Dossier d’œuvre architecture IA49009670 | Réalisé par
  • inventaire topographique
Château de Montsoreau
Auteur
Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Fontevraud-l'Abbaye - Montsoreau - Saumur-Sud
  • Commune Montsoreau
  • Adresse 3 passage du Marquis-de-Geoffre
  • Cadastre 1813 B1 48 à 56, 85 ; 2011 B 57
  • Dénominations
    château
  • Appellations
    château de Montsoreau

Le château fort de Montsoreau est entouré d'un système fortifié complexe et dispose d'une vaste basse-cour, encore perceptible malgré les transformations subies notamment au cours du XIXe siècle. Édifié à l'aplomb du fleuve, il occupe un site remarquable et compte, par son aspect résidentiel, parmi les grands jalons dans la transition qui s'opère au XVe siècle, notamment en vallée de la Loire, entre le château fort et la demeure d'agrément. Sa tourelle du début du XVIe siècle, par ailleurs, traduit les influences italiennes à l'oeuvre au cours de la première Renaissance et est caractéristique du mélange des influences que connaît l'évolution de l'ornementation flamboyante après 1500. Proche de la ruine au début du XXe siècle, le château de Montsoreau témoigne, enfin, d'un siècle d'investissements publics portés, notamment, par le conseiller général de Maine-et-Loire Jean de Geoffre, qui n'a cessé de rêver lui rendre le lustre qui fut le sien sous les Chambes entre le milieu du XVe et le milieu du XVIe siècle.

1. Les premiers châteaux de Montsoreau

De nombreux éléments du château et de sa basse-cour sont encore en élévation, mais différents documents iconographiques renseignent aussi sur l'évolution de ces bâtiments au cours des siècles. Sur la carte de la juridiction des seigneurs de Montsoreau, dressée vers 1636-1640, ne sont figurés que les éléments défensifs du château et de la ville forte, alors que la vue de la collection de François-Roger de Gaignières, en 1699, les replace dans le paysage du bourg. Les relevés aquarellés de l'architecte René Salleron, réalisés en 1886-1888, témoignent avec précision de l'état du château avant les restaurations du XXe siècle. Ces données, largement complétées par des études historiques et des fouilles archéologiques menées en 1993-2001 par le Service archéologique départemental de Maine-et-Loire permettent de disposer de nombreuses informations sur mille ans d'occupation de ce site.

Dans le cadre des luttes qui l'opposent au comte d'Anjou Foulques Nerra, le comte Eudes de Blois, qui tient alors le Saumurois, fait fortifier vers 990 une petite butte naturelle à l'aplomb de la Loire, située en avant du coteau, entre Rest et Candes-Saint-Martin. Cela lui permet de verrouiller, légèrement en aval, la confluence de la Loire et de la Vienne et d'affermir son contrôle sur les deux cours d'eau. Foulques Nerra s'en empare dans les mois qui suivent la mort d'Eudes de Blois, en 996, et y installe l'un de ses hommes de confiance, Guillaume, dont les descendants restent à la tête de ce qui devient l'une des plus précoces châtellenies angevines, attestée en 1001. Ce lignage seigneurial est connu, dès le XIe siècle, sous le nom de Montsoreau qui pourrait avoir désigné la petite butte elle-même si l'on suit l'étymologie latine qui le ferait dériver de mons, mont, et sorellus, parcelle de petite superficie.

Foulques fait de cette place forte un élément stratégique tant pour la maîtrise du bassin ligérien que comme point d'appui intérieur d'une profonde ligne de défense portée jusqu'en nord Poitou, selon un axe nord-sud qui mène à ses positions fortifiées de Loudun et Mirebeau. Montsoreau est ainsi en pointe du dispositif militaire des comtes d'Anjou jusqu'à ce qu'ils s'emparent de Saumur en 1026, puis du Chinonais en 1044. À la fortification de la fin du Xe siècle succède au même endroit, dès la première moitié du XIe siècle, l'un des plus imposants châteaux alors construits en Anjou à cette époque et parmi les tout premiers édifices en moyen appareil, révélé lors de fouilles archéologiques de son emprise sud-ouest. Il est isolé par un large et profond fossé que seul franchit, à l'ouest, un pont protégé d'une tour. Au débouché de ce pont, un espace constitue déjà une basse-cour où divers bâtiments sont progressivement érigés. Les douves, plus profondes que ce que l'on peut en voir de nos jours (où des remblais s'y sont accumulés), sont sèches la majeure partie du temps et les plus grandes crues n'ont sans doute pour effet que de les curer de temps à autre.

