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Hôpital de la Sainte-Famille de Madame de Montespan, actuellement maisons, 1 rue de la Corderie, Fontevraud-l'Abbaye

Dossier IA49010720 réalisé en 2010

Fiche

Les vestiges de l'ancien hôpital de la Sainte-Famille forment aujourd'hui des bâtiments dissociés, très remaniés, souvent mal identifiés et peu mis en valeur. Toutefois, il s'agit d'un ensemble remarquable, dont les lignes directrices sont encore nettement perceptibles et qui marque de son empreinte la partie ouest du bourg de Fontevraud-l'Abbaye.

Associés à l'histoire de l'abbaye et, en deux temps, à celle de la cour de France, ces bâtiments sont un élément majeur du patrimoine fontevriste et mériteraient un surcroît d'intérêt et d'attention.

Appellationshôpital de la Sainte-Famille de Madame de Montespan ou écuries de Mesdames de France
Destinationsmaison
Parties constituantes non étudiéesmaison, cour, jardin
Dénominationshôpital
Aire d'étude et cantonFontevraud-l'Abbaye - Montsoreau - Saumur-Sud
AdresseCommune : Fontevraud-l'Abbaye
Adresse : 1 rue de la
Corderie
Cadastre : 1813 E 20 ; 2009 G 145

La fondation de l'hôpital de la Sainte-Famille

Célèbre favorite de Louis XIV dont elle eut plusieurs enfants légitimés, Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart (1640-1707), par ailleurs épouse de Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, est la sœur de l'abbesse de Fontevraud Marie Madeleine Gabrielle de Rochechouart de Mortemart (1645-1704, abbesse de 1670 à sa mort). Dès 1681, début de sa disgrâce à Versailles où elle est supplantée dans le cœur du monarque et surtout compromise dans le scandale de l'Affaire des poisons, Madame de Montespan entreprend de fonder une institution charitable à Fontevraud-l'Abbaye, l'Hôpital de la Sainte-Famille.

La fondation est destinée à l'accueil des "pauvres vieillards et petites filles de la paroisse dudit Fontevraud et lieux circonvoisins". Elle est dotée d'une rente annuelle de 400 livres constituée sur un capital de 8.000 livres (cf. Savette, qui s'appuie sur des archives conservées à Oiron, dans les Deux-Sèvres, voir bibliographie). Une maison qui se trouve près du clos des Chaffaux, lieu-dit situé à l'ouest du cimetière et du Clos-Bourbon, est choisie pour y établir l'hôpital, après d'importants travaux. Madame de Montespan suit la construction des bâtiments au cours des nombreux séjours qu'elle passe à Fontevraud auprès de sa sœur.

Le premier aménagement réalisé est un puits (toujours en place) creusé en 1681-1682 au milieu de l'aire où devait s'élever ensuite l'hôpital ; un tel équipement était en effet indispensable pour un ensemble de bâtiments devant accueillir plusieurs dizaines de personnes.

Madame de Montespan fait ensuite transformer l'édifice qui préexistait sur le site. En 1682-1683, cette bâtisse est réparée et agrandie pour abriter la communauté issue des Filles de la Charité qu'elle veut y établir et qui viennent de la maison de Saint-Lazare des soeurs de Saint-Vincent-de-Paul, à Paris. Avant que les travaux n'en soient terminés, les soeurs résidèrent un temps dans le presbytère de l'église paroissiale Saint-Michel, le prêtre s'étant retiré dans les bâtiments du vicariat.

C'est dans le prolongement oriental du premier édifice qu'entre 1687 et 1689 Madame de Montespan fait construire le Gros pavillon, où sont très certainement transférés ses appartements.

En 1691, les bâtiments destinés à accueillir les pensionnaires de l'hôpital sont en construction. Ils sont achevés en 1693 et on peut en voir les ailes nord et est sur la vue de la collection Gaignières dessinée en 1699. Une dernière aile était vraisemblablement prévue à l'origine pour clore la grande cour à l'ouest, mais elle ne fut jamais édifiée. L'hôpital, encadré par onze soeurs de la Charité et relevant de l'évêché de Potiers, semble avoir été conçu pour abriter une centaine de nécessiteux, dont les premiers sont accueillis dès 1691 (cf. Savette). Leur extrême misère et leur mauvais état de santé se perçoivent à la lecture des registres paroissiaux qui mentionnent, entre 1692 et 1694, le décès à l'hôpital d'une soixantaine de personnes, essentiellement des personnes âgées ou des enfants.

