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Tuilerie, briqueterie ; route de La Rochelle

Dossier IA85002067 réalisé en 2018

Fiche

Dénominationstuilerie, briqueterie
Aire d'étude et cantonVallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
AdresseCommune : L'Île-d'Elle
Lieu-dit : Adresse : route
de La Rochelle
Cadastre : 1834 D 822 ; 2017 AD 250

Cette ancienne tuilerie était l'un des établissements industriels les plus importants de la commune de L'Île-d'Elle, parmi ceux, nombreux, qu'elle comptait encore à la fin du 20e siècle. En 1837, le conseil municipal passe un marché avec Joseph Goudy, entrepreneur à la tuilerie et chef tuilier, pour la fourniture de tuiles nécessaires à couvrir les murs du cimetière (alors au pied de l'église). Le recensement de 1846 mentionne, au lieu-dit la Tuilerie, le même Joseph Goudy, tuilier et chef de l'usine, avec un chef d'atelier et quatre ouvriers. Le recensement de 1851 fait état de la "grande rue du village du quartier des tuileries", soit l'actuelle route de La Rochelle. Y vivent Joseph Goudy et Pierre Maussimeau, maîtres tuiliers, le second originaire de Libourne, avec chacun quatre ouvriers. En 1856, Joseph Goudy est toujours tuilier dans le quartier de Bellevue, avec trois ouvriers et trois apprentis. Il n'est ensuite plus répertorié.

Les recensements de 1861 et 1866 mentionnent en effet désormais deux tuiliers et leurs familles : Guillaume Fabarez (1826-1913), originaire des Hautes-Pyrénées, et Pierre ou Léger Célérier, avec de deux à trois ouvriers. En 1862 et 1864, Guillaume Fabarez paie un droit à la commune pour extraire la terre nécessaire à la fabrication de ses tuiles. Le 31 décembre 1865, Pierre Célérier demande l'autorisation de construire un four à chaux et à tuiles à 40 mètres de la route départementale. Au recensement de 1872, Guillaume Fabarez est désormais tuilier avec Philippe Berton et un ouvrier (Célérier a, entre temps, créé sa propre tuilerie, à l'Audairie, actuellement 13 rue du Stade). Veuf, Fabarez se remarie en 1881 avec Marie Bonneau, épicière, elle-même veuve d'André Rousseau, aubergiste. Le recensement de 1891 les mentionne, avec André Rousseau fils (1875-1958), issu du premier mariage de Marie Bonneau.

Celui-ci, d'abord "commis aux écritures" pour Fabarez, reprend la tuilerie et, en 1934-1935, selon le cadastre, il la fait agrandir. La tuilerie prend alors sans doute pour l'essentiel son aspect actuel. Equipée de machines pour le malaxage et le façonnage mécaniques, elle devient la première de la région. Entre 1925 et 1948, près de 5700 tonnes de tuiles issues de la tuilerie Rousseau sont expédiées via le port de Marans, dont 984 pour la seule année 1932. L'entreprise se spécialise aussi dans la production de briques. D'abord extraite sur le coteau de L'Île-d'Elle, la terre l'est ensuite dans un terrain acheté à Marans, au lieu-dit les Ecluzeaux (aujourd'hui carrière communale, le long de la route D 938 ter). Patron tuilier, André Rousseau est maire de L'Île-d'Elle de 1919 à 1944, ce qui parachève son ascension économique et sociale. Quant à sa seconde épouse, Marthe Charpentier, elle développe un élevage de poules de Marans, appelé "élevage des Tuileries". André Rousseau meurt en 1958. Devenue Société céramique de la Sèvre dès avant 1956, l'entreprise fermera en 1973.

L'ancienne tuilerie est établie le long de la route de La Rochelle, entre celle-ci au sud et la voie ferrée au nord. Désaffectée, elle comprend de vastes corps de bâtiments en brique, avec toits à longs pans sur charpente métallique. Un seul, au nord-ouest, possède un toit à shed. Le corps de bâtiment sud, au plus près de la route, est équipé d"un quai de chargement à deux rampes.

Mursbrique
Toittuile mécanique
Étagesen rez-de-chaussée
Couvrements
Couverturestoit à longs pans
shed
États conservationsdésaffecté, menacé
Statut de la propriétépropriété privée

Annexes

  • Préparation et mise en oeuvre des tuiles de L'Île-d'Elle, souvenirs de René Durand (1925-2018), de Marans (Archives privées).

    "De tous temps, les tuiliers ont prélevé la terre entre la route de Fontenay et le canal de Vix, avant l'entrée dans le village, sur un terrain qui fut appelé par la suite "les Crujes". Ce mot rappelant parfaitement son apparence.

    L'extraction de la terre commençait après les gelées, au début du mois de novembre et jusqu'à la fin de l'année lorsque cela était nécessaire et si toutefois le niveau des eaux de pluie sur le terrain le permettait. Les fosses mesuraient en moyenne une dizaine de mètres en longueur sur quatre mètres de largeur et trois en profondeur. Il se tirait, bon an mal an, environ 1500 mètres cubes de terre selon les besoins.

