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Aqueduc et écluse du Gouffre ; Route de La Rochelle

Dossier IA85002071 réalisé en 2018

Fiche

Parties constituantes non étudiéeslogement
Dénominationsaqueduc, écluse, site d'écluse
Aire d'étude et cantonVallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
AdresseCommune : L'Île-d'Elle
Lieu-dit : Gouffre (le)
Adresse : route
de La Rochelle
Cadastre : 1834 F 1 ; 2017 AE 105, 132

Pierre angulaire, avec d'autres ouvrages comme les portes à la mer et l'aqueduc de Maillé, du système de gestion de l'eau dans le Marais poitevin, le site d'écluse du Gouffre a été créé au milieu du 17e siècle et réaménagé au 19e. Rien ne permet de savoir ce qui se trouvait là auparavant, avant les dessèchements des marais alentours. Peut-être le nom Gouffre se réfère-t-il à une fosse ou bien à un seuil formé à la confluence entre la rivière Vendée et la Sèvre Niortaise.

L'aqueduc du 17e siècle

La construction de l'aqueduc du Gouffre, comme celui de Maillé, résulte de la nécessité pour la Société des marais desséchés de Vix-Maillezais, lorsqu'elle creuse son canal de Vix dans les années 1660, de permettre à celui-ci de croiser la rivière Vendée, affluent de la Sèvre Niortaise, sans que leurs eaux ne se mélangent. En effet, le canal, principal évacuateur des marais desséchés en amont, draine leurs eaux pour les évacuer vers la mer, alors que la rivière charrie de potentielles eaux d'inondation qui, en s'engouffrant dans le canal, pourraient refluer sur les marais desséchés. Parmi les trois aqueducs édifiés par la Société de Vix-Maillezais, celui du Gouffre est le plus ancien, le canal de Vix étant creusé d'aval en amont. Le marché de construction de l'aqueduc de Maillé, en 1664, nous apprend ainsi que cet ouvrage sera édifié sur le modèle de celui du Gouffre qui existe donc déjà (il a probablement été construit en 1662 ou 1663).

Comme la plupart des ouvrages de dessèchement du Marais poitevin, l'aqueduc du Gouffre est très vite victime des inondations catastrophiques qui se produisent dans la seconde moitié du 17e siècle et encore au 18e. En février 1698 par exemple, l'aqueduc est en partie "arraché" par les eaux "en telle sorte que la rivière de Fontenay [c'est-à-dire la Vendée] avait son cours dans le canal [de Vix]". L'aqueduc est aussitôt reconstruit, comme le rappelle l'inscription placée encore aujourd'hui sur le mur mignon de l'ancienne maison de garde (voir en annexe). L'opération se renouvelle en septembre 1722. Pourtant, consciente de l'importance de cet ouvrage, la Société de Vix-Maillezais a décidé, dès 1697, d'y placer un garde permanent. Cette décision est confirmée en 1726 puis en 1791, le commis du Gouffre étant aussi chargé de surveiller les digues entre la Bonde des Jourdain et les portes à la mer. Les statuts de la Société renouvelés en 1836 font de ce commis un véritable vice-directeur du syndicat.

Le garde du Gouffre est logé sur place, dans une maison construite à proximité immédiate de l'aqueduc. C'est ce que montre le plan du Gouffre établi par l'ingénieur Claude Masse en 1718. La maison est, comme aujourd'hui, située sur la rive gauche du canal de Vix et, à l'époque, au bord même de la rivière Vendée. Celle-ci s'élargit en effet à cet endroit, étant rejointe par le Contrebot de Vix qui passe alors juste derrière la maison (espace aujourd'hui comblé). Au pied de la maison, le bord de la rivière est renforcé par des pieux en bois, formant un quai vertical. L'aqueduc lui-même, encadré d'ailes maçonnées, comprend trois passages voûtés dans lesquels passent l'eau du canal de Vix, sous la rivière Vendée. Deux ponts accolés à l'aqueduc permettent de franchir le canal, en amont comme en aval. Un demi siècle plus tard, en 1767, le site du Gouffre est de nouveau représenté sur un plan particulier, cette fois par l'ingénieur Jacques Parent. L'aqueduc n'a pas changé. La maison du garde semble avoir été reconstruite (elle apparaît plus grande qu'en 1718) ; il s'agit peut-être déjà de la maison actuelle.

