne. Durant l'occupation anglaise du Maine en 1433-1434, des sauf-conduits furent délivrés par le duc de Bedford à des clercs du diocèse du Mans, moyennant finance, afin qu'ils puissent s'y rendre en pèlerinage.

Comme dans de nombreux sanctuaires mariaux, une légende s'est forgée sur la découverte de l'objet de la dévotion. C'est un pêcheur qui aurait découvert la statuette en bois de prunier, haute d'environ 30 cm, représentant la Vierge à l'Enfant, actuellement conservée dans l'église, et qui continue d'être portée en procession à l'occasion des grandes fêtes mariales. Sa datation demeure toutefois incertaine. Témoignage d'un art populaire local, la sculpture semble attribuable à la fin du XVIe siècle ou au XVIIe siècle. Il est donc peu probable qu'il s'agisse de l' "image", coiffée d' "une petite couronne d'or garnie de perles" et vêtue d' "un manteau de velours vermeil sur lequel [étaient] troys cœurs d'argent, un gros et les autres moindre", signalée dans un inventaire du mobilier de la chapelle en 1527 ; celle-là même qui avait dû être honorée par Louis XI.

Notre-Dame de Béhuard et Louis XI

Les biographes de Louis XI ont tous souligné la ferveur du roi pour la Vierge qu'il considérait comme sa figure tutélaire et la patronne du royaume de France. L'évêque de Lisieux Thomas Basin, son contemporain, s'émerveillait déjà des sommes colossales que le roi dépensa pour de nombreuses églises dédiées à Notre-Dame partout en France. Sophie Cassagnes-Brouquet parle à ce sujet de "mariolâtrie royale" et de "subtil mélange de dévotion sincère et d'intention politique plus ou moins affichée".

La générosité de Louis XI en faveur de la Vierge fut particulièrement importante en Anjou. Outre Béhuard, le roi fit des dons et des fondations à Notre-Dame de Nantilly à Saumur ou encore à l'église du Puy-Notre-Dame à qui il attribuait le fait de lui avoir donné un héritier. Ses largesses lui permirent ainsi de s'attacher les bonnes grâces d'une partie du clergé angevin, à une période où il mettait la main sur le duché.

Les itinéraires de Louis XI montrent un profond attachement du roi envers l'île de Béhuard. Entre 1470 et 1479, il y effectua près d'une quinzaine de séjours. Aucun document ne prouve toutefois qu'il logea dans la maison jouxtant la chapelle comme l'affirme la tradition.

Fréquemment évoqués dans la correspondance royale, les pèlerinages de Louis XI à Béhuard furent ponctués de nombreuses libéralités envers le sanctuaire. Le premier don connu date de 1465. Le 15 avril, dans une lettre adressée depuis Saumur à son receveur général des finances, Mathieu Beauvarlet, le roi ordonna de faire prélever 3 300 livres sur les villes et élections d'Amiens, de Ponthieu et de Saint-Quentin, à destination de la chapelle. Si l'usage de cette somme considérable nous échappe, elle préfigurait du moins une série de versements destinés à constituer un important temporel en faveur de l'église. Dès le mois de mars 1468, le roi se mit en quête d'acquérir par l'intermédiaire de relais locaux la seigneurie de la Rochette appartenant à Thomas de Cérizay, seigneur de Concourson, la dîme de la Vallinière, propriété de Regnault Chabot, seigneur de Jarnac, ainsi que divers biens situés à Denée pour les offrir à la chapelle. Ce don fut scellé par lettres patentes le 22 mai 1469. Le 5 février 1477, il fit racheter à son profit, par son trésorier Jean Bourré, pour 2 000 écus d'or, la seigneurie de Denée à René de Laval. C'est vraisemblablement durant cette période que l'île fut érigée en paroisse.

Ces dons de droits et revenus furent régulièrement complétés par d'autres en nature ou en argent. En 1469, Louis XI offrit au sanctuaire une somme d'argent ainsi qu'un grand ex-voto de cire le représentant. Le 14 juillet 1470, lors de l'un de ses passages, il laissa à l'église 15 écus et 17 ducats puis 70 sols pour employer en "image d'or et d'argent et autres choses à son plaisir". En 1478, il donna de nouveau des effigies en cire, de lui-même, de sa femme et du dauphin ainsi que deux lampes d'argent d'un poids de 70 marcs. D'autres offrandes en argent sont attestées en mars et en mai 1481.

