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Carrière souterraine d'extraction de tuffeau de la Maumenière (site abandonné), chemin dit des Caves, Montsoreau

Dossier IA49010743 réalisé en 2010

Fiche

L'activité d'extraction n'y est aujourd'hui plus présente, mais la carrière de tuffeau de la Maumenière fut l'une des plus importantes du Maine-et-Loire. Elle conserve des vestiges qui attestent qu'elle fut exploitée au moins depuis le XVe siècle. Elle fut sous l'Ancien Régime et jusqu'au XIXe siècle parmi les plus réputées pour la qualité de son tuffeau et les pierres extraites connurent une large diffusion, notamment par le biais de la marine de Loire, alimentant d'importants chantiers (dont les villes d'Angers, de Nantes, etc.).

La carrière recèle de traces d'exploitation qui permettent de suivre l'évolution de l'extraction du tuffeau sur plusieurs siècles.

Les galeries et plusieurs des abords de la carrière sont désormais d'accès réglementés, mais offrent des vues des plus pittoresques.

Précision dénominationcarrière d'extraction de tuffeau
Appellationscarrière de la Maumenière
Parties constituantes non étudiéesabri troglodytique
Dénominationscarrière souterraine
Aire d'étude et cantonFontevraud-l'Abbaye - Montsoreau - Saumur-Sud
AdresseCommune : Montsoreau
Lieu-dit : la Maumenière
Adresse : ruelle des, Perreyeurs , chemin dit des
Caves
Cadastre : 1813 E 332 à 343 ; 2011 E 115 à 118, 142 à 144

La carrière de la Maumenière (ou Monmenière) n'a laissé que peu de traces dans la documentation archivistique, mais semble avoir été exploitée dès le Moyen Âge, sans que l'on puisse donner plus de précision. Les textes des historiens et érudits qui ont abordé l'histoire de la commune de Montsoreau y voient, notamment du fait de l'ampleur des excavations, une carrière en usage depuis le Moyen Âge central, et répètent, comme le font aussi les textes produits au XIXe siècle par l'administration communale, que c'est assurément ici qu'ont été extraits les blocs qui ont servi à l'édification du premier château de Montsoreau, aux Xe-XIe siècles. Si l'on ne peut ni confirmer cette datation ancienne, ni l'infirmer, on peut noter la présence de divers éléments architecturaux probablement du XVe siècle encore visibles qui permettent de penser qu'à cette date le site est donc déjà exploité.

Le tuffeau qui en est extrait est très apprécié et sa réputation lui vaut d'être cité comme qualité de référence dans des marchés de construction et d'approvisionnement de pierre de taille. Des recherches historiques ont ainsi montré que la carrière la plus mentionnée dans les marchés de construction de retables des maîtres lavallois des XVIIe et XVIIIe siècles est celle de la Maumenière : en 1632, par exemple, on stipule que pour le maître-autel de Piré-sur-Seiches (Ille-et-Vilaine), Pierre Corbineau doit prendre son tuffeau « à la pierière de la Maumonnière, près Montsoreau, en Aniou ». Au-delà de la demande locale, on voit que ce tuffeau est ainsi commercialisé à une large échelle, notamment par le biais de la marine de Loire. On trouve ainsi mention de pierres de cette carrière dans les marchés de construction du château de Serrant (1671), de l'église Saint-Vincent du Mans (1686), de Notre-Dame des Ardilliers (1690), etc. L'expansion urbaine des XVIIIe et XIXe siècles fut aussi un vaste débouché pour ces blocs de tuffeau extraits à Montsoreau. En 1801, dans une pétition aux services préfectoraux en charge de la navigation de Loire, les carriers dénoncent le mauvais entretien des abord du port de Montsoreau, préjudiciable au chargement sur bateaux de leur tuffeau, et estiment d'ailleurs de la Maumenière que « c'est une manufacture que ces carrières puisqu'elle fournit Saumur, Angers, Nantes, mesme les collonies françaises et autres endroits, par la beauté de ses pierres ». Les amples effondrements ou fondis que l'on trouve en tête de carrière figurent déjà sur le cadastre de 1813 et il semble qu'une partie importante de la carrière ait déjà été exploitée avant la fin de l'Ancien Régime. Le volume de pierre extrait de cette carrière tout au long de son activité fut considérable, au point qu'en 1896 elle apparut à l'ingénieur du service des Mines qui en fit la visite comme l'une des plus grandes du Maine-et-Loire.

