Dossier IA72058717 | Réalisé par
Barreau Pierrick (Rédacteur)
Barreau Pierrick

Chercheur auprès du Pays du Perche sarthois jusqu'en octobre 2020. Depuis novembre 2020, chercheur auprès du Conseil départemental de la Mayenne.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Fortification d'agglomération (vestiges), Connerré
Auteur
Fourny Pierre-Bernard
Fourny Pierre-Bernard

Photographe, Service Patrimoine, Région Pays de la Loire.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Pays du Perche sarthois - Savigné-l'Evêque
  • Commune Connerré
  • Adresse rue du Sergent Louis Mantien , 1, 3 quartier de la Boule d'Or , 32 rue Michel Beaufils , 10 rue des Vieux Ponts
  • Cadastre 1836 C2 Non cadastré ; 2018 AC Non cadastré
  • Dénominations
    fortification d'agglomération
  • Destinations
    maison
  • Parties constituantes non étudiées
    tour, courtine

L'établissement de l'enceinte

La fortification du bourg de Connerré est tardive puisqu'elle ne date que de la fin du XVIe siècle. On doit à Menjot d'Elbenne, érudit sarthois et maire de Beillé de 1878 à 1919, d'avoir retrouvé à Paris et remis à la mairie de Connerré la charte du roi Henri III de 1578 et la lettre de surannation de 1582, autorisant la construction de murailles autour du bourg. Selon celles-ci, il s'agissait de prémunir les habitants, "bons et notables bourgeois", et les nombreux marchands de passage, contre les pillages des "avantcoureurs, vagabondz et aultres gens vivant à discrétion contre toute raison et équité", a fortiori en cette période de troubles que constituent les guerres de Religion. A ce titre, le roi autorise de "faire clorre lesdit bourg de Connerray de murailles, tours, portes, poternes, pontz-levyz, fossez et aultres choses nécessaires à clostures, fortiffications de ville, et pour ce faire, imposer et lever sur eulx telle somme de deniers qu'il nous plairoirs ordonné".

Ce sont donc les habitants de Connerré qui financent l'édification de l'enceinte. La date d'achèvement de la construction reste toutefois incertaine. Les récits de Dragues de Comnène, gouverneur de la Ferté-Bernard, et de Charles II de Cossé, comte de Brissac, ligueurs, racontent leur victoire à Connerré sur des reitres (cavaliers allemands protestants) au service du roi de France, la nuit du 1er au 2 décembre 1589 et semblent indiquer que le rempart est en place. Brissac indique que Connerré est "une villotte très bien fermée". Comnène fait allusion aux fossés et murs, mais semble faire erreur en écrivant que le bourg est "ouvert du côté du Mans et clos de simple muraille de l'autre" (c'est l'inverse).

Une enceinte symbolique et peu utilisée

Comme c'est le cas dans de nombreuses cités, par une série de contrats passés entre 1627 et 1636, la communauté des habitants de l'enclos de Connerré baille à des particuliers, à rente annuelle et perpétuelle, trois des quatre portes (la quatrième relevant du prieuré) et une des tours de l'enceinte. L'un de ces actes, le bail de la porte des Vieux ponts passé en 1632, a été conservé : il stipule que les "locataires", marchands de leur état, sont autorisés à construire un hébergement et une boutique sur la porte de ville, à charge pour eux de laisser le passage libre au public, d'assurer l'entretien des tours et de veiller à ce qu'elles soient opérationnelles en temps de guerre ou de troubles. Ce document semble indiquer qu'à peine édifié, il s'agissait de rentabiliser la construction de l'enceinte, d'autant plus que le contexte pacifié du XVIIe siècle allait le rendre inutile.

Les faibles dimensions des courtines et des tours, en hauteur et en épaisseur, révèlent leur fragilité et indiquent que les murs de Connerré furent bien élevés pour se protéger du brigandage voire de petites bandes armées, et non d'un siège. Gabriel Fleury écrira à ce sujet que "Connerré est plus tôt ville fermée que ville fortifiée". Aussi vrai que le Dué, qui constitue une partie importante de la défense, n'est pas infranchissable, la protection offerte par la muraille est toute relative. Par ailleurs, sa fonction symbolique n'est pas négligeable, soulignant l'importance de la petite cité qui se donne alors le statut de "ville" ou "villotte". Connerré s'est également vue dotée d'un gouverneur comme toute place forte, dont le seul connu soit Pierre-Guillaume-Louis de la Goupillère, seigneur de Dollon, cité en 1778.

La question de l'appropriation de l'enceinte par les riverains

A la fin du XVIIIe siècle, bien qu'obsolète et inutile, la fortification est encore globalement en place. Seules les trois principales portes ont été amputées de tours pour faciliter la circulation dans le bourg, notamment avec la création de la nouvelle route royale à partir de 1772. Néanmoins, on relève des indices de privatisation de certains éléments : le terrier de 1787 indique que des habitants se sont appropriés des portions des anciens murs, fossés ou douves et il fait état d'une maison "construite dans une des tourettes du mur de ville". Cette pratique est également attestée par un contrat de vente de 1775 ayant pour objet "une maison nommée la porte de ville", côté faubourg de Couasnon (porte du Saulvage).

Au début du XIXe siècle, la commune hésite entre l'abandon et la conservation de l'enceinte. L'histoire de la tour située au chevet de l'église, alors appelée tour de la Gaillarderise, est à cet égard révélatrice. En 1792, la commune en fait concession à un certain Louis Ferrand dit Bourgogne, qui y installe son logement. En 1809, la municipalité cite le sieur Ferrand devant la justice de paix du canton, au motif qu'il a aménagé les abords de la tour, empiétant sur la voie publique et faisant des brèches dans l'enceinte sans autorisation. Il est intéressant de noter qu'au tout début du XIXe siècle, la commune voyait encore un intérêt à conserver la fortification intacte, pour contrôler les allées et venues dans le bourg (les brèches pouvant servir d'issues au voleurs et autres malveillants "pour éviter de passer dans la ville et sous les yeux de la gendarmerie").

