Dossier d’œuvre architecture IA49011083 | Réalisé par
Vozza Mathilde (Contributeur)
Vozza Mathilde

Chargée d'études commune de Mauges-sur-Loire (2018-2022)

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Durandière Ronan (Contributeur)
Durandière Ronan

Chercheur auprès du Conseil départemental de Maine-et-Loire.

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  • inventaire topographique, Mauges-sur-Loire
Chapelle Notre-Dame du Marillais
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général
  • (c) Conseil départemental de Maine-et-Loire - Conservation départementale du patrimoine

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Mauges-sur-Loire - La Pommeraye
  • Commune Mauges-sur-Loire
  • Lieu-dit Vieux-Bourg (le)
  • Adresse rue de l' Èvre
  • Cadastre 1827 A3 923  ; 2019 AA 133
  • Précisions anciennement commune de Le Marillais
  • Dénominations
    chapelle
  • Vocables
    Notre-Dame
  • Appellations
    sanctuaire Notre-Dame du Marillais

L'ancienne chapelle Notre-Dame

La légende, probablement née sous la plume de Jean de Bourdigné et de René Choppin au XVIe siècle, attribue la fondation de la chapelle de Notre-Dame du Marillais à saint Maurille. Mais les archives anciennes de l’abbaye de Saint-Florent ne font pas référence à une apparition de la Vierge à l'évêque d'Angers au Marillais et il faut vraisemblablement abandonner, comme le dit Célestin Port, les étymologies Beata Maria de Lacu et Beata Maria Illic "qui sont d'invention pure". On sait par ailleurs depuis les travaux pionniers d'Arthur Giry, puis ceux de Maurice Hamon, que les diplômes attribués à Charlemagne sont des faux et que ce dernier n’a jamais richement doté la chapelle comme l’ont prétendu les auteurs des XVIIIe et XIXe siècles.

Le mobilier archéologique découvert dans le lit de l’Èvre depuis de nombreuses années laisse toutefois présager d’une occupation antique importante de cette zone de confluence et il est possible qu’avant les invasions normandes une chapelle dédiée à Notre-Dame ait été édifiée à cet endroit par les moines de l’abbaye de Saint-Florent. Selon le Livre Rouge et Dom Huynes, la chapelle Notre-Dame était desservie à cette époque par des religieuses (sanctimoniales). Incendiée par les Vikings, elle fut reconstruite en bois sur ses fondations sous l’abbé Frédéric (1022-1055) puis brûlée de nouveau, accidentellement, sous l’abbé Guillaume (1070-1118). Célestin Port a cru voir dans les vestiges retrouvés en 1853 lors de la construction du pont, sur la rive opposée de l'Èvre, des éléments de cette église primitive. Sa position a été matérialisée à cette époque par la croix des Pichons. Mais il est presque certain que, dès au moins le XIIe siècle, celle-ci avait été rebâtie à l'emplacement du sanctuaire actuel.

L'église Notre-Dame est mentionnée dans la bulle d'Innocent II en 1143, puis dans celle d’Urbain III en 1186.  Dans le dernier quart du XIIIe siècle, elle est augmentée par l’abbé Renaud II de Saint-Rémy (v. 1281-1310) d’une chapelle « en forme de tribune » dédiée à saint Michel. Construite pour dire la messe pendant les crues de Loire, elle était desservie par un escalier et était si élevée, d’après Grandet, qu’on pouvait y toucher la voûte de la main.

Jusqu'à la fin du XIIIe siècle, Notre-Dame est l’église paroissiale du Marillais avec pour annexes les chapelles Saint-Jean dans le vieux bourg et Saint-Nicolas à Saint-Florent-le-Vieil, mais dès le début du XIVe siècle, elle est affectée avec tous ses revenus au service des religieux de Saint-Florent tandis que la chapelle Saint-Jean devient l’église plébéienne. Notre-Dame est alors desservie par un simple curé ou un vicaire perpétuel, réduit à une simple portion congrue, déterminée par les moines. Au XVIIIe siècle, le service paroissial lui est de nouveau transféré, comme le demandait en vain le curé, dans l’église existante Notre-Dame, sans pourtant que la paroisse ne perde son vocable de saint Jean.

