Auteur
Guillotin Yves
Guillotin Yves

Photographe, Service Patrimoine, Région Pays de la Loire.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Lude (Le)
  • Commune Le Lude
  • Adresse rue du Château
  • Cadastre 2014 AD 167 à 174, 217 à 220, 241-242 ; 2014 AE 1 à 5
  • Dénominations
    château
  • Appellations
    du Lude
  • Destinations
    maison d'habitation
  • Parties constituantes non étudiées
    écurie, grange, communs, château d'eau

Le haut Moyen Âge

Tous les auteurs s'accordent pour signaler, mais sans la situer, l'existence d'une motte féodale au Lude avant l'an Mil. Cette motte serait ensuite, selon les hypothèses, abandonnée ou réaménagée pour la construction d'une forteresse. Les points de vue divergent sur l'emplacement de cette première motte que le Docteur Candé (1900) situait grosso-modo au centre de l'îlot de l'usine Candia, en aval du pont sur le Loir. Cette mystérieuse proéminence disparue dans les années 1980, pouvait aussi être le socle de la tour d'un certain Jean du Lude que les seigneurs du Lude auraient détruite au XIe siècle. Il s'agissait alors plus vraisemblablement, d'une maison-tour construite hors les murs de la ville et qui menaçait la sécurité du château en cas de conflit. Néanmoins, il existait deux seigneuries de haute justice : Le Lude et la Motte-sous-le Lude. Si l'emplacement du lieu seigneurial du Lude est attesté avec une quasi-certitude, celui de la Motte-sous-le Lude aurait été déplacé. Un certain nombre de parcelles cadastrales agglomérées et situées en face le Lude, sur la rive droite, sont associées au toponyme de Valboyer que l'on retrouve aux abords de l'église saint-Vincent, proche la terrasse. Cet emplacement sur la rive basse du Loir, sous l'éperon du Lude, éclairerait le sens du toponyme Motte-sous-le Lude, ensuite déplacé sur la terrasse de la rive gauche, lors de la possession des deux châtellenies par le même seigneur.

Cependant, quelques interrogations demeurent. L'enceinte du Château du Lude réunissait les deux châtellenies de la Motte-sous-le Lude et du Lude. Dans l'état actuel de la recherche, il est vraisemblable d'envisager, comme Raoul de Linière (1908), la coexistence de deux lieux seigneuriaux ou châteaux : celui du Lude, à l'emplacement de l'éperon, et celui de la Motte-sous-le Lude sur la terrasse du château. D'après les aveux de dénombrements de ces deux châtellenies en 1703, seul Le Lude a conservé son château tandis que le châtelet de La Motte-sous-le Lude s'est fondu dans les communs et les abords immédiats.

À quelle date, ces deux châtellenies tombent-elles entre les mains du même seigneur ? La proximité et la réunion des deux bâtisses en sont probablement les conséquences.

Le Lude pendant le Moyen Âge

Pendant quatre siècles, l'existence du château du Lude est attestée par les témoignages historiques : le premier seigneur héréditaire connu serait Isambart du Lude tué en 1016. Sa fille Adelburge du Lude épouse Étienne de Montreveau qui donne asile à Foulques Nerra en 1027. Puis, Emmeline de Montreveau et du Lude épouse Raoul de Beaumont. Au milieu de XIIe siècle, Roscelin II vicomte de Beaumont et du Lude, épouse Constance d'Angleterre fille d'Henri 1er roi d'Angleterre et devient l'allié de l'Angleterre contre Geoffroy Plantagenêt comte d'Anjou. Le 20 février 1202, Jean-sans-Terre roi d'Angleterre fait étape au Lude. Les vicomtes de Beaumont, de Fresnay et du Lude possèderont le Lude jusqu'en 1253, date du mariage d'Agnès avec Louis de Brienne, 3e fils de Jean, roi de Jérusalem, empereur de Constantinople. En 1355, Louis II succède à son oncle Geoffroy dans la possession de la seigneurie du Lude. Il avait épousé Isabelle de Bourbon qui lui succède comme dame du Lude. Elle meurt en 1371, peu de temps après la bataille de Pontvallain où s'affrontent Bertrand Du Guesclin et Robert Knolles. Deux fois, les anglais tentent de prendre le château en vain. Lors de cette succession, la châtellenie du Lude est détachée de la terre de Beaumont et échoit à Marguerite de Poitiers qui la cède à son petit-fils Jean de Vendôme. Tant bien que mal Marie d'Orange, veuve de Jean de Vendôme, conserve la terre du Lude qu'elle partage avec Pierre de Vendôme, son neveu. En 1425, le château et la ville du Lude sont pris par les troupes du comte de Warwick et Guillaume Gladsdall est nommé gouverneur de la ville. En 1427, son successeur William Blackborne tenait la forteresse avec 1200 hommes lorsqu'Ambroise de Loré, capitaine des troupes de La Trémoille, et Gilles de Rais font le siège du château et le chasse. Pierre de Vendôme et Marie d'Orange retrouvent leur bien. La part de Marie d'Orange est engagée auprès d'un certain Goreau qui rend foi et hommage comme seigneur du Lude à Jean, duc d'Alençon et vicomte de Beaumont. Les biens engagés de Goreau passent à Guy de Carne qui vend en 1457 aux Daillon qui seront dorénavant les seuls propriétaires de l'ensemble.