L'exploitation est mieux connue pour le XIXe siècle. La carrière apparaît alors comme relevant d'un statut communal, à la manière de ce que sont les communaux dans le registre des pratiques rurales collectives : elle ne relève pas d'une propriété privée, mais peut être exploitée par tout Montsorélien. Un tel statut est rare en ce qui concerne les carrières et semble plaider pour une origine très ancienne de l'extraction du tuffeau en ces lieux. Du fait de ce statut, de nombreuses familles travaillaient donc à l'extraction du tuffeau de la Maumenière au XIXe siècle, période mieux documentée, soit comme activité principale, soit pour en tirer des revenus complémentaires.

En 1840, à la suite d'un affaissement de terrain, des pétitionnaires, pour l'essentiel issus de communes voisines, mais propriétaires de parcelles situées sur le coteau, se plaignirent d'une extraction qu'ils estimaient être devenue irresponsable à la Maumenière. Cette plainte est portée par le conseiller général Allain-Targé jusqu'à la Préfecture. Une correspondance s'ensuivit entre les autorités préfectorales, le Maire de Montsoreau et les auteurs de la plainte. Ces textes permettent de mieux connaître le fonctionnement de la carrière. Sous la plume des plaignants, l'exploitation de la carrière semble très anarchique : le dédale des galeries n'est pas cartographié, les carriers ne savent pas où se trouvent les fronts de taille par rapport à la surface. Pire, il semblerait que certains Montsoréliens, carriers occasionnels, ne se rendraient pas au fond des veines pour leurs extractions ponctuelles, mais, par commodité, resteraient au plus près de l'entrée de la carrière, entaillant des piliers laissés comme supports des voûtes de tuffeau au risque de les voir s'effondrer. Le maire de Montsoreau, qui refuse toute interdiction d'exploitation à la Maumenière, dont il craint les répercussions sociales, rejette ces accusations, mais son argumentaire trahit cependant l'absence de tout contrôle sur l'extraction. Le fonctionnement de cette carrière est également détaillé puisqu'il est dit qu'en l'absence d'un propriétaire de la carrière, l'exploitation en est assurée par huit charretiers, qui achètent leur production aux ouvriers carriers. Ils récupèrent ainsi les blocs extraits dans les entrailles mêmes de la carrière pour les transporter vers leurs aires de stockage. Les documents figurés, plans et vues anciennes, montrent ainsi les bords de Loire rmontsoréliens envahis de ces dépôts lapidaires. Ces charretiers sont également marchands de pierre et ils en assurent la diffusion par le biais des mariniers de Loire avec lesquels ils organisent la commercialisation de la production. Les « maîtres-carriers » du tuffeau à la Maumenière sont donc des familles de transporteurs, comme les David, Vaucelle, Desveaux, etc., qui purent aussi, par ailleurs, exploiter en propre d'autres sites.

On note, également, que la carrière de la Maumenière est, en 1840, le plus important pourvoyeur d'emplois à l'échelle de la commune. Elle nourrirait en effet directement entre le tiers et la moitié de la population à travers l'activité de 70 à 80 carriers, que le maire présente comme formant la catégorie sociale la plus défavorisée de Montsoreau.

Une injonction préfectorale ordonne pourtant l'arrêt de l'exploitation et les carriers font appel de cette décision auprès du Ministre des Travaux publics au printemps 1841.