En 1152, Henri II Plantagenêt assiège et prend une première fois le château, où son frère et rival Geoffroy d'Anjou se réfugiait, puis, après le lui avoir restitué, il s'empare une seconde fois du site en 1156.

Le profond remaniement du site à la fin du Moyen Âge ne permet de disposer que d'informations trop ponctuelles encore en élévation et s'il est assuré que le site est toujours occupé, on ne connaît donc pas les évolutions du château entre le XIIe et le milieu du XVe siècle.

2. Le château fort des Chambes, du milieu du XVe à la fin du XVIe siècle

Passé successivement aux mains de plusieurs maisons féodales après l'extinction de la première dynastie des Montsoreau, le château appartient dans la première moitié du XVe siècle à la famille Chabot. Louis II Chabot, endetté, le cède en 1450 à Jean II de Chambes, époux de sa sœur Jeanne Chabot. Parmi d'autres charges, ce seigneur, un temps lié à Jacques Cœur, est premier maître d'hôtel et conseiller du roi Charles VII pour lequel il effectue diverses missions et ambassades, notamment dans le sud de la France et en Italie. Familier des demeures de prestige, il s'en inspire sans doute lors de la reconstruction de son château, menée en deux temps, très rapprochés et qui est à ranger parmi les tout premiers châteaux d'agrément du Val de Loire. Le corps principal et les deux grosses tours de plan quadrangulaire qui l'encadrent sont bâtis à partir de 1450, probablement pour disposer au plus vite de pièces habitables. On conserve deux passeports datés de 1455 accordant franchise pour le transport depuis le Lyonnais du plomb et des poutres de pin nécessaires à la charpente et à son couvrement. Alors que l'on en termine les parties hautes, on commence à élever les ailes en retour d'équerre, espaces davantage liés aux commodités et achevés vers 1462. L'ensemble adopte un style flamboyant. Sous Jean II Chambes et Jeanne Chabot, la plupart des éléments de la basse-cour sont aussi transformés : ajout d'une chapelle nord à l'église castrale, construction d'un ensemble de dépendances au nord-ouest et reconstruction du corps d'entrée de la basse-cour.

Durant la génération suivante, sous Jean III de Chambes, leur fils, chambellan du roi ayant pris part aux guerres d'Italie, et sa femme Marie de Châteaubriant, le site connaît quelques transformations, incorporant de notables éléments de la première Renaissance et modernisant la manière d'habiter. Ainsi, autour de 1510-1530, une tourelle polygonale d'escalier en vis, à palmier sommital, est ajoutée dans l'angle est. Desservant les appartements seigneuriaux, elle traduit l'évolution de l'habitat vers un plus grand souci des espaces privatifs. En 1520, selon les voeux testamentaires de son époux, Marie de Châteaubriant fait achever la construction et fonde une collégiale, Sainte-Croix, en partie est de la basse-cour. En ce début de XVIe siècle, le château de Montsoreau fait suffisamment impression sur ses contemporains pour que dans son Pantagruel, publié en 1532, Rabelais le fasse offrir par Gargantua à Ithybole, l'un de ses capitaines vainqueurs de Picrochole (cf. Pantagruel, chap. 51).

Les guerres de Religion viennent mettre un terme à ces embellissements.

3. Du délaissement au démembrement du site, de la fin du XVIe au début du XXe siècle

Des troupes protestantes ruinent et pillent la collégiale Sainte-Croix (1568), mais il semble que le château leur ait résisté. Engagé dans le parti catholique et connu pour ses massacres en Anjou, Jean IV de Chambes participe à ces guerres et son zèle est tempéré par le roi qui le récompense tout de même en érigeant Montsoreau en comté (1573). En septembre 1587, Henri de Navarre occupe ponctuellement le château. Si le site conserve un temps une fonction militaire (une troupe royale y stationne, de 50 arquebusiers, un sergent et un capitaine en 1591, ramenée à 20 hommes en 1593), l'entretien d'une garnison y est définitivement interdit par Richelieu dans les premières décennies du XVIIe siècle. Dès lors, le site castral se fige, d'autant que parallèlement à ces événements, à partir de la seconde moitié du XVIe siècle, les Chambes délaissent le château de Montsoreau pour leur résidence plus confortable de la Coutancière, à Brain-sur-Allonnes. On ne connaît pas la date à laquelle la partie orientale du site (douves et basse-cour) est transformée, mais c'est peut-être après ces épisodes guerriers, avec construction d'un mur de soutènement, remblais et création de jardins discernables sur la vue de 1699 de la collection de François-Roger de Gaignières. L'ancienne collégiale et ses abords restent en effet aux mains des chanoines qui y aménagent divers bâtiments, habitations et dépendances, dont certaines à même les ruines de l'église dont le souvenir s'efface sous ces constructions.

