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Ecart dit la Barillère

Dossier IA44005634 réalisé en 2015

Préambule : En Pays du Vignoble nantais, les « villages à communs » sont des hameaux ou écarts dont les habitants possèdent en commun et de manière indivise un ou plusieurs biens fonciers, souvent sous forme d’une aire non bâtie en cœur de hameau. L’essentiel du patrimoine bâti qui constitue ces écarts relève de caractéristiques architecturales qui font l’objet de cette présentation.

Présentation générale

La Barillère un "village à communs" dont la structure est de type 2, c’est-à-dire que le bâti s’organise en bordure et en îlots sur un espace à usage collectif. L’architecture villageoise témoigne de l’activité de polyculture présente au XVIIIe siècle mais aussi des reprises esthétiques des façades et volumes au XIXe siècle typique du style de l’architecture rustique dite à l’italienne. L’organisation architecturale ainsi que la vie sociale de la communauté des habitants est organisée autour d’anciens espaces communs, aujourd’hui propriété de la commune de Mouzillon.

Paysage général

En 1812

La répartition actuelle de la culture des sols témoigne d’une certaine permanence avec l’organisation lisible sur le plan napoléonien. Le cadastre de 1812 atteste d’une activité de polyculture à dominante viticole déjà engagée au XVIIIe siècle. Le hameau est entouré de jardins divisés entre les propriétaires en de fines parcelles. Au nord, une étendue de prés correspond à la zone humide qui résulte de la proximité avec le cours de la Sanguèze ; ces prés jouxtent plusieurs pâtures qui viennent ceinturer le cours d’eau. D’autres prés sont installés au sud est de l’écart sur une étendue plus modeste. La vigne domine le paysage : elle est implantée à l’est et à l’ouest du hameau, en une multitude de longues et étroites parcelles. Quelques terres labourables viennent ponctuer le paysage ; surtout au sud de l’écart où elles sont implantées en alternance avec des pâtures. L'écart est desservi par trois voies de communication qui conduisent aux écarts voisins : La Grange à l’est, la « Barrelière » (Cour de la Barillère) à l’ouest et au sud, le chemin qui permet de desservir l’ensemble de la commune.

En 2015

Le paysage actuel témoigne de l’omniprésence des vignes qui se trouve tout autour du lieu-dit. Les jardins aux abords directs des habitations ont été en majeure partie conservés.

Activité économique

En 1812

La Barillère est un écart dense qui se compose de 108 bâtiments pour 59 propriétaires. Les édifices se répartissent entre 68 maisons, 31 dépendances, 5 celliers, 2 écuries et 2 masures. Parmi les propriétaires, 31 sont identifiés comme habitant l’écart de la Barillère : 20 laboureurs, 4 maréchaux-ferrants, 3 tailleurs d’habit, 2 sabotiers, 1 tonnelier et 1 tisserand. Ils possèdent au total 68 des 108 bâtiments, répartis entre 1 à 5 maisons et dépendances par habitant. La propriété foncière est extrêmement fractionnée : quasiment aucune maison et dépendance détenues par un même propriétaire ne sont mitoyennes.

Les 28 autres propriétaires habitent d’autres écarts des communes de Mouzillon, de Vallet, de Clisson et Gétigné. La majorité d’entre eux sont également laboureurs.

L’étude des propriétés foncières des propriétaires indique, en plus de l’activité artisanale pour certains d’entre eux, d’une activité de polyculture. Les habitants possèdent des jardins, terres, vignes, pâtures et prés.

Phasage chronologique de l'organisation foncière

L'écart de la Barillère a, dans son ensemble, peu subi les conséquences de l’évolution urbaine. La structure d’origine très concentrée n’a laissé que peu de places à de nouvelles constructions en sus des bâtiments anciens. En revanche, le pourtour du hameau est touché par de nombreuses constructions pavillonnaires réalisées au XXe siècle.