C'est peut-être à la suite du non règlement de cette plainte que la Maumenière est omise dans l'enquête préfectorale de 1843 sur les carrières de l'arrondissement de Saumur. Toutefois, l'exploitation est de nouveau autorisée et la Maumenière figure toujours dans l'enquête de 1896. À cette date cependant, un rapport du service départemental des Mines, témoigne de ce qu'au fil de la seconde moitié du XIXe siècle, l'extraction de tuffeau y a connu un net déclin. La carrière semble dès lors en fin d'activité et il ne reste plus à la Maumenière qu'un seul exploitant, M. Prieur, qui travaille avec 3 ouvriers sur 4 à 5 chantiers concentrés dans un même secteur. Le dédale des galeries est alors tel que « [...] faute de plan et vu la grande longueur de la carrière, le sieur Prieur ne peut même pas savoir sous quelles parcelles du terrain situé au-dessus il se trouve [...] ». Dans ce même rapport, l'extension des surfaces excavées est estimée à 1,8km voire 2km de large par autant de long sous le coteau, ce qui semble exagéré. La documentation cartographique fait en effet totalement défaut pour cette carrière, le coût d'un relevé d'une telle ampleur ayant toujours empêché sa réalisation.

C'est d'ailleurs ce gigantisme plus que l'épuisement de la roche qui dut conduire à la fin de son exploitation, au début du XXe siècle : difficile à surveiller pour l'administration et nécessitant pour les carriers un charroi de pierre sur de très longues distances souterraines, dans des conditions de sécurité aléatoires, l'extraction devient plus pénible que réellement rentable à une époque où brique et béton s'imposent dans l'architecture et réduisent la demande de tuffeau.

Par mesure de sécurité, les départs de galerie furent progressivement obturés à la suite de cet arrêt d'exploitation.

À mesure de l'enfoncement de l'exploitation souterraine furent aménagés, en tête de carrière, voire un peu plus avant dans les galeries lorsque des gouffres d'effondrement ou fontis procurent de la lumière, des abris troglodytiques ou des maisons sous roche, demeures et dépendances dont les plus anciennes identifiées pourraient être médiévales.

Avec le déclin de l'activité d'extraction, les galeries plus profondes furent aussi investies, en particulier dès le début du XXe siècle pour l'activité de champignonnistes, que deux entreprises pratiquent encore au Saut-aux-Loups. Plus récemment, des formes de mise en valeur commerciale de ces carrières sont apparues : restauration et accueil touristique, sur le site de la champignonnière du Saut-aux-Loups, mais aussi un négoce de vin, chemin dit des Caves.

Période(s)Principale : Moyen Age
Principale : Temps modernes
Principale : 19e siècle
Principale : 1ère moitié 20e siècle
Secondaire : 2e moitié 20e siècle
Secondaire : 1er quart 21e siècle
Auteur(s)Auteur : auteur inconnu

Dans une acception restreinte, le site carrier associé au toponyme de la Maumenière put ne désigner que les principales galeries d'extraction dont entrées sont situées ruelle des Perreyeurs (notamment entre les numéros 10 et 17 de la ruelle). Toutefois, l'usage du nom de « tuffeau de la Maumenière », à diverses époques, désigna des blocs de pierre extraits au sein de l'ensemble des galeries dont les bouches de cavages s'alignent, à mi-hauteur, le long du coteau qui surplombe la Loire et qui forme la bordure nord d'un plateau calcaire qui s'étend, d'est en ouest, de Rest (à Montsoreau) jusqu'aux abords de Turquant (sites de la Vignole-Fessardière). Au fil de l'exploitation et au gré de l'expansion de cette activité, bon nombre des galeries creusées dans la roche sur ce tronçon de coteau se sont d'ailleurs rejointes et constituent depuis longtemps déjà un inextricable dédale.

La carrière de la Maumenière est ainsi un site d'extraction souterraine d'une ampleur gigantesque qui compte vraisemblablement des dizaines de kilomètres de galeries sur une superficie qui dépasse très probablement les 100 hectares. Il est donc difficile de cerner les contours de la carrière d'extraction de tuffeau de la Maumenière, d'autant que, du fait même de ses dimensions, le site n'a jamais bénéficié d'une cartographie exhaustive et seules quelques galeries, en tête de carrière, ont fait l'objet de relevés. Par ailleurs, du fait des risques d'effondrement, la plupart des galeries sont depuis longtemps obturées ou d'accès réservé quelques dizaines de mètres après leur entrée.

