Logo ={0} - Retour à l'accueil

Usine de charcuterie industrielle Prunier (ancienne), rue Michel Beaufils, Connerré

Dossier IA72058774 inclus dans Bourg de Connerré : cité intra-muros réalisé en 2018

Fiche

Dossiers de synthèse

Précision dénominationusine de charcuterie industrielle
Appellationsusine Prunier
Parties constituantes non étudiéescour, atelier de fabrication, atelier de conditionnement, bureau, abattoir
Dénominationsusine
Aire d'étude et cantonPays du Perche sarthois - Savigné-l'Evêque
AdresseCommune : Connerré
Adresse : rue
Michel Beaufils
Cadastre : 1836 C2 312 à 321 ; 2018 AC 358 360 361 462 592 à 594

Située en plein cœur du bourg, tout près de l'église, l'ancienne usine Prunier occupe probablement l'emplacement de certaines des plus anciennes maisons de Connerré. Il n'en reste aujourd'hui plus rien, à l'exception peut-être des caves, qui n'ont pas pu être visitées mais sont assurément antérieures au XVIIIe siècle. Le parcellaire qui existe encore aujourd'hui, long et étroit, est d'origine médiévale. Sur le plan terrier de 1787 et sur le plan cadastral de 1836, les maisons donnent sur la rue Haute (actuelle rue Michel Beaufils), tandis que les jardins et les dépendances, autrefois bordés par le rempart (aujourd'hui la rue du Sergent Louis Mantien) sont placés à l'arrière : si cela est aujourd'hui moins lisible, c'est en fait toujours le cas. La façade de la maison au centre des bâtiments (volets rouges) date de la 2e moitié du XIXe siècle, comme celle visible dans la cour. D'autres maisons, à l'emplacement actuel de l'usine, avaient été reconstruites à la même période (1858, 1867) d'après les matrices cadastrales.

C'est en 1931 que Maurice Prunier reprend la charcuterie de détail Renard, située rue Nationale à Connerré, actuelle rue Michel Beaufils. Il est le neveu d'Albert Lhuissier, l'homme à l'origine de la renommée des rillettes de Connerré, lequel possède alors une charcuterie au carrefour des rues de Paris et Faidherbe et une usine d'expédition en haut de la place de la République (détruite). Maurice Prunier a travaillé chez son oncle dès l'âge de 11 ans, avant de reprendre une charcuterie à Saint-Calais en 1927 pour ensuite revenir à Connerré en 1931. Devenue héritière du savoir-faire Lhuissier, la famille Prunier développe une affaire florissante qui connaît un grand succès et exporte dans toute la France. En 1948 est créée la société en Nom Collectif Prunier, entre Maurice et ses deux fils, Maurice et Albert (transformée en SARL Prunier père et fils en 1968).

La production se diversifie et est démultipliée : de 250 tonnes de charcuterie en 1954, on passe à 1030 tonnes en 1968. Très vite, la petite charcuterie de la rue Nationale est donc insuffisante : on procède alors au rachat des maisons et commerces voisins pour s'agrandir. En 1962, Maurice Prunier fait construire un grand bâtiment en béton à trois niveaux avec notamment une vaste salle de cuisson pour les rillettes, comprenant 22 marmites de 100kg chacune. En plus des ateliers de confection, l'usine comprend un quai de réception, un abattoir, des chambres froides, un atelier d'expédition, un monte-charge, un vestiaire avec douche, des bureaux pour l'administration... Dans cet établissement industriel en plein centre-bourg, on compte environ 150 employés.

En 1972, l'entreprise achète l'ancienne usine de toiles métalliques Gantois (rue de la Jatterie) abandonnée après faillite pour y transférer une partie de son activité. La desserte des nouveaux bâtiments, en dehors du centre-bourg, est bien plus aisée, de même que leur mise aux normes. En 1981, Christian Prunier prend la direction de l'entreprise et resserre la gamme de production autour des rillettes, pâtés et ballotines. Le magasin de la rue Michel Beaufils est fermé en 1988 et les ateliers de fabrication de pâtés et ballotines transférés dans la nouvelle usine la même année. L'atelier rillettes déménage à son tour en 1997 et l'usine du centre-bourg est entièrement désaffectée. L'usine actuelle, aujourd'hui entre les mains d'une quatrième génération Prunier, est un grand pourvoyeur d'emploi pour Connerré et sa région. L'ancienne usine, dont il fut un temps envisagé de faire un musée, accueille ponctuellement des manifestations internes à l'entreprise.