L'écart de la Barillère présente une évolution foncière qui correspond à l'envahissement progressif d'un espace central trapézoïdal commun par les maisons et dépendances souvent appuyées les unes contre les autres, en des phases différentes. Ces bâtiments constituent des enfilades ou des îlots sans standardisation des gabarits et sans organisation générale. Cette organisation en foncière en fait un archétype du "village-mosaïque", selon la définition de Christine Toulier.

Avant 1812

L'envahissement de l'espace commun semble perceptible dès 1812 à la lecture du plan cadastral et notamment dans le quart sud-ouest de l'écart. Le bâti en bordure semble avoir été construit sur l'espace "commun", en s'adossant au parcellaire rural. La présence du four commun (G 428, 1812) au sein d'un agrégat de bâtiments est un indice qui va en ce sens.

L’architecture des bâtiments se caractérise par l’emploi de matériaux locaux : les murs sont en moellons de schiste montés à la terre, la toiture est recouverte de tuiles creuses (tige de botte).

Les bâtiments d’habitations sont généralement en rez-de-chaussée (pièce unique) avec combles à surcroît pour le stockage des denrées. Leur toiture est à deux pans, en pente douce. Les fenêtres sont surmontées d’un linteau de bois. Les portes sont surmontées d’un linteau de bois ou en plein cintre décorées de longues dalles de schiste. Les dépendances sont en rez-de-chaussée ou à deux niveaux, en appentis accolés aux maisons d’habitations. Les fenêtres sont de simples jours carrés ou rectangulaires ; les portes sont simples et à linteau de bois.

Au XIXe siècle

La matrice des propriétés foncières, indique qu’une quinzaine de maisons sont démolies puis reconstruites dans la seconde moitié du 19e siècle. Un seul bâtiment est construit sur une parcelle qui n’abritait pas déjà de bâtiments (1818, G 448).

Ces nouvelles constructions, ainsi que les bâtis anciens remaniés, intègrent les motifs typiques de l’architecture au style rustique à l’italienne : encadrement des baies et portes en briques minces, génoise constituée de plusieurs rangs de tuiles creuses qui vient souligner les toitures.

Au XXe siècle

L'écart connaît une extension importante avec la construction d’habitations pavillonnaires à l’est, mais surtout à l’ouest du lieu-dit en périphérie. Cette urbanisation entraîne la réunion de la Barillère avec l’écart de la Grange situé à 500 mètres à l’ouest. L’architecture du hameau est très remaniée au XXe siècle avec des enduits ciment apposés sur les façades qui figent les volumes et les ouvertures. Les constructions nouvelles utilisent les matériaux modernes : tuiles mécaniques pour les toitures, parpaings enduits pour les murs. Les décors en façade s’inscrivent dans le droit fil du style rustique à l’italienne avec l’usage de briques modernes pour l’encadrement des fenêtres et portes en arcs surbaissés. Les bâtiments ancien au centre de l'écart sont pour la plupart abandonnés pour former les dépendances des habitations périphériques. Ils sont pour certains en état de ruine.

Dénominationsécart
Aire d'étude et cantonPays du vignoble nantais
AdresseCommune : Mouzillon
Lieu-dit : la Barillère
Cadastre : 1812 G

La trame de l'écart

La présence de l’écart de la Barillère est attestée par la première levée du cadastre en 1812, mais cet écart est plus ancien. Certains bâtiments présentent des traits qui pourraient permettre de les dater du XVIIIe siècle voire du XVIIe siècle

A l’ouest de l’écart, une façade d’habitation porte une pierre gravée avec la date 1744, et une ancienne dépendance comporte une pierre gravée avec la date 1791.

La trame de l'écart ne s’étend pas au XIXe siècle mais beaucoup de bâtiments déjà présents au XVIIIe siècle sont démolis puis reconstruits. Les habitations sont remaniées et leur décor en façade reprend le style rustique à l’italienne qui se diffuse sur l’ensemble du vignoble nantais. Au XXe siècle, la trame villageoise s’étale avec la construction d’une quinzaine de bâtiments à l’est et d’une vingtaine à l’ouest.