Outre les constructions qu'elle entreprend, Madame de Montespan acquiert progressivement quelques hectares de terres voisines, en prenant dans ses propres fonds ou dans ceux de sa fille, Mademoiselle de Blois, fille légitimée de Louis XIV et future duchesse d'Orléans, qui séjourna aussi à Fontevraud dans son jeune âge. Un acte de 1694, parmi d'autres, témoigne de ce que ces acquisitions ont pour but d'"employer à quelque travail non seulement les pauvres hommes demeurants dans ledit hospital qui se pouront trouver en estat de travailler, mais encore quantité de pauvres mandiants et nécessiteux de ladite paroisse qui le plus souvent sont errands et vagabonds par ce qu'ils manquent d'occupation et par conséquent de subsistance à cause des guerres et de la disette généralle des années passés qui ont mis beaucoup de monde hors d'estat de faire travailler les pauvres et leur faire gaigner leur vie ; Madite Dame de Montespan avoit proposé à Madite Dame abbesse sa soeur de donner encore, comme elle a cy devant fait, quelques pièces de terre en frisches et qui ne sont d'aucuns rapport à ladite abbaye afin d'employer lesdites pauvres à les desfrischer et mettre en estat d'y pouvoir semer du bled planté de la vigne ou du bois taillis selon que la nature de la terre le pourra permettre" (1694).

Démantèlement de l'hôpital de la Sainte-Famille

Tout en conservant de bonnes relations avec sa soeur, Madame de Montespan prend peu à peu ses distances avec l'abbaye de Fontevraud. Un acte de donation de 1697, par lequel elle s'engage à léguer tous les bâtiments et domaines de son hôpital de Fontevraud à l'abbaye, témoigne des tensions qui sont progressivement survenues entre les Filles de la Charité et les moniales fontevristes : "beaucoup de personnes religieuses de la communauté ayans tesmoigné de la répugnance à l'esgard de l'hospital de la Sainte Famille dans le temps que je travaillois à y assurer du fonds, cela m'a fait changer de conduite, et plutost que de leur donner la peine après ma mort de détruire ce que j'avois eu de mon costé bien de la peine à establir, je les laisseray libres d'en user comme il leur plaira quand je ni seray plus, donnant toutes les acquisitions que j'ay faites pour les pauvres aux Dames abbesses et couvent, me réservant l'usage de tous ces lieux ma vie durant".

En 1700, Madame de Montespan acquiert le château d'Oiron (Deux-Sèvres), au nom de son fils le duc d'Antin, mais en en ayant la jouissance jusqu'à sa mort. En 1701, elle décide de faire construire à Oiron un nouvel hôpital de la Sainte-Famille, pour y transférer, dès 1703, la communauté des Filles de la Charité qu'elle avait installée à Fontevraud. Cette fondation est approuvée par l'évêché de Poitiers le 3 juillet 1704 et sur les 100 pensionnaires qu'elle souhaite y voir secourus, 6 places sont réservées à des pauvres venant de Fontevraud. Cette nouvelle fondation est l'occasion de revenir sur les causes de ce transfert et la marquise use ici de propos nuancés, invoquant des motifs spirituels pour expliquer l'abandon du site de Fontevraud, "cet hopital n'estant ny decretté ny autorizé de lettres patentes", voire évoquant à mots couverts la concurrence caritative ressentie par les religieuses fontevristes : "l'on s'en peut passer dans ce lieu par le moyen des aumosnes qui sont suffisament fournies par ladite abbaye pour l'assistance des pauvres".

Après le départ des Filles de la Charité, quelques pauvres continuent un temps à résider dans les bâtiments de l'hôpital de Fontevraud, au moins jusqu'en 1705. L'abbesse Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart de Mortemart meurt en 1704 et sa soeur, Madame de Montespan, en 1707. Les bâtiments de l'hôpital de Fontevraud passent à l'abbaye, selon les dispositions prévues en 1697 par la marquise et confirmées par son fils, Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d'Antin en 1707. Signe supplémentaire de ce que la coexistence entre les filles de la Charité et les religieuses fontevristes n'avait sans doute pas été des meilleures, les bâtiments de l'hôpital sont en grande partie détruits dans les années qui suivent, sans doute vers 1710.

Le Gros pavillon, qui posait sans doute un problème particulier par son implantation à cheval sur la clôture, est notamment presque entièrement jeté à terre et l'enceinte abbatiale reprend son tracé initial. Seul un pan de mur de l'angle sud-est du pavillon est conservé (avec la porte couverte d'un arc plein-cintre et l'inscription dédicatoire de Madame de Montespan) pour être transformé en remise incluse dans le Clos Bourbon. L'aile sud-ouest semble avoir été intégralement détruite.