L'analyse repose donc ici sur une documentation géologique ancienne, sur une visite des têtes de galerie, ainsi que sur un examen des autres cavités de cet ensemble (notamment les sites sécurisés du Saut-aux-Loups). Ces données permettent de décrire à grands traits la structure de l'ancienne carrière de la Maumenière.

Cette carrière est percée dans les niveaux sédimentaires calcaires du Turonien moyen à craie micacée (tuffeau). À Montsoreau, cette pierre, non gélive, est réputée être des plus belles et de grande qualité, offrant une blancheur appréciée et dotée d'une résistance assez importante à la compression, atouts qui en font un matériau de choix en architecture.

Les entrées de la carrière sont pratiquées à mi-coteau, où l'on trouve les strates les plus intéressantes pour les carriers et où les crues de Loire ne peuvent pas affecter l'extraction. Le chemin d'exploitation, actuellement ruelle des Perreyeurs et chemin dit des Caves, fut taillé à même la roche et forme une falaise où les possibilités d'établir des bouches de cavage furent nombreuses. Ceci explique que la carrière de la Maumenière dispose de multiples entrées, qui formaient sans doute à l'origine différents sites individuels d'extraction, réunis au fil de leur exploitation. Au milieu du XIXe siècle, on évoque quatre entrées principales, mais aussi de très nombreux accès aux galeries aménagés à partir du fond d'habitations troglodytiques desservies par le chemin du coteau.

À Montsoreau même, les principaux accès se situent notamment au niveau du site éponyme de la Maumenière (actuelle ruelle des Perreyeurs) et au Saut-aux-Loups (actuel chemin dit des Caves).

Selon l'époque à laquelle les bouches de cavage furent percées, la configuration de l'exploitation diffère.

Les entrées de carrière que l'on peut estimer les plus anciennes, par leur association avec des habitations ou dépendances, troglodytiques ou non (vestiges des XVe-XVIIIe siècles), sont en partie ouest du site. On y trouve notamment le site principal (entre le 10 et le 17, ruelle des Perreyeurs). Là, des bouches de cavage conduisent à des salles où de grands volumes de pierre ont été extraits, exploitées en plusieurs tranches superposées et pouvant atteindre de 5 à 10 mètres de haut. Elle sont reliées entre elles par des galeries de section plus ou moins ample. Les traces d'extraction tendent à mettre en évidence une progression par des fronts de taille d'un module voisin de deux mètres de haut, le dégagement d'une tranche supplémentaire se faisant vers le haut pour exploiter les bancs supérieurs. Ici, souvent 3, voire 4 ou 5 tranches se superposent, lisibles sur les parois des salles et galeries. Très dédalique en apparence, l'orientation des galeries et l'avancée des carriers ne semblent pas répondre à une planification initiale, mais est bien plutôt la conséquence d'une progression vraisemblablement opérée au fil des qualités et fragilités des veines. On discerne par endroit des piles de roche laissées en place afin de maintenir les strates supérieures : ces piles ont été dégagées au fil de ce que l'on qualifie ainsi d'extraction à piliers tournés. Ces salles et galeries ont un ciel plus ou moins accidenté, conséquence soit de tailles irrégulières, soit d'effondrements ponctuels. En tête de carrière, probablement du fait de l'ancienneté d'extraction, de fragilités accrues par l'érosion du rebord du coteau, voire à une surexploitation, ces salles ont pu connaître des effondrements : la Maumenière présente ainsi plusieurs reculs du coteau et des « fontis » qui contribuent au caractère spectaculaire du site. Les niveaux de sols sont très inégaux et traduisent notamment les effets d'un tassement de déchets issus de l'extraction ou d'effondrements.

L'apparence irrégulière de l'exploitation, ici, relève vraisemblablement aussi de la surexploitation relative des premières galeries de la carrière, qui put s'effectuer sur plusieurs siècles, puisqu'à partir d'une certaine profondeur le surcoût induit par le transport était préjudiciable aux revenus des carriers.

