Logo ={0} - Retour à l'accueil

Demeure, actuellement maisons, 2 et 6 rue de la Liberté, 57 et 59 rue Georges-Clemenceau

Dossier IA85002278 réalisé en 2019

Fiche

Dossiers de synthèse

Parties constituantes non étudiéescour, grange, étable, logement, puits
Dénominationsdemeure, maison
Aire d'étude et cantonVallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
AdresseCommune : Vix
Lieu-dit : Bourg
Adresse : 57 et 59 rue, Georges-Clemenceau, 2 et 6 rue
de la Liberté
Cadastre : 1836 C 809, 810, 811 ; 2019 AK 290, 291, 416, 447

Aujourd'hui divisé en trois propriétés, cet ensemble n'en formait qu'une au 18e siècle et encore au début du 19e. Il s'agissait (au 2 rue de la Liberté) de la demeure de Jean Gerbault, notable enrichi au milieu du 18e siècle par la gestion des marais desséchés et l'exercice de fonctions administratives royales et seigneuriales. Originaire du Berry, il acquiert en 1733 l'office de contrôleur des actes et receveur des traites au bureau des finances de Fontenay-le-Comte. Connu pour son ascension "rapide et éclatante", mais entachée de malhonnêteté, il fait fortune sur le commerce spéculatif des blés, des vins, du métal et du papier, des marchandises qui transitent entre Marans et le Haut-Poitou. Il acquiert de grands domaines, par exemple la forêt de Bournezeau et la métairie de la Sébrandière.

Vers 1740, il obtient de l'abbesse de Saintes la charge de procureur fiscal et fermier général de la seigneurie de Vix. Intermédiaire entre l'abbesse et les habitants, il en profite pour accroître sa fortune en se faisant octroyer par l'abbesse ses marais de Gargouillaud, entre Vix et Le Gué-de-Velluire, afin de les dessécher. Cette opération, menée entre 1741 et 1745, lui vaut l'hostilité, parfois violente, des habitants de Vix, spoliés d'une partie de leurs marais communaux. Dans la nuit du 19 au 20 août 1767, Jean Gerbault reçoit en sa demeure de Vix l'ingénieur des Ponts et Chaussées Jacques Parent qui effectue une visite générale du Marais poitevin dans le cadre d'un contentieux au sujet du Contrebot de Vix.

Cette réussite s'illustre par la construction, en 1768, d'un logis dans le bourg de Vix (soit la demeure qui se trouve au 2 rue de la Liberté). L'année précédente, à Vix, Jean Gerbault a marié sa fille, Marie-Thérèse à Jean-François-Marie Delaunay de Kermau, originaire de la région de Quimper et demeurant à Marans (62 rue d'Aligre). A la mort de Jean Gerbault, un inventaire après décès est dressé en septembre 1773. Une partie se déroule en son logis de Vix, construit en 1768 selon ce document. La propriété passe à son autre fille, également prénommée Marie-Thérèse, célibataire, qui y demeure, mais en 1795, elle la revend à sa soeur et à son beau-frère Kermau-Delaunay. Elle continue toutefois à y habiter et y décède le 23 avril 1805, à 77 ans. Entre temps, les époux Kermau-Delaunay sont décédés et la propriété est passée par moitiés à leurs enfants, Pierre-Jean-Marie Delaunay-Kermau, négociant à Marans, et Emmanuelle-Félicité Delaunay-Kermau, épouse divorcée de Pierre Bourdeau, également négociant à Marans.

A la fin de l'année 1805, les héritiers Kermau-Delaunay dispersent les biens de leur grand-père Gerbault à Vix. Le 3 novembre, Emmanuelle-Félicité Kermau-Delaunay commence par vendre sa moitié du logis à son frère. Le même jour, tous deux cèdent à Pierre Gantier époux Charbonnier, Louis Gantier son fils et André Biré la moitié du jardin de la propriété, ainsi que deux greniers ou magasins, à l'est de l'ensemble (63 rue Georges Clemenceau). Toujours le 3 novembre, ils vendent les marais que leur grand-père possédait dans la vallée de Gargouilleau. Le 29 novembre, ils se séparent du Petit Marais, un ensemble de terres qui se trouvait à l'est du village du Pont aux chèvres et qui appartenait à l'origine à l'abbesse de Saintes.

Enfin, le 31 décembre 1805, Pierre-Jean-Marie Kermau-Delaunay vend la demeure de son grand-père à Nicolas Bachelier, cultivateur, époux de Marie Rocher, demeurant à la Sébrandière du Gué-de-Velluire. Il s'agit de la maison appelée "la maison principale", où est décédée la tante du vendeur quelques mois plus tôt, et dont sa soeur lui a cédé sa moitié le 3 novembre. La demeure comprend une salle, un salon, une cuisine, un vestibule, deux chambres hautes à feu et un cabinet, "lesquels appartements ne sont pas parachevés ni clos", une laiterie, une petite chambre basse, plus une grange à foin et à bestiaux y touchant, deux toits à cochons, une "poulaillerie", une grande cour dans laquelle se trouve un puits, et l'autre moitié du jardin. Le logis semble en mauvais état. En effet, Kermau-Delaunay se réserve "la façade au levant de ladite maison, consistante en neuf ouvertures, dont une porte d'entrée, cinq fenêtres sur la façade, les trois autres fenêtres sur le côté, qu'icelui vendeur fera démolir à ses frais et quand il lui plaira, ainsi que les deux angles de ladite façade, pour en avoir les pierres de taille, abandonnant le moellon audit acquéreur". Il se réserve aussi une cloison en brique qui sépare le corridor d'une chambre basse ayant sa sortie sur le jardin, ainsi que les soliveaux et plancher au-dessus du corridor et de la chambre, et enfin "huit bois de croisées non vitrées à son choix et qu'il fera enlever à sa volonté". On en déduit que le logis de Gerbault a donc été en partie reconstruit par la suite, en ce début du 19e siècle.