Quelques travées sud de l'aile est furent détruites rapidement, sans doute pour rétablir le chemin de Fontevraud à Saix dans son tronçon du carrefour des Ormeaux aux Lizandières.

Toutefois l'essentiel des ailes de l'hôpital fut préservé. C'est vraisemblablement leur disposition originelle très fonctionnelle, présentant travées habitées et travées de dépendances qui permit à l'abbaye de Fontevraud de réutiliser ces bâtiments pour d'autres fins. Les dépendances accueillirent assez naturellement des écuries à usage de l'abbaye ainsi que des remises à carrosses, tandis que les parties habitées furent alloties par les abbesses et, au moins dès 1713, baillées à des fontevristes comme logements de dimensions diverses selon le nombre de travées allouées. À cette occasion, de premiers remaniements y furent réalisés qui transformèrent progressivement le site. Ainsi, en 1713, l'abbesse Louise de Rochechouart de Mortemart baille à Joseph Pelletier une habitation "qui aura la longueur de 20 pieds", comptant deux pièces en rez-de-chaussée couvertes d'un grenier en appentis et "faisant partie d'une plus grande estendüe de bastimens", à charge pour lui d'élever "un mur pour séparer ladite seconde chambre dans le surplus dudit bastiment".

L'abbesse fait délimiter dans la cour un chemin commun (18 pieds de large) pour desservir ces habitations ainsi qu'une allée (4 pieds de large) pour accéder au puits commun, le reste de la cour étant divisé en jardins.

Écuries de Mesdames de France

Le plan dit de 1740 (qui doit être postérieur à cette date) comme la minute de l'Atlas Trudaine de 1747 nomment encore "l'hôpital" ou "l'hospice" le site, qui se résume aux ailes est et nord. Sur le plan dit de 1762, par contre, les deux bâtiments sont désignés comme étant les écuries de Mesdames de France. En effet, lorsque les filles cadettes de Louis XV et de Marie Leczinska séjournent entre 1738 et 1750 à l'abbaye de Fontevraud, leurs équipages sont abrités dans les écuries des abbesses, au sein des anciens bâtiments de l'hôpital de la Sainte-Famille. Outre les écuries déjà disponibles, des travaux virent alors la conversion d'une partie des bâtiments voire leur reconstruction puisqu'une mention de 1756 précise qu'un bâtiment avait "été édifié pour mettre les chevaux de Mesdames de France et apartenant à ladite abbaye".

D'après un descriptif établi plus tard, sous la Révolution, ces écuries semblent avoir pu accueillir entre vingt et trente chevaux.

Par ailleurs, un petit corps de bâtiment englobant le puits est érigé dans la cour, vraisemblablement au milieu du XVIIIe siècle, mais il est détruit quelques décennies plus tard (le puits étant conservé, à nouveau à l'air libre).

De la fin du XVIIIe à nos jours

Comprise dans le Clos-Bourbon, la remise qui conserve le seul pan de mur de l'ancien Gros pavillon, avec l'arc portant la dédicace de Madame de Montespan, est décrite dans un état relativement dégradé après le démantèlement de l'abbaye : en 1795 les parties hautes des murs sont à reprendre et la couverture du toit, jusqu'alors en tuiles, est à refaire. Vendue comme bien national avec l'ensemble des biens qui composent le Clos-Bourbon, la remise connaît alors d'importantes transformations et est convertie en habitation (attestée en 1813). Au sud, la porte en plein-cintre est murée, des planchers sont établis pour créer des étages et la maison, construite en partie à l'aide d'éléments en remploi, tourne désormais sa façade principale vers le nord, sur rue. Vers 1839, c'est au cours de la révision du tracé de la route de Fontevraud-l'Abbaye à Loudun, qui ampute le Clos de son angle nord-ouest, que cette maison est isolée du reste de la parcelle.

Identifiée comme vestige du Gros pavillon et de l'hôpital de la Sainte-Famille (souvent, par erreur, davantage pour les lucarnes en remploi de sa façade principale que pour la façade postérieure conservant l'inscription dédicatoire), cette maison est assez tôt revêtue d'un intérêt patrimonial.