Plus à l'ouest, le long de la ruelle des Perreyeurs, puis du chemin dit des Caves et jusqu'au Saut-aux-Loups, se succèdent des entrées de carrières avec parfois une habitation troglodytique en tête de galerie. Là, l'activité semble moins ancienne (XVIIe-XIXe siècles ?) et les salles sont moins hautes, avec une exploitation qui a privilégié une extraction en deux tranches, voire une seule. Le tracé des galeries semble moins anarchique et les piliers tournés alternent avec des piliers longs plus rectilignes.

En l'absence d'un examen des galeries un peu plus profondes du site, qui pourraient aussi avoir été exploitées dans ces mêmes périodes, on ne peut savoir si l'on retrouve là de semblables méthodes d'exploitation.

Enfin, entre le Saut-aux-Loups et la Maumenière, une des entrées de la carrière, au 7, chemin dit des Caves (parcelle E247 du cadastre de 2013), est absente du cadastre de 1813 (ce n'est alors qu'une cave demeurante) et correspond à une exploitation initiée plus récemment, au cours du XIXe siècle. Là, une rationalisation de l'extraction se fait sentir, avec une exploitation à taille très régulière, en larges salles quadrangulaires exploitées en une seule tranche et séparées par des piliers longs.

L'ensemble des multiples cavités liées à l'extraction du tuffeau qui forment le site de la carrière de la Maumenière compte également de nombreux bâtiments et abris troglodytiques, notamment aux entrées de carrières et dans les sites de fontis où l'on peut profiter de la lumière naturelle. Il s'agit d'habitations ou dépendances, dont un très petit nombre est encore habité.

L'actuel site de champignonnière du Saut-aux-Loups, qui prend place dans les galeries d'une ancienne carrière, offre un parcours de visite touristique où est proposée une reconstitution des méthodes d'extraction du tuffeau à partir d'outils encore utilisés au début du XXe siècle.

Couvrementsroche en couvrement
Statut de la propriétépropriété privée

Annexes

  • AD Maine-et-Loire. 136 S 7. Mines et carrières. Carrières : pièces diverses (1817-1936).

    1. Pétition de 79 habitants de Turquant et Parnay réclamant la fermeture de la carrière de la Maumenière, à la suite d'un éboulement (3 mai 1840).

    Les pétitionnaires s'adressent au Sous-préfet de l'arrondissement de Saumur, pour se plaindre : [...] que depuis quelques mois, un éboulement qui a eu lieu dans le canton des Bournais, sur la commune de Montsoreau dans laquelle tous les susmentionnés possèdent différentes parcelles de terrain, a été pour eux l'avertissement qu'il était fait sous leurs propriétés des excavations clandestines qui devaient avoir pour but l'extraction du tuf qui se trouve à une certaine profondeur et pour résultat, outre la privation d'une matière qui était leur propriété, de compromettre la solidité de leurs terrains et d'en diminuer ainsi la valeur ; que l'éboulement qui vient d'être signalé fut même dénoncé à M. le Maire de la commune de Montsoreau et qu'en présence de ce Magistrat, il fut fait dans la carrière de la Maumenière, située en la commune de Montsoreau, par laquelle on devait supposer qu'avaient lieu ces excavations, une visite qui démontra que trop combien étaient fondées les craintes des propriétaires susnommés, qu'il fut même reconnu qu'on attaquait les faibles piliers de soutènement qui avaient été laissés depuis longtemps. Pourquoi les exposants vous supplient, Monsieur le Sous-préfet, de vouloir bien prendre les mesures nécessaires pour empêcher la continuation de travaux qui en privant les susnommés d'une matière qui est leur propriété peuvent occasionner chaque jour des accidents de la nature de celui qui vient d'être signalé et compromettre la sûreté des personnes et des propriétés [...].

    A la suite de cette pétition, la Préfecture demande au maire de Montsoreau de faire fermer l'entrée des carrières de la Maumenière, ce qu'il refuse, au nom à la fois de ce qu'il estime être une exagération des pétitionnaires et de la nécessité impérieuse de maintenir les emplois que garantit l'activité de la carrière.

    2. Première lettre du Maire de Montsoreau au Sous-préfet de l'arrondissement de Saumur (s.d. ; entre le 3 et le 25 mai 1840).