Célestin Port donne une description assez précise de la chapelle, également connue par quelques dessins et les premières photographies, avant sa destruction en 1891 (voir annexe). Mesurant 37 m de long sur 9 m de large, elle formait un vaste édifice de plan rectangulaire à chevet plat et porche d'entrée, auquel avaient été ajoutées deux chapelles formant transept (Saint-Cosme au nord et Saint-Éloi au sud). Six grandes baies éclairaient l'unique nef à trois travées. Des piliers, à chapiteaux feuillagés de trèfle, soutenaient les arcs doubleaux de la voûte et les retombées des ogives diagonales. Adossées aux piliers, de fines colonnettes à chapiteaux à crochets recevaient les arcs formerets engagés dans l'épaisseur des murs. Le chœur comprenait deux travées, ajourées par six fenêtres. De la clé de voûte centrale se déployaient de fines et élégantes ogives, certaines aboutissant à des têtes d'anges. Aux clés prenaient place différentes figures peintes : le Christ, les Anges adorateurs, la colombe symbolique. L'extérieur de l'édifice, marqué par de puissants contreforts, était plus fruste, mis à part le remarquable portail nord surmonté d'un arc à triple rouleaux, retombant sur six statues couronnées. Comparable à ce que l'on peut observer à la même période à l'église abbatiale de Saint-Florent, il est attribué selon Dom Huynes à la campagne de travaux de l'abbé Renaud II, ce qui paraît cohérent (voir la description qu'en fait Spal en annexe).

Notre-Dame du Marillais compta jusqu’à six chapelles : Notre-Dame-de-Pitié, Sainte-Anne, Saint-Michel, Saint-Éloi, l’Ascension et Saint-Cosme. La chapelle Sainte-Anne avait été fondée en 1491 par le sacristain Guillaume Lambert et laissée à la présentation du prévôt de Saint-Laurent-du-Mottay. Au début du XVIe siècle, le seigneur et baron d’Ancenis, Jean de Rieux, entretenait une lampe ardente destinée à brûler jour et nuit "devant l'autier et ymaige de Notre-Dame du Marillays". Il avait pour cela donné une petite île à la paroisse, à la charge de celle-ci de faire une procession et de dire la messe le mardi des Rogations en ladite chapelle. Avant le XVIIe siècle, une confrérie y avait aussi été fondée dont les indulgences plénières furent renouvelées par le pape Urbain VIII en 1623.

D’après Célestin Port, les foules venaient vénérer à Notre-Dame du Marillais une statue de la Vierge surnommée du Léard, par les Bretons qui s’y rendaient sans doute en franchissant la Loire au port de ce nom en Liré. Selon l’abbé Tricoire, qui conteste les allégations de l'historien angevin, celle-ci était présentée dans la chapelle Saint-Éloi jusqu'à sa disparition à la Révolution. Le mercredi des Rogations, les neuf paroisses du territoire de Saint-Florent s’assemblaient devant l'abbaye pour aller processionnellement dans l’église Notre-Dame du Marillais où on portait les reliques de saint Mauron, premier abbé de Saint-Florent.

Trois grandes foires annuelles se tenaient devant le parvis de la chapelle : la Notre-Dame en mars, la Saint-Jean et l’Angevine y réunissant un nombre considérable de pèlerins et de marchands : chapeliers, merciers, cordiers, drapiers, teinturiers, de Nantes, de Saumur et d’Angers, qui trouvaient à louer à l’année des cabanes en bois installées entre la chaussée du bourg et le rocher de Saint-Nicolas, ou des étaux dans les halles. Une partie campait dans le cimetière et les débitants de vin sous les saules de la vallée.

Modifications et aménagements des XVIIIe et XIXe siècles

Une expertise ordonnée par l’abbé commendataire de Saumur, Forbin d’Oppède (1730-1767), en juillet 1748, constate l’état de délabrement avancé de la chapelle. Le pignon oriental menace ruine et fatigue la voûte. La charpente est très abîmée. Le pignon occidental est également endommagé. Dix vitraux doivent être remplacés. Les arches du maître-autel sont cassées. Les sols sont à repaver. Les lambris des deux chapelles latérales Saint-Cosme et Saint-Éloi sont à refaire. Par ailleurs, on ne dit plus la messe depuis plus de 30 ans dans la chapelle Saint-Michel à cause de sa vétusté. Au total, ce sont près de 5 945 livres qui nécessitent d’être employées à la restauration de l’édifice.