De cette histoire, il apparait que l'on sait peu de choses de la configuration du château au Moyen Age sinon que devant la menace des troupes anglaises, le capitaine Guillaume de Méron fait creuser des fossés du côté de la ville à la fin du XIVe siècle. Les deux années d'occupation par les anglais ont conforté les défenses du château qui fut très endommagé par le siège de 1427. Le statut de domaine engagé pour moitié n'a pas favorisé les travaux de restaurations jusqu'au rachat par les Daillon en 1457. Le château tel que nous pouvons l'observer aujourd'hui appartient à une histoire qui commence dans la deuxième moitié du XVe siècle.

Le Lude à l'époque moderne

L'arrivée de Jean de Daillon au Lude est une période de renouveau. Malgré sa nomination en 1447 comme Chambellan ordinaire du dauphin, le futur Louis XI, il prend parti contre ce dernier en ralliant la ligue du Bien public. Selon Pascal Thibault, contraint à l'exil de la cour de France, il aurait vécu sept années comme secrétaire du roi René en Anjou. Rentré en grâce à partir de 1468, il s'enrichit et peut se consacrer à l'embellissement de son château du Lude.Jean de Daillon meurt en 1482 et c'est son fils Jacques qui poursuit les travaux au XVIe siècle. Dans les années 1560, un artiste anonyme décore le studiolo (voir sous dossier) de la chambre du rez-de-chaussée pour Guy de Daillon et son épouse Jacqueline de la Fayette. Par lettres patentes de François 1er, la terre du Lude est érigée en comté en 1545 et devient un éphémère duché-pairie par lettres patentes (non enregistrées) de Louis XIV en 1676.

Après les Daillon.

Henri, seul Duc du Lude, meurt sans postérité. La terre échoit à la famille de Roquelaure puis aux Rohan-Chabot. Jusqu'à sa vente en 1752, le château n'est pas habité et l'on peut supposer qu'il n'est pas bien entretenu. Joseph Julien Develaer l'achète pour 395 000 livres et se contente de réparations légères de mises hors d'eau. En 1785, sa fille Françoise Joséphine Butler épouse d'Étienne Baude, marquis de la Vieuville vont entreprendre de grands travaux. L'exiguïté des espaces bordés de larges et profonds fossés avec des accès compliqués depuis la ville et les grands chemins de communication va contribuer à bouleverser une fois de plus les schémas de composition d'ensemble et gommer les accidents du relief. Ils font appel à l'architecte Vincent Barré connu entre autre, pour ses réalisations du château du Marais dans les Yvelines et du château du Montgeoffroy dans le Maine-et-Loire. Le projet de Barré retourne le château à 180° : il ouvre la façade ouest vers la ville en l'agrémentant d'un portique, ferme la cour d'honneur à l'est, démoli les bâtiments de l'avant-cour, comble le fossé est et relie l'avant-cour et l'éperon dans un même espace. Le parti pour la nouvelle façade sur l'éperon est un compromis entre la fin de la Renaissance et le XVIIIe siècle : les corps de bâtiment à travées régulières ont des toits différenciés en pavillon. Le projet de Barré reste inachevé à la Révolution.

De la Révolution à 1914

En 1798, Élisabeth Baude de la Vieuville épouse Louis-Céleste de Talhouët. Ils résident peu au Lude. Leur fils épouse Alexandrine Sophie Roy, la fille du Comte Antoine Roy, ministre de Louis XVIII et maître de forges. Le château renait à partir de 1850 avec l'arrivée des marquis de Talhouêt-Roy qui entreprendront d'importants travaux de réaménagements intérieurs et la construction de nouveaux communs où se succèderont les architectes Pierre-Félix Delarue de 1852 à 1857, Denis Darcy de 1876 à 1880, Louis Parent de 1888 à 1906 et enfin Paul Lafargue de 1911 à 1914. Les jardins et le paysage alentours du château feront l'objet de soins attentifs concrétisés vers 1900 par la réalisation du projet d'ensemble d'Édouard André et dans les années 1990 par la création du jardin de l'éperon par le paysagiste belge Augustin d'Ursel.

