Dossier d’œuvre architecture IA85003121 | Réalisé par
Suire Yannis (Contributeur)
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée à partir de 2017.

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  • inventaire topographique, Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
Eglise Notre-Dame de l'Immaculée Conception du Mazeau
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
  • Commune Le Mazeau
  • Lieu-dit Bourg
  • Adresse rue de l' Eglise
  • Cadastre 1835 C 1009  ; 2022 A 275
  • Dénominations
    église
  • Vocables
    Notre-Dame de l'Immaculée Conception
  • Parties constituantes non étudiées
    sacristie

Un projet au cœur des querelles locales et politico-religieuses des années 1880-1890

Aucune construction ne figure à cet endroit sur le plan cadastral de 1835. Il s'agit d'un verger qui appartient à cette date à Jean Lucas dit Secouet et qui, en 1889, est détenu par Louis Lucas époux Gelot et Louis Amussat époux Cercleron. Cette même année, est érigée la commune du Mazeau qui entreprend alors, dans la décennie qui suit, de se doter des équipements publics nécessaires : mairie, école, cimetière mais aussi église. En ces années 1880-1890, la construction de celle-ci focalise toutes les querelles et polémiques entre anticléricaux et partisans de l'Eglise d'une part, entre Le Mazeau et son ancienne commune de rattachement, Saint-Sigismond, d'autre part. Le sujet s'immisce même dans les élections cantonales de juillet-août 1889. Le 6 août, le maire provisoire du Mazeau, Désiré Pétorin écrit au préfet pour lui expliquer que l'échec du candidat républicain dans le canton de Maillezais, M. Robin, s'explique, en partie au moins, par son opposition à un projet d'église qu'il jugeait trop coûteux. Tandis que la commune du Mazeau a été séparée de celle de Saint-Sigismond depuis plusieurs mois, la question de la création d'une paroisse distincte et de la construction d'une église reste posée et sensible. En attendant une décision, la commune de Saint-Sigismond réclame à celle du Mazeau de participer aux frais d'entretien de son église et de son presbytère, ce que les habitants du Mazeau refusent, accusant de leur côté le curé de réserver ses plus beaux ornements aux cérémonies concernant les habitants de Saint-Sigismond !

Les 1er et 19 juin 1890, à la demande de la commune du Mazeau, l'architecte fontenaisien Abel Filuzeau (qui travaille dans le même temps à la mairie-école) présente les plans et devis d'un projet de construction d'une église. Il prévoit une nef de 19 mètres de long sur 8,5 de large, terminée par une abside polygonale de 3,5 mètres de profondeur, et précédée d'un clocher-porche encadré par une chapelle des fonts baptismaux et une chapelle de confessionnal. Une petite sacristie prendrait place dans l'angle sud-est de l'édifice. La nef, éclairée par deux niveaux d'ouvertures (des baies en arc en plein cintre au niveau inférieur, des oculi au niveau supérieur), serait couverte d'une charpente métallique, au-dessus d'un plafond en plâtre sur lattis de sapin (plus léger et moins cher qu'une voûte en brique), et sous une couverture en ardoises d'Angers. La pierre de taille proviendrait de la Gageonnière (Mervent) pour les piles et les ouvertures notamment, tandis qu'on utiliserait la pierre de taille de Benet pour les élévations. Filuzeau propose aussi une décoration intérieure en plâtre teinté couleur pierre (corniche, chapiteaux, enduit...), et un dallage du sol en carreaux de ciment. Le projet s'inscrit dans l'enveloppe de 30000 francs fixée par la municipalité. Ce projet est adopté le 22 juin par le conseil municipal qui vote une imposition extraordinaire de 10000 francs, une vente de bois coupé dans le marais communal pour 5000 francs, et un demande de secours à l'Etat de 15000 francs.