Surtout, à la fin de l'année 1481, le roi décida d'ériger la modeste chapelle en collégiale. Pour ce faire, il la dota d'un doyen, de six chanoines, de six vicaires et de trois enfants de chœur. Les noms des premiers titulaires figurent dans une lettre en date du 20 décembre adressée à Guillaume Fournier, choisi comme premier doyen du chapitre. L'acte de fondation prévoyait précisément les messes qui devaient être célébrées en l'honneur du roi et de sa famille, le matériel liturgique à fournir par les chanoines et leurs obligations, notamment celle de résider sur place. Pour entretenir ce chapitre, Louis XI légua aux chanoines l'important privilège du "trépas de Loire", droit de passage prélevé aux Ponts-de-Cé sur toutes les marchandises circulant sur le fleuve. En mars 1482, il obtint des moines de Saint-Nicolas d'Angers la cession de l'entièreté du fief de Béhuard pour "édifier les logis, clouaistres et autres choses necessaires pour l'habituation des dits chanoines et chapellains". L'affaire fut conclue avec Pierre Cornilleau, cellérier de l'abbaye et son bénéficiaire, en échange de la dîme de Félines située sur la paroisse de Chênehutte. Dans les derniers mois de sa vie, en avril 1483, Louis XI compléta les privilèges du chapitre en lui octroyant la permission de gracier, chaque Vendredi Saint, des criminels de toutes conditions dans le ressort du duché.

Le chroniqueur angevin Jean de Bourdigné (v. 1480-1547) a attribué à Guillaume Fournier, docteur en droit canon et civil, chanoine et official de la cathédrale d'Angers, un rôle prépondérant dans l'attachement de Louis XI à Béhuard. Selon lui, c'est lors de la première visite du roi à Angers, en janvier 1462, que le chanoine lui aurait signalé la chapelle et la dévotion à Notre-Dame qui s'y tenait. Jules Quicherat a depuis montré que le souverain connaissait la chapelle bien avant cette date. Dans ses lettres d'avril 1483, ce dernier relate en effet comment, au cours d'une traversée de la Charente, en 1442, à Ruffec, en compagnie de son oncle Charles d'Anjou et de Louis de Valory, seigneur du Tillay, il tomba à l'eau et faillit se noyer. S'en remettant alors à l'intercession de Notre-Dame de Béhuard, il fut miraculeusement sauvé.

Le roi de France connaissait donc bien le sanctuaire depuis sa jeunesse peut-être par sa mère, Marie d'Anjou, ou par son oncle, Charles, comte du Maine, présent avec lui à Ruffec. Son oncle, René d'Anjou, qui vouait lui aussi une dévotion particulière à la Vierge, y fit également des donations. Comme en témoigne la signature du traité d'alliance de 1431, la chapelle, située non loin de la frontière bretonne, revêtait sans doute une importance symbolique particulière pour les ducs d'Anjou bien avant l'avènement de Louis XI sur le trône de France.

Dès le lendemain de la mort Louis XI, le chapitre de Béhuard fut dissout et la chapelle redevint une succursale de la paroisse de Denée. Cette décision prise par Charles VIII, sous le presbytérat d'Alexandre Fournier, nouveau curé de Denée, a été gravée sur une pierre scellée dans la maçonnerie de l'église, face à l'entrée actuelle. Si le pèlerinage perdura, celui-ci perdit de son lustre à l'Époque moderne comme en attestent les difficultés financières du desservant pour entretenir la chapelle.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le pèlerinage fut remis à l'honneur sous l'épiscopat de Charles-Émile Freppel (1870-1891) et sa notoriété dépassa largement les frontières de l'Anjou. Au cours des décennies suivantes se déroulèrent petits et grands pèlerinages, parmi lesquels l'un des plus notoires fut celui du 20 au 24 septembre 1923 célébrant, devant quelques 40 000 participants, le couronnement de Notre-Dame. Durant cette période, l'église, classée Monument historique dès 1862, fit l'objet de nombreuses campagnes de restaurations et d'entretien. Les principales furent conduites entre 1911 et 1913 par Jean-Marie Hardion et Ernest Bricard puis, dans les années 1950, par Bernard Vitry et Henri Enguehard.