Période(s)Principale : 2e moitié 19e siècle, 2e quart 20e siècle, 3e quart 20e siècle
Dates1962, daté par travaux historiques

L'ancienne usine Prunier, qui s'est implantée en plein centre-bourg dans un espace fortement contraint, offre une imbrication de bâtiments complexe qui en font un petit dédale. On trouve à la fois les grandes constructions en béton armé des années 1960 aux façades austères, l'ancienne boutique où est encore visible l'enseigne Prunier, ainsi que des maisons rachetées successivement pour agrandir les locaux.

Le bâtiment principal de l'usine s'étire entre les rues du Sergent Louis Mantien, où se faisait l'entrée des employés et des porcs, et la rue Michel Beaufils (sur laquelle donne la boutique). Dans la première pièce se trouvait une soue et une bascule pour la pesée des animaux : aujourd'hui y est exposée une Salmson achetée en 1934 et utilisée pour le voyage de noces de Maurice Prunier. La seconde pièce correspond à abattoir des porcs : environ 60 porcs et 20 truies y étaient abattus chaque jour. Ceux-ci étaient ensuite montés sur rails et vidés, puis acheminés via une rampe vers la salle de découpe et les chambres froides situées en contrebas. De là, un escalier descend vers les fumoirs et les salaisons et une porte ouvre sur l'espace de confection des rillettes et pâtés, dont une partie des marmites de cuisson en fonte est toujours en place. Depuis la cour (autrefois couverte comme l'indique la structure métallique), on accède aux bureaux, à la lingerie, à l'atelier de maintenance et au vestiaire situés à l'étage, ainsi qu'à la salle d'expédition située au sous-sol. De nombreux ustensiles pour la confection des rillettes sont exposés.

Deux anciennes maisons intégrées à l'usine ont conservé leur façade primitive. L'une, donnant sur la rue Michel Beaufils, possède trois travées, une ancienne vitrine, un passage charretier, des fenêtres en arc segmentaire délardé à appuis moulurés et une corniche. Un autre maison dans la cour, envahie par la végétation, possède trois travées sur trois niveaux.

Mursbéton béton armé
Toitbéton en couverture, matériau synthétique en couverture (?)
Étagessous-sol, rez-de-chaussée, 2 étages carrés
Couverturestoit à longs pans
terrasse
Escaliersescalier de distribution extérieur : escalier droit en maçonnerie
État de conservationétablissement industriel désaffecté
Statut de la propriétépropriété d'une personne morale

Annexes

  • "Connerré, capitale des rillettes", extraits de COURCELLE, André. PELLETIER, Alphonse. Connerré, monographie de notre cité. Connerré : mairie de Connerré, 1982, p. 121-123.

    "Aujourd'hui, les rillettes sont le fleuron de [Connerré] et chacun se plait à les savourer à sa manière, avec un coup de cidre ou un rouge du val de Loir. Par quel cheminement donc, Connerré, cité de 2 500 habitants, se trouve-t-elle aujourd'hui à la pointe de cette industrie régionale, voire nationale ?

    Au XIXe siècle, nous ne trouvons aucune trace de ces produits, et ce encore aux alentours de 1920. Connerré est un centre important de transactions pour les porcs, veaux et autres animaux. Le marché, qui a lieu le mercredi, est un des plus achalandés de la région. [...] Cette foire aux bestiaux, la facilité de ravitaillement aux alentours sont certainement les prémices de notre industrie locale. Il ne manque plus que la témérité, le sens du commerce d'un ou deux artisans pour faire le reste.

    Au début de ce siècle, un monsieur Emile Ragot, demeurant à Bonnétable, vend une maison rue Faidherbe et rue de la Place (rue de Paris) servant de café et ayant pour enseigne "Café des voyageurs". [...] Le bail, qui prend effet le 1er novembre 1900, est établi au nom d'un certain Albert Lhuissier. [...] Monsieur Lhuissier transforme donc ce café en charcuterie et va, par son sens des affaires, faire de Connerré la Cité des rillettes.