    Monsieur le Sous-préfet,

    Vous me recommandez avec instance, et comme chose facile, de faire fermer l'entrée des caves de la Momenière, parce que les mandataires de 79 propriétaires de terrains ainsi exploités, viennent de vous adresser de nouvelles observations sur cet état de chose. Je commencerai par vous dire que ces 79 plaignants se réduisent à 3 ou 4 qui sont allés de maison en maison quêter 75 ou 76 signatures qui leur ont été données, pour ainsi dire, de confiance et sans que le motif des observations signées fut parfaitement connu des signataires. Je vous dirai ensuite que les plaintes qui vous ont été adressées sont inexactes, sur la plupart des points, et fortement exagérées sur les autres. Il est faux qu'il y ait danger imminent pour les ouvriers, il est faux que tous soient sans responsabilité et il est encore faux qu'une grande étendue de terrain soit menacée d'affaissement. Les ouvriers qui ont passé toute leur vie dans les carrières ont fait une étude attentive de la qualité du rocher et comme ils ont au moins l'instinct de la conservation, aussitôt qu'ils s'aperçoivent que le rocher perd de sa qualité, ils abandonnent le chantier et se portent sur un autre point. Si il y a des siècles, les ouvriers qui ont ouvert les carrières manquaient d'expérience, n'ont pas laissé des voûtes dans quelques passages pour obtenir toute la solidité voulue, il n'en est pas de même de ceux qui ont travaillé depuis une centaine d'années. Le fond des caves est parfaitement taillé, des pilliers forts et raprochés garantissent la solidité de la voûte et si les pluies abondantes de l'hiver dernier ont occasionné deux affaissements de très peu d'étendue, ils ont eu lieu dans des passages abandonnés depuis longtemps. Quant à ce qui est de la solvabilité et de la bonne volonté qu'ont les carriers d'indemniser les propriétaires des dommages qui pourraient leur survenir, vous allez en juger : lorsque l'individu qui a donné lieu à la plainte qui vous a été faite eut un are et quelques centiares de son champ affaissés, les charretiers, tous gens dans l'aisance, allèrent le trouver et lui offrirent quoique l'affaissement se fut fait dans un chantier abandonné depuis bien des années, de faire estimer son terrain et qu'ils lui paieraient le double de l'estimation qui en serait faite consciencieusement, cet individu fait venir un compère qui estime ce terrain dont la valeur est tout au plus 300 francs la boisselée (5 ares 50 centiares), 1650 francs pour la petite partie ci-dessus nommée. Les charretiers répondirent : nous voulons bien payer le dommage le double de sa valeur réelle, mais non pas d'après une estimation qui la porte au quintuple de cette valeur. Ainsi faites-nous assigner, nous prierons le tribunal de nommer des experts. Et les choses en sont restées là.

    Voilà qui est pour l'état des lieux et pour la solvabilité des travailleurs ; voyons maintenant ce qui résulterait de la fermeture des carrières. Depuis 8 à 9 cents ans au moins, ces caves sont ouvertes, elles sont la princpale industrie du pays, chaque jour 85 ouvriers, qui n'ont pas d'autres moyens d'existence, et dont la plupart, de père en fils, depuis des siècles, n'ont pas eu d'autres professions, y puisent la nourriture de leurs femmes et de leurs enfants ; si l'on joint à ce nombre les charrons, les forgerons, les mariniers que l'exploitation des carrières occupe, on peut dire, sans exagération, qu'elle donne le pain à 400 personnes, presque la moitié de notre population. Fermez ces chantiers, et 400 personnes tombent dans la misère ; la misère conduit au désespoir ; le désespoir conduit au brigandage et le brigandage exercé par 400 personnes affamées peut produire des malheurs incalculables.

    Je crois, Monsieur le Sous-préfet, que ceux qui vous ont adressé des plaintes et vous demandent la fermeture des carrières se sont laissés dominer par la crainte chimérique de voir quelques centiares de leurs terrains s'affaisser de 7 ou 8 pieds (affaissements que les charretiers ne se refusent jamais de combler ni payer) et qu'ils n'ont pas compris toutes les conséquences fâcheuses qui pourraient résulter de l'exécution de leur demande.