Au sein des ailes nord et est, l'abbaye avait arrenté certaines travées à des habitants, mais elle en avait conservées d'autres en gestion directe, à usage d'écuries. Celles-ci sont saisies au titre des biens nationaux durant la Révolution française et partiellement occupées par la maréchaussée avant d'être vendues à des particuliers. Par la suite, les anciens bâtiments de l'hôpital connaissent des transformations. Les quelques écuries et dépendances qui subsistaient sont converties progressivement en habitations. Plusieurs travées sont profondément remaniées, courant XIXe siècle (2, rue de l'Hôpital ou 25, impasse des Moulins) et jusqu'au dernier quart du XXe siècle (angle des deux ailes aux 15-17, impasse des Moulins). Des maisons ont, par ailleurs, été élevées aux XIXe et XXe siècles sur les parcelles qui formaient l'ancienne cour.

Ces "vestiges de l'ancien hospice de Madame de Montespan avec ses écuries-communs" sont inscrits sur la liste supplémentaire des monuments historiques par arrêté préfectoral du 6 mars 1998.

Période(s)Principale : 4e quart 17e siècle
Principale : 1er quart 18e siècle
Principale : 2e quart 18e siècle
Secondaire : 2e moitié 18e siècle
Secondaire : 19e siècle
Secondaire : 20e siècle
Secondaire : 1er quart 21e siècle
Auteur(s)Auteur : Auteur inconnu attribution par source
Personnalité : Montespan Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart-de Pardaillan de Gondrin, marquise de
Montespan Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart-de Pardaillan de Gondrin, marquise de
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Inachevé, l'hôpital de la Sainte-Famille fondé par Madame de Montespan est connu par les vestiges qui en sont conservés, mais aussi par la documentation ancienne qui permet d'en faire une présentation générale. Les données utilisées ici proviennent du fonds d'archives de l'abbaye de Fontevraud (Archives départementales de Maine-et-Loire), de plans et documents iconographiques dont les plus sollicitées sont les vues de la collection de François-Roger de Gaignières datées de 1699 (Bibliothèque nationale de France) et d'informations de seconde main tirées de diverses publications (principalement celle du colonel Paul-Alexandre Savette).

Le Gros pavillon de Madame de Montespan et l'aile sud de l'hôpital

Vestiges actuels

En façade postérieure de la maison du 1, rue de la Corderie, est conservé le principal élément encore en élévation de la partie sud de l’hôpital. Il s’agit d’un pan du mur du rez-de-chaussée du Gros pavillon de Madame de Montespan. Constitué d’une maçonnerie en moyen appareil de calcaire, il était percé d’une large porte (aujourd’hui en grande partie obstruée) qui ouvrait au sud sur le Clos-Bourbon et dont l’arc, conservé, porte au front l’inscription dédicatoire suivante : LE JOVR DE ST BERNARD 1687 MADAME DE MONTESPAN / ESTANT ICI A FAIT COMMENCER CE BA[S]TIMENT / [...] MEME JOVR DE ST BERNARD 1689 ESTANT REVENVE VOIR MDE SA SOEVR ELLE A FAIT / PRESENT DE CET HERMITAGE A LA COMMVNAVTE [ET L’A A]CCOMPAGNE D’VNE LOTTERI[E]. Cette inscription encadrait une large clef au front de laquelle on discerne encore les vestiges bûchés d’un décor héraldique ou d’un monogramme.

Si cette arche et ce pan de mur sont les principaux vestiges du Gros pavillon, d’autres éléments semblent en subsister également dans les maçonneries de l’actuelle maison, comme la façade orientale en moellons, qui doit correspondre à un mur de refend, et quelques pierres de taille d’une chaîne ou jambe à l’angle nord-est.

Après la destruction du Gros pavillon, vers 1710, les quelques pans de mur conservés en rez-de-chaussée dans l’enceinte du Clos-Bourbon sont remaniés en une remise dont l’entrée correspond à l’arc portant l’inscription, ce qui lui vaut d’avoir été préservé. Après la Révolution et la vente des bâtiments de l’abbaye, la remise est remaniée en habitation : la grande porte sud est murée, des niveaux de plancher sont établis pour créer un étage-carré et un comble à surcroît couvert d’ardoises avec lucarnes en remploi et une nouvelle façade principale est établie au nord, sur rue. Un escalier droit extérieur en maçonnerie est construit pour desservir l’étage-carré depuis la rue, mais il est supprimé plus tard, par procédure d’alignement. L’ensemble de ces transformations sont lisibles dans les diverses reprises de maçonnerie de cette maison, jusqu’aux baies aux lignes modernes qui y ont été percées au début du XXIe siècle. Les bâtiments fondés ici par Madame de Montespan sont donc difficiles à restituer à partir des quelques éléments que l’on y voit encore en élévation, mais la documentation permet de mieux les évoquer.