La maison de Chambes perd progressivement de son prestige. La suppression du droit de péage sur la Loire par ordonnance du 20 novembre 1631 prive la seigneurie de Montsoreau d'une importante source de revenus. René de Chambes, faux-monnayeur et faux-saunier, condamné à mort en 1634, meurt en exil en Angleterre en 1649, ses héritiers s'endettent et Montsoreau passe par alliance à la maison du Bouchet de Sourches. Ceux-ci en conservent le titre comtal, mais n'y résident pas et renâclent dès lors aux dépenses de son entretien. Habité par un régisseur qui ne cesse de se plaindre de son état, le bâtiment voit ses espaces intérieurs être cloisonnés, avec même des niveaux de plancher intermédiaires. Il n'offre, à la fin du XVIIIe siècle, plus rien de comparable avec la résidence d'agrément des Chambes.

À l'exception de la chapelle castrale, saisie et vendue comme bien national, le château traverse sans plus d'encombres la période révolutionnaire jusqu'à ce que Charles du Bouchet de Sourches-Tourzel décide, en 1804, de le vendre aux enchères avec ses dépendances. Le château constitue l'un des lots, mais il passe rapidement aux mains de plusieurs acquéreurs qui en organisent le partage entre eux, les uns comme logement ou atelier, les autres afin d'en utiliser les vastes caves. Certains organes défensifs sont détruits, sans doute après cette vente, au tout début du XIXe siècle (courtines, tour sud-est, châtelet du pont-levis), certainement pour en récupérer des matériaux de construction ; les démolitions sont arrêtées alors que les deux pavillons latéraux sont déjà attaqués.

Plusieurs fois revendu et fractionné, le château se dégrade davantage encore au cours du siècle qui suit. Certaines salles ainsi subdivisées deviennent de petites habitations, d'autres des ateliers ou entrepôts. Les propriétaires ne peuvent faire face aux réparations nécessaires dans un château qui souffrait déjà d'un manque d'entretien. Une partie de la toiture s'effondre en 1840, des débris encombrent la cour où de nouveaux bâtiments, modestes, sont édifiés. La réalisation de la route de Loire en 1829-1833 sépare le château des eaux de la Loire et s'accompagne de la construction de plusieurs maisons dans les anciennes douves, à l'alignement de cette nouvelle chaussée. Des bâtiments sont aussi construits dans l'ancienne enceinte de la basse-cour.

À la suite de Jean-François Bodin qui dès 1812 évoque l'importance du site, les sociétés savantes locales s'y intéressent, multiplient les visites au château, vantent le pittoresque du site et s'émeuvent de son état. Les gravures qui représentent le château se multiplient et accentuent davantage encore son allure de ruine romantique. Alexandre Dumas contribue à lui conférer une renommée nationale en publiant La Dame de Monsoreau en 1842. Le château de Montsoreau est classé parmi les Monuments historiques en 1862. Des relevés du bâtiment, alors en état avancé de dégradation, sont réalisés en 1886-1888 par l'architecte René Salleron (1859-1942) et de premiers projets de restauration sont proposés (notamment en 1892).

4. Le sauvetage du château au XXe siècle

La Société archéologique de France, dont le 77e congrès se tient entre Angers et Saumur en 1910, alerte les autorités publiques sur la situation du château. Le Conseil général de Maine-et-Loire en entame l'acquisition, avec sa cour et ses douves, dès 1912, par étapes, auprès de chacun de sa quinzaine de copropriétaires ; l'essentiel est acquis dès 1914, mais la procédure ne s'achève qu'en 1933 et parfois au prix d'expropriations. De 1914 à 1919, le château sert de cantonnement militaire, ce qui occasionne de nouvelles dégradations (huisseries et planchers utilisés comme bois de chauffe). En 1919, le Conseil départemental de Maine-et-Loire et l'État décident d'en financer les restaurations : les travaux sont lancés peu après, sous l'enthousiaste impulsion du conseiller général nouvellement élu dans le canton voisin de Doué-la-Fontaine, Jean de Geoffre de Chabrignac (1889-1971), chargé au sein du Conseil général d'être rapporteur aux Monuments historiques du département, et de l'architecte en chef des Monuments historiques Jean Hardion (1858-1932). Les premiers travaux (architectes : Jean Hardion et Ernest Bricard) sont d'abord la destruction d'éléments qui s'étaient greffés sur le site et des consolidations, puis les restaurations débutent, commençant par les couvrements et parties hautes. Ils usent parfois de techniques originales : charpente, planchers et poutraisons en béton armé ponctuellement peints en imitation bois. Ralenti par la mort de Hardion (successeurs : Maurice Lotte et Ernest Bricard) et interrompu par le conflit, le chantier est repris après la Seconde Guerre mondiale (architectes : Bernard Vitry et Henri Enguehard). Le marquis de Geoffre en reste le conservateur, rêvant continuellement d'une restitution complète des bâtiments, imaginant sous forme de dessins et peintures ce que pouvaient être le château et le bourg dans la période qu'il retient comme apogée du site, vers 1450-1550, soit entre l'arrivée des Chambes et les guerres de religion.