Quelques temps plus tard, l'ensemble de la propriété est acquise par Jean Gantier (1775-1850) (fils de Pierre Gantier vu plus haut), adjoint au maire de Vix, et son épouse, Rose Vincent (1773-1857), à qui elle appartient au cadastre de 1836. Rose Vincent en fait le partage entre ses enfants le 17 juillet 1838. Le plan cadastral de 1836 figure bien la demeure, de plan carré (parcelle 811), le logement de fermier qui la prolonge au sud, et les dépendances à l'est de la cour, dont une partie délimite alors cette cour le long de la rue et se termine par une forge (parcelle 809). La date 1815 est encore inscrite de nos jours au-dessus d'une des ouvertures des anciennes dépendances, récemment remaniées en logement. Quant au logement de fermier, à l'ouest de la cour, il a été reconstruit en 1842, selon le cadastre. La forge a été démolie en 1862. Vers 1950, l'ancienne demeure rue de la Liberté, détenue par la famille Mion, a abrité un plombier, Edgard Torlore.

Période(s)Principale : 3e quart 18e siècle, 1er quart 19e siècle, 2e quart 19e siècle
Dates1768, daté par source
1815, porte la date
1842, daté par source

L'ancienne demeure et ses dépendances se répartissent aujourd'hui sur trois propriétés. La demeure construite en 1768 se trouve au 2 rue de la Liberté. Il s'agit d'un bâtiment de plan carré, couvert d'un toit avec une seule croupe. La façade, au nord-est, présente trois travées d'ouvertures, avec linteaux en arc segmentaire et appuis saillants. Autrefois se trouvait à l'intérieur une cheminée d'époque 18e siècle, supprimée à la fin du 20e.

L'ancien logement de fermier, reconstruit en 1842, occupe l'angle formé par la rue de la Liberté et la rue Georges Clemenceau. Il s'agit d'un bâtiment de plan rectangulaire, perpendiculaire à la voie, avec trois travées d'ouvertures en façade. Un puits se trouve dans la cour qui le précède, laquelle est divisée en deux. A l'est se trouvent les anciennes dépendances (grange, étable), devenues récemment des logements. Une des ouvertures possède un linteau en arc segmentaire sur lequel est inscrite la date 1815.

Dans l'ancien jardin de la propriété, au nord, désormais construit, se trouve un puits couvert ou puits coiffé, abrité sous un édicule conique en moellons.

Murscalcaire moellon enduit
Toittuile creuse
Étages1 étage carré
Couvrements
Couverturestoit à longs pans croupe
TypologiesMaison indépendante, Maison de maître, 3, Puits couvert
Statut de la propriétépropriété privée

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 36/D. 1773, septembre : inventaire après décès des biens de Jean Gerbault, devant Millouain, notaire à Fontenay-le-Comte.

  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 38/31. 1805, 3 novembre (12 brumaire an 14) : vente de la moitié d'une propriété à Vix par Emmanuelle-Félicité Kermau-Delaunay à Pierre-François-Marie Kermau-Delaunay.

  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 38/31. 1805, 3 novembre (12 brumaire an 14) : vente de la moitié d'un jardin et de deux magasins, à Vix, par les héritiers Kermau-Delaunay à Pierre et Louis Gantier et André BIré.

  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 38/31. 1805, 3 novembre (12 brumaire an 14) : vente d'un marais appelé la Gerbauderie, à Vix, par les héritiers Kermau-Delaunay à Nicolas Bachelier époux Rocher.

  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 52/51. 1805, 29 novembre (8 frimaire an 14) : vente du Petit Marais, à Vix, par Pierre-François-Marie et Emmanuelle-Félicité Kermau-Delaunay à Pierre Freland, Anne Guillon épous Lorit, François Sausseau, Pierre Cibard et Renée Cibard veuve Barreau.

  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 52/51. 1805, 31 décembre (10 nivôse an 14) : vente d'une maison à Vix par Pierre-François-Marie Kermau-Delaunay à Nicolas Bachelier.

  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 63/94. 1838, 17 juillet : partage des biens de Rose Vincent épouse de Jean Gantier.

  • Archives départementales de la Vienne, C 47. 1748, 27 novembre : mémoire de François Boutinard et autres habitants de Vix contre Jean Gerbault, auprès de l’intendant de Poitiers, par Bourot, procureur.

  • Archives départementales de la Vendée. 3 P 3392 à 3401, 3725 (complétés par les registres conservés en mairie). 1837-1971 : état de section et matrices des propriétés du cadastre de Vix.

Documents figurés
  • Plan cadastral de Vix, 1836. (Archives départementales de la Vendée, 3 P 303).

Bibliographie
  • SUIRE, Yannis. L'histoire de l'environnement dans le Marais poitevin, seconde moitié du XVIe siècle - début du XXe siècle. Thèse d'Ecole nationale des Chartes, 2002.

    p. 535-536, 567-568
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Conseil départemental de la Vendée - Suire Yannis