Le Gros pavillon et l'aile sud de l'hôpital vers 1700

Le Gros pavillon et, à l’ouest, le corps attenant qui formait l’aile sud de l’hôpital, abritaient les chambres, locaux conventuels et salles de service de la communauté des Filles de la Charité ainsi que le logis de Madame de Montespan.

Une présentation de ces corps de bâtiments tels qu’ils sont illustrés par les dessins de la collection de François-Roger de Gaignières, réalisés en 1699, peut être tentée ici tout en rappelant qu’il s’agit uniquement de l’analyse de sources iconographiques qui peuvent être sujettes à caution. De par sa hauteur, sa situation et son architecture, le Gros pavillon paraît avoir été l’élément le plus imposant de l’Hôpital — d’où son nom. Édifié à cheval sur le mur de clôture du Clos-Bourbon il est figuré comme étant composé d’un corps d’angle plus haut que les ailes attenantes, avec rez-de-chaussée, deux étages carrés et un étage de comble couvert d’un toit d’ardoises à longs pans brisés et vraisemblablement à croupe (cf. vue Gaignères prise depuis le sud), sommé d’un édicule (campanile ou lanternon). Les vues de la collection Gaignières permettent de penser que les appartements de ce pavillon étaient, jusqu’au second étage carré, articulés avec les deux premières travées de l’aile ouest et correspondaient sans doute à une même campagne de construction. Le rez-de-chaussée ouvrait en façade sud par une large porte couverte d’un arc en plein-cintre (conservée, cf. plus haut) qui permettait l’accès depuis le Clos-Bourbon. Une rampe semblait également permettre d’y accéder depuis une parcelle situées au sud-ouest, dans le prolongement du Clos-Bourbon et qui appartenait au domaine de l’hôpital. Comme le rez-de-chaussée, le premier étage carré disposait sans doute de baies au sud et à l’est. Le deuxième étage carré, qui semble avoir dominé de sa hauteur l’ensemble des bâtiments attenants accueillait vraisemblablement les appartements de Mme de Montespan. Selon les vues de la collection Gaignières, cet étage se distinguait nettement : il était séparé du premier étage carré par un bandeau de niveau et ce qui devait être la chambre principale ouvrait au sud par une large fenêtre à deux vantaux donnant sur un balcon, point de vue d’où l’on pouvait contempler le paysage environnant et surtout les jardins de Bourbon sans être vu depuis les habitations du bourg. À cet étage, il semble que l’on devait aussi trouver des baies en façade nord, donnant sur la cour centrale de l’hôpital. Le comble, habitable, présente sur ces images trois lucarnes à fronton-pignon en façade sud, une en façade est et devait aussi en disposer en façade nord ; on devait également y trouver un accès vers le campanile ou lanternon sommital figuré sur les deux vues.

L’aile sud comprenait des parties bien distinctes, relevant de phases de construction différentes. Les deux travées à l’ouest du Gros pavillon, on l’a vu, durent être élevées en même temps que celui-ci alors que les travées plus à ouest correspondaient à la première campagne de construction. L’homogénéisation de ces deux parties semblait ne se faire qu’au niveau du toit.

Cette aile fut conçue pour abriter la communauté des Filles de la Charité. Cette partie ouest de l’aile résultait de travaux de réparations, en 1682-1683, d’un bâtiment préexistant, acquis par Mme de Montespan dans les premiers temps de son projet. La présence de contreforts sur la vue de Gaignères devait être due soit au confortement de ces anciennes maçonneries, soit au fait que l’oratoire de la communauté qui s’y trouvait devait être voûté.

Ailes nord et est de l'hôpital, puis maisons et écuries

Le long ensemble de bâtiments, à plan en L, qui s’étire de la rue de la Corderie à l’impasse des Moulins forme, dans le paysage fontevriste, le vestige le plus notable de l’ancien hôpital de la Sainte-Famille. En partie amputés et remaniés dès le début du XVIIIe siècle et à nouveau au milieu de ce même siècle, ces bâtiments connurent diverses affectation, devenant en partie des logement, mais aussi des écuries. Quelques unes des maisons qui le composent sont des éléments tardifs, qui n’existaient pas à l’origine (bâtiments d’angle du 15-17, impasse des Moulins) ou qui ont été très fortement transformés depuis le XVIIIe siècle (25, impasse des Moulins ; 2, rue de l’Hôpital). Les deux ailes étaient à l’origine dissociées, mais furent prolongées au fil du temps et pour former aujourd’hui un édifice unique, mais composite et entièrement tronçonné en habitations indépendantes. Seule une analyse fine de l’ensemble des maçonneries pourrait permettre de restituer l’état initial de ces ailes, mais quelques éléments peuvent ici être pointés.