La reconstruction de l'aqueduc (1835), l'adjonction d'une écluse à sas (1845)

Le site évolue peu au 18e siècle, mis à part la reconstruction partielle de l'aqueduc en 1722. En 1794, une violente tempête fait s'engouffrer la mer dans le Contrebot de Vix jusqu'au Gouffre, provoquant d'importants dégâts. Un barrage à poutrelles est alors établi au Gouffre, juste à l'entrée de la partie aval du Contrebot, pour éviter à l'avenir tout reflux. Ce barrage figure sur le plan cadastral de 1834, avec l'aqueduc, la maison de garde et, au sud, sur l'autre rive de la Vendée et du Contrebot, deux habitations. Au début du 19e siècle, lorsque l'Etat entreprend de réorganiser la gestion de l'écoulement des eaux dans le bassin de la Sèvre Niortaise, le site du Gouffre fait partie de ceux sur lesquels se porte l'attention des Ponts et chaussées. En 1818, l'ingénieur en chef Mesnager l'intègre dans son vaste programme de travaux. Pour améliorer la navigation sur la rivière Vendée, il propose la création d'une écluse à sas dans le prolongement de l'aqueduc, au sud. L'ensemble du programme est approuvé en 1822, mais sa mise en oeuvre au Gouffre va prendre de nombreuses années : la réorganisation du site est vue d'un mauvais oeil par la Société de Vix-Maillezais. Le projet prévoit en effet d'abaisser le radier du dessus de l'aqueduc sous lequel coule le canal de Vix mais au-dessus duquel doivent pouvoir passer plus facilement la Vendée et les bateaux qui y circulent. Le radier serait ainsi abaissé de 0,40 cm à 0,30, afin de porter le tirant d'eau dans la Vendée à 1,30 mètre. Pour ce faire, les dalles en pierre de taille du radier seraient remplacées par des plaques en fonte. La perspective de cet abaissement est inacceptable pour la Société, soucieuse du bon écoulement des eaux de son canal.

Il faut attendre l'été 1835 pour qu'enfin, dans un premier temps, l'aqueduc soit reconstruit. Tout commence par la volonté de la Société de Vix-Maillezais, exprimée dès 1834, de reconstruire son ouvrage, comme elle l'a déjà fait plusieurs fois depuis un siècle et demi. En août 1834, les Ponts et chaussées constatent que l'aqueduc menace ruine. L'aspirant ingénieur Decharme préconise sa reconstruction sous la houlette de l'Etat de manière à coordonner l'opération avec la construction d'un nouveau pont qui doit enjamber la Vendée juste en amont de l'aqueduc, permettant le passage de la nouvelle route de Fontenay à Marans. Decharme reprend aussi l'idée d'abaisser le radier du dessus de l'aqueduc et de le reconstruire en fonte. En novembre 1834, l'aspirant ingénieur Morandière présente les plans, détail estimatif et métré des travaux, pour un montant de 11000 francs. Or, rappelant que l'ouvrage appartient à la Société, l'Etat refuse de mettre la main à la poche. Finalement, au printemps 1835, la Société de Vix-Maillezais accepte de procéder aux travaux sans participation financière de l'Etat, mais sous la surveillance des Ponts et chaussées dont elle reprend les préconisations techniques (notamment le principe de piles et d'un radier supérieur en fonte).

Les opérations durent plusieurs mois et, en octobre 1835, elles sont retardées par une inondation qui emporte le matériel des ouvriers. La surveillance de l'aqueduc modifié est confiée à un nouveau commis, François Avrard qui, venant de Damvix, a participé au chantier comme ouvrier et a décidé de rester là. Sans attendre la fin des travaux, dès le 10 juillet 1835, une ordonnance royale déclare la Vendée rivière navigable. Son cours en amont du Gouffre est modifié à la même époque, à l'occasion de la construction de la route de Fontenay à Marans. Pour faciliter son entrée dans le Gouffre, en supprimant le coude trop important qu'elle réalisait à cet endroit, le lit de la rivière est déporté vers l'ouest, empiétant sur le marais communal de L'Île-d'Elle (commune de Marans). En échange, le lit de la Vieille Vendée est cédé par l'Etat à la commune de L'Île-d'Elle.

Dix ans supplémentaires sont encore nécessaires avant la construction de l'écluse à sas telle qu'imaginée par Mesnager. Le projet est pourtant approuvé par le gouvernement dès mars 1840, après qu'une importante inondation a sévi sur la ville basse de Fontenay-le-Comte, en amont. Se fondant sur l'ordonnance de 1835, l'Etat considère que le lit de la rivière Vendée