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Pont sur l'Huisne, dit "pont romain"

Dossier IA72058827 inclus dans Bourg de Montfort-le-Gesnois : ancien bourg de Pont-de-Gennes réalisé en 2019

Fiche

Appellations"pont romain"
Dénominationspont
Aire d'étude et cantonPays du Perche sarthois - Savigné-l'Evêque
Hydrographiesl' Huisne
AdresseCommune : Montfort-le-Gesnois
Cadastre : 1836 B3 Non cadastré ; 2019 AC Non cadastré
Précisionsanciennement commune de Pont-de-Gennes

Certains auteurs considèrent que la voie romaine Le Mans-Chartres franchissait l'Huisne à cet emplacement, d'où l'appellation courante de "pont romain" dont on affuble le pont de Montfort-le-Gesnois comme beaucoup de ponts anciens. En réalité, le tracé de cette voie demeure très incertain et d'autres auteurs lui font plutôt traverser l'Huisne à hauteur de Champagné. Quoi qu'il en soit, il ne reste probablement rien, dans la construction actuelle, qui puisse remonter à l'Antiquité, époque à laquelle la traversée aurait aussi bien pu se faire à gué ou sur un pont de bois. En revanche, au Moyen-Age, l'important grand chemin du Mans à Paris passe bien à cet emplacement, il sera détrôné au XVIIIe siècle par les grandes routes royales passant par Savigné-l'Evêque et Connerré. Le pont constitue également un raccourci pour les voyageurs entre Alençon et Saint-Calais, évitant Le Mans (voir annexe).

La toponymie ne fait semble-t-il apparaître un pont qu'au milieu du XIVe siècle : entre 1330 et 1357, selon le dictionnaire topographique de Vallée et Latouche, l'ancienne "Geneda" ou "Gena" prend le nom de "Pont de Gene". Fait-on alors écho à la construction d'un premier pont en pierre, qui sera pendant plusieurs siècles le principal sur l'Huisne ? La partie est (vers l'extérieur du bourg), aujourd'hui en grande partie dans les terres suite au rétrécissement du cours de l'Huisne, présente des arches en arc brisé caractéristiques de la 1ère moitié du XVe siècle. On peut légitimement supposer que le pont précédent ait pu être détruit lors des conflits de la guerre de Cent Ans : la région fut occupée par les Anglais de 1356 à 1370 et de 1417 à 1450. Cependant, aucun document ne vient pour l'heure confirmer ces hypothèses.

En 1652, le pont aurait été partiellement rompu pour arrêter la marche des troupes du duc de Beaufort, tentant de rejoindre Rohan-Chabot en Anjou lors de la Fronde. Les quatre premières arches du côté du bourg datent de toute évidence d'une reconstruction dans la 2e moitié du XVIIe siècle. A la fin du XVIIIe siècle, le pont de Pont-de-Gennes est encore considéré comme le seul praticable entre Le Mans et La Ferté-Bernard. Son maintien est également essentiel au bon déroulement des marchés de Montfort et de Bonnétable. Dans les archives conservées, depuis le début du XIXe siècle, l'entretien du pont est une préoccupation constante. Les parapets notamment sont victimes de l'étroitesse de l'ouvrage et régulièrement dégradés par le frottement des moyeux des voitures. On trouve aussi mention de consolidations des arches et de réparations aux éperons. En 1809, le maire prend un arrêté pour empêcher les habitants de prélever les pierres du pont et de faire rouir le chanvre sous les arches.

En 1802, une arche (vraisemblablement la quatrième du côté du bourg) est partiellement emportée par une inondation ; la brèche est provisoirement remplacée par les battants d'une porte avant d'être comblée. La cinquième arche, qui menace ruine, est réparée à la même occasion. La partie centrale du pont (cinquième, sixième et septième arches en partant du bourg) est reconstruite en 1834 : trois arches en plein cintre viennent remplacer trois arches médiévales en arc brisé, menaçant de s'effondrer. L'ingénieur ordinaire Dupuit encadre les travaux, dévolus à l'entrepreneur manceau Gabriel-Jacques Hamelin. Au cours des travaux, on se rend compte que la maçonnerie d'origine est encore solide, si bien que le maire demande de limiter les travaux à une seule arche, ce que le préfet refuse.