Lors de la fondation de l’hôpital par Madame de Montespan, ces deux ailes furent conçues pour accueillir les nécessiteux, vieillards ou petites filles, pensionnaires de l’hôpital. Elles n’étaient pas reliées l’une à l’autre et l’angle nord-est de la parcelle n’était pas bâti. Par contre, l’aile orientale semble avoir été initialement accotée au Gros pavillon ; le tracé du chemin du carrefour des Ormeaux (actuelle place Bernard-Triquier) aux Lizandières, qui traversait auparavant ce secteur, avait en effet été déplacé pour contourner l’hôpital.

L’aile nord, qui s’adosse à une rue, n’a pas nécessité d’aménagements spécifiques, au contraire de l’aile orientale qui occupe la partie haute d’un site dont la pente a été englobée dans le soubassement de l’édifice. Celui-ci abritait des caves, qui plus tard purent être aménagées en dépendances ouvrant à l’est sur des terrains qui ne relevaient pas de l’hôpital, mais de l’abbaye.

Ces bâtiments, de plan allongé, mesuraient plus de 90 mètres de long par 5,5 à 6,5 mètres de large pour l’aile est et environ 50 mètres de long par 5,5 mètre de large pour l’aile nord.

Le gros œuvre est en moellons de tuffeau, quelques jambes raidissent les maçonneries sans que leur présence ne soit systématique au fil des élévations. On peut noter que le gouttereau sur rue de l’aile nord présente toutefois une mise en œuvre plus complexe en partie basse, avec un solin de moellons de perrons (conglomérat silico-gréseux) surmonté de quelques assises de moyen appareil.

Le toit est couvert d’ardoises, selon un marché passé en septembre 1690. Le couvrement de ces ailes semble dès l’origine avoir été en appentis : ce terme est en effet utilisé dès 1705 dans des descriptions de l’hôpital et il désigne précisément les combles de plusieurs des travées de ces ailes, dès 1713, dans des documents postérieurs au démantèlement de la fondation de Madame de Montespan. À en croire la vue de la collection de Gaignères, la pente du toit serait alors tournée vers l’extérieur de la cour (plusieurs tronçons de l’édifice en ont aujourd’hui inversé le sens).

Les bâtiments présentent de nos jours de nombreuses baies, la plupart résultant de percements tardifs, mais on aussi distingue quelques éléments anciens : portes et de fenêtres couvertes de plates-bandes ou arcs en plein-cintre. Le colonel Savette ne mentionne comme originelles que ces baies en plein-cintre et indique qu’elle étaient dotées d’un vitrage avec porte, mais le coût de ces surfaces vitrées et surtout la faible isolation thermique de tels espace rendent cette proposition incongrue pour un logement destiné à des nécessiteux. Il semblerait plutôt que ces larges portes couvertes d’un arc correspondent à des dépendances. Par ailleurs, on peut distinguer parmi elles deux types qui pourraient correspondre à deux phases d’aménagement : quelques arcs sont ainsi dotés d’un rouleau très épais, qui semblent contemporains des maçonneries d’origine, alors qu’un plus grand nombre de ces baies en plein-cintre sont couvertes d’arcs à claveaux plus fins (c’est notamment le cas de tous les arcs de l’aile nord) et paraissent relever de reprises en sous-œuvre.

Les façades de ces ailes de l’hôpital tournées vers l’extérieur semblent avoir été aveugles à l’origine. Ainsi, l’aile nord ne devait pas compter de baies en façade postérieure sur rue, ni au rez-de-chaussée ni en partie haute où les vestiges de portes passantes des combles sont des reprises. De même, les maçonneries de l’aile est, bien conservées, n’en présentent aucune trace ; celles que l’on voit donc là sur la vue de la collection de Gaignières doivent correspondre à une erreur du dessinateur (comme l’est sans doute aussi l’absence de cheminées sur les toits de ces ailes).