Dans l'article qu'il a consacré à Notre-Dame de Béhuard en 1964, René Planchenault remarquait avec justesse que "c'est au rocher que l'église doit sa forme particulière de deux vaisseaux en équerre, construits semble-t-il, l'un après l'autre, mais à peu de distance" . Comme ses prédécesseurs, il proposait d'en attribuer la construction à Louis XI, en deux campagnes situées entre 1469 et 1481. En 2018, une étude de la charpente et de la tribune de la nef, ainsi que du plancher de la chapelle sud, a permis d'infirmer cette hypothèse. Si la datation du plancher de la chapelle méridionale confirme bien un agrandissement de cette partie de l'église aux alentours de 1473, la datation par dendrochronologie du vaisseau principal a révélé une campagne de construction plus ancienne, autour des années 1385-1403.

Le vaisseau septentrional

Orientée selon un axe nord-ouest sud-est, la partie nord de l'édifice actuel a été fondée directement sur un affleurement de rhyolite, une roche d'origine volcanique, dont la pointe émergeait dans la nef à près de 3,0 m de hauteur jusqu'en 1852. Ce vaisseau adoptait à l'origine un plan rectangulaire à chevet plat de 15,0 m de long sur 6,2 m de large dans ses dimensions extérieures. Il était flanqué dans l'angle nord-est, d'un petit oratoire carré, à pans coupés, bâti en encorbellement sur le rocher.

La diversité des matériaux mis en œuvre en partie basse du chevet (grès, spilite, poudingue, calcaire gris, rhyolite, phtanite, calcaire coquillier) témoigne de la grande variété pétrographique du secteur mais aussi de la multiplicité des lieux d'approvisionnement. Sur le mur gouttereau sud, des claveaux en tuffeau réutilisés dans la maçonnerie, dont l'un est sculpté d'un motif de chevrons, pourraient être les vestiges de l'ancienne chapelle romane. Hormis le soubassement du chevet et les murs gouttereaux de la nef, le bâtiment est construit en pierre de taille en moyen appareil de tuffeau blanc.

La nef et la tribune

L'accès à l'église se fait depuis l'ouest, par une porte à deux rouleaux, couverte en tiers-point, après avoir gravi une volée de marches taillées dans le rocher. Au-dessus de la porte, deux niches à arcades trilobées surmontées d'un larmier accueillaient probablement des statues. À l'étage, une seconde porte couverte d'une plate-bande moulurée en anse de panier, accessible par un second escalier, ouvrait sur une tribune en bois contemporaine de l'ensemble.

Relativement sombre, la partie basse de la chapelle, faisant office de nef, est percée d'une unique fenêtre en tiers-point. Plus lumineuse, la tribune est ajourée par quatre fenêtres latérales trilobées, deux au nord et deux au sud, et par un oculus à trois quatre-feuilles en façade actuellement masqué par la cage lambrissée du clocher.

La tribune est formée de solives en bois de brin de chêne (13,5 cm x 16 cm), posées à plat entre le mur gouttereau sud et le rocher, et réparties tous les 78 cm. Côté est, la dernière solive, plus haute (26 cm), permet de maintenir la terrasse qui reçoit un sol de dalles de schiste ardoisier. Elle était dès l'origine pourvu d'un autel, dominant le chœur de l'église, comme en atteste la présence d'une niche-crédence trilobée avec lavabo aménagée dans le mur gouttereau sud. Un petit jour, percé au-dessus, permettait d'y concentrer la lumière. La face extérieure de la tribune présente les traces de bûchage d'une mouluration. Cette opération fut sans doute concomitante à la substitution de la paroi où était adossée l'autel pour la remplacer par une balustrade au XVIIIe siècle. L'escalier d'accès depuis la nef, taillé dans le rocher, fut construit en 1736 par le curé René-Claude Maslin en remplacement d'un escalier tournant en bois. Il desservait la tribune et une chaire à prêcher supprimée vers 1848.