    Voilà, Monsieur le Sous-préfet, des observations que je soumets à votre sagesse. Je vous engage à les méditer, à les comparer à celles qui vous ont été adressées par les plaignants, et s'y après y avoir réfléchi vous persistiez à vouloir la fermeture des carrières, j'aurais à vous répondre qu'il n'est pas en mon pouvoir de la faire exécuter et que je ne pense pas qu'il y aît, à Montsoreau, quelqu'un qui osât s'en charger. Dans tous les cas, le travail qu'il y aurait à faire ne serait point aussi peu dispendieux que vous paraissez le croire. Il y a d'abord quatre grands ouvertures principales, de six à huit mètres de largeur environ, ensuite la plupart des habitations qui sont le long du coteau ont des portes qui ouvrent dans différents passages.

    Recevez l'assurance du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être,

    Monsieur le Sous-préfet,

    Votre serviteur,

    Le Maire, François Moreau.

    3. Seconde lettre du Maire de Montsoreau au Sous-préfet de l'arrondissement de Saumur (16 juin 1840).

    Monsieur le Sous-préfet,

    Comme maire de la commune de Montsoreau, par conséquent comme défenseur né des droits et intérêts de la commune, je crois devoir vous adresser encore quelques observations au sujet des carrières de la Monmeunière. Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire, elles sont ouvertes depuis 8 à 900 ans ; cette date ne peut être contestée, à moins que ce ne soit pour la reculer encore. Le château de Montsoreau est du 11ème siècle, il est construit de pierres extraites de ecs carrières. Il est assez présumables que déjà elles étaient en exploitation lorsqu'il fut commencé. Depuis ce temps, elles ont continué à être la principale industrie du pays. Elles ne sont point la propriété d'un certain ordre d'ouvriers ; on peut dire qu'elles sont la propriété communale et commune des habitants, car tous citoyens manquant d'ouvrage, soit cultivateurs pendant l'hiver, soit tonnelliers lorsqu'il y a disette de vin, soit mariniers pendant les basses eaux ou pendant les glaces, vont dans ces carrières chercher les moyens d'existence. Les choses s'étant ainsi passées jusqu'à ce jour, sans troubles, sans oppositions et même sans observations de la part des propriétaires du dessus. Il a fallu qu'un homme peu consciencieux, qu'un homme qui a voulu profiter d'un petit accident pour se faire donner de grands dédommagements, soit allé trouver d'autres hommes pas beaucoup plus consciencieux que lui et qu'en leur montrant l'appât d'un peu d'argent, il les ait déterminés à se coaliser pour vous adresser une plainte, pour que mes concytoyens ayent été menacés d'être chassés de leurs ateliers.

    Mais, monsieur le Sous-préfet, ces hommes ne vous ont présenté les choses dans leur vérité. Ils vous ont trompé en vous disant que les plafonds n'étaient pas solides ; nos carriers demandent avec instances que vous veuilliez bien faire visiter leurs traveaux, et, lorsque la solidité des lieux sera bien constatée, je pense que vous enverrez les plaignants se pourvoir devant les tribunaux pour la réparation du tort qu'ils disent leur être fait. Ces messieurs prétendent qu'ils obtiendront de vous l'ordre de faire fermer les carrières. Je ne pense pas que vous donniez jamais un pareil ordre, dès que vous aurez la certitude qu'il n'y a aucun danger pour les hommes.

