Dossier IA49010694 | Réalisé par
Moulins des Moulins à vent, actuellement maison, 10 chemin des Moulins, Fontevraud-l'Abbaye
Auteur
Rousseau Bruno
Rousseau Bruno

Photographe auprès du Conseil départemental de Maine-et-Loire - Conservation départementale du patrimoine jusqu'en 2018.

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Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général
  • (c) Conseil départemental de Maine-et-Loire - Conservation départementale du patrimoine

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Fontevraud-l'Abbaye - Montsoreau - Saumur-Sud
  • Commune Fontevraud-l'Abbaye
  • Lieu-dit Moulins à Vent
  • Adresse 10 chemin des Moulins
  • Cadastre 1813 G 173 à 182 ; 2009 G 209, 210
  • Dénominations
    moulin
  • Précision dénomination
    moulin à vent, moulin à farine, moulin à cavier
  • Appellations
    moulins des Moulins à Vent
  • Destinations
    maison
  • Parties constituantes non étudiées
    remise, jardin, puits

Le site est notable tant du fait de la concentration de moulins-caviers qui y furent en activité (jusqu'à 5 au milieu du XIXe siècle), qu'en ce qu'il présente le cas de moulins jumelés liés par une arche. Une telle liaison permettait en effet au meunier de pouvoir passer aisément de l'un à l'autre de ses moulins afin d'ajuster les voiles au plus vite lorsque le vent changeait.

Cet ensemble est aussi à signaler du fait de la documentation relative à ses premiers moulins, notamment toisé de 1667 et marché de construction de 1791 (avec plan).

Une vue de Fontevraud datée de 1699, issue de la collection de François-Roger de Gaignières, montre qu'à cette date un moulin occupait déjà ce site de léger promontoire exposé aux vents : il s'agit du moulin dit des Chaffaux, construit en 1667 pour la graineterie de l'abbaye de Fontevraud par l'architecte René Mauberger à la demande de Jeanne-Baptiste de Bourbon (abbesse de 1637 à 1670) ; il est aujourd'hui à l'état de vestiges.

L'un des deux moulins encore conservés en élévation porte la date de 1712 (pierre aujourd'hui resculptée à partir du modèle originel) ; ce moulin, second construit sur le site, plus à l'est, fut dit Moulin Neuf. Sur un plan de 1747, ce sont en effet deux moulins qui sont figurés à cet emplacement, que l'on distingue alors dans les documents du temps soit par leurs noms, soit en indiquant que le premier (à l'ouest) est du côté de Beaurepaire quand le second (à l'est) est du côté de la Lisandière. Ils étaient baillés à ferme par l'abbaye de Fontevraud.

Ces moulins, confisqués comme biens nationaux relevant de l'abbaye, furent vendus en 1791 à M. Picard, pour la somme de 6.800 lt.

Leur ancien fermier, Louis Perrotteau, décida alors la construction d'un nouveau moulin sur le même site, au sud-est des deux autres, dont il passa marché en 1791 et qui dut être achevé en 1792 (nous l'appellerons moulin Perrotteau). Construit par l'entrepreneur en maçonnerie Antoine Rouiller, ce troisième moulin fonctionna jusqu'en 1882, date après laquelle il ne fut plus imposé (devenu dépendance agricole ?).

On voit ainsi trois moulins sur le cadastre de 1813.

C'est au milieu du XIXe siècle que le site connut la plus forte activité. En effet, entre 1824 et 1834, René Denis Picard, qui possédait déjà le "Moulin Neuf" fit, immédiatement au nord de celui-ci, élever un autre moulin (dit "Moulin Picard" ou "Picard-2"). Dès cette construction ou dans les années qui suivirent, il relia ses deux moulins au moyen d'une arche.Ce sont les deux moulins qui subsistent encore en élévation.

Enfin, René Bertrand et sa femme Marie née Ernoult choisirent d'édifier, à l'est du vieux Moulin des Chaffaux qu'ils possédaient déjà, un nouveau moulin (appelons le Moulin Ernoult-Bertrand) entre 1830 et 1837.

Vers 1840-1850, le site est donc occupé par cinq moulins à vent.

Dès les années suivantes, cependant, les archives cadastrales mentionnent que certains de ces moulins sont abandonnés : en 1852, il semblerait que ce soit le cas du moulin Ernoult-Bertrand, puis en1853 c'est le moulin Picard qui est déclaré "détruit" (il n'est que désaffecté, son mécanisme étant ensuite redéployé dans le Moulin Neuf qui fonctionne donc un temps avec deux paires de meules). Plus tard, vers 1882, le Moulin Perroteau devient dépendance agricole, puis en 1897-1900 le Moulin Neuf est converti en habitation.