    Il fallait tout d'abord enlever la couche de terre arable d'une épaisseur moyenne de 0,50 mètre environ, et l'on voyait apparaître la couche d'argile, le "bri", d'un gris bleuté, qui se lissait agréablement. On n'extrayait pas en-dessous de 2,50 mètres, soit 3 mètres du sol environ, car la couche inférieure de bri n'est pas pure. On y trouve diverses coquilles de mollusques bivalves déposées autrefois par la mer. La terre ainsi extraite restait en tas sur place se mûrir en attendant la reprise de la fabrication. La terre de bri impure était délaissée par la présence de ces coquillages qui blessaient les mains lors du broyage et malaxage d'une part, et de l'autre parce que ces coquilles éclataient lors de la cuisson en fragmentant la tuile.

    Lors de la reprise, les rouliers en apportaient de pleins tombereaux qu'ils déversaient dans une fosse cimentée pleine d'eau où elle séjournait toute la nuit. Le matin la terre était retirée progressivement de la fosse, broyée, pétrie, malaxée et distribuée aux divers ouvriers. Chacun étalait sa motte de terre sur son moule à l'épaisseur régulière exigée, en coupait prestement le pourtour. La tuile était reprise par un "poseur" muni d'un moule qui la formait, pour les placer sur les claies étagées des séchoirs couverts où elles restaient à tous vents durant une huitaine de jours.

    Avec l'industrialisation, le broyage et malaxage de la terre fut mécanisé ainsi que la découpe et sa mise en forme. Il fallait toujours les poseurs qui recueillaient, plaçaient sur les "pousse-pousse" à étages et parcouraient les couloirs pour déposer avec précautions les moulages sur les rayons clayés des séchoirs.

    Après le séchage, elles étaient exposées au soleil durant deux jours avant de les passer au four. C'était spectaculaire de voir sur cette esplanade, dressées vis-à-vis, ces tuiles comme pour une parade, mais si un orage menaçait, c'était l'appel au peuple et aux bonnes volontés pour tout garer avant la bousculade (...).

    [J'ai vu] les fours de la tuilerie Rousseau situés entre la route et la voie de chemin de fer qui contournait l'ensemble de la tuilerie. Ce n'était pas des fours bâtis en surélévation. Ils ne dominaient que de peu les tas de charbon à proximité. De la route on voyait les pierres noircies et calcinées. Il fallait donc descendre pour charger les foyers en contrebas. Le soir et la nuit, on avait l'impression, lorsqu'ils étaient allumés, l'un ou l'autre, d'un cratère de volcan qui enflammait le ciel étoilé. C'était féérique et dantesque à la fois. Gamins, nous qui n'avions vu et connaissions que le feu de la Saint-Jean et le feu d'artifice du 14 Juillet, nous avions l'impression de voir l'Etna et autres en éruption.

    Les tuiles étaient disposées par couches, debout serrées les unes contre les autres et appelées "pointes. Une dizaine de couches étaient ainsi superposées et chauffées durant deux jours et deux nuits sans interruption à la chaleur estimée de 1000 degrés, contrôlée par un chauffeur qui, sur place, entretenait les deux et surveillait les abords. Il régnait sur le pourtour une chaleur intensive. Les chauffeurs se relayaient et pouvaient se reposer sur une paillasse, dans une baraque attenante, dont la porte sans loquet battait au vent pour les maintenir éveillés. Les tuiles devaient rester dans le four encore pendant deux autres jours pour y refroidir lentement avant d'en être retirées. Devenues d'une couleur rouge, elles étaient classées bonnes à la vente."

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de la Vendée. 5 M 170. 1838-1928 : hygiène et santé publique, établissements classés, commune de L'Île-d'Elle.

  • Archives départementales de la Vendée. 6 M 181 et 182. 1836-1911 : recensements de la population de L'Île-d'Elle (en ligne sur le site internet des Archives départementales de la Vendée).

  • Archives départementales de la Vendée. 1 O 365. 1816-1932 : édifices et services publics de L'Île-d'Elle, chemins de fer (1904-1926), moto-pompe incendie (1931), réseau distribution électrique (1932), canaux et routes d'eau (1844-1924), inondation dans les marais de la Sèvre (1910), gestion occulte du maire (1816-1817), pétition de propriétaires concernant des terrains appartenant à l'État près de l'écluse du Gouffre (1913-1914).

  • Archives départementales de la Vendée. 3 P 1222 à 1228, 3559. État de section et matrices des propriétés du cadastre de L'Ile-d'Ellle, 1835-1958.

  • Archives municipales de L'Île-d'Elle. Dossier "Vie économique".

  • Informations, documentation et notes de dépouillements d'archives fournies par M. René Durand (1924-2018), Marans.

  • Informations, documentation et notes de dépouillements d'archives transmises par M. Daniel Goguet (L'Île-d'Elle).

Documents figurés
  • Plan cadastral de L'Île-d'Elle, 1834. (Archives départementales de la Vendée, 3 P 111).

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