La présence de la tribune en bois créait de facto deux espaces liturgiques dans l'église. Un texte du XVIIIe siècle mentionne que celle-ci était réservée aux prêtres qui chantaient l'office certains jours fériés, alors que les paroissiens se tenaient dans la nef. À la fin du XIVe siècle, il est possible que cette chapelle haute, dont la dédicace est inconnue, ait été réservée aux seigneurs locaux voire aux moines de l'abbaye Saint-Nicolas, usage attesté dans certaines abbatiales.

Le chœur et l'oratoire

Le mur droit qui ferme le chœur est éclairé d'une grande fenêtre à trois lancettes trilobées sous un tympan formé de trois oculi divisés par deux mouchettes tête-bêche (fig. 8). Il est équipé d'un placard mural et d'une niche-crédence en tout point comparable à celle de la tribune. Côté nord, le chœur ouvre sur un petit oratoire d'1,9 m sur 2,3 m, couvert d'une voûte en berceau brisée à trois arcs doubleaux, et éclairé de deux baies aux profils identiques. La présence d'une niche-crédence dans le mur sud de cet oratoire atteste la présence d'un petit autel, sous la fenêtre orientale. Dans l'angle sud-est, une console à décor feuillagé accueillit un temps la statue de Notre-Dame.

Le maître-autel actuel a été mis en place en 1956 par l'architecte Henri Enguehard. Il a remplacé un autel de style néogothique dû à l'abbé Choyer construit vers 1848. La suppression du grand tabernacle de bois qui le surmontait a permis de redécouvrir sur l'allège de la fenêtre, une console sculptée et armoriée. Longtemps masquées, ces armoiries n'avaient jusqu'à présent jamais été identifiées.

Représentant un mi-parti au 1 d'Anjou moderne et au 2 de Bretagne, ces armoiries sont pourtant celles d'un personnage de haut rang. Il s'agit en effet des armes de Marie de Blois (1345-1404), femme de Louis Ier d'Anjou. C'est leur seule occurrence connue sur un édifice angevin. D'après Christian de Mérindol, Marie de Blois prit définitivement pour armoiries, à partir de la mort de son mari en septembre 1384, un parti au 1 d'Anjou ancien et d'Anjou moderne et au 2 de Bretagne, c'est-à-dire les dernières armes de Louis Ier, sans la bordure de Calabre. Cette hypothèse tendrait donc à suggérer un terminus ante quem autour de cette date pour les armes sculptées ici qui paraissent de prime à bord dépourvues du lambel de l'Anjou ancien. Mais comme en témoigne l'interruption de la brisure dans la partie supérieure gauche de l'écu, il est très probable que celui-ci ait été en partie endommagé.

Si la chronologie qui se rattache à ces armoiries coïncide avec la datation dendrochronologique de cette partie de l'église, la présence de ces armes isolées ne manque pas d'interroger. La construction de la chapelle pourrait se situer précisément durant la régence exercée sur le duché d'Anjou par Marie de Blois, entre la mort de Louis Ier en 1384 et l'avènement de son fils Louis II en 1399. Bien que l'intervalle corresponde à une période où la duchesse, endettée, était plutôt occupée par les affaires de Provence, la possibilité qu'elle ait aidé les moines de l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers à bâtir cette chapelle n'a rien d'extraordinaire. La chapelle Notre-Dame serait ainsi, à ce jour, le seul exemple angevin connu du mécénat architectural de la veuve de Louis Ier d'Anjou.