  • Période(s)
    • Principale : 14e siècle
    • Principale : 15e siècle
    • Principale : 16e siècle
    • Principale : 4e quart 18e siècle
    • Principale : 3e quart 19e siècle
    • Principale : 4e quart 19e siècle
    • Principale : 1er quart 20e siècle
  • Dates
    • 1470, daté par source
    • 1787, daté par travaux historiques
    • 1853, daté par source
    • 1876, daté par source
    • 1888, daté par source
    • 1911, daté par source
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Delarue Pierre-Félix
      Delarue Pierre-Félix

      Succède à son oncle comme architecte départemental de l'Orne, à partir de 1818. En 1824, il devient également architecte départemental de la Sarthe. Il emménage alors au Mans. Il a réalisé de nombreuses demeures en Sarthe et en Mayenne. Quitte ses fonctions pour s'installer à Paris à la mort de sa femme en 1863.

      Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
      architecte), Parent Louis attribution par source

De cette histoire, il apparaît que l'on sait peu de choses de la configuration du château au moyen-âge sinon que devant la menace des troupes anglaises, le capitaine Guillaume de Méron fait creuser des fossés du côté de la ville, à la fin du XIVe siècle. Les deux années d'occupation par les anglais ont conforté les défenses du château qui furent très endommagées par le siège de 1427. Le statut de domaine engagé n'a pas favorisé les travaux de restaurations jusqu'au rachat par les Daillon en 1457. Le château tel que nous pouvons l'observer aujourd'hui appartient à une histoire qui commence dans la deuxième moitié du XVe siècle.

La forteresse était alors entourée d'un profond fossé et se divisait en deux plates-formes inégales et irrégulières. La plate-forme, dite de l'éperon, dominait la rivière, et formait une première enceinte accessible par un petit châtelet d'entrée situé au nord, proche le pont sur le Loir. L'autre plateforme, reliée par un pont à l'éperon, supportait l'ancien château.

Les témoignages sur les travaux entrepris par Jean de Daillon ne se manifestent qu'à la fin des années 1470. En 1479, le maître-maçon du roi René d'Anjou, Jean Gendrot, résiderait au Lude et travaillerait aux ailes nord du logis et de la basse-cour comme en témoignent encore les sous-sols de l'aile nord du château et la salle hexagonale dite des souterrains de la tour nord-est de l'ancienne avant-cour qui présente une voûte d'arêtes multiples bombée. Peut-on imaginer que la réalisation de cette salle, au niveau le plus bas des fossés, corresponde à la construction entière de cette tour et du fossé attenant, barrant l'éperon ? Il est vraisemblable que la plateforme du château fut agrandie vers l'est, au détriment de l'éperon alors raccourci. C'est un grand bouleversement dans la composition d'ensemble de la forteresse qui va pivoter une première fois à 180 degrés. En condamnant l'accès par l'éperon abandonné au profit de l'accès par la grande terrasse, la nouvelle entrée privilégie la façade sud et l'arrivée par la ville. L'éperon devenu cul-de-sac, fut vraisemblablement aménagé en jardin d'agrément enfermé de murs.

La plate-forme du château agrandie supporte alors le château et la basse-cour. La grande terrasse haute est aménagée au-dessus du Loir en face de la principale entrée accessible par un pont. Une galerie couverte d'un toit à l'impérial, dite galerie du Zodiaque, est adossée au mur d'entrée, de part et d'autre du portail de l'avant-cour. Une nouvelle chapelle Saint-Aubin (voir sous-dossier) est aménagée dans la tour sud-est de l'avant-cour. Dorénavant deux façades principales doivent être magnifiées : la façade sud donnant sur la grande terrasse d'accès, et la façade orientale donnant sur l'avant-cour. L'aile sud paraît avoir été construite de fond en comble au XVIe siècle. La cour d'honneur est accessible par un degré d'une dizaine de marches. Les pignons des deux ailes sont mis à l'alignement et ordonnancés- ce qui entraine une déformation de l'avant-cour qui est élargie vers le nord pour dégager le pignon est de l'aile nord du logis. Cette anomalie rend compte d'un projet évolutif au fil des ans. Dans les années 1560, un artiste anonyme décore le cabinet privé de l'appartement du comte du Lude (voir sous-dossier) situé au rez-de-chaussée de l'aile sud. Les commanditaires seraient Guy de Daillon et son épouse Jacqueline de La Fayette. Sont-ils alors à l'origine du décor de la galerie du Zodiaque dont on retrouve des fragments en réemploi dans le sous-sol de l'aile construite à la fin du XVIIIe siècle ?

