Dossier d’œuvre architecture IA53004355 | Réalisé par
Barreau Pierrick (Contributeur)
Barreau Pierrick

Chercheur auprès du Pays du Perche sarthois jusqu'en octobre 2020. Depuis novembre 2020, chercheur auprès du Conseil départemental de la Mayenne.

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  • enquête thématique départementale, rivière Mayenne
Manoir, puis ferme, le Grand-Mesnil
Auteur
Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Mayenne - Villaines-la-Juhel
  • Commune Pré-en-Pail-Saint-Samson
  • Lieu-dit le Grand-Mesnil
  • Cadastre 1838 C2 9 11  ; 2021 ZH 56
  • Précisions anciennement commune de Saint-Samson
  • Dénominations
    manoir
  • Destinations
    ferme
  • Parties constituantes non étudiées
    dépendance, cour, four à pain, motte

Une histoire fragmentaire

Peu de documents d’archives ont été retrouvés concernant directement l’histoire du manoir du Grand Mesnil, et pour cause, ces papiers auraient été brûlés par les fermiers vers 1878. On relève la mention la plus ancienne dans le cartulaire de l’abbaye mancelle Saint-Pierre de la Couture datée de 1263, où sont évoquées les dîmes de la paroisse de Saint-Samson et du fief du Grand-Mesnil : "in majori decima parrochie Sancti Sansonis in Deserto […] in decima de feodo de Magno Mesnillio". La toponymie même du lieu, "Grand-Mesnil" pouvant être traduit par grand domaine ou grande habitation, indique un logis seigneurial au moins dès cette époque. On ignore tout des aménagements qui pouvaient alors exister, néanmoins on relève sur le plan cadastral de 1838 une étonnante parcelle circulaire tout près de la rivière Mayenne, au sud-est du manoir actuel, dont on peut estimer le diamètre à une trentaine de mètres ; on devine aujourd'hui à cet emplacement la trace d'un relief sans doute artificiel. L'hypothèse d’une ancienne motte castrale, témoignant de l’ancienneté du site seigneurial (vers le XIe siècle ?), semble tout à fait recevable. Le fossé aurait été alimenté directement en eau par la Mayenne, comme c'était le cas pour d'autres mottes attestées dans le nord du département, comme aux Mortiers ou à Torcé à Ambrières-les-Vallées.

Mais il faut se contenter, à bien des égards, des travaux de l’abbé Angot, qui trouve le manoir cité à partir du XVe siècle, sous le nom de Mesnil-Saint-Georges (?), puis Mesnil-Samson. Cette seigneurie était vassale de celle de Resné, située actuellement commune de Lignières-Orgères. Elle appartenait à la famille Le Royer jusqu’à la fin du XVIIe siècle : à cette époque, la fille unique de René Le Royer, Catherine-Thérèse, épouse René-Brandelis de Champagne, marquis de Villaines-la-Juhel. Désormais rattaché au château de la Chasse-Guerre à Hardanges, le Grand-Mesnil passe avec lui par mariage aux Choiseul-Praslin, qui en font semble-t-il une demeure de campagne, puis aux Talleyrand-Périgord (branche cousine du célèbre ministre), qui en étaient propriétaires à la levée du cadastre napoléonien en 1838.

Un manoir de type "pavillon"

La dendrochronologie a permis de dater les solivages des planchers des années 1632-1634, époque à laquelle il appartenait à Claude le Royer (mort en 1636). Le manoir tel qu'il se présente date donc du 2e quart du XVIIe siècle, ce que confirment le choix de la forme du pavillon, l'escalier rampe-sur-rampe, les grandes ouvertures rectangulaires, les cheminées, les boiseries du salon et les traces de peintures sur les poutres de la chambre. On relève également, sur le bâtiment accolé au logis (cuisine), la date 1674, mais il n'est pas certain que celle-ci soit à son emplacement primitif. Néanmoins, les arrachements très visibles sur certains pans de mur indiquent que le pavillon reprend très certainement une construction antérieure. De plus, un prélèvement isolé dans une poutre a fourni une datation, jugée peu fiable, autour de 1487. Ces maigres indices pourraient indiquer une possible construction du manoir précédent à la fin du XVe siècle, à l'issue de la guerre de Cent Ans.