En avril 1793, la chapelle Notre-Dame est pillée par les troupes du général républicain Tuncq. De son propre aveu, celui-ci affirme s’être emparé de la statue de la Vierge et l’avoir enterrée. D’après l’abbé Tricoire, plusieurs cloches de l’église sont fondues et la charpente est utilisée comme bois de chauffage. Au lendemain de la Révolution, désertée par les moines bénédictins de Saint-Florent, le culte est rétabli par le curé de Saint-Jean, Yves Perrichon, qui en fait de nouveau le siège de la paroisse. Le 9 septembre 1804, la confrérie est rétablie. En 1808, le curé Gazeau, qui succède à Perrichon, entreprend une série de travaux pour le moins drastiques. Il supprime le vestibule et les deux chapelles latérales. Plusieurs fenêtres de la nef et deux du chœur, « sur lesquelles sont tendues de mauvaises toiles, représentant la Résurrection et l'Assomption », sont condamnées et un remblai de 2 m de hauteur est posé sur le dallage pour prévenir la chapelle des débordements de la Loire. Deux nouveaux autels sont par ailleurs adossés aux murs, à l’entrée du chœur. En 1836-1837, Gazeau fait construire un nouveau clocher au-dessus du portail occidental.

Mais la chapelle Notre-Dame reste mal desservie pour une partie des paroissiens et surtout assujettie aux crues fréquentes de la Loire et de l’Èvre. En 1850, suite à la demande répétée des habitants, en accord avec la municipalité, le nouveau curé Méfray décide la construction d’une nouvelle église paroissiale, dédiée à saint Jean, plus haut, au village des Gourbillonières. La chapelle Notre-Dame est abandonnée et le 21 février 1862, la confrérie est transférée dans ce nouvel édifice par une bulle pontificale de Pie IX.

Le renouveau de la chapelle Notre-Dame est dû en grande partie à l’évêque d’Angers Charles-Émile Freppel (1870-1891). Souhaitant remettre à l’honneur les pèlerinages dédiés à la Vierge, celui-ci organise une grande célébration au Marillais, le 15 septembre 1873. Sur son invitation, près de 50 000 personnes assistent, d’après Tricoire, à la messe en plein air, contribuant à la redécouverte du lieu.

Le 24 mars 1876, après autorisation préfectorale, l’église, le cimetière et toutes les dépendances sont rachetés à la municipalité par un natif du Marillais, l’abbé Pierre Vincent, et donnés aux missionnaires de Saint-Laurent-sur-Sèvre. Ceux-ci sont installés officiellement le 16 juillet 1878 par l’évêque d’Angers. Le père Fonteneau, premier supérieur du Marillais, organise l’habitation des chapelains. Son successeur, le père Roger, s’occupera des pèlerinages avec le soutien de l’évêque d’Angers qui rétablit, le 6 septembre 1886, la confrérie à Notre-Dame.

La construction de la chapelle actuelle

En 1890, le nouveau supérieur du Marillais, le père Vandangeon, décide la construction d’une nouvelle chapelle. Dessinée par l’architecte angevin Auguste Beignet sur le modèle romano-byzantin, sa première pierre est posée le 24 septembre 1890 et elle est affectée au culte par le vicaire général en mai 1892.

Une nouvelle tranche de travaux est menée à partir de 1900. Interrompus un temps, ceux-ci reprennent en 1913, mais l’édifice ne sera consacré qu’après-guerre, le 7 octobre 1920. En 1924, la construction d’un clocher de 40 m de haut est également décidée. Élevé sur les plans de l’architecte choletais Victor Rabjeau fils, celui-ci est équipé de quatre cloches en août 1931. Le 8 septembre de la même année, l’évêque d’Angers Joseph Rumeau procède, au Marillais, au Couronnement de la Vierge devant près de 50 000 pèlerins. Actuellement propriété d'une association cultuelle, la chapelle prend aujourd’hui le nom de sanctuaire Notre-Dame du Marillais.

Dessinée par Auguste Beignet, la chapelle actuelle est un vaste édifice constitué d'une nef à vaisseau unique longue de trois travées et voûtée d'ogives, prolongée d'un chœur en abside voûté d'un cul-de-four. À l'est, le chevet s'est appuyé directement sur les anciennes maçonneries médiévales dont on voit encore les bases des contreforts. Au nord-ouest, un clocher, culminant à 40 m de haut, mais sans flèche, flanque l'édifice. Du même côté se trouve une chaire à prêcher en encorbellement. Le portail occidental à trois arcades en plein-cintre est surmonté d'une tribune et d'une rose dans la même embrasure. La deuxième travée en légère saillie, avec pignons découverts, forme un faux-transept. Les voûtes bombées en brique, à clés annulaires et faux-joints, en coupole, sur ogives et doubleau plein-cintre de section carrée, reposent sur des piliers en retrait des murs gouttereaux. L'espace ainsi dégagé est réservé à d'étroits passages latéraux, ouverts sur la nef par des arcades, surmontés de coursières. Dans ces vaisseaux latéraux réduits ont été placés les autels de la Nativité et de l'Apparition à saint Maurille sculptés par Henri Bouriché, de Saint-Joseph et de Jean-Marie Grignon de Montfort. Toutes les ouvertures sont en plein-cintre ; des baies triples surmontées d'un petit oculus central éclairent la nef.