Au milieu du XVIIIe siècle, un document fait état de la présence, au rez-de-chaussée, de trois salles des bains ou latrines accessibles depuis des balcons extérieurs. Le premier existe toujours. Il s'agit du grand balcon de la façade sud qui dessert l'appartement du seigneur. Le deuxième est à l'ouest pour l'usage de la chambre jaune et le troisième est celui de la garde-robe de la grande chambre de la tour sud-ouest.

À la fin du XVIIIe siècle, le projet de l'architecte Vincent Barré bouleverse une nouvelle fois la distribution du château : il ouvre la façade ouest vers la ville en créant un portique, ferme la cour d'honneur à l'est, démoli tous les bâtiments de la basse-cour, comble le fossé est, et relie la basse-cour et l'éperon dans un même espace. L'ancien pont d'accès à la basse-cour devient un pont pour sortir du jardin de l'éperon et gagner la grande terrasse du Loir. Le parti architectural choisi pour la nouvelle façade sur l'éperon est un compromis entre la fin de la renaissance et le XVIIIe siècle : les corps de bâtiment à travées régulières ont des toits différenciés couverts en pavillon. Le projet de Vincent Barré reste inachevé à la Révolution -notamment, la tour N-O qui aurait dû abriter la chapelle, n'est pas construite (cf. sous-dossier). Néanmoins, toutes les baies de l'ancien château sont simplifiées et les croisées de pierre disparaissent.

À partir de 1850, le château est, à nouveau, profondément transformé et remanié plusieurs fois. L'architecte Delarue intervient sur l'aile nord et le vestibule. Il crée, à l'imitation de la façade sud, un balcon le long de la façade nord et construit la tour nord-ouest, déjà signalée pour sa partie basse sur le cadastre de 1814. Dans les années 1870, l'architecte Denis Darcy poursuit les travaux. Il est l'auteur, avec le sculpteur Gaullier (cf. sous-dossier : sculpture), de tout le décor sculpté néo-renaissance des lucarnes, des encadrements de baies, d'une grande partie des mâchicoulis, et des nouvelles croisées en pierre. Dans les années 1890, l'architecte Louis Parent remanie les intérieurs dans un style de la Première Renaissance : l'escalier monumental de Barré est démoli et remplacé par une grande vis, le décor du vestibule nord est remanié, les carreaux des sols des deux vestibules (salle à manger sud et galerie nord) trouvent leur inspiration au château d'Ancy-le-Franc (Yonne) et la galerie nord au plafond stuqué de style troubadour, sans cheminée et largement éclairée par des baies en vis à vis, devient une salle de bal couverte de solives et ornée d'une cheminée monumentale néo-renaissance. À l'extérieur, la régularité des travées de baies est bouleversée et le conduit de la nouvelle cheminée est caché derrière la statue équestre de Jean de Daillon placée dans une niche.

Enfin à partir des années 1910, l'architecte Alcide Lafargue modifie l'aspect de la tour nord-ouest édifiée par Delarue pour la aire ressembler aux tours du château de Chambord en la quadrillant de pilastres et la couronnant d'un clocheton.

  • Murs
    • calcaire
    • silex
    • enduit
    • pierre de taille
    • moellon
  • Toits
    ardoise
  • Étages
    2 étages de sous-sol, 2 étages carrés, entresol
  • Couvrements
    • voûte d'ogives
    • fausse voûte d'arêtes
    • voûte en berceau en anse-de-panier
  • Élévations extérieures
    élévation à travées, élévation ordonnancée, jardin en terrasses
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • toit conique
    • toit en pavillon
    • croupe
  • Escaliers
    • escalier dans-œuvre : escalier en vis suspendu
    • escalier dans-œuvre : escalier en vis
    • escalier demi-hors-œuvre : escalier en vis en maçonnerie
    • escalier dans-œuvre : escalier droit en maçonnerie
  • État de conservation
    bon état, restauré, inégal suivant les parties
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à étudier
  • Protections
    classé MH, 1928/02/27
    inscrit MH partiellement, 1992/10/28
    inscrit MH, 2012/02/07