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Place du Général-Leclerc

Dossier IA72058933 réalisé en 2019

Fiche

Œuvres contenues

Appellationsplace du Général-Leclerc
Parties constituantes non étudiéesfontaine, monument aux morts
Dénominationsplace
Aire d'étude et cantonPays du Perche sarthois - La Ferté-Bernard
AdresseCommune : Tuffé Val de la Chéronne
Adresse : place du
Général-Leclerc
Cadastre : 1836 D2 Non cadastré. ; 2019 AC Non cadastré.

La place est le cœur historique de Tuffé, la naissance du carrefour dont les axes structurent l’agglomération, le lieu où prennent place l’église paroissiale, le prieuré et le cimetière, le centre du commerce local. Son histoire est donc intimement liée aux origines du bourg de Tuffé et remonte sans doute au milieu du Moyen Age. C’était avant tout l’emplacement des foires et marchés, qui se tenaient de manière très épisodique (voir annexe). L’espace était d’ailleurs restreint puisque, d’après le plan terrier de la baronnie levé entre 1757 et 1759, les deux tiers de la place étaient occupés par le cimetière paroissial Saint-Pierre ou "grand cimetière de Tuffé". Une halle en bois dont on sait peu de choses se trouvait sur la portion restante, elle fut démolie à la fin du XVIIIe siècle bien que dite réparée à neuf en 1754 : elle ne figure d’ailleurs pas sur la liste des biens nationaux de la commune dressée à la Révolution. La place voit également l'exécution de la justice de la baronnie avec la présence d'un poteau pour le carcan des humiliations publiques. Au début du XIXe siècle, le cimetière qui n’est déjà plus utilisé depuis plusieurs décennies est supprimé afin d’agrandir la place.

Dans son dictionnaire des communes de la Sarthe, Pesche décrit le bourg de Tuffé en commençant par sa « vaste place, passablement régulière, formée, en partie, au dépend de l’ancien cimetière, sur laquelle se trouve l’église paroissiale et quelques maisons d’assez belle apparence, dont plusieurs auberges ». En effet, les hôtels et auberges sont alors nombreux à Tuffé et particulièrement sur la place et la Grande rue. On trouve ainsi sur la place, au XVIIIe siècle, en plus du bâtiment des hôtes du prieuré, les enseignes du Coq Hardi, de l’Écu, du Pot d’Étain et un peu plus loin du Chêne Doré. Au cours du XIXe siècle ou au début du XXe siècle, un hôtel-restaurant, le seul aujourd’hui en activité, prend place dans la porterie de l’ancien prieuré, sous l’enseigne l’Oiseau Couronné (actuellement auberge de l’Abbaye). La place concentre toujours l’essentiel des commerces de Tuffé, boulangeries, épicerie, cafés, restaurants, graineterie, comme c’était déjà le cas sur les nombreuses cartes postales du début du XXe siècle.

Les maisons qui bordent la place sont pour la plupart anciennes, comme en témoignent encore certains éléments à l'arrière ou à l'intérieur. Mais les façades antérieures sont toutes reconstruites ou remaniées au cours des XIXe et XXe siècles. La place, nivelée en 1843, ne fait pas l’objet d’un plan d’alignement d’ensemble : les dispositions des façades, le long du chemin de grande communication n°7 (Grande rue et rue de la gare) et du chemin d’intérêt commun n° 59 (rue de l’Étang) sont arrêtées respectivement en 1841 et 1904. La précocité du premier plan d’alignement par rapport au second explique sans doute l’homogénéité du côté ouest de la place par rapport au côté sud : en effet, les maisons y sont très semblables dans la forme et la régularité des ouvertures, de même hauteur et ornées de corniches continues, ce qui souligne une volonté évidente d’harmonisation, dans un laps de temps assez resserré au milieu du XIXe siècle. Par exemple, en 1857, l’administration autorise l’avancement simultané des façades des maisons n°2 rue Fresnet et n°6 de la place, ainsi placées dans la continuité du n°5. Une telle rigueur n’a pas prévalu du côté sud de la place dont les maisons ont conservé leurs volumes anciens et disparates.