Selon le colonel Savette (cf. bibliographie), l’aile est abritait 24 chambres et l’aile nord 14 chambres, chacune conçue pour loger deux pensionnaires. Ces chiffres sont peut-être à prendre avec précaution, notamment du fait de ce que ces ailes devaient donc aussi accueillir des dépendances liés au fonctionnement de l’hôpital (resserres, remises voire étables) et n’étaient ainsi pas exclusivement à usage d’habitation.

Les combles en appentis de ces ailes devaient servir au stockage. Il est possible qu’aient existé dès le départ des liaisons verticales pour passer du rez-de-chaussée au comble. On trouve une mention, en 1718, d’un degré en bois à cet usage, sans que l’on puisse savoir si cet escalier intérieur est d’origine ou s’il fut aménagé après le démantèlement de l’hôpital, lorsque ces bâtiments furent divisés et baillés comme habitations individuelles. Ces combles devaient aussi être accessibles depuis la cour intérieure, mais un bon nombre des actuelles portes hautes qui percent les façades sur cour semblent résulter de reprises. Dans la partie centrale de l’aile orientale plusieurs de ces portes forment toutefois un ensemble qui paraît homogène : assez haut placées, elles sont sur un même alignement (au niveau des linteaux, car les parties basses sont remaniées) et alternent assez régulièrement avec les jambes qui scandent le haut des gouttereaux. Ces caractéristiques ne se retrouvent pas sur d’autres tronçons, très remaniés, mais en partie sud de cette aile on trouve la trace de mêmes baies, murées ou qui semblent se distinguer sous des enduits.

Les parties hautes de l’aile nord, par contre, ne présentent pas les mêmes dispositions : les gouttereaux sont ici moins élevés et la distribution des portes hautes sur cour semble plus aléatoire. Il est à noter que cette aile semble avoir été reprise, au moins en partie, lors de l’installation des écuries de filles de Louis XV, vers 1738-1750, ce qui pourrait expliquer les quelques différences qu’elle présente avec l’aile est.

On retrouve de telles ressemblances teintées d’hétérogénéité dans la mise en œuvre des superbes alignements de pigeonniers qui se trouvent à l’articulation des deux niveaux de l’élévation.

Des centaines de boulins (sans doute initialement près de quatre cents) animent en effet les deux ailes, sur quatre rangées (aile est) ou deux rangées (aile nord) encadrées deux par deux de perchoirs très saillants. Il est difficile d’estimer la date à laquelle ils furent établis : dès l’origine par Madame de Montespan, ou bien lorsque l’abbaye de Fontevraud réinvestit le site, voire lorsque les bâtiments accueillent les écuries des filles de Louis XV ?

En premier lieu, l’examen des maçonneries autour des blocs de petit et moyen appareil qui constituent ces alignements de boulins ne permet pas de repérer clairement des traces de reprises, ce qui pourrait indiquer une présence originelle. Toutefois, les travées sud de l’aile orientale sont dépourvues de ces boulins, ce qui manque d’homogénéité. En outre, la mise en œuvre des maçonneries paraît plus irrégulière en partie basse des gouttereaux qu’au dessus des alignements de boulin. Ce n’est, par exemple, qu’en partie haute des seules travées de l’aile est où se trouvent les boulins que l’élévation est raidie par des jambes, dont l’emplacement est d’ailleurs parfois étonnant et montre que les parties basses aussi ont pu être reprises en sous-œuvre (jambes à l’aplomb d’un arc).

De telles différences peuvent traduire soit des changements de parti architectural survenus lors de la construction originelle au fil des phases de construction, soit le fait que l’établissement de ces pigeonniers ait été réalisés plus tardivement avec une reprise générale des parties hautes de ces bâtiments. Par ailleurs, le nombre de boulins est si important qu’il ne peut convenir ici qu’au possesseur d’un très grand domaine foncier (environ deux pigeons par hectare, soit ici autour de deux cents hectares de terre selon la coutume d’Anjou). Si Madame de Montespan acquit des terres pour doter l’Hôpital, leur superficie restaient modestes et un tel ensemble foncier ne semble donc pouvoir désigner que l’abbaye de Fontevraud. La réalisation de ces pigeonniers pourrait ainsi correspondre davantage à l’appropriation de ces bâtiments par l’abbaye, après 1707. Deux hypothèses peuvent alors être proposées : les parties hautes de la plupart de ces bâtiments furent reprises soit lorsque les abbesses démantèlent l’hôpital pour en bailler des bâtiments en habitations et en réaffecter d’autres à leur usage, dans les années 1708-1712, soit lorsqu’en 1738-1750 ces ailes furent à nouveau remaniées partiellement pour accueillir les équipages des filles de Louis XV. Dans les deux cas, les travaux pourraient n’avoir affecté qu’une partie du site, ce qui permettrait d’expliquer pourquoi les alignements de boulins ne se trouvent pas sur la totalité des façades.