La verrière du chœur

Bien que très restaurée, la grande verrière du chœur (3 ,4 m x 1,7 m) contient plusieurs panneaux héraldiques, figurés et hagiographiques de la fin du XIVe siècle. Les plus intéressants sont les seconds, qui représentent très probablement les donateurs de la verrière. De part et d'autre d'un écu aux armes de France, création du XIXe siècle, dans le registre médian de la lancette centrale, figurent un homme à gauche et une femme à droite, accompagnés de leurs saints patrons, saint Jean-Baptiste et sainte Catherine d'Alexandrie. Les armoiries portées sur le pourpoint de l'homme "de gueules à la croix tréflée d'hermine", associées à celles représentées sur la robe de la femme un mi-parti "de gueules, à la croix pattée et alésée d'argent" et "de gueules, à deux fasces d'argent", désignent Briand de La Haye-Joulain († ap. 1408), seigneur de La Haye-Joulain, du Plessis-Macé et de Savennières, et sa femme Mahaut de Rougé († 1397). Les armes des époux se retrouvent aussi dans les mouchettes du tympan. Dans les lancettes, au-dessus du donateur, de part et d'autre d'un Christ en croix, figurent les armes de son père, Hardouin. En vis-à-vis, sont représentées les armoiries de sa mère, Jeanne de Vendôme, portant à mi-parti les armes de La Haye-Joulain et celles de Vendôme : "au lion d'azur chargé sur l'épaule d'une fleur de lys d'or". La généalogie de ces individus, proches des ducs d'Anjou, concorde parfaitement avec les autres indices de datation de la chapelle. S'il paraît exclu, comme l'affirme le feudiste Louis Trincant (1571-v.1644), que ceux-ci en aient été les fondateurs, un lien puissant devait les y unir pour qu'ils soient autorisés à apposer, de manière aussi ostentatoire, leurs armoiries sur la grande verrière du chœur.

La charpente

La chapelle est couverte d'une charpente à chevrons porteurs tramée. Elle débute, à l'ouest, par une ferme principale adossée au pignon puis se prolonge par deux travées comportant six fermes secondaires. La travée suivante ne comporte que quatre fermes secondaires et la dernière seulement deux. L'absence de ferme principale contre le pignon oriental a permis de dégager la grande fenêtre. S'inscrivant dans une tendance générale depuis le XIIe siècle, ce nombre réduit de fermes répondait aussi à un souci de moindre consommation de bois long. À l'inverse, les entraxes moyens de 60 cm sont inférieurs à la moyenne de ceux de la fin du Moyen Âge, qui avoisine les 65 cm. Les versants sont inclinés à 54°, pente parfaitement dans la moyenne des charpentes de cette période.

La ferme principale est assez simple avec ses jambettes et ses aisseliers qui dessinent un intrados en arc brisé. Elle se distingue par ses chevrons-arbalétriers qui sont joints au poinçon 0,2 m à 0,3 m sous le faîtage, et par l'absence de faux entrait. La première particularité, peu fréquente, se rencontre dans la charpente du chœur de Saint-Serge à Angers (1346-1363d), sur le chœur et le bras nord du transept de Saint-Symphorien à Bouchemaine, ou encore sur la charpente du chœur de la cathédrale Saint-Gatien de Tours (1360-1365d). Dans le cas présent, le coude, comme à Bouchemaine, correspond à un départ de branche. Cette disposition permet d'utiliser des arbres sans long tronc rectiligne. Pour compléter le rampant, deux pièces sont jointes au-dessus du faîtage. La seconde particularité réside dans l'aisselier qui, classiquement, devrait être assemblé à un faux entrait mais qui est ici joint directement au poinçon. Cette mise en œuvre est plus inhabituelle et n'est connue à ce jour, en Anjou, qu'à Saint-Bibien d'Échemiré vers 1376-1393. La ferme secondaire diffère de la ferme principale par un faux entrait recevant les deux aisseliers. La jambette repose sur une entretoise moulurée assemblée aux faces latérales des entraits. Le marquage porté sur la face ouest des bois montre une homogénéité de la structure avec deux séries distinctes : l'une pour les fermes principales, l'autre pour les fermes secondaires. Cette charpente est constituée uniquement de chêne sous forme de bois de brin. Le lambris qui en l'état date de 1898, est venu en remplacer un plus ancien dont rien ne permet dire qu'il était contemporain de la charpente.

L'œuvre de Louis XI

Les multiples preuves historiques de la générosité royale envers le sanctuaire ne transparaissent guère dans l'architecture de la chapelle. Cette manne financière a vraisemblablement surtout servi à constituer un patrimoine foncier au bénéfice de la paroisse. L'une des premières manifestations architecturales de la modernisation de l'église sous Louis XI fut la reconstruction d'un clocher, vers 1468 et 1469, sur le pignon occidental de l'église. Ces travaux se poursuivirent par la construction d'une chapelle contre le mur gouttereau sud autour des années 1472-1473, puis par l'aménagement de stalles sur la tribune, probablement après la fondation du chapitre en 1481.