En 1870, la place fait l'objet d'un nouveau nivellement et d'un empierrement. Elle dispose d'un éclairage public au gaz hydrocarburé à partir de 1899, puis électrique en 1913. En 1922, le monument aux morts y est édifié : le piédestal en granite d’Alençon est élevé par l’entrepreneur Maurice Montreuil, qui y scelle la statue du Poilu en fonte bronzée commandée sur catalogue et fournie par les établissements Jacomet à Villedieu (Vaucluse). L’édicule, d'abord central, sera déplacé à deux reprises. En 1948, la place alors dite de l’église prend le nom de place du Général Leclerc. Suite à la suppression de la bascule publique, une réfection de la place est réalisée en 1962, conduite par M. Galbrun métreur. Le dernier réaménagement a lieu en 2007 et la place, plantée de quelques arbres, est pourvue d’une fontaine représentant la Velue, monstre légendaire de la vallée de l’Huisne, bronze de la fonderie d’art Philippe Macheret aujourd'hui à Montfort-le-Gesnois, sculpté par Philippe Ménard assisté de Régis Dudé.

Période(s)Principale : Moyen Age, milieu 19e siècle
Secondaire : 3e quart 20e siècle, 1er quart 21e siècle
Dates2007, daté par source

Au centre du bourg de Tuffé et au croisement des principales rues, la place du Général Leclerc présente une forme approximativement rectangulaire. Toutefois, cette perception est rompue par les maisons de l’angle sud-ouest, entre la Grande rue et la rue Fresnet, qui s’avancent fortement par rapport aux autres. La place, plantée de quelques arbres et ornée du monument aux morts et d’une fontaine, est bordée à l’est par l’église et au nord par les anciens bâtiments du prieuré (porterie, bâtiment des hôtes). Le long des côtés sud et ouest s’alignent des maisons à un étage, avec devanture commerciale au rez-de-chaussée. Celles du côté sud présentent des volumes et des dispositions hétérogènes. A l’inverse, les maisons du côté ouest, de part et d’autre de la rue Fresnet, sont groupées sous une même toiture et une même corniche filante, avec des ouvertures de taille identique disposées en travées régulières. On y trouve néanmoins quelques fantaisies, comme une lucarne en pierre de taille ouvragée ou un garde-corps en ferronnerie représentant deux lyres de part et d’autre d’une rose.

État de conservationbon état, remanié
Statut de la propriétépropriété publique

Annexes

  • Les anciens cimetières de Tuffé.

    Le cimetière paroissial originel de Tuffé, dit cimetière Saint-Pierre, occupait la plus grande partie de la place du Général Leclerc, au pied de l’église. Il est ainsi figuré sur le plan terrier du prieuré dressé entre 1757 et 1759. Dans un second temps, au début du XVIIIe siècle ou antérieurement, un second lieu d’inhumation fut ouvert à la périphérie du bourg, au carrefour de la Croix Blanche (actuellement carrefour des rues de la Mairie et des Promenades). Prélevé sur les terres de la métairie de la Nouette, dépendant du prieuré, il figure sur le même plan, sous le nom "grand cimetière de Tuffé", bien que de taille modeste. Dans les déclarations rendues au prieuré, il est dit que ce second lieu d’inhumation a été donné par les religieux à la fabrique "à la charge de faire édiffier dedans dix ans après la donation une chapelle avec un hôtel [autel] pour servir de reposoir le jour de la Fête-Dieu, et faire prière et oraison pour les dits sieurs religieux tant ledit jour, que toutes les fois qu’on ira en procession audit cimetière et de les recommander et déclarer fondateurs et bienfaiteurs d’icelui".

    Au XVIIIe siècle, le cimetière du centre-bourg n’est probablement plus guère utilisé. En 1775, il est question d’en prélever les trois grilles de fer pour fabriquer une clôture pour le chœur de l’église. A l’époque de la Révolution, on y cesse les inhumations et on le supprime au début du XIXe siècle pour agrandir la place publique et l’espace dévolu au marché. Mais très rapidement, le second cimetière devient trop exigu et dès les années 1800, une nouvelle translation est déjà sérieusement envisagée. Il faut attendre 1819 pour qu'il soit agrandi par l’acquisition d’un terrain voisin, et entouré de murs en remplacement de simples haies et fossés.