A partir des années 1840, le pont est régulièrement menacé d'élargissement voire de reconstruction totale. Avec la construction de la voie ferrée Paris-Brest via Le Mans, en 1854, Pont-de-Gennes se voit dotée d'une station en rive gauche de l'Huisne (aujourd'hui détruite). Le pont constitue une difficulté entre la gare et le bourg, si bien que sa transformation est demandée avec insistance par la municipalité. Toutefois, le projet s'avère très complexe dans sa mise en œuvre. Un élargissement, rendu difficile par la courbure et l'irrégularité de l'ouvrage, pourrait également fragiliser le pont et le rendre inesthétique ; d'un autre côté, une reconstruction générerait de coûteuses indemnités pour les propriétés riveraines dépréciées par le surhaussement de la route. Finalement, la construction d'une gare à marchandises face à Montfort-le-Rotrou en 1878 puis la suppression de la station de Pont-de-Gennes, concentrent les efforts et les financements sur la construction du pont de la Pécardière. Devenu de moindre intérêt, celui de Pont-de-Gennes est épargné.

Bien que l'idée d'élargir ou reconstruire le pont soit réapparue à plusieurs reprises, celui-ci est finalement conservé. Des réparations aux parapets et la création de trottoirs sont signalées en 1920. L'édifice est inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques le 26 Mars 1927. Une baignade publique fut aménagée en aval du pont en 1943, réduisant la largeur du lit de la rivière. Pour faciliter la circulation sur le pont, des feux de signalisation ont été placés dès 1962.

Période(s)Principale : 1ère moitié 15e siècle, 2e moitié 17e siècle, 2e quart 19e siècle
Dates1834, daté par source
Auteur(s)Auteur : Dupuit ingénieur attribution par source
Auteur : Hamelin Jacques-Gabriel entrepreneur attribution par source

Le pont, qui enjambe le cours de l'Huisne, se trouve à l'entrée sud de l'ancien bourg de Pont-de-Gennes. D'une longueur totale d'environ 145 mètres pour une largeur d'environ 4,5 mètres, il est aujourd'hui pour moitié hors d'eau. Il est construit en pierre de taille pour la base des piles, les éperons et l'arête des arcs, en moellons pour le reste de la maçonnerie. Le nombre d'arches fait débat selon les auteurs : Pesche en compte douze, Alphonse Robveille quatorze, le conseil municipal en dénombre treize dans une délibération de 1832 (voir annexe). Aujourd'hui, on en compte en réalité quatorze, dont certaines sont presque entièrement enterrées. L'élévation très progressive du niveau de la chaussée indique que le pont possédait un profil en dos d'âne, aujourd'hui très atténué par la reconstruction des trois arches centrales à l'horizontale.

Du côté de l'extérieur du bourg, le pont présente six arches irrégulièrement espacées, en arc brisé plus ou moins prononcé. Seules deux sont entièrement dégagées : les piles sont renforcées d'éperons pour fendre le courant côté amont et de contreforts côté aval. A l'extrémité de cette section du pont se trouve, côté aval, un gros contrefort surmonté d'un refuge permettant aux piétons d'éviter les voitures. Il est possible que ce refuge, ou bien un autre aujourd'hui disparu, ait servi de support à un calvaire dont Alphonse Robveille fait mention dans ses écrits. Il aurait été abattu à la Révolution. A l'occasion des reconstructions du pont, les sept arches restantes ont adopté un profil en plein cintre. La maçonnerie et la forme différente des éperons qui protègent les piles, aussi bien côté amont que côté aval, permettent de distinguer les quatre arches les plus anciennes (du côté du bourg) des trois arches les plus récentes (au centre du pont).

Murscalcaire moellon
grès moellon
État de conservationbon état
Statut de la propriétépropriété publique
Protectionsinscrit MH, 1927/03/26
Précisions sur la protection

1927/03/26 : inscrit MH.

Annexes

  • Le pont de Pont-de-Gennes en 1832.

    AD Sarthe, 1 Mi 1343. 1790-1889 : registres des délibérations du conseil municipal de Pont-de-Gennes. Extrait d'une délibération du 26 février 1832.

    "Avant Louis XIV, ce pont avait été établi pour la plus facile et la plus courte communication des provinces de la Normandie avec l'Ors-lé-an-est [Orléanais]. Effectivement la communication d'Alençon à Saint-Calais a encore laissé des traces qui sont très visibles. Il existe encore sur cette ancienne communication même dans des endroits peu habités des maisons spacieuses qui ont un étage, ces maisons servaient d'auberges aux voyageurs nombreux qui parcouraient cette ancienne route de Caen à Orléans. Elle n'est plus fréquentée que par les piétons qui recherchent le chemin le plus court. Ce pont qui est très long se compose de treize arches en pierre est pourtant très utile et même indispensable puisque depuis La Ferté-Bernard jusqu'à Yvré-l'Evêque, il est le seul pont par où puisse se communiquer les communes situées sur la rive droite de l'Huisne et les communes situées sur la rive gauche de la même rivière. Cette rivière est large et profonde et le long de laquelle il n'existe point de gué que l'on puisse traverser en hiver particulièrement [...]".

