Le moulin de Saint-Georges-de-la-Couée est mentionné depuis au moins la fin du XVIe siècle, époque à laquelle il appartient aux seigneurs du fief avec le statut de moulin banal. On le trouve notamment décrit dans l'aveu de Thomas de Clermont, seigneur de Saint-Georges, rendu à la baronnie de Lucé en 1581 : "mon moulin à blé dudit lieu sis en ma dite ville ainsi qu'il se poursuit et comporte en maison, grange, étable, jardin et issues avec les bians et cours de l'eau d'icelui moulin, et le droit des moultaux sujets et contraignables à icelui fournir mouldre leur blé." Une description proche est donnée en 1641 dans l'aveu de Jeanne de Harlay, dame de Saint-Georges : "mon moulin banequier du dit Saint-Georges, composé du moulin manable, de deux chambres à cheminée, fourneau et dépendances, grange, cour, issues, allées, remises".
De ce premier état, ne subsiste a priori aujourd'hui plus qu'une cheminée appuyée sur le pignon est du corps de bâtiment à étage ; cette dernière, au demeurant très abîmée, peut être datée du XVIe siècle (consoles en forme de pyramides inversées). Sa présence signale l'emplacement de l'une des anciennes "chambres à cheminée", postérieurement divisée en plusieurs pièces, la cheminée en question se retrouvant dans un petit local aujourd'hui qualifié de "fournil".
La partie en rez-de-chaussée du bâtiment en équerre semble correspondre à ce que l'on trouve sur le cadastre de 1834, date à laquelle l'édifice appartient aux Montesquiou, descendants des derniers seigneurs de Saint-Georges. L'édifice est alors composé d'une maison, bâtiment et cour, du moulin, d'un pré et de deux jardins. Cette partie principale en équerre date peut-être de l'Ancien Régime (XVIIIe siècle ?), tout comme le corps principal de la grange-étable en moellons.
Ce premier bâtiment est ensuite prolongé en biais (au nord-est) par un corps de bâtiment qui, du fait de sa façade en pierres de taille calcaires, s'intègre harmonieusement à ce premier ensemble, sans doute dans la deuxième moitié du XIXe siècle, après que le moulin soit passé en 1841 entre les mains de la famille Montaru, propriétaires à Bessé ; ce corps a probablement d'abord servi de logement (cheminée), puis, d'après témoignage, d'étable, avant d'être de nouveau reconverti en logement. Le toit à porcs en appentis, accolé au nord de la grange-étable, date quant à lui de la fin du XIXe siècle.
En 1907, le moulin est acquis par la famille Carré. Un plan, dressé cette même année (Société générale meunière à la Ferté-sous-Jouarre), ainsi que la date de 1911, portée en plusieurs endroits, indiquent que le corps central du bâtiment principal est surélevé par cette même famille dans le premier quart du XXe siècle. La remise en briques est elle aussi construite au début du XXe siècle, à un moment où est également reprise la grange-étable (haut des pignons en briques belges, aménagements intérieurs). La nouvelle cage de la turbine du moulin, montée en parpaings de ciment artisanaux, est sans doute édifiée dans le deuxième quart du XXe siècle.
La machinerie, déjà dotée en 1907 d'un trieur, d'un nettoyeur et d'une bluterie à boulange, se dote également par la suite d'un broyeur, d'extracteurs, de convertisseurs, d'une bluterie ronde et d'une chambre à farine. Un moteur électrique est installé en 1946. L'activité du moulin, déclinant progressivement pour ne finalement plus se consacrer qu'à la fabrication d'aplati destiné à nourrir des animaux, cesse définitivement au début des années 1980.
Photographe du service Patrimoine de la Région Pays de la Loire.