Une étude plus approfondie d’archéologie du bâti serait à conduire pour mieux cerner les étapes de transformations de ces ailes de l’hôpital.

Cour de l'hôpital

Lors du démantèlement de l’hôpital et du partage des ailes en habitations, l’ancienne cour fut divisée en jardins, allotis et baillés en même temps. Un certain nombre de ces parcelles sont aujourd’hui bâties, les autres étant demeurées des jardins individuels. Les murets de séparation de ces actuels jardins conservent des blocs en réemploi provenant peut-être de la déconstruction des bâtiments de la Sainte-Famille (volutes sculptées, etc.).

Au sein de l’ensemble se trouve toujours le puits de l’hôpital creusé en 1682. Une voie de desserte intérieure permet d’accéder aux bâtiments : prise sur l’ancienne cour et longeant les façades des deux ailes, elle succède à l’allée commune, pavée, mise en place par l’abbaye après la suppression de l’hôpital et qui permettait un accès individuel aux travées habitées. De même, un embranchement, moins large, permet depuis cette chaussée d’assurer un accès commun au puits, héritage des clauses des baux concédés par l’abbaye à partir de 1713.

Murscalcaire
enduit
moyen appareil
petit appareil
moellon
Toitardoise
Étagesétage de soubassement, rez-de-chaussée, 2 étages carrés, comble à surcroît
Couverturestoit à longs pans
appentis
pignon découvert
Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler
Protectionsinscrit MH, 1998/03/06

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Maine-et-Loire. 5 E 38 / 4 Notaires. Achat de terres à Fontevraud par Marie Françoise-Diane de Bourbon dite Mademoiselle de Blois, fille légitime de France, acte reçu Me François François (30 août 1689).

  • AD Maine-et-Loire. 5 E 38 / 174 Notaires. Divers actes reçus Me René Serin : marché de couverture de l'hôpital de la Sainte Famille (9 septembre 1690) ; marché de 20.000 carreaux (22 février 1691) ; marché de marches d'escalier (8 octobre 1691).

  • AD Maine-et-Loire. 101 H 35. Abbaye de Fontevraud. Hôpital de la Sainte-Famille de Fontevraud transféré à Oiron (1682-1710).

  • AD Maine-et-Loire. 101 H 159. Abbaye de Fontevraud. LARDIER, Jean (dom). Volume septiesme, inventaire des titres de la Petite Recepte de Font-Evraud divisé en 3 cantons, etc., manuscrit, Fontevraud, 1658 (1658, mis à jour jusqu'en 1756).

    Voir titres 424 à 428
  • AD Maine-et-Loire. 1 Q 210. Biens nationaux. Estimation des biens de 1ère et 2e origine, district de Saumur : biens de 1ère origine, procès-verbaux d'estimation des biens classés par ordre alphabétique des communes : D à J (1790-1791).

Bibliographie
  • BOSSEBOEUF, Louis-Auguste. Fontevrault, son histoire et ses monuments. Tours : 1890.

    p. 92-93
  • LUSSEAU, Patricia. L'abbaye royale de Fontevraud aux XVIIe et XVIIIe siècles. Thèse de Doctorat de troisième cycle sous la direction de M. Jean de Viguerie, Université d'Angers, novembre 1985 (tapuscrit).

    p. 208
  • MELOT, Michel. L'abbaye de Fontevrault, de sa réforme à nos jours, 1458-1963. Étude archéologique, thèse de l'École des Chartes, 2 volumes dactylographiés, 1967.

    p. 227-233
  • POULAIN, Jean. Un village à l'ombre d'une grande abbaye : Fontevraud. Comité d'histoire fontevriste, 1998, volume multigraphié.

  • SACHE, Marc. L'abbaye de Fontevrault et Madame de Montespan. La Province d'Anjou, 1938.

    p. 49-62
  • SAVETTE, Paul-Alexandre (colonel). L'hospice de la Sainte-Famille à Fontevrault. Bulletin de la Société des Lettres, Sciences & Arts du Saumurois, octobre 1933, n°68.

    p. 33-44
  • UZUREAU, Louis Constant (chanoine). Une fondation de la marquise de Montespan à Fontevraud. L'Anjou historique, 1925.

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