    Ce répit n’est que de courte durée puisque l’élargissement des routes, à partir du milieu du XIXe siècle, vient progressivement grignoter l'espace disponible. En 1844 déjà, l’évêque menace d’interdire le cimetière car un pan de la clôture a été abattu pour le redressement de la route de Tuffé à Vouvray (actuelle rue de la Mairie), créant un certain émoi dans la commune. En 1851, il est de nouveau frappé d’alignement de l’autre côté (actuelle rue des Promenades). Les habitants, choqués par l’indécence de leur cimetière, réclament l’intervention de l’évêque : "il n’existe pas un cimetière aussi scandaleusement honteux pour l’humanité". Malgré son état déplorable, sa petitesse et sa proximité avec les habitations, il faut passer les tergiversations de la municipalité et attendre 1853 pour que la translation soit déclarée d’utilité publique. Plusieurs terrains sont envisagés, mais c’est finalement un terrain offert par le comte de Chavagnac, châtelain de Chéronne, qui est choisi au nord du bourg, près du lieu-dit Le Millery. Les travaux sont réalisés en 1855.

    La dernière sépulture à l’ancien "grand cimetière" aurait été réalisée en 1864. L’emplacement est partiellement revendu en 1878, pour financer les campagnes de restauration et d’embellissement de l’église. L’année suivante, le cafetier Jules Royan s’engage à débarrasser le terrain des ossements qui seront placés dans une fosse au nouveau cimetière. D’après les matrices cadastrales, une maison est édifiée à cet emplacement semble-t-il dès 1882. Néanmoins, pour perpétuer le souvenir du cimetière, le conseil de fabrique propose d’établir une croix ou un monument religieux : "ce serait pour certaines cérémonies religieuses un lieu de station respectable et édifiant". La présence d’un calvaire à cet emplacement est attestée par un document de 1902, qui précise qu’il fut placé suite à une mission. La croix actuelle n’est pas antérieure à la 1ère moitié du XXe siècle.

  • Histoire des foires et marchés de Tuffé.

    Selon le cartulaire de l’abbaye Saint-Vincent du Mans, le marché fait partie des donatons de Hugues Doubleau à l’abbaye (puis prieuré) qu’il refonde au XIe siècle. La foire annuelle, qui se tient selon les époques à l’Assomption ou à la Saint-Pierre, et le marché hebdomadaire du jeudi ou du vendredi, dont les moines du prieuré perçoivent les revenus (« droict de prendre sur les marchans estallans en icelle foire les estaillages conficaons et coustumes selon la coustume de pays de Mayne »), sont d’importance manifestement secondaire à l’échelle locale et semblent s’être tenus de manière très épisodique : ceux de Montfort-le-Rotrou et de Bonnétable, bien plus achalandés, leur imposaient une forte concurrence et ce dès l’origine. Déjà, en 1207, Rotrou, seigneur de Montfort et de Bonnétable, perdait un procès et faisait amende honorable après avoir tenté d’étouffer, de son propre aveu, les foires et marchés de Tuffé en interdisant à ses vassaux de Connerré et de Sceaux-sur-Huisne d’y payer les droits dus aux moines, voire même de s’y rendre.

    Les archives du prieuré font état des difficultés des moines à maintenir l’activité commerciale dans le bourg, qui connaît de longues interruptions. En février 1614, des lettres patentes du roi Louis XIII suivies d’un arrêt du parlement tentent de relancer les foires et le marché de Tuffé : trois foires se tiendront ainsi les lendemains de la Saint-Pierre et de l’Assomption, et à la Sainte-Catherine. Quant au marché, le jeudi, « on y vend et y vendra toutes sortes de marchandises accoutumées d’être vendues dans les meilleurs marchés, scavoir grains, bestiaux, toiles, étoffes, chanvre, mercerie, etc, le tout avec une entière liberté, sans aucune taxe ». Le boisseau (unité de mesure du grain) utilisé à Tuffé est variable selon les époques et étalonné sur celui du Mans, de Bonnétable ou de Montfort. Les foires et marchés peinent à perdurer et font l’objet de multiples tentatives de relance par les moines dont certaines sont citées dans les archives : en 1723, en 1749, après une suspension de plus de vingt ans, puis à nouveau en 1771. Selon une statistique de 1797, il se tient à cette époque deux foires par an, où il se vend toutes sortes de bestiaux et de denrées.