Le château ouvre au public et ses salles accueillent un temps le musée des Goums marocains (1957-1997), inauguré par le maréchal Juin le 17 juin 1957. Le château connaît ensuite une nouvelle campagne de restauration en 1999-2001 (architecte : Gabor Mester de Parajd), précédée et accompagnée de fouilles archéologiques de 1993 à 2001 (Service archéologique départemental de Maine-et-Loire). Il accueille depuis lors, dans le cadre d'une délégation de service public, une muséographie où se mêlent une présentation du patrimoine ligérien et une scénographie articulée autour du personnage de la Dame de Montsoreau et de l'oeuvre d'Alexandre Dumas.

  • Période(s)
    • Principale : 3e quart 15e siècle
    • Principale : 1er quart 16e siècle
    • Secondaire : limite 18e siècle 19e siècle
    • Secondaire : 19e siècle
    • Secondaire : 20e siècle

1. Le site castral, château et basse-cour

Le château fort autour duquel s'est constitué le bourg de Montsoreau s'élève à la frontière de l'Anjou et de la Touraine sur une petite butte qui domine la Loire et permet d'en contrôler la vallée, à moins d'un kilomètre en aval de sa confluence avec la Vienne.

De profonds fossés (en partie comblés de nos jours) ont été creusés à l'est, au sud et à l'ouest autour de ce petit relief rocheux dont la partie sommitale a été aménagée pour constituer une plateforme ; au nord, le château était à l'aplomb de la Loire avant d'en être séparé lors de la construction de la route sur berges, en 1829-1833.

Ces douves accueillent, creusée en partie sud, dans le mur de contrescarpe (sous les anciennes halles, actuel jeu de boule de fort), une profonde cave couverte d'une voûte en berceau brisé à doubleaux : elle devait servir de lieu de stockage, étant située à proximité du petit port d'échouage du château que devait constituer en bord de Loire la partie occidentale des douves, mais à un niveau suffisamment élevé, en partie sud du fossé, pour échapper aux inondations. Ce petit port et cette cave sont sans doute à associer au droit de péage que percevaient sur le trafic fluvial les seigneurs de Montsoreau jusqu'en 1631 et dont les pancartes indiquaient des prélèvements en nature sur les cargaisons.

Au-delà des douves se trouvait la basse-cour, scindée en deux parties et autrefois ceinte de murs. À l'ouest, reliée au château par un pont-levis, l'issue principale était entouré de l'église castrale et de dépendances seigneuriales dont la nature pu changer au fil du temps, mais où sont mentionnés une salle de justice, un grenier à sel et espaces de stockage, des écuries, des logements secondaires (dont celui du sénéchal), etc. ; là encore, des éléments de cette partie de la basse-cour étaient associés au petit port d'échouage des douves ouest. On ne connaît pas la nature du lien qui peut avoir existé entre le château et la partie orientale de la basse-cour où fut élevée au XVIe siècle la collégiale Sainte-Croix, entourée d'un petit cimetière ; rien de tangible ne vient étayer l'hypothèse qui a pu être formulée d'une passerelle franchissant ici les douves.

Si elle demeure lisible, cette emprise ancienne de la basse-cour aux abords du château est désormais un peu moins évidente par endroit, du fait des destructions ou remaniements de quelques uns de ces éléments, de la réalisation de la route de Loire et de la construction de plusieurs maisons au XIXe siècle sur les parcelles issues du démembrement du site castral.

2. Le château fort

Le château des Chambes, du milieu du XVe siècle, occupe la partie nord de la plateforme rocheuse isolée par les douves et que bordait la Loire. Cette plateforme est elle-même ceinte de courtines et bordée d'autres éléments à usage de dépendances ou défensifs, dont on ne distingue aujourd'hui que des vestiges (bases de la tour sud-est et du châtelet ouest, terrasse d'artillerie au sud) ; en partie centrale elle comprend encore la cour où se trouvait un puits (à l'est du puits actuel).

