Dossier IA44004533 | Réalisé par
Lelièvre Françoise
Lelièvre Françoise

Chercheur, Service Patrimoine, Région Pays de la Loire.

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Paimbœuf : présentation de l'aire d'étude
Copyright
  • (c) Archives nationales, France
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

  • Aires d'études
    Paimbœuf (commune)
  • Adresse
    • Commune : Paimbœuf

1 - Conditions et objectifs de l'enquête

Les partenaires et le cadre institutionnel

L'étude du patrimoine architectural du canton de Paimbœuf a été reprise en 2003 par Françoise Lelièvre (chercheur contractuel de l'Etat) sur la base d'une première approche documentaire assurée en 1993 par Catherine Gros alors conservateur du patrimoine au service de l'inventaire général des Pays de la Loire. Cette recherche s'inscrivait dans la continuité de travaux précédemment menés sur l'architecture portuaire de la ville de Nantes. Les résultats de l'enquête pour la seule commune de Paimbœuf (2007 : 3093 habitants pour 1521 logements) ont donné lieu à 176 notices architecture. L'étude des objets mobiliers résulte quant à elle de travaux menés dans le cadre d'une convention entre la DRAC et le Département par Véronique Daboust, conservateur des antiquités et objets d'art. Les photographies ont été réalisées par François Lasa (service de l'Inventaire général) et Denis Pillet (Conseil général). Josselin Bourneuf et Caroline Guillemaut, aujourd'hui architectes, ont relevé le plan d'une dizaine de maisons. Sébastien Champeaux et Nina Guiraud, alors étudiants en histoire, ont contribué au dépouillement des minutes notariales. Virginie Desvigne a assuré les travaux d'infographie. La restitution de ce travail s'inscrit dans le contexte de la décentralisation du Service de l'Inventaire au conseil régional des Pays de la Loire. Une convention annuelle de coopération pour la mise en œuvre d'actions de valorisation a été passée le 28 septembre 2009 entre la Région des Pays de la Loire et la Ville de Paimbœuf validant le projet d'une exposition présentée à Paimbœuf du 16 avril au 31 juillet 2010.

Le territoire

L'étude du patrimoine architectural de la commune de Paimbœuf ne peut être dissociée de l'activité fluviale et maritime nantaise. Port de commerce majeur du royaume dans le dernier siècle de l'Ancien Régime, Nantes, située à une soixantaine de kilomètres de la mer, ne dispose pas d'un site capable d'accueillir les navires équipés au long cours. L'irrégularité du cours de la Loire contraint les négociants, les armateurs, les constructeurs de navires à déplacer vers l'aval une grande part de leur activité conduisant, dès le XVIIe siècle, à l'établissement d'un avant-port au plus près de la mer, Paimbœuf, sur la rive gauche du fleuve. Comme pour de nombreux petits ports émergents à l'Epoque Moderne, l'activité se développe sur un site naturel favorable, un havre d'échouage, quelques rares maisons émaillant au milieu du XVIIe siècle cette ancienne île vouée à l'agriculture, pour partie propriété des ducs de Retz. Un siècle plus tard ce territoire rural féodal a fait place à un bourg portuaire (Paimbœuf n'obtient le statut de ville qu'après la Révolution) dont la population, mi-sédentaire mi-foraine, compte près de 5000 personnes en 1750 et dépasse vraisemblablement les 8000 à la fin du XVIIIe siècle quand Nantes rassemble 80 000 habitants. Le développement de la ville se fige au XIXe siècle, la population oscillant régulièrement autour de 3000 habitants. Le port de Saint-Nazaire opérationnel en 1856 écarte définitivement Paimbœuf des routes maritimes. Sous-préfecture de 1800 à 1926, la ville construite reste inscrite dans les limites fixées à la fin du XVIIIe siècle jusqu'à l'arrivée du chemin de fer en 1876. Une importante industrie chimique caractérise le XXe siècle, ouvrant à partir de 1950 la moitié sud de la commune au logement des ouvriers, par voie de lotissements.