    Au XIXe siècle, les foires et marchés sont tout aussi épisodiques que sous l'Ancien Régime. Les délibérations du conseil municipal indiquent tantôt leur existence, tantôt leur absence qui porte préjudice à la commune, l'un des seuls chefs-lieux de canton sarthois qui en soit dépourvu. Les habitants se rendent alors à Bonnétable, et dans une moindre mesure, à Montfort, Pont-de-Gennes ou La Ferté-Bernard pour s’approvisionner. En 1897, un pont à bascule pour le pesage des voitures, bestiaux ou denrées, d’une portée de six tonnes, est aménagé sur la place par M. Mitsche-Anfray, « mécanicien breveté ». Il y demeurera jusqu’à la construction d’un nouveau poids public près de la gare, en 1962. La population connaissant une forte croissance, notamment avec l’implantation de la fonderie en 1918, un arrêté préfectoral de 1926 entérine l’ouverture du marché (jusqu’ici réservé aux denrées et volailles) aux bestiaux et la création de trois nouvelles foires annuelles, le jeudi avant le dimanche gras, le jeudi le plus proche du 24 juin, le troisième jeudi de novembre. Au cours du XXe siècle, les foires périclitent et disparaissent et le marché est progressivement réduit à sa plus simple expression, notamment face à la forte concurrence de celui de Connerré, d’accès plus facile.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de la Sarthe ; non classé. 1793-1915 : délibérations du conseil municipal de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; B 5678. 1724, 23 août : procès-verbal pour l’étalon du boisseau à utiliser sur le marché de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 6 F 39. Collection Esnault, commune de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 7 F 28. Papiers Menjot d'Elbenne, prieuré de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 13 F 1115. Collection Calendini, commune de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; H 201. 1636-1764 : livre de raison du prieuré de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; H 206. 1624-1742 : domaines du prieuré de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 8 M 119. 1797-1926 : foires et marchés de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 2 O 372/9. 1922-1923 : monument aux morts de Tuffé. 1897-1923 : bascule publique de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 111. 1838-1925 : chemin de grande communication de Vouvray-sur-Huisne à Alençon, commune de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 1660. 1828-1923 : voirie urbaine, commune de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 3 P 370. Matrices cadastrales, registres des augmentations et diminutions de construction de Tuffé.

  • Archives municipales de Tuffé Val de la Chéronne, 1 M 25. 1922-1925 : monument aux morts.

  • Archives municipales de Tuffé Val de la Chéronne ; 1 D 1 à 11. 1915-2003 : délibérations du conseil municipal de Tuffé.

Documents figurés
  • 1922 : plan de la place de Tuffé dressé en vue de l'érection du monument aux morts. (Archives départementales de la Sarthe ; 1 FP 722).

  • 1757-1759 : plan terrier du prieuré de Tuffé. (Archives départementales de la Sarthe ; 2 Mi 139).

  • 1857 : plan dressé en vue de la mise à l'alignement de maisons sur la place de Tuffé. (Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 1660).

  • 1831 : plan cadastral napoléonien de Tuffé. (Archives départementales de la Sarthe ; PC\370).

  • Plan du piédestal et photographie de la statue du monument aux morts, s.d. [1922 ?]. (Archives municipales de Tuffé Val de la Chéronne ; 1 M 25).

  • Collections de cartes postales et de photographies anciennes, commune de Tuffé Val de la Chéronne. (Collection particulière).

Bibliographie
  • CHARLES, R. Abbé, MENJOT D'ELBENNE, Samuel. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Vincent du Mans (ordre de saint Benoît), publié et annoté. Mamers : imprimerie Fleury, 1886-1913.

  • PESCHE, Julien-Rémy. Dictionnaire topographique, historique et statistique de la Sarthe, t. 1, 1829. Réédition Paris : Lorisse, 1999.

    t. 6, p. 395, 397, 401-402
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Pays du Perche sarthois - Barreau Pierrick
Barreau Pierrick

Chercheur auprès du Pays du Perche sarthois jusqu'en octobre 2020. Depuis novembre 2020, chercheur auprès du Conseil départemental de la Mayenne.


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