Les constructions n’ont guère évolué depuis la levée du cadastre de 1838 : on y retrouve le logis actuel et les dépendances disposées en L. Outre l'hypothétique motte castrale, on y voit également dans l'environnement du manoir l’étang du moulin aménagé sur le cours de la Mayenne, ainsi qu’une langue d’eau et un fossé s’avançant aux pieds du manoir, aujourd’hui disparus. Il est toutefois difficile d’y reconnaître les douves citées par l’abbé Angot, s’agissait-il véritablement d’un système de défense ou bien d’irrigation des jardins, parterre, vergers et pépinière, mentionnés dans l’état de section du cadastre ? L’abbé Angot et l’instituteur Richard précisent vers 1900 qu’une promenade plantée de charmilles faisait le tour de la demeure. Sur la retenue de l’étang était placé le moulin banal, dont il ne reste que de maigres vestiges. Le domaine possédait une chapelle Saint-Magloire, dite en ruine à la fin du XVIIIe siècle et totalement disparue par la suite. La cloche, replacée au XIXe siècle sur les toits du logis des Cosnardières à Villaines-la-Juhel, présente une inscription indiquant que cette chapelle avait été rebâtie en 1662. En complément de ces informations, le manoir apparait sur l’atlas de Trudaine du XVIIIe siècle (section de la route de Paris à Rennes par Alençon) : on y voit, représentés de manière très schématique, le "château du Grand-Mesnil", l’étang, le moulin et le bois du Mesnil qui devait également relever de la seigneurie.

Du manoir à la ferme

A la Révolution, la propriété échappe à la saisie des biens nationaux. Le prince de Talleyrand-Périgord, puis la comtesse de Mérode, résidant respectivement à Paris et à Bruxelles, sont propriétaires au cours du XIXe siècle. Les bâtiments sont alors réaffectés à l’usage de ferme. Le moulin est reconstruit et le logis remanié en 1862, selon une mention portée au registre des matrices cadastrales en 1865. Les dépendances sont remaniées à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle et pourvues d'ouvertures à encadrements en briques.

L’abbé Angot, lors de la rédaction de son dictionnaire topographique (années 1900), a effectué deux visites au Grand-Mesnil. A la première, il le décrit ainsi : "Le vieux logis, aujourd’hui maison de ferme, comprend deux petits corps de bâtiments d’inégale hauteur et un lourd pavillon ; fenêtres grillées, porte sculptée d’accolade et d’écusson fruste. Dans une salle basse servant de cellier est une belle cheminée en bois sculpté de feuillages encadrant le Jugement de Salomon. La première épilogue de Virgile a fourni le sujet d’un joli dessus de porte". A la seconde visite, le Jugement de Salomon avait disparu, de même que la plupart des grilles aux fenêtres (il n'en subsiste qu'une). Les derniers éléments de décor, parmi lesquels des têtes sculptées sur une cheminée, ont malheureusement été vendus à la fin du XXe siècle par un antiquaire. Certaines ouvertures, remaniées sans ménagement à l'époque de la ferme (grande baie percée dans la façade de la cuisine notamment), ont depuis été restaurées pour redonner son cachet à l’ensemble. plus récemment, une souche de cheminée et les épis de faîtage ont été restitués, une partie de la couverture a été refaite.

  • Période(s)
    • Principale : 15e siècle, 17e siècle, 3e quart 17e siècle , (incertitude)
    • Secondaire : limite 19e siècle 20e siècle, limite 20e siècle 21e siècle
  • Dates
    • 1674, porte la date

Le manoir est édifié près de la Mayenne qui, encore proche de sa source, n’est ici qu’un ruisseau. Hormis l’étang et peut-être les traces d'une motte castrale, il ne reste rien de très lisible des abords du manoir (fossés, jardins, charmilles, moulin, chapelle). En revanche, le logis et les dépendances, construits en moellons de granite et couverts d’ardoise, ont été préservés.

Le logis se présente sous la forme d'un gros pavillon flanqué au sud d'une courte aile abritant l'escalier. Les ouvertures principales se trouvent sur les faces les plus étroites, orientées à l'est et à l'ouest : il s'agit de grandes fenêtres dont une a conservé sa grille, côté ouest. La plus large façade, au nord, ne présente qu'une grande fenêtre à l'étage, pourvue d'un appui mouluré. Cette curieuse orientation de l'édifice (absence d'ouverture vers le sud et la rivière) est peut-être tributaire du manoir antérieur ou de l'organisation initiale des jardins. L'accès à l'intérieur se fait par une porte placée dans l'axe de l'escalier, dont l'encadrement est décoré d'un motif triangulaire, entre accolade et fronton, où s'inscrit un écusson fruste ou bûché. L'arc de décharge est formé d'une alternance de blocs de grès roussard et de granite. Les autres ouvertures sont de petites baies, entièrement ou partiellement chanfreinées, pour certaines ultérieures à la construction. Le pavillon est coiffé d'une corniche en bois. L'aile de l'escalier est flanquée de deux bâtiments de taille décroissante, la premier étant vraisemblablement l'ancienne cuisine et le second un cellier (?).