Édifice imposant qui domine le paysage, avec chemins de ronde, mâchicoulis, douves et pont-levis, le château, entièrement en moyen appareil de tuffeau, conserve l'allure d'une forteresse médiévale. Il est pourtant à ranger parmi les tout premiers châteaux d'agrément du Val de Loire, élevé à l'aplomb même du fleuve où il se reflète admirablement.

Le château est conçu comme logis de Jean II de Chambes et compte de nombreux communs et espaces annexes. Le corps principal est composé d'un sous-sol, d'un rez-de-chaussée, de deux étages-carrés et d'un comble avec toit à longs pans. Les grosses tours quadrangulaires qui le flanquent à l'est et à l'ouest reprennent cette organisation, avec un étage-carré supplémentaire ; le comble et le toit en pavillon attestés par l'iconographie ancienne ont disparu. L'aile en retour d'équerre qui flanque la tour est dispose d'une élévation similaire à celle du logis, mais est moins haute, ce qui induit un progressif décalage des niveaux de sol. Les deux ailes qui, au sud et à l'ouest, flanquent la tour occidentale nous sont parvenues en moins bon état de conservation : s'il est possible qu'elles aient été plus hautes de quelques assises, il semble qu'elles furent dès l'origine couvertes d'un toit en appentis, ce qui témoigne peut-être d'un état d'inachèvement de ce secteur du château.

Chaque étage est organisé selon une distribution en enfilade avec un principe général qui mène des espaces publics vers les espaces privés, jusqu'aux plus intimes, dont le grand nombre de latrines qui équipaient le château. Au premier étage, la grande salle de réception ouvre ainsi à l'est, sur les appartements de Jean II de Chambes, avec une chambre de parement semi-publique où le seigneur reçoit, puis une chambre de retrait dotée d'une cheminée monumentale, une garde-robe, une étude et des latrines. La distribution est identique au second étage-carré pour les appartements de Jeanne Chabot, épouse du seigneur de Montsoreau. À l'origine, la distribution verticale semble n'avoir été assurée que par l'escalier en vis de la tourelle polygonale dans l'angle ouest et un étroit escalier de desserte dans la maçonnerie de l'angle nord-est.

Les espaces de réception sont très vastes et le château superpose trois salles de plus de 130 mètres carrés, chacune chauffée par deux cheminées. Jean II de Chambes fait ici primer la fonction résidentielle sur le rôle défensif, ce qui se mesure nettement aux nombreuses croisées qui percent largement les murs et font partout entrer la lumière, multiplient les vues sur la Loire ou sur le bourg, au détriment de l'aspect fortifié. Plus encore, la conception du chemin de ronde à l'étage des appartements de la dame le rend peu opérationnel : l'accès aux mâchicoulis, créneaux et organes de tir se fait en un cheminement constamment barré de portes et interrompu par les baies des hautes lucarnes qui éclairent cet étage et le comble.

Le décor se compose d'ornements de style flamboyant : baies couvertes d'une accolade, pinacles, amortissements et rampants des pignons et des tympans des lucarnes à crochets gothiques. Ces éléments procèdent pour beaucoup des restaurations du XXe siècle, mais ces restitutions sont étayées par quelques vestiges et des vues anciennes.

Autour de 1515-1530, une tourelle polygonale d'escalier en vis, à palmier sommital, est ajoutée dans l'angle est. Desservant les appartements seigneuriaux, elle traduit l'évolution de l'habitat vers un plus grand souci des espaces privatifs. Coiffée d'une étonnante terrasse où deux rangs de disques d'ardoise sont sertis dans le garde-corps, cette tourelle présente un décor foisonnant sur toute la hauteur de sa face principale, ajourée de baies traitées à la manière de loggias. L'ornementation relève des premières manifestations de l'art de la Renaissance en val de Loire et mêle ici des éléments italiens (candélabres, moulurations antiquisantes, disques d'ardoise, profil de médaille, putti et angelots) et d'autres issus de la tradition médiévale. Ceux-ci se concentrent surtout sur les panneaux à décor symbolique ou héraldique : le cerf en son hallier, les phylactères avec cri d'armes ("Chambe crie [...]") et devise des Chambes ("Je le feray") ou encore la saynète qui figure trois singes, dont l'un semble précisément relever ce défi en soulevant un poids à l'aide d'un engin de levage (un "singe").

  • Statut de la propriété
    propriété du département
    propriété publique