Au début du XXe siècle, le seul moulin resté en activité, le vieux Moulin des Chaffaux, cessa à son tour de fonctionner. Dans l'entre-deux-guerres, le site n'offre plus à voir que des vestiges, plusieurs des masses étant ruinées, dont celle du Moulin Perroteau qui s'effondre en 1935 du fait de fortes pluies survenues alors que l'on avait déchargé ses voûtes de leur couvrement de terre en vue de les couvrir de ciment.

Dans un état d'abandon, deux des moulins du site (le Moulin Neuf et le Moulin Picard) furent restaurés dans le dernier quart du XXe siècle pour être transformés en habitation. Des fragments d'élévation des trois autres sont toujours visibles sur le site des Moulins à Vent, qui ne forme désormais qu'une seule propriété.

Au sommet d'une éminence qui, à 106m d'altitude, domine le territoire de Fontevraud-l'Abbaye, le site des Moulins à Vent est particulièrement bien exposé aux vents. Limité aux seules familles de meuniers qui y vécurent jusque dans la première moitié du XXe siècle, ce site resta en effet longtemps celui d'un habitat isolé, précisément à cause d'une telle exposition, mais sans doute aussi du fait du difficile et coûteux accès à l'eau : certainement creusé à la demande de l'abbesse lors de la construction du premier moulin (1667), le seul puits qui s'y trouve n'atteint la nappe phréatique qu'à une profondeur de 55m.

Les cinq moulins à vent qui furent construits sur ce site sont tous des moulins-caviers, hors-sol, à farine. Un seul dispose encore de son massereau et de fragments de sa charpenterie (Moulin Neuf). Les masses de deux de ces moulins (Moulin Neuf et Moulin Picard) sont cependant conservées en totalité et celles des trois autres à l'état de vestiges plus ou moins lisibles.

Moulin des Chaffaux (parfois aussi appelé Moulin Picard-1)

Construit dans la partie ouest du site actuel, il n'en reste que des vestiges. La masse devait être constituée de plusieurs salles voûtées (dénommées « caves » dans un moulin-cavier) : le départ d'une voûte d'axe est-ouest est encore visible. Pris dans la maçonnerie d'un actuel appentis, un contrefort cornier, marque l'extension nord-ouest de ce moulin. Le mur sud, encore en élévation (aujourd'hui compris dans une remise), est renforcé par des contreforts extérieurs, autrefois destinés à contrebuter les poussées des voûtes. Ce mur présente, en façade, un blocage de moellons de tuffeau, mais côté intérieur il est paré d'un moyen appareil de tuffeau. Par ailleurs, il est percé de trois baies, à encadrement appareillé avec arrière-voussure réglée, segmentaire à base horizontale. Ce moulin, dont on conserve le toisé de livraison en 1667, est ainsi d'une belle facture : il est dû à René Mauberger, maître-architecte fontevriste établi au carrefour des Ormeaux, qui œuvra sur d'autres chantiers pour l'abbaye, comme l'autel de l'église Saint-Lazare (1665) ou les aménagements des jardins de l'abbesse (1674).

Moulin Neuf (ou Moulin de la Lisandière, ou Moulin Brémont)

Au centre du site, restauré, c'est ici le moulin le mieux conservé. Le parement extérieur est construit en moellons de tuffeau, avec un moyen appareil réservé à la seule façade (restaurée, où la date portée à été reproduite « à l'identique ») ; à l'inverse, le parement intérieur est presqu'intégralement en moyen appareil de tuffeau. Des contreforts extérieurs (épaissis lors des restaurations), confortent les murs. Cette maçonnerie, massive, n'est percée que de baies réduites et peu nombreuses. La masse de ce moulin est constituée de huit caves, dont deux de distribution et six destinées à l'habitat (au sud) ou aux activités agricoles et au stockage (au nord). La cave ouest se prolonge pour former une avancée en façade, où est pratiquée la porte d'entrée au moulin. L'étroite cave de distribution nord est divisée en hauteur par un plancher, autrefois accessible par un escalier en charpente ; depuis ce niveau, on accède par un escalier intérieur en maçonnerie, couvert d'une voûte, sur le toit de la masse, ce qui permettait de rejoindre la hucherolle depuis l'intérieur du moulin. Au sud-ouest, la cave à usage de cuisine dispose d'une cheminée dans le fond de laquelle a été pratiqué l'ouverture d'un four à pain, qui flanque le mur sud-ouest du moulin. Sur ce four s'appuie l'escalier extérieur en maçonnerie qui permet de monter sur la masse. Un pressoir était installé dans la cave nord-est qui disposait d'une jetée à raisin à pan incliné, pratiquée dans le mur nord, ainsi que d'un accès extérieur à l'est ; cette cave fut réutilisée en étable. Dans l'angle nord-ouest, une écurie fut accolée au moulin avant 1769 ; elle fut détruite vers 1977.