Le clocher

L'analyse dendrochronologique des bois de la charpente du clocher, caractérisés par un marquage cohérent des pièces en bois de brin de chêne, témoigne de l'abattage d'une partie des éléments au cours de l'hiver 1468-1469 et de leur mise en œuvre peu de temps après. Ce clocher pourrait néanmoins être venu en remplacement d'un clocher plus ancien comme en témoigne la présence de bois abattus quelques décennies auparavant. Dans les deux cas, son installation est postérieure à la charpente de comble. L'ensemble de la structure a par ailleurs été modifié en 1885 pour accueillir un beffroi métallique et trois cloches.

D'une structure assez simple, le clocher, inséré dans la travée ouest de la nef, a nécessité la découpe de la ferme principale adossée au pignon et des deux fermes secondaires suivantes. Deux fortes poutres (42 cm de haut pour des largeurs de 33 cm et 39 cm) reposant sur les entretoises de la plateforme de la charpente de comble soutiennent la carrée renforcée de gousset à la base. Huit poteaux de section pentagonale dessinent un octogone de 64 cm de côté. Ils sont sommés d'une enrayure formant un beffroi haut de 4,97 m. De là, débute une flèche octogonale haute de 4,5 m avec des versants à 80°.

L'aiguille centrale repose sur une traverse libérant ainsi les deux mètres inférieurs du beffroi. L'enrayure basse comporte un entrait moisant le poinçon, tandis que celle placée à mi-hauteur de la flèche se compose uniquement de faux entraits complétés de goussets en raison du faible espace. La présence d'entrait moisé est assez classique dans des structures similaires. On en retrouve dans le clocher de Saint-Benoît de Fontevraud vers 1255 ou dans celui de Saint-Martin de Vertou à Thorigné d'Anjou vers 1388.

La chapelle méridionale

Dans la foulée de la réédification du clocher fut lancée la construction d'une vaste chapelle greffée sur le mur gouttereau méridional. La dénivellation conduisit le maître d'œuvre à bâtir celle-ci au-dessus d'une pièce d'habitation. La limite entre les deux niveaux, séparés par un plancher, est matérialisée à l'extérieur par un changement dans l'emploi des matériaux de construction : moellons enduits en partie basse et tuffeau blanc au-dessus. Deux contreforts permettaient de contrebuter l'élévation du pignon méridional, avant qu'un bâtiment ne viennent s'y adosser à l'Époque moderne.

Le plancher comporte trois poutres dont deux encadrant la baie est et la troisième en rive contre le rocher portant l'église ancienne. Les solives réparties tous les 55 cm, sont posées sur la poutraison ou scellées dans le mur sud. Elles ont une section verticale de 17,5 cm par 15 cm. Elles ont été taillées dans des bois de brin de chênes équarris à l'herminette pour au moins une part. La dendrochronologie montre un abattage au cours du repos végétatif de l'hiver 1472-1473. Le scellement de ces bois dans la maçonnerie autorise la datation de cette dernière dans l'année qui a suivi l'abattage ou peu après.

Au XVIIe siècle, le logis chauffé du rez-de-chaussée, percé d'une porte à l'ouest et d'une grande croisée à l'est, servait de résidence au desservant de l'église et il est vraisemblable qu'il en ait été de même sous Louis XI. En 1820, il fut augmenté par un large appentis côté est, finalement détruit dans les années 1930 pour dégager la chapelle.

Au-dessus, la chapelle, accessible par un escalier extérieur en L, forme un vaste espace de 7,20 m de long sur 5,25 m de large, équipé d'une cheminée à l'ouest. La chapelle a été ouverte sur la nef par l'intermédiaire d'un grand arc brisé. Jusqu'au XVIIIe siècle, cette arcade était fermée par "une cloison avec guichet et serrure", c'est-à-dire par une clôture, probablement en bois, dont l'emplacement est encore visible dans l'intrados de l'arc. Du temps de Louis XI, elle permettait sans doute au roi d'assister aux offices à l'abri dans cet espace privé. Les sources du XVIIe siècle y mentionnent, sous la grande verrière orientale, un autel dédié à saint Jean, flanqué de part et d'autre d'une niche-crédence et d'un lavabo liturgique.