Les objectifs de l'enquête

Le port de Paimbœuf a fait l'objet de nombreuses recherches à l'échelle de l'estuaire de la Loire et, en tant qu'un élément de l'aire portuaire de Nantes, son rôle d'avant-port a été récemment clairement précisé. Des travaux ont également été conduits à l'échelle de la façade atlantique et le développement du port confronté à d'autres petits ports nés comme lui sous l'Ancien Régime. On en connaissait en revanche beaucoup moins sur la formation du bourg et sur les modes d'habiter ayant accompagné cette effervescence maritime et fluviale à partir du milieu du XVIIe siècle. Plusieurs questions se posaient sur la façon dont les pionniers s'étaient approprié la terre entre la rive du fleuve appartenant au Domaine royal et la terre au sud placée sous la mouvance de seigneurs locaux. Pouvait-on y reconnaître une occupation spontanée ou, au contraire, programmée ? Quelle avait été la première réponse architecturale à la demande d'une population composée pour la plus grande part d'émigrés régionaux attirés par l'activité portuaire ? Quelle était l'ampleur des travaux engagés lors d'une deuxième campagne de construction repérée au milieu du XVIIIe siècle après que Nantes fût devenue le premier port d'armement français ? Enfin, pouvait-on évoquer une échelle commune entre l'architecture portuaire nantaise et celle de l'avant-port ? Aux questions concernant la ville habitée sont liées celles concernant le port dans le contexte large de la politique de développement des côtes à partir du troisième quart du XVIIe siècle. Quel avait pu être le rôle réservé au port de Paimbœuf au XVIIe, au XVIIIe et au XIXe siècle par les ingénieurs ayant autorité sur l'espace fluvial et maritime dans la mesure où tout devait concourir à l'entretien du chenal navigable jusqu'à Nantes ? A partir de quand apparaissent des équipements susceptibles d'être qualifiés d'infrastructures portuaires pour ce port quasi forain à la fin du XVIIIe siècle ? Les questions posées passaient par une nécessaire confrontation des sources documentaires avec le terrain.

Les limites chronologiques de l'étude

L'étude s'étire de 1659, date de la mise à disposition par le duc de Retz d'un terrain en rive pour le lestage et le délestage des navires, à 1998, date de la fermeture des portes de l'usine de produits chimiques Octel-Kuhlmann, activité ayant sous-tendu l'économie locale au XXe siècle. Antérieurement à cette période, les aveux concernant la métairie du Bois Gautier ont permis d'approcher l'occupation du site depuis le milieu du XVe siècle.

Les limites géographiques

Les limites de la commune de Paimbœuf et celles de la ville coïncident aujourd'hui. Une population de 3093 habitants pour 1521 logements a été recensée par l'INSEE en 2007. Le repérage prend en compte l'ensemble du patrimoine architectural de la commune mais l'étude porte plus particulièrement sur les dix-sept îlots de la ville ancienne, au nord d'une ligne empruntant le boulevard Dumesnildot. Pour rendre compte de la phase de repérage, une notice par îlot a été isolée, illustrée par une vue aérienne et des vues de l'ensemble du bâti de l'îlot prises à partir de la rue. A chaque notice îlot sont liées les notices des individus sélectionnés dans l'îlot, soit parce qu'ils sont représentatifs d'une typologie prégnante à l'échelle de la ville, soit, parce qu'ils sont atypiques. La constitution du dossier collectif concernant la demeure permet la synthèse des propositions architecturales jusqu'au XIXe siècle, synthèse à laquelle a été ajouté un commentaire sur les lotissements (concertés ou non) de la seconde moitié du XXe siècle.

2 - Les recherches documentaires

Sources bibliographiques

Les publications ou travaux consacrés à la seule ville de Paimbœuf sont rares ; l'opuscule publié par Louis Séguineau-Leys en 1912 reste isolé. Deux maîtrises d'histoire moderne dont celle soutenue par Nicolas Harel en 2002 explorent la société paimblotine entre 1730 et 1789 à partir des registres des délibérations du général de la paroisse. Quelques articles publiés par les sociétés savantes locales évoquent la ville et le port mais rarement sous l'angle du patrimoine bâti si ce n'est le travail de Véronique Mathot, membre de la Société d'études et de recherches du Pays de Retz ; plus confidentiel, le travail de Bruno Comps, érudit passionné habitant la ville. La ville ne présente un intérêt historique qu'appréhendée à l'échelle de l'aire portuaire nantaise et, en tant qu'élément constitutif de son activité, elle est régulièrement mentionnée dans les dictionnaires ou les récits de voyageurs au XVIIIe et au XIXe siècle. L'ouvrage de Bruno Cailleton sur la construction navale civile dans l'amirauté de Nantes au XVIIIe siècle, la thèse d'histoire soutenue en 2005 par Bernard Michon sur l'aire portuaire de Nantes au XVIIe et XVIIIe siècle et celle de Murielle Bouyer sur les marins de la Loire dans le commerce maritime nantais au XVIIIe siècle sont à ce titre exemplaires des liens obligés tissés entre Paimbœuf, Nantes et les différents avant-ports de l'estuaire de la Loire. Plus généralement, les travaux conduits au sein du laboratoire SOLITO de l'Université de Bretagne sud et ceux du centre de recherche en histoire international et atlantique (CRHIA) de l'Université de Nantes ont été consultés.