    Quant à la question de propriété, elle appartient aux tribunaux, et certes cette propriété ne pourrait guère moins être contestée, depuis huit à neuf siècles que les habitants de Montsoreau exploitent les carrières de la Monmeunière comme elles useraient d'un commun. Je le répète, sans trouble, ni opposition, ni observation, il me semble qu'une jouissance qui remonte à des temps ainsi reculés établit bien un droit incontestable et imprescriptible, et prouve clairement que c'est une servitude attachée à la propriété du dessus. Par conséquent nos carriers ne pensent être tenus qu'à la réparations des dommages qui résulteraient du fait de leurs travaux et ils ne s'y refusent pas, puisqu'il y a deux ans, ils sont allés trouver les plaignants pour leur offrir toutes les garanties désirables. Ceux-ci ont répondu qu'il ne s'agissait plus d'arrangements, ni de garanties, qu'ils avaient désiré que les carrières seraient fermées et qu'ils entendaient bien qu'il en fut ainsi. C'est une question qui ne peut être décidée que par les tribunaux, et je crois que dans un pareil état de chose, les carriers n'ont qu'à attendre qu'il leur soit fait sommation par le ministère d'huissier, et à la requête des plaignants, de se présenter devant le tribunal civil jugeant en instance. Là, ils feront valoir leurs moyens de défense et prouveront que leurs droits ne sauraient leur être enlevés par le manque de responsabilité ; à ce sujet vous avez dû voir dans une précédente, une contradiction en ce que dans un endroit je garantis la responsabilité et dans que dans l'autre je parle de la misère qui acablent 400 malheureux, si les carrières étaient fermées. Je ne vous ai probablement pas expliqué la manière dont se fait cette exploitation. Il y a dans l'intérieur des caves 70 à 80 ouvriers, presque tous sans fortune et par conséquent sans responsabilité. Mais ces individus font l'extraction du tuffeau pour le compte de huit charettiers où marchands de pierres qui sont les seuls responsables et ces huit charretiers réunis présentent une garantie d'au moins 200,000 F en propriété. Ainsi, avant qu'il y ait 200,000 F de terrain affessées, il s'écoulera encore des siècles, et alors il se trouvera probablement encore des garanties suffisantes.

    Voilà, monsieur le Sous-préfet, les nouvelles observations d'après lesquelles j'espère mieux éclairer votre religion et vous engager à laisser continuer l'exploitation des carrières de la Monmeunière, comme par le passé.

    Agréez l'assurance du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être,

    Monsieur le Sous-préfet,

    Votre très humble serviteur,

    Le Maire, François Moreau

    Montsoreau, le 16 juin 1840.

Références documentaires

Documents d'archives
  • 1. La carrière de la Maumenière

    AD Maine-et-Loire. 121 S 57. Service de la navigation de Loire. Montsoreau : pétition des carriers pour l'entretien de l'accès au port de Montsoreau (26 brumaire an X, soit 17 novembre 1801).

    AD Maine-et-Loire. 136 S 7. Mines et carrières. Carrières : pièces diverses (1817-1936).

    AD Maine-et-Loire. 136 S 26. Mines et carrières. Carrières : surveillance (1834-1926). Diverses pièces, dont :

    - Rapport de l'ingénieur départemental des Mines sur les carrières à tuffeau de Montsoreau (18 mai 1896).

    - Rapport de l'ingénieur départemental du service des Mines et Carrières sur les exploitations de craie-tuffeau en activité dans l'arrondissement de Saumur (12 juillet 1899).

    2. Mention de tuffeau en provenance des carrières de la Maumenière

    AD Maine-et-Loire. 5 E 43 / 237. Notaires. Marché de construction (1er mai 1666).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 43 / 252. Notaires. Marché de construction pour le château de Serrant (20 mars 1671).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 43 / 290. Notaires. Marché de construction pour l'église Saint-Vincent du Mans, avec mention du carrier Pierre Babin (6 juillet 1686).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 43 / 295. Notaires. Marché de construction pour le dôme de Notre-Dame des Ardilliers à Saumur (10 juin 1690).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 43 / 296. Notaires. Marché de construction pour Notre-Dame des Ardilliers à Saumur (1er juillet 1690).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 37 / 177. Notaires. Achat de tuffeau à destination de Nantes, avec mention du carrier Joseph Norment l'Aîné (29 mai 1725).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 38 / 190. Notaires. Marché de construction par l'architecte Alexandre Cailleau (5 août 1743).

Bibliographie
  • SALBERT, Jacques. Les ateliers de retabliers lavallois aux XVIIe et XVIIIe siècles : étude historique et artistique, Université de Haute Bretagne - Institut armoricain de recherches historiques de Rennes, Klincksieck, Paris, 1976.

    p. 340.
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