La charpente de la chapelle, sans accès spécifique, n'a pu être étudiée. Elle est actuellement dissimulée sous un lambris sans couvre-joint en partie restauré. Le remplacement des lames de chêne débitées sur maille par des planches débitées sur dosse permet toutefois de faire la distinction entre les parties anciennes et les parties nouvelles. L'ensemble est revêtu d'un décor peint aux armes de France dont une partie pourrait être d'origine.

Le vitrail de Louis XI et de Charles VIII

La chapelle est éclairée par deux fenêtres. La première, à l'ouest, possède une verrière dédiée à la Vierge qui fut créée en 1888 par l'atelier Megnen, Clamens et Bordereau d'Angers. Son programme iconographique au Moyen Âge est inconnu. La seconde verrière, à l'est, est la plus imposante. D'une hauteur de 3,40 m pour 1,70 m de large, elle se compose de trois lancettes trilobées surmontées d'un tympan composé de trois fleurs de lys, une formule inspirée des fenêtres de la chapelle Sainte-Anne de la cathédrale d'Angers, conçues entre 1466 et 1470. Les trois lancettes sont occupées chacune par trois panneaux superposés. Au registre médian, Louis XI et son fils Charles VIII encadrent un écu de France tenu par un ange, de facture moderne. Ils sont surmontés par un Christ en croix accompagné de la Vierge et de saint Jean. Comme à la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse et sur le célèbre dessin de Jean Bourré adressé au peintre Colin d'Amiens comme modèle du tombeau de Louis XI à Cléry, le roi est représenté priant à genou, les mains jointes, en armure avec surcot aux armes de France. Mais il est ici tourné vers la droite et fait face à un prie-Dieu sur lequel est posé un livre de prière. Le souverain est coiffé d'un chapeau à large bord et porte le collier de l'ordre de Saint-Michel mais sa tête est une restauration du XIXe siècle. Face à lui, son fils Charles VIII figure également en priant, armé et vêtu d'un lourd manteau de velours pourpre. Son visage, également refait au XIXe siècle, s'inspire du portrait de Jean Perréal dont une copie est conservée au musée Condé à Chantilly. S'il figurait bien sur le vitrail d'origine, ce qui n'est pas avéré, le collier de l'ordre de Saint-Michel que Charles reçut le jour de son sacre, le 30 mai 1484, pourrait donner un terminus post quem pour la conception du vitrail.

Sous ces deux portraits royaux figurent deux ecclésiastiques, l'un portant l'aumusse des chanoines, l'autre la coule noire des bénédictins. Selon Charles-Théodore Urseau, il pourrait s'agir de Guillaume Fournier, chanoine de Saint-Maurice d'Angers, curé de Denée et éphémère doyen du chapitre de Béhuard, et de Pierre Cornilleau, cellérier de l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers avec qui Louis XI négocia le rachat du fief de Béhuard en 1481. Le panneau au centre du registre inférieur, manifestement rapporté, représente saint Nicolas avec sa mitre et sa crosse épiscopale accompagné d'un moine tonsuré nommé "frere Pierre Nicolas". Ce dernier est connu comme cellérier puis procureur de l'abbaye Saint-Nicolas avant 1406. D'après Dom Barthélémy Roger, ce panneau se situait à l'origine dans l'une des deux baies du petit oratoire du chœur.

Les stalles

L'aménagement de stalles sur la tribune fut probablement la dernière modification apportée du temps de Louis XI. On peut penser, avec la plupart des auteurs, que cet ensemble fut exécuté pour accueillir les membres du chapitre, donc entre 1481 et 1483.