La progressive démolition de l'enceinte

Néanmoins, l'appropriation de l'enceinte par les riverains se poursuit au cours du XIXe siècle. Sur le cadastre napoléonien de 1836, on constate qu'il ne subsiste qu'une demi-douzaine de tours, les autres étant encore suggérées par leur empreinte. En 1845, la municipalité décide d'aliéner une tour ruinée, qui selon elle "n'offre aucun intérêt au point de vue archéologique". Venu en faire l'estimation, l'architecte voyer de l'arrondissement déclare qu'il reste des portions considérables de la fortification encore presque intactes, dont quelques habitants se sont emparés depuis longtemps. La dernière tour de la porte du Saulvage disparait quant à elle après 1853.

C'est toutefois l'agrandissement de la place du marché et l'alignement de l'ancienne rue des Fossés qui sont responsables de la destruction de la majeure partie de la muraille. Un premier projet d'aménagement élaboré dans les années 1850 ne portait que peu préjudice à l'enceinte, mais il fut probablement jugé trop timoré : en 1862-1863, on procéda à l'acquisition et la démolition d'une grande partie du prieuré avec sa portion d'enceinte, ainsi que des murs et tours en saillie sur la voie publique (la démolition de l'une de ces tours, alors à l'usage de maison, a été enregistrée dans les matrices cadastrales en 1864). Seule la tour de la Gaillarderise, pourtant promise à la destruction, fut épargnée. Toujours selon les matrices, la maison qui lui fut accolée date vraisemblablement de 1875 (modifications enregistrées en 1878). Au début du XXe siècle, il subsistait encore l'une des deux tours de la porte du Lion, convertie en habitation et nettement visible sur des cartes postales anciennes. Parmi les trois tours toujours en élévation aujourd'hui, deux ont été restaurées au cours des années 2000, l'une par la commune, l'autre par le pays du Perche sarthois.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 16e siècle

L'enceinte murée de Connerré enserrait le bourg sur trois côtés : le Dué formait la seule défense sur le flanc nord-est. Elle se composait d'une courtine d'environ 550m de long, ponctuée de quatre portes et de tours dont le nombre varie sur les plans anciens. Un dessin probablement peu scrupuleux du XVIIIe siècle en figure trente-trois, ce qui est totalement fantaisiste. Un plan de 1771 en montre quinze, tandis que le plan terrier de 1787, plus fiable si on le compare au cadastre de 1836 et aux divers plans d'alignement du XIXe siècle, en figure quatorze : si on ajoute trois tours de la porte des Vieux ponts (mentionnée en 1688 mais démolie avant 1771), de la porte du Lion et de la porte du Saulvage (abattues entre 1771 et 1787), on dénombre ainsi au total dix-sept tours.

Le tracé de l'enceinte est encore en partie lisible dans le parcellaire du bourg, notamment dans la courbure de la rue Marceau. D'un côté, elle se prolongeait jusqu'à un fossé qui la reliait au Dué, de l'autre, elle empruntait une partie de la rue du Sergent Louis Mantien, contournait l'actuel emplacement de l'école Jules Ferry et longeait l'actuel emplacement de l'école Sainte-Anne jusqu'au Dué, qu'elle longeait sur quelques mètres jusqu'à la porte des Vieux ponts.

La porte du Prieuré et celle des Vieux ponts s'ouvraient respectivement au sud-ouest et au nord-est. La porte et le faubourg du Lion, au nord-ouest, tenaient leur nom d'une ancienne auberge ; c'était peut-être aussi le cas de celle du Saulvage, au sud-est, dont l'appellation est confirmée dans plusieurs documents du XVIIe siècle. Il ne reste aujourd'hui rien de ces portes.

L'épaisseur de la courtine, dans les portions où elle est conservée, dans les arrières-cours de l'école Sainte-Anne et de plusieurs propriétés près du Dué, n'excède pas 80 cm de largeur. La hauteur conservée varie entre trois et quatre mètres. La courtine et les tours sont construites en moellons de grès avec un mortier de couleur jaune.

Les tours, assez régulièrement espacées, semblent avoir toutes présenté le même plan semi-circulaire et le même gabarit. De faible hauteur, ne dépassant que de peu la courtine (environ 4 m de diamètre pour 5 m de hauteur), elles possédaient deux niveaux d'élévation. Une description de 1846, lors de l'aliénation d'une de ces tours, mentionne "au rez-de-chaussée en un caveau humide et sans fenêtre et au-dessus un reste de grenier couvert à peine d'un reste de toit en matériaux sans valeur". La largeur des murs est d'environ 60 cm, la couverture d'origine a disparu. Chacune des tours conservées présente encore des pierres percées de petites ouvertures circulaires pour le tir, dirigées vers le ras de la muraille. Chaque porte de l'enceinte était flanquée de deux tours.

L'enceinte était doublée de fossés dont la rue Marceau, ancienne rue des Fossés, a longtemps gardé le souvenir. Des travaux de réfection de cette rue ont révélé un remblai de deux mètres de profondeur, qui pourrait correspondre à l'empreinte de ce fossé.

  • Murs
    • calcaire moellon
  • État de conservation
    vestiges
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune, Tour de la rue du Sergent Louis Mantien
    propriété privée, Portions de courtine et tours situées près du Dué