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Demeure, porcherie industrielle, 8 rue du Pont-aux-chèvres

Dossier IA85002288 réalisé en 2019

Fiche

Dossiers de synthèse

Parties constituantes non étudiéescour, jardin, logement, mur de clôture, portail, clôture, logement d'ouvriers
Dénominationsmaison, ensemble d'industrie agro-alimentaire, abattoir, logement patronal
Aire d'étude et cantonVallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
AdresseCommune : Vix
Lieu-dit : Clouzy (le)
Adresse : 8 rue du
Pont-aux-chèvres
Cadastre : 1836 H 56 et 57 ; 2019 AO 24

Le Moulin rouge

Cet endroit est occupé sur le plan cadastral de 1836 par un moulin à vent, appelé le Moulin rouge, et l'habitation de son meunier, en alignement sur la voie. Le moulin est situé le plus à l'ouest, sur une partie de terrain un peu plus élevée et caillouteuse. L'ensemble a probablement été construit peu après la Révolution et la fin du monopole seigneurial sur la meunerie à Vix. Au début du 19e siècle, le moulin appartient à André Bienvenu qui l'afferme, le 21 juin 1823, à Pierre, Louis et Jean Juin. En 1836, le moulin et la maison sont désormais détenus par André Prouzeau (1782-1852), notable et maire de la commune (la propriété inclut aussi un autre moulin alors situé au nord, actuellement 3 rue des Rivaux).

Cette même année 1836, Prouzeau confie le moulin à son neveu, Benjamin Mion (1815-1887), meunier, à l'occasion de son mariage avec Anne-Marie Moinet. Le 13 octobre 1836 en effet, un mois avant les noces, André Prouzeau consent à Benjamin Mion un bail à ferme du moulin pour vingt ans. En juillet 1837, selon l'état civil, Benjamin Mion et Anne-Marie Moinet demeurent au moulin du Clouzy qui leur échoit en pleine propriété après la mort de leur oncle en 1852. En 1861, Benjamin Mion afferme encore le Moulin rouge du Clouzy à Alexis Pellerin (avec le moulin dit à Miture qui se trouvait rue des RIvaux). Le moulin est finalement démoli dès 1868. Dans les années qui suivent, en plus d'hériter de ses riches parents, oncles et tantes, Benjamin Mion agrandit la propriété en achetant des terrains autour. Lui-même s'éteint en 1887 et ses fils, Benjamin, notaire à Marans, et Adolphe, médecin à Vix (96 rue Georges Clemenceau), héritent des biens.

La porcherie Pageaud-Bretaud

Le 17 octobre 1894, par adjudication judiciaire, la propriété est acquise par Julien Bretaud (1852-1909) et son épouse Marie Mériot qui tiennent dans le bourg de Vix une fromagerie. Le 4 avril 1900, il la revendent à l'un de leurs anciens employés, Eugène Pageaud dit "le Merle" (ou "le Marle") (1865-1928), époux de Marie Benotteau. Il fonde là en 1904 son propre établissement industriel, voué à l'élevage et à l'abattage des porcs. La création de la porcherie est autorisée a posteriori par arrêté préfectoral du 23 mars 1908. Cette autorisation porte sur la construction d'un petit abattoir dans le prolongement sud-est de l'écurie qui longe alors la rue. Eugène Pageaud investit là sa fortune, à l'origine obscure (peut-être liée à la faillite et à la mort de Charles Baumier, fondateur de l'éphémère beurrerie du Petit Sablon).

Sa réussite s'exprime aussi dans la demeure qu'il se fait construire dès 1907 à côté de son entreprise, à la place de l'ancienne maison du moulin et de ses dépendances. La pierre utilisée, une pierre calcaire à la couleur gris-rose particulière, est extraite d'une carrière au Gué-de-Velluire. C'est le forgeron Gabriel Augereau, de Vix, qui pose les grilles de clôture. Ayant perdu son unique fils à la guerre dès le mois de septembre 1914, Pageaud "le Merle" fait rapatrier son corps après la fin du conflit lors d'une cérémonie qui marque les esprits : au cours de cette cérémonie, l'église de Vix est éclairée pour la première fois à l'aide de l'électricité, opération financée par Pageaud "le Merle".

Sa fille unique, Marie Pageaud (1895-1977) épouse en 1916, contre l'avis de son père, le fils des anciens employés de celui-ci, Marceau Bretaud (1889-1966). En cette période de guerre, le marié, bien qu'enrôlé dans l'armée, est en caserne à La Rochelle et rentre régulièrement à Vix, bénéficiant de son statut de soutien de famille. Après la guerre, il devient un industriel important qui investit dans de nombreuses affaires agro-industrielles en Sud-Vendée et en Charente-Maritime. Il reprend l'affaire de son beau-père lorsque celui-ci, malade, se retire le 1er janvier 1927 (il mourra le 15 juillet 1928). Marceau Bretaud, demeurant 45 rue de la République, à Fontenay-le-Comte, sera maire de cette ville de 1945 à 1965 et conseiller général de 1951 à 1964.