Ces caves entourent la tour du massereau, qui accueillait les meules et une partie du mécanisme, dont il ne reste que la huse (ou pivot creux), creusée dans un tronc d'arbre, les racineaux (ou liens obliques) et la sole. Un massereau, maçonné, coiffe l'ensemble ; la hucherolle a disparu. À l'issue des restaurations, le remblai de terre qui chargeait les voûtes a été remplacé par un toit à longs pans en bac acier.

Une arche permet de communiquer de la masse de ce moulin à celle du Moulin Picard (ou Picard-2).

Moulin Perroteau (ou Moulin Rabidaud)

Ce moulin se trouve à l'est du site. Ruiné et aujourd'hui envahi par la végétation, il n'en reste qu'un court pan du mur sud, en moellons de tuffeau, percé d'une porte et où l'on discerne le départ d'une voûte d'axe est-ouest. On dispose d'une meilleure connaissance de sa structure grâce à un plan, document rarissime, établi en 1791 lors du marché passé entre le meunier Perroteau et l'entrepreneur en maçonnerie Antoine Rouiller. Il se composait ainsi de sept caves, articulées autour de la tour du massereau, dont quatre principales d'axe est-ouest. En partie sud, où la façade était percée de baies, se trouvaient deux pièces à cheminée qui accueillaient les espaces habités, alors que la partie nord de la masse devait accueillir des espaces de travail ou des dépendances ; l'entrée se faisait en façade orientale par deux portes. La cave nord-est disposait d'un escalier intérieur, sans doute en maçonnerie et sur voûte, permettant de monter depuis les salles jusqu'à la plateforme de la masse et à la hucherolle. Un autre accès devait aussi se faire par une échelle de meunier depuis l'étroite cave nord communiquant à la salle des meules. Un bâtiment qui devait sans doute abriter des dépendances supplémentaires, sous la forme de quatre petites salles en enfilade, vint plus tard flanquer la masse, le long du mur ouest du moulin.

Moulin Picard (ou Picard-2)

Au nord du site, restauré, c'est un moulin assez bien conservé. De plan polygonal, sa masse est construite en tuffeau, avec alternance de moyen appareil (à l'ouest, du côté de l'accès au bâtiment) et de moellons (à l'est) ; le parement intérieur est intégralement en pierre de taille. Construit comme second moulin du meunier du Moulin Neuf, il ne paraît pas avoir compté d'espace réservé à l'habitat et les trois caves qui y sont ménagées semblent liées uniquement à la production. À l'est, on trouve ainsi une large salle voûtée d'axe nord-sud, au centre, une autre, parallèle à la première, donne accès à une large tour du massereau couverte d'une coupole, assez basse, d'où part une plus étroite cave d'axe est-ouest. Cette petite salle, divisée en hauteur par un plancher, comporte une fenêtre, en bas, mais aussi une porte au niveau haut, laquelle ouvre sur le palier d'un escalier extérieur. Celui-ci, en pierre, est à double-volée en équerre, à montées divergentes puis parallèles, et permet d'accéder au toit de la masse. Afin d'y monter également depuis la cour, un escalier en charpente à volée droite (disparu) permettait d'accéder au palier de cet escalier extérieur. Autrefois chargée de terre, la masse est aujourd'hui couverte d'un toit polygonal en bac acier.

L'absence de massereau s'explique par le fait que celui-ci fut arasé et son emplacement fermé d'une calotte formant les quatre assises sommitales de l'actuelle coupole. Tracé sur le mur oriental du moulin, un graffiti qui figure une hucherolle sur massereau pourrait représenter son état initial. Ce moulin fut tôt (voire dès l'origine ?) relié au Moulin Neuf par une arche formant pont entre les toits deux des masses. Fermée en partie basse par des vantaux, cette arche formait aussi un portail au devant de l'enclos des deux moulins.