Le sous-préfet répond toutefois qu'aucune subvention ne pourra être accordée tant que la création d'une paroisse ne sera pas acquise. Le 19 juillet 1891, le conseil municipal demande donc officiellement la création d'une succursale paroissiale. Le 29, il s'engage à fournir par ailleurs le logement nécessaire à un curé, et les ornements requis pour le culte. Le 27 février 1892, un arrêté préfectoral autorise l'érection en succursale, approuve le projet d'Abel Filuzeau et le plan de financement. Pourtant, l'Etat refuse de subventionner les travaux tant qu'ils n'ont pas commencé. Le dossier s'enlise et continue à alimenter les querelles politiques. La demande d'érection en succursale est toujours en attente en 1893. Le 12 février, le conseil municipal constate que la vente de bois a rapporté bien plus que prévu, ce qui va permettre à la municipalité d'accroître sa participation financière, donc, elle l'espère, d'accélérer le projet. Le conseil décide néanmoins de diminuer le montant des travaux à 27000 francs en renonçant, au moins provisoirement, au clocher. Ce nouveau montant permettrait de se dispenser de la subvention de l'Etat, et donc de ne plus avoir à attendre la création de la succursale. En septembre, l'évêque de Luçon propose la création d'une chapelle simple, desservie, certains dimanches uniquement, par le curé de Saint-Sigismond, ce que refuse Le Mazeau. En 1895, devant les vives réticences voire l'hostilité des autorités religieuses locales et diocésaines, la municipalité renonce à demander une succursale au profit d'une simple chapelle paroissiale. Le 29 mai 1896 enfin, un décret présidentiel prononce l'érection d'une chapelle paroissiale au Mazeau et autorise le recours à un emprunt pour financer la construction du bâtiment.

La construction de la chapelle paroissiale (1897-1898)

Ces principes enfin adoptés, le projet de construction peut enfin entrer dans sa phase active. Le 5 juillet 1896, le conseil municipal autorise l'acquisition de l'emplacement nécessaire auprès de Marie Cercleron, veuve de Louis Amussat. Le 18 octobre, le reste du terrain est donné à la commune par Emilie Desmier, veuve d'Honoré Desmier, ancien maire, demeurant 54 rue de l'Eglise, et son fils Louis, étudiant à Paris. Honoré Desmier avait acheté ce terrain en 1894, sans doute déjà dans l'optique de l'offrir pour la construction de l'église. Dès le 26 août 1896, les travaux sont adjugés à Eugène Gilbert, entrepreneur à Saint-Martin-des-Noyers (Vendée). Le 20 octobre toutefois, le conseil municipal demande à Abel Filuzeau de revoir son projet, notamment pour remplacer le plafond en plâtre par des voûtes d'ogives en brique. L'architecte présente ses nouveaux plans le 5 janvier 1897. Moins ambitieux que le précédent, le projet comprend une charpente non plus en métal mais en bois, une nef éclairée par un seul niveau d'ouvertures, et une architecture et un décor plus sobres. La première pierre de l'édifice est posée et bénite le 23 mai 1897. La liste des bienfaiteurs de l'église est placée dans une boîte en fer blanc, enveloppée de plomb, et est glissée dans une ouverture pratiquée dans cette pierre. Au cours de l'année 1897, tandis que les travaux de construction avancent, Filuzeau propose aussi un projet d'ameublement de l'édifice, adopté par le conseil municipal du 14 novembre.

En avril 1898, la chapelle est achevée mais son ouverture au culte est refusée par le diocèse tant qu'elle n'est pas équipée de tous les ornements nécessaires au culte. En juillet, un contentieux s'élève entre les habitants du Mazeau et la fabrique paroissiale de Saint-Sigismond au sujet de la part que les premiers doivent payer dans la location des bancs dans l'église de Saint-Sigismond. Le 5 octobre, le maire écrit à l'évêque pour assurer qu'il a lui-même récolté l'argent dû chez les récalcitrants, et déplore que l'église, pourtant achevée depuis plusieurs mois, ne soit vouée qu'aux "hiboux et aux chats huants qui envahissent déjà la clocher". Un consensus est enfin trouvé quelques jours après. Le diocèse propose un règlement du service religieux dans la chapelle paroissiale. Approuvé par le conseil municipal du 30 octobre, il fixe le nombre, les dates et horaires des services célébrés par le curé de Saint-Sigismond, l'allocation attribuée à celui-ci et à laquelle participera la commune du Mazeau, etc. Dès lors, la chapelle paroissiale peut enfin ouvrir au culte. Le 21 novembre, l'évêque dépêche le curé-doyen de Maillezais pour s'en assurer. La chapelle est enfin bénite le 8 décembre, en même temps que sa première cloche. La qualité de sa construction est telle qu'elle fait l'objet d'une publication en avril 1899 dans le journal mensuel d'architecture L'Habitation pratique.