Sous sa direction, la porcherie se développe et s'agrandit. Un plan établi en 1939 montre, à l'arrière de la demeure, un long bâtiment en simple rez-de-chaussée, composé de cases à porcs de part et d'autre d'un couloir central. Ce bâtiment est capable d'abriter 480 animaux. Dans le couloir central, un système de rails et wagon de type Decauville permet d'alimenter les porcs à partir d'un magasin à farines situé à l'extrémité nord du bâtiment. De l'autre côté de la cour, vers l'ouest, s'alignent un logement, un moulin à farines puis un autre logement. En 1937, l'entreprise emploie et loge sur place quatre personnes et leurs familles (Marcel Barrerie, Henri Boulard, Louis Caquineau et Joseph Aubineau) et en emploie une cinquième (Ernest Texier, conducteur de camions).

La présence et le développement de la porcherie ne sont toutefois pas du goût des riverains et suscitent les critiques des autorités. En 1937, les riverains présentent une pétition contre les rejets de purin effectués dans le pré situé au sud de la porcherie, source de mauvaises odeurs. En décembre, un rapport des services vétérinaires est effectivement accablant. Le 12 avril 1938, le conseil municipal demande même la fermeture de l'établissement qui doit alors, pour se mettre en conformité, solliciter l'autorisation de son ouverture, alors qu'il fonctionne depuis déjà quelques décennies. Marceau Bretaud, président de l'Union nationale des éleveurs de porcs, proteste en rappelant les emplois créés par son établissement. La guerre éclate en 1939 sans que le contentieux ne soit levé.

En 1964, la propriété est vendue à Jean-Pierre Robin. La porcherie perdure encore quelques temps, jusqu'en 1972. Ses bâtiments, de part et d'autre de la cour, sont détruits ou transformés dans les années qui suivent. Ne restent que la demeure patronale et les anciens logements d'employés, transformés en remises.

Période(s)Principale : 1er quart 20e siècle
Dates1912, daté par source

La propriété comprend une maison de maître, ancien logement patronal, au nord-est, et des communs, anciens logements d'employés, à l'ouest d'une vaste cour. Au nord, le long de la rue, un portail à piliers maçonnés donne accès à cette cour. Il est encadré par des murets avec grille en ferronnerie, tout comme la porte piétonne qui, sur la rue également, ouvre sur le petit jardin qui précède la maison. Les piliers de cette porte piétonne sont traités en bossage.

La maison est une construction à un étage, sous une haute toiture. La bâtisse est faite de moellons enduits et, pour les éléments structurants et de décor, d'une pierre calcaire gris-rose qui a été extraite dans une carrière des coteaux du Gué-de-Velluire. Le toit, couvert en ardoise, est couronné par une crête et des épis de faîtage en zinc. Il était encadré à l'origine par quatre hautes souches de cheminées en pierre de taille. Souligné par une corniche, le toit est percé d'une lucarne à fronton en arc segmentaire et à ailerons, ornée de moulures et de glyphes. On retrouve ce motif de glyphes sur la partie supérieure des chaînes d'angles qui encadrent la façade, leur partie inférieure étant traitée en bossage.

La façade est marquée à l'horizontal par deux bandeaux d'appui moulurés et par un solin en partie formé d'un parement en brique. La façade est en outre structurée, à la verticale cette fois, par trois travées d'ouvertures, réparties symétriquement autour de la porte centrale. Celle-ci s'inscrit dans une travées qui se termine par la lucarne. Les pleins de travées sont appareillés et ornés de tables. La corniche est agrémentée de denticules à hauteur de ces pleins de travées et des chaînes d'angles qui encadrent la façade. Toutes les ouvertures possèdent un encadrement mouluré, un linteau en arc segmentaire et une clé de linteau saillante.

Murscalcaire moellon enduit
Toitardoise
Étages1 étage carré, étage de comble
Couvrements
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
Couverturestoit à longs pans croupe
TypologiesMaison de maître, Maison indépendante, 3
Statut de la propriétépropriété privée

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 63/63. 1823, 21 juin : bail à ferme du moulin du Clouzy, à Vix, par André Bienvenu à Pierre, Louis et Jean Juin.

  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 63/93. 1836, 13 octobre : bail à ferme du moulin du Clouzy par André Prouzeau à Benjamin Mion.

  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 63/116. 1861, 21 avril : ferme des deux moulins au Clouzy, à Vix, par Benjamin Mion à Alexis Pellerin.

  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 63/199. 1894, 13 octobre : adjudication judiciaire de biens à Julien Bretaud et Marie Mériot.

  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 63/216. 1900, 4 avril : vente d'une propriété à Vix par Julien Bretaud à Eugène Pageaud.

  • Archives départementales de la Vendée, 5 M 324. 1840-1939 : dossiers d'établissements classés, commune de Vix.

  • Archives départementales de la Vendée. 3 P 3392 à 3401, 3725 (complétés par les registres conservés en mairie). 1837-1971 : état de section et matrices des propriétés du cadastre de Vix.

  • Informations recueillies auprès de M. Jean-Pierre Robin, septembre 2019.

Documents figurés
  • Plan cadastral de Vix, 1836. (Archives départementales de la Vendée, 3 P 303).

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