Sources d'archives

Les archives départementales et plus particulièrement les séries B et E ont été privilégiées pour l'étude de la ville construite. La disparition des minutes des notaires exerçant à Machecoul au XVIIe siècle et l'absence de plan cadastral parcellaire au XIXe siècle ont encouragé le dépouillement systématique des minutes produites par les notaires exerçant à Paimbœuf au XVIIIe siècle. Le travail a permis, à l'échelle de la ville, l'établissement d'une base de données de près de mille références concernant la propriété (achat, vente et location des biens), les arrentements de terrains, les marchés de construction et les travaux. Le croisement de ces données avec celles des registres régulièrement tenus à l'occasion de la collecte de l'impôt (rentes, aveux, capitation, contribution foncière), a permis de loger la société paimblotine. Des listes d'aveux contenues dans le chartrier de la Guerche, série 15 J, ont été très utiles ainsi que les expertises conduites dans la seconde moitié du XVIIe siècle concernant les biens placés sous la mouvance du seigneur de la Guerche. Pour l'étude du port sous l'Ancien Régime, les documents de la série C concernant la navigation ont été consultés. Pour le XIXe siècle, les archives des Pont et Chaussées déposées aux Archives départementales (série S en cours de classement) a fourni la matière à l'étude des quais, complétée par la série DD2 (travaux maritimes et hydrauliques) consultable au Service historique de la marine à Vincennes. Un ensemble de documents déposés à la bibliothèque de l'Ecole nationale des Ponts et Chaussées a permis d'appréhender plus précisément les travaux conduits par Alexandre Lemierre dans le deuxième quart du XIXe siècle.

Sources figurées

Les documents iconographiques (peinture, gravure ou dessin) sont peu nombreux au XIXe siècle voire rares au XVIIIe siècle. Pour le XXe siècle, la collection de cartes postales mise à notre disposition par Monsieur Lionel Houis a été très appréciée. Les interventions des architectes-voyers de la Ville de Nantes au XVIIIe et au XIXe siècle ont généré quelques documents graphiques présents aux archives départementales et dans les archives de la commune. Sans doute y-a-t-il eu quelques disparitions ; ainsi du plan de l'hôpital général dressé au milieu du XVIIIe siècle par Nicolas Portail, absent des liasses. Il faut ajouter à cela la production des ingénieurs ayant en charge le cours de la Loire, réduite pour le seul port de Paimbœuf, mais importante à l'échelle de l'estuaire. Des cartes provenant de fonds d'archives nationaux, départementaux ou municipaux ont été retenues pour illustrer cette notice ; l'ordre chronologique a été privilégié. La Loire est le plus souvent représentée depuis Nantes (à droite) vers l'Océan (à gauche) ; deux cartes illustrent ici le contraire, le point de vue est inversé. Les documents sélectionnés pointent la diversité des compétences sollicitées et trahissent les préoccupations administratives, topographiques, maritimes, fluviales et militaires dans lesquelles la ville s'insère, du milieu du XVIIe siècle à la fin du XXe siècle. Le port est pris en compte dans les premières enquêtes menées sur l'état des côtes de la France ; le creusement d'un bassin à Paimbœuf pour des vaisseaux de 500 tonneaux est évoqué dès 1664 par Colbert de Croissy. Il tient également sa place dans le système de défense des côtes du troisième quart du XVIIe siècle au premier quart du XIXe siècle. Il est dans le même temps concerné par les diverses campagnes de travaux destinées de façon récurrente à améliorer la navigation en Loire, de Nantes à la mer. Le creusement d'un canal destiné à éviter la difficile remontée de l'estuaire jusqu'à Nantes est évoqué à partir du milieu du XVIIIe siècle, le premier depuis le port de Bourgneuf via Machecoul, le second depuis Pornic via Chéméré. Ces projets (non réalisés) auraient condamné, de fait, les ports de l'estuaire. Enfin, l'avant-port constituait l'ultime étape du grand chemin Paris-Paimbœuf, une chaussée conduisant ensuite jusqu'à Corsept.