L'intérieur du pavillon conserve ses volumes d'origine, bien que la trace de divisions intermédiaires par des cloisons en pan-de-bois subsiste. Une partie des boiseries de la salle du rez-de-chaussée est conservée, notamment l'habillage de la cheminée, dépouillé du tableau qui en ornait le trumeau. Le manteau mouluré est surmonté d'une frise de feuillages ; la cheminée est couronnée d'une corniche à denticules. Un placard à sel est visible à droite. L'escalier en bois, rampe sur rampe, se développe autour d'un mur central en maçonnerie. La chambre, dont la porte est chanfreinée, présente une imposante cheminée en granite dont la hotte, couronnée d'une corniche, est supportée par des pilastres grossièrement striés et des consoles moulurées. L'empreinte d'un décor peint apparait sur certaines poutres (motifs végétaux stylisés et perles, médaillons ?). Dans le comble, la charpente du pavillon semble être restée intacte depuis sa mise en œuvre. Les faux entraits, supportant des pannes à encoches, sont fixés sur deux poinçons aux angles abattus avec des marques d'assemblage. Au rez-de-chaussée, l'ancienne cuisine est accessible depuis la cage d'escalier par une porte chanfreinée à linteau segmentaire. Une cheminée à linteau en bois et consoles sculptés est visible.

Les dépendances, converties en habitation, forment un plan en L et sont pourvues d'encadrements d'ouvertures en briques. Les portes alternent avec des fenêtres cintrées. Le four est couvert de tuiles plates.

  • Murs
    • granite moellon
  • Toits
    ardoise
  • Étages
    rez-de-chaussée, 1 étage carré
  • Couvrements
    • charpente en bois apparente
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • toit en pavillon
  • Escaliers
    • escalier hors-œuvre : escalier tournant à retours sans jour en charpente
  • État de conservation
    bon état, restauré
  • Techniques
    • sculpture
    • peinture
    • menuiserie
  • Représentations
    • ornement en forme d'objet, écu
    • ornement végétal, feuillage
  • Précision représentations

    Écu sculpté au linteau de la porte principale.

    Boiseries de la cheminée de la salle ornée d'un rang de feuillages.

    Traces de peintures à motifs végétaux sur les poutres de la chambre.

  • Statut de la propriété
    propriété d'une personne privée

Documents d'archives

  • Archives départementales de la Mayenne ; 3 P 430-431, 724, 1649. Matrices cadastrales, registres des augmentations et diminutions de construction de la commune de Saint-Samson, XIXe-XXe siècles.

  • Archives départementales de la Mayenne ; MS 80/20-7. Monographie communale de Saint-Samson, par l'instituteur Richard, 1899.

Bibliographie

  • ANGOT, Alphonse (abbé). Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne. Laval : Goupil, 1902.

  • ANGOT, Alphonse. La Mayenne : sites, monuments et souvenirs du département.

  • Cartulaire des abbayes Saint-Pierre de la Couture et Saint-Pierre de Solesmes / publié par les Bénédictins de Solesmes. Le Mans : Monnoyer, 1881.

  • DAVELU, Pierre-François. Répertoire topographique et historique du Maine. [Ouvrage manuscrit]. 1766-1774

  • Le patrimoine des communes de la Mayenne. Paris : Éditions Flohic, 2002.

  • LE PAIGE, André-René. Dictionnaire topographique, historique, généalogique et bibliographique de la province et du diocèse du Maine. Le Mans : Toutain, 1777.

  • Saint-Samson hier et aujourd'hui [brochure].

    p. 7
Date d'enquête 2021 ; Date(s) de rédaction 2021
(c) Conseil départemental de la Mayenne
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général
Barreau Pierrick
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Chercheur auprès du Pays du Perche sarthois jusqu'en octobre 2020. Depuis novembre 2020, chercheur auprès du Conseil départemental de la Mayenne.

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