    N'oublions pas que la rue Faidherbe fait partie de la route Paris-Nantes. Très vite, Monsieur Lhuissier va se lancer dans l'expédition, monter à Paris et élargir ses commandes et de ce fait son local va s'avérer trop petit. Aussi, en 1909, il achète un abattoir rue de la Rochelle (abattoir Després aujourd'hui) à Madame veuve Gouhier, charcutière rue de Paris [...]. 1913, Monsieur Lhuissier quitte la rue Faidherbe, remplacé par M. Leffray pour s'installer dans le haut de la place, à l'hôtel de France, dont il fait une usine d'expédition. C'en est fini de l'artisanat local : c'est la naissance, sur le plan industriel, des "rillettes Lhuissier".

    L'année 1920 connaît un nouvel essor avec l'arrivée de Monsieur Pottier Paul qui rachète l'usine Lhuissier. On compte alors une soixantaine d'ouvriers dont une dizaine de femmes. L'usine Pottier ne fait que de l'expédition, avec des chargements tous les jours par l'intermédiaire d'un camionneur du pays, Monsieur Tizon [...]. Les camions font la navette : place de la République, gare de Connerré-Beillé. Les caisses prennent alors la direction de Paris pour aller dans les dépôts de Monsieur Pottier Lucien, son frère. L'usine prend de l'ampleur et Monsieur Pottier achète le restaurant de Madame Chenevis situé dans le haut de la place, à droite. L'élevage local ne suffit plus depuis longtemps et ce sont des porcs congelés qui arrivent chaque jour par wagons [...].

    De par sa situation géographique, Connerré se trouve être une ville à vocation commerciale. Aussi, si l'on parle toujours des "rillettes Lhuissier", très tôt on va dire également "les rillettes de Connerré". Car ce que Monsieur Lhuissier a entrepris et réussi, d'autres artisans locaux vont aussi le tenter avec succès. Examinons la situation en 1920 : sur la place, l'usine Lhuissier-Pottier [démolie au début des années 2000] ; rue Faidherbe, la charcuterie Sechet-Leffray ; rue Nationale, la charcuterie Renard ; rue Nationale, la boucherie Coudray. Monsieur Renard, comme Monsieur Sechet, emploie quatre à cinq ouvriers et ne fait que quelques expéditions.

    1928, Monsieur Prunier père, ancien ouvrier de la maison Lhuissier, rue de Paris, parti de Saint-Calais, revient à Connerré et achète la charcuterie Renard, alors que Monsieur Lhuissier ne faisait plus de commerce local, Monsieur Prunier garde le magasin mais s'agrandit et expédie à son tour. La maison Prunier prend vite de l'ampleur et fait connaître ses produits non seulement à Paris mais aussi dans le sud de la France et à l'étranger comme en témoignent de nombreuses médailles de la qualité obtenues en Angleterre, en Allemagne, en Hollande".

Références documentaires

Documents figurés
  • Collections particulières de cartes postales et de photographies anciennes, Connerré. (Collection particulière).

Bibliographie
  • BRETON, Olivier. Rilles, rillons, rillettes, l'aventure de la véritable rillette du Mans. Boulogne-Billancourt : Du May éditions, 1994.

  • COURCELLE, André, PELLETIER, Alphonse. Connerré, monographie de notre cité. Connerré : mairie de Connerré, 1982.

    p. 121-124
  • EZQUERRA, Denys. Rillettes, histoire gourmande d'hier à aujourd'hui. Le Mans : Libra Diffusio, 2013.

  • JALINIER, Suzanne. Connerré au fil du XXe siècle. Mulsanne : ITF imprimeurs, 2009.

    p. 88-89
  • PRUNIER, Christian et alii. Savourons avec la Maison Prunier. Paris : éditions Comaral, 2008.

    p. 140-219
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Pays du Perche sarthois - Barreau Pierrick
Pierrick Barreau

Chercheur auprès du Pays du Perche sarthois.


Cliquer pour effectuer une recherche sur cette personne.