Moulin Ernoult-Bertrand (ou moulin Picard-3)

Édifié entre le Moulin des Chaffaux et le Moulin Neuf, au centre-est du site, ce moulin a aujourd'hui presqu'entièrement disparu et il semble n'en rester qu'un pan du mur sud, en moellons de tuffeau, aujourd'hui compris dans une remise. Son plan est connu par un relevé de 1980 (cf. Compéra et Rouaud), où l'on discerne au centre une tour du massereau, environné de six caves. Les trois principales sont d'axe est-ouest et les espaces habitables (avec salle à cheminée), dotés de fenêtres, sont situés au sud.

  • Murs
    • moyen appareil
    • moellon
  • Toits
    métal en couverture
  • Plans
    plan massé
  • Étages
    en rez-de-chaussée
  • Couvrements
    • coupole
    • voûte en berceau
  • Couvertures
    • toit polygonal
    • toit à longs pans
    • appentis
  • Escaliers
    • escalier intérieur : escalier droit en charpente
    • escalier hors-œuvre : escalier droit en maçonnerie
    • escalier hors-œuvre : escalier en équerre en maçonnerie
  • Énergies
    • énergie éolienne
  • Statut de la propriété
    propriété privée

Documents d'archives

  • AD Maine-et-Loire. 5 E 38 / 138. Notaires. Procès verbal du toisé du Moulin à vent des Chaffaux par frère Michel Evrard, religieux convers, grainetier de l'abbaye de Fontevraud (15 avril 1667).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 38 / 188. Notaires. Prolongement de bail à ferme d'un moulin à vent proche de la Lizandière (27 septembre 1737, reçu Me Serin).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 38 / 216. Notaires. Bail à ferme d'un moulin à vent (9 avril 1779, reçu Me Hocbocq).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 38 / 216. Notaires. Bail à ferme du moulin à vent des Chaffaux (19 décembre 1784, reçu Me Hocbocq).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 38 / 219. Notaires. Prolongement de bail à ferme dedeux moulin à vent (15 décembre 1789, reçu Me Boullet).

    AD Maine-et-Loire. 1 Q 210. Biens nationaux. District de Saumur ; biens de la 1ère origine ; procès-verbaux d'estimation : Fontevraud, ff°75-81 (1790-1791).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 38 / 32. Notaires. Marché de construction d'un moulin à vent, avec plan du moulin (14 octobre 1791).

    AD Maine-et-Loire. 3 P 5 / 146 / 1. Cadastre. Etat des sections : parcelles G-174, G-178, G-178-bis, G-181 et G-181-bis.

    AD Maine-et-Loire. 3 P 5 / 146 / 2. Cadastre. Augmentations-diminutions (année fiscale 1842) ; matrices : pages 131 ; 215 ; 233 (puis 260) ; 487.

    AD Maine-et-Loire. 3 P 5 / 146 / 3. Cadastre. Matrices : pages 366, 696 ; 706 ; 721 ; 732 ; 740 ; 839.

    AD Maine-et-Loire. 3 P 5 / 146 / 4. Cadastre. Matrices : pages 1073.

    AD Maine-et-Loire. 3 P 5 / 146 / 6. Cadastre. Matrices : pages 1544.

    AD Maine-et-Loire. 3 P 5 / 146 / 8. Cadastre. Matrices : cases 28 ; 304 ; 320 ; 434.

Bibliographie

  • COMPERA, Alain, ROUAUD, Anne. Moulins caviers en Saumurois : reconversion des moulins caviers. Mémoire pour l'obtention du diplôme de l'Unité Pédagogique d'Architecture de Nantes, Ecole d'Architecture de Nantes, 2 volumes, 1980.

    pp. 128-131
  • CUSSONNEAU, Christian. Le moulin-cavier, un moulin angevin. Les Cahiers del'A.M.A., Association des Amis des Moulins de l'Anjou, Angers, avril 2006.

    n° 9, pp. 36-37 et 61
  • SAVETTE, Paul-Alexandre (colonel). Les moulins à vent de Saumur et des environs. L'Hôpital général ou Hôtel-Dieu de Saumur. Imp. Girouard et Richou, Saumur, 1934.

Annexes

  • Annexe n°1
Date d'enquête 2010 ; Dernière mise à jour en 2010
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général
(c) Conseil départemental de Maine-et-Loire - Conservation départementale du patrimoine
Articulation des dossiers