  • Murs
    • schiste moellon enduit
    • tufeau pierre de taille
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan allongé
  • Couvertures
    • toit à longs pans pignon découvert
  • État de conservation
    bon état
  • Techniques
    • vitrail
  • Représentations
    • représentation figurative
    • représentation non figurative
  • Précision représentations

    Les vitraux de la rose de la façade sont sortis des ateliers Bordereau d'Angers. Au centre, Notre-Dame du Marillais et dans son rayonnement les plus vieux sanctuaires de la région dédiés à Notre-Dame : Notre-Dame de Béhuard, Notre-Dame des Ardilliers, Notre-Dame du Puy-Notre-Dame, Notre-Dame des Gardes, Notre-Dame de Charité (Saint-Laurent-de-la-Plaine), Notre-Dame de Bellefontaine, Notre-Dame de Liberge (Chaudron-en-Mauges), Notre-Dame de Toute-Patience (La Séguinière), Notre-Dame du Chêne (Sarthe), Notre-Dame Sous-Terre (à l'Esvière). L'artiste s'est inspiré d'une phrase du discours de Mgr Freppel prononcée lors de son allocution du 15 septembre 1873.

  • Statut de la propriété
    propriété d'une association cultuelle

Documents d'archives

  • Archives départementales de Maine-et-Loire ; 2 F 1/12. Fonds Spal.

  • Archives départementales de Maine-et-Loire ; H 3716. Histoire de l'abbaye royale de Saint-Florent près Saumur, par dom Jean Huynes, religieux de l'ordre de Saint-Benoît, congrégation de Saint-Maur (XVIIe siècle, ajouts au XIXe siècle).

    f° 224 v°
  • Archives départementales de Maine-et-Loire ; 2 O 1967. Ancienne église, travaux (1824, 1827, 1836) ; aliénation (avec plan 1876). Nouvelle église, construction (avec plans 1846-1858) ; travaux (1865, 1868, 1904, 1912, 1935).

  • Archives départementales de Maine-et-Loire ; 341 J 261. Chapelle Notre-Dame du Marillais. Construction du clocher : esquisses, relevés, plans divers (1923-1938).

  • Archives diocésaines, Angers ; P 1253. Expertise de l'abbaye de Saint-Florent-le-Vieil et de ses dépendances (églises, métairies, closeries, moulins, ponts et chaussées) à la demande de l'abbé commendataire André Bernard Constance de Forbin d'Oppède (1748).

Bibliographie

  • BELLANGER, F. Notice sur Notre-Dame du Marillais ou Notre-Dame l'angevine. Angers : E. Barassé, 1873.

  • DAVY, Pierre. Histoire de Saint-Florent-le-Vieil. Cholet : Les éditions du Choletais, 1974.

    p. 125-130
  • GRANDET, Joseph. Notre-Dame Angevine. Angers : A. LEMARCHAND, 1884.

    p. 357-363
  • KEROUANTON, Jean-Louis. Investissement religieux et architecture en Maine-et-Loire, 1840-1940. Les églises paroissiales, Rennes : Université de Rennes II, 1998. 3 vol. Thèse de doctorat d'histoire sous la direction de Michel Lagrée.

    tome 2, p. 256-257
  • PORT, Célestin. Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire, 3 volumes, Paris-Angers : 1874-1878 (Réédition revue et augmentée, 4 vol., 1965-1996).

  • TRICOIRE, Louis. Notre-Dame du Marillais à travers les âges. 3e éd. Angers : Siraudeau, 1938.

  • VERON, Teddy. L'intégration des Mauges à l'Anjou au XIe siècle, Limoges : Pulim, 2007.

Périodiques

  • UZEREAU, François. Notre-Dame du Marillais. In L'Anjou historique, Angers, 1933

    p. 193-203

Documents figurés

  • Cartes postales, Le Marillais. (Archives départementales de Maine-et-Loire ; 6 Fi).

  • Collection iconographique Célestin Port, Le Marillais. (Archives départementales de Maine-et-Loire ; 11 Fi).

  • Archives départementales de Maine-et-Loire ; 3 P 4 / 198. Plans cadastraux napoléoniens. Le Marillais. 1827.

Annexes

  • Liste des curés de la paroisse du Marillais
Date(s) d'enquête : 2019; Date(s) de rédaction : 2020
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général
(c) Conseil départemental de Maine-et-Loire - Conservation départementale du patrimoine
(c) Commune de Mauges-sur-Loire
Vozza Mathilde
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Durandière Ronan
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