Références documentaires

Documents d'archives
  • 1809 : arrêté du maire interdisant de faire rouir le chanvre sous le pont de Pont-de-Gennes.

    Archives départementales de la Sarthe, Le Mans : 135 AC 72
  • Archives départementales de la Sarthe ; 18 J 575. Collection Paul Cordonnier, ancienne commune de Pont-de-Gennes.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 1 Mi 1343 (R 155). 1790-1889 : délibérations du conseil municipal de Pont-de-Gennes.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 121. 1839-1927 : chemin de grande communication n° 8 de Ballon à Bouloire, alignements et travaux, commune de Pont-de-Gennes.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 1273. 1801-1938 : voirie urbaine, commune de Pont-de-Gennes.

  • 1852-1934 : chemin de grande communication n°8 de Ballon à Bouloire, commune de Pont-de-Gennes.

    Archives municipales, Montfort-le-Gesnois : 1 O 29
  • 1927 : arrêté d'inscription du pont Monument Historique, commune de Pont-de-Gennes.

    Archives municipales, Montfort-le-Gesnois : 2 R 2
  • Documentation CRMH : pont sur l'Huisne de Pont-de-Gennes.

    DRAC des Pays de la Loire, Nantes
Documents figurés
  • Cartes postales anciennes, commune de Montfort-le-Gesnois. (Archives départementales de la Sarthe ; 2 Fi).

  • XIXe siècle : plans d'alignement, voirie urbaine de Pont-de-Gennes. (Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 1273).

  • Collection Goisedieu de cartes postales et de photographies anciennes, commune de Montfort-le-Gesnois. (Collection particulière).

Bibliographie
  • BOUVET, Jean-Philippe. Et al. Carte archéologique de la Gaule. 72. Paris : Académie des inscriptions et belles-lettres : Ministère de l'éducation nationale : Ministère de la recherche [etc.], 2001. 519 p.

  • CHARLES, Robert. Guide illustré du touriste au Mans et dans la Sarthe. Le Mans : Pellechat, 1880.

  • DEBUISSER, J.-P. Histoire de Pont-de-Gennes, Montfort-le-Rotrou, Saussay (avant 1789). Pont-de-Gennes : 1981.

    p. 3, 75
  • Le patrimoine des communes de la Sarthe. Paris : Flohic éditions, 2000. 2 vol.

    p. 1202
  • MOUTIE, Auguste. De Paris à Laval et à Alençon. Paris : 1856.

    p. 132-133
  • NICOLAY de, Jean. Montfort à travers mille ans d'histoire. Mesnil-sur-l'Estrée : Imprimerie Nouvelle Firmin Didot, 2008.

    p. 7
  • PESCHE, Julien-Rémy. Dictionnaire topographique, historique et statistique de la Sarthe, t. 1, 1829. Réédition Paris : Lorisse, 1999.

    p. 480
  • PRADE, Marcel. Les ponts monuments historiques. Poitiers : Brissaud, 1988.

  • RAIMBAULT, R.-N. Le Maine illustré. Angers : Editions Ch. Hirvyl, s. d.

    p. 228
  • VALLÉE, Eugène. Dictionnaire topographique du département de la Sarthe, comprenant les noms de lieux anciens et modernes, revu et publié par R. LATOUCHE. Paris, Imprimerie nationale, 1952.

Périodiques
  • ROBVEILLE, Alphonse, FROGER, Louis. "La communauté d'habitants de Pont-de-Gennes". La Province du Maine, 1908.

    p. 310-311
  • ROBVEILLE, Alphonse. FROGER, Louis. "La communauté d'habitants de Pont-de-Gennes" (suite et fin). La Province du Maine, t. 17, 1909.

    p. 26

Liens web

(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Pays du Perche sarthois - Barreau Pierrick
Barreau Pierrick

Chercheur auprès du Pays du Perche sarthois jusqu'en octobre 2020. Depuis novembre 2020, chercheur auprès du Conseil départemental de la Mayenne.


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