L'ensemble forme une unique rangée de 16 stalles dont quatre sont adossées contre le mur occidental et six sur chacun des murs latéraux. La condamnation partielle de l'une des fenêtres sud par les dosserets montre que les stalles n'étaient pas prévues dans le programme d'origine. De manière assez harmonieuse, elles intègrent l'ancienne porte d'accès extérieure dans un tambour. La stalle immédiatement à gauche, au dosseret plus haut surmonté d'un dais, pourrait avoir été celle destinée au doyen du chapitre. Bien que le décor des dosserets ait en grande partie disparu, les quelques vestiges observables, composés de remplages aveugles, montrent une exécution soignée. Le reste du décor est concentré principalement sur les miséricordes. Huit d'entre elles sont ornées de motifs végétaux (feuilles d'acanthe et de chêne) et huit présentent des figures humaines ou animales : têtes d'homme et de femme grimaçantes, personnages endormis portant des chapeaux aux larges bords (fig. 21 et 22), canidés endormis ou rongeant un os. Les deux personnages au chapeau, l'un allongé sur le côté, appuyé sur son coude, et l'autre assis en tailleur, la tête entre les jambes, se retrouvent avec quelques variantes sur deux miséricordes de l'église Saint-Pierre de Saumur, bien datées des années 1473-1476. Il est très probable que l'un des menuisiers de Saumur soit aussi intervenu à Notre-Dame Béhuard.

Conclusion

La figure de Louis XI, personnage qui fascina la génération romantique au début du XIXe siècle, a concentré l'attention des études sur Notre-Dame de Béhuard. Jean-François Bodin (1766-1829) fut l'un des premiers à redécouvrir la chapelle et à replacer la figure du roi de France au centre de son histoire. À la suite de ses écrits, Béhuard fut l'un des passages obligés des historiens, des archéologues et des pionniers du patrimoine voyageant en Anjou, à l'image d'Arcisse de Caumont qui s'y rendit dès 1829.

Les données nouvelles, apportées notamment par la dendrochronologie, montrent une réalité plus complexe. Si Louis XI embellit l'église puis l'agrandit d'une chapelle, celui-ci conserva soigneusement l'intégralité du volume originel, édifié sous la régence de son arrière-grand-mère Marie de Blois. Ainsi, plutôt que de faire disparaître toute trace du mécénat ducal comme il le fit dans certaines églises de Provence, le roi de France semble avoir voulu s'inscrire ici dans la continuité dynastique des Anjou. Il s'agissait certes, alors qu'il mettait la main sur le duché, de conserver l'estime du clergé angevin, mais peut-être aussi, de manière plus personnelle, de montrer son attachement à ce pèlerinage local bien ancré dans la tradition familiale.

  • Murs
    • schiste moellon enduit partiel
    • tuffeau pierre de taille
    • grès moellon
    • granite moellon
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan régulier
  • Couvertures
    • toit à longs pans pignon découvert
    • pignon couvert
  • Escaliers
    • escalier de distribution extérieur : escalier droit en maçonnerie
    • escalier intérieur : escalier tournant en maçonnerie
  • État de conservation
    bon état
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
    • armoiries
  • Précision représentations

    Armoiries identifiées comme étant celles de Marie de Blois : "un parti au 1 d’Anjou moderne, au 2 de Bretagne". Redécouvertes derrière le retable du chœur au moment de sa suppression, ces armoiries ont été restaurées en 1977 par le sculpteur angevin François d'Orglandes. Elles avaient à tort été attribuées à Anne de Bretagne, femme de Charles VIII.

  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    chapelle
  • Sites de protection
    site classé, site patrimonial remarquable
  • Protections
    classé MH, 1862
  • Précisions sur la protection

    Eglise : classement par liste de 1862 ; Angers, Béhuard, Bouchemaine, Denée, Mûrs-Erigné, Possonnière (la), Rochefort-sur-Loire, Sainte-Gemmes-sur-Loire, Saint-Jean-de-la-Croix, Savennières : "Site formé par la Confluence et les coteaux Angevins" (site classé par arrêté du 23 février 2010) ; L'Aire de mise en Valeur de l'Architecture et du Patrimoine (AVAP) sur les communes de Béhuard, Bouchemaine et Savennières a été approuvée le 10 avril 2017 et est devenue un Site Patrimonial Remarquable (SPR) de pleindroit en application de la loi LCAP (loi relative à la Liberté de la Création, de l’Architecture et du Patrimoine) du 7 Juillet 2016.

  • Référence MH
  • Référence Patriarche
    PA00108974

Site classé 22 10 1925 (arrêté) ; Site inscrit 17 10 1931 (arrêté).