Conformément à la loi de séparation des Eglises et de l'Etat de 1905, la commune du Mazeau, en conflit avec le curé Charrier, réaffirme sa propriété sur le bâtiment. Le 23 février 1907, "soucieux de la liberté de conscience", le conseil municipal autorise la jouissance gratuite de l'église par le desservant, mais décide d'attendre le départ prochain du curé Charrier, accusé de profiter de chaque cérémonie pour montrer son intransigeance et s'en prendre à certaines familles. En 1929, alors que la commune, depuis 1905, s'est désengagée du paiement de l'allocation versée au curé, l'évêque de Luçon accepte d'y suppléer, bien que "Le Mazeau n'est pas une annexe mais une simple chapelle de secours".

L'église (ou chapelle paroissiale) est située à l'entrée nord-ouest du bourg du Mazeau, dans un angle de rues. Accompagné, dans son angle sud-est, d'une petite sacristie, l'édifice n'est pas orienté à l'est, comme il se doit, mais au sud. De style néo-roman, il est composé d'un clocher-porche, d'une nef unique et d'un chœur.

Le clocher-porche, renforcé de contreforts d'angles, comprend trois niveaux. Les deux premiers sont flanqués de chapelles à trois pans coupés. Le premier niveau est percé de la porte principale, protégée sous un appentis en ardoise, avec charpente apparente. Le second niveau est simplement percé de deux baies sous un arc de décharge. Le troisième niveau enfin abrite le beffroi et l'horloge. Couronné par une corniche à modillons, il soutient la flèche à égout retroussé, en ardoise, sommée d'une croix en ferronnerie et d'un coq.

En arrière du clocher-porche, la nef unique est couverte d'un toit en ardoise, à longs pans et à pignons découverts, souligné par des corniches à modillons. Le mur pignon sud présente des boulins. Les quatre baies en arc en plein cintre percées sur chaque mur gouttereau, s'inscrivent entre trois contreforts. On retrouve le même type d'élévation sur le chœur, à cinq pans coupés et percé de trois baies en arc en plein cintre.

On pénètre à l'intérieur de l'église via le clocher-porche sous lequel se trouve l'escalier montant aux niveaux supérieurs de celui-ci, ainsi que la porte principale qui ouvre sur la nef. Cette porte est encadrée par deux chapelles polygonales. Celle au nord-ouest est en partie murée (ancien emplacement de confessionnal). Celle au nord-est abrite les fonts baptismaux. Au-dessus du tout se trouve une tribune en bois, accessible par une grande porte en arc en plein cintre. Eclairée par ses huit baies, la nef présente une voûtes d'ogives, en briques creuses, scandée d'arcs doubleaux, également en briques et qui retombent sur des colonnes engagées soutenues par des culots. Un dernier arc doubleau, plus massif que les précédents, sépare la nef du chœur, surélevé et lui aussi voûté d'ogives.

  • Murs
    • calcaire moellon enduit
    • brique creuse
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan allongé
  • Couvrements
    • voûte d'ogives
  • Couvertures
    • toit à longs pans pignon découvert
  • Mesures
    • l : 25 mètres
    • la : 10 mètres
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
Image non communicable
Image non communicable
Image non communicable

Documents d'archives

  • Archives départementales de la Vendée ; 1 O 425. 1890-1924 : édifices et services publics de la commune du Mazeau.

  • Archives départementales de la Vendée ; 3 P 1540 à 1545 (voir aussi l'exemplaire en mairie). 1889-1935 : état de section et matrices des propriétés du cadastre du Mazeau.

  • Archives départementales de la Vendée ; 3 P 3024 à 3032, 3696 et 3697. 1835-1889 : état de section et matrices des propriétés du cadastre de Saint-Sigismond.

  • Archives municipales du Mazeau ; 2 M 1 à 8. 1890-1898 : création d'une succursale paroissiale et construction d'une chapelle paroissiale au Mazeau.

  • Archives paroissiales de Benet. 1909-1965 : registre des délibérations du conseil curial du Mazeau.

Bibliographie

  • "Eglise du Mazeau (Vendée)", L'Habitation pratique, avril 1899, n° 2, p. 5 (4 planches d'illustrations).

Documents figurés

  • Plan cadastral de Saint-Sigismond (comprenant Le Mazeau), 1835. (Archives départementales de la Vendée ; 3 P 269).

  • Projet d'église par Abel Filuzeau, 1897. (Archives municipales du Mazeau ; 2 M 3).

Date(s) d'enquête : 2022; Date(s) de rédaction : 2022
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général
(c) Conseil départemental de la Vendée
Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée à partir de 2017.

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