Les communs

Le cadastre napoléonien de 1812 fait mention de trois fours et un abreuvoir communs aux habitants de la Barillère, c’est-à-dire possédés de façon collective, privée, indivise et inaliénable. Un four au nord de l’écart est associé à un « ruage » (G 313), c’est-à-dire le chemin qui permet à l’ensemble des habitants d’y accéder. Le second (G 339), situé tout près du premier, est mitoyen à une maison d’habitation et est accessible par le même chemin. Le troisième se situe l’extrémité sud de l’écart et est recensé comme « masure et four » (G 421), c’est-à-dire que l’édicule est lié à un bâti vétuste.

La matrice du cadastre des propriétés non bâties indique en 1915 les quatre mêmes biens communs aux habitants de la Barillère, sauf que les natures des biens sont différentes : les fours initialement recensés (G 313, 339 et 421) sont ici désignés commun des « sols ». Il est probable qu’ils soient déjà détruits à cette date. Toutefois leur date de démolition reste incertaine puisque elle n’a jamais été portée à la matrice des propriétés foncières du cadastre.

La matrice du cadastre rénové (datée de 1968) indique que les parcelles correspondant à la masure de four et une partie de l’espace qui le borde ainsi que l’abreuvoir et l’espace sous les numéros AT 133 et AT 127. Plus aucun bien commun aux habitants du lieu-dit n’est recensé dans la matrice.

L’étude de terrain réalisée en 2015 n’a pas permis d’identifier des vestiges des fours communs. Le chemin qui menait à l’ancienne masure et au four, aujourd’hui disparus, est toujours propriété de la commune de Mouzillon (2015, AT 573).

Le plan d’eau a été comblé, il correspond maintenant à une parcelle herbeuse appartenant à la commune de Mouzillon sur laquelle des haies et des arbres sont plantés (2015, AT 127).

Période(s)Principale : Temps modernes, Epoque contemporaine

Localisation

La Barillère est un écart situé sur la commune de Mouzillon, en bordure de la Sanguèze (400 mètres de distance) et sur une zone de plateau ondulé, à 50 mètres d’altitude. Il est implanté à 1 km de la Cour de la Barillère, un ancien château médiéval dont il subsiste quelques vestiges mais dont la cour intérieure est aujourd’hui éventrée par la voirie moderne. Toutefois, hormis le nom, il ne semble pas y avoir de lien entre ces deux écarts, dans l'état actuel des connaissances.

La structure villageoise et l’héritage des communs

Il n’existe plus aucun bien commun aux habitants de la Barillère. Néanmoins, la structuration des espaces publics appartenant à la commune correspond à l’implantation ancienne de ces espaces communs. La structure de l'écart s’en trouve ainsi préservée et le paysage architectural et foncier témoigne d’une organisation collective des activités agricoles héritée du XVIIIe siècle.

L’ancien chemin menant à la masure et au four (AT 573) sert aujourd’hui de petite cour desservant des habitations privées. La parcelle herbeuse remplaçant l’ancien abreuvoir (AT 127) fait office d’élément paysager et d’aire de jeux improvisée et ponctuelle pour les enfants de l'écart.

L’installation de la voirie actuelle n’a quasiment pas transformé le paysage puisque elle reprend le tracé des chemins du XVIIIe siècle.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Loire-Atlantique ; 3 P 112 6-9 : Cadastre de Mouzillon : matrice des propriétés foncières, 1822-1914.

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : 3 P 112 6-9
  • Archives départementales de Loire-Atlantique ; 3 P 112 10-11 : Cadastre de Mouzillon : matrice des propriétés bâties, 1882-1967.

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : 3 P 112 10-11
  • AD Loire-Atlantique ; 3 P 112 4-5 : Cadastre de Mouzillon : états des sections, 1817.

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : 3 P 112 4-5
  • Archives départementales de Loire-Atlantique ; 3 P 112 12-16 : Cadastre de Mouzillon : matrice des propriétés non bâties, 1914-1967

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : 3 P 112 12-16
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Syndicat Mixte du SCoT et du Pays du Vignoble Nantais - Orillard Marion
Orillard Marion

Chargée de mission Inventaire - Syndicat mixte du SCoT et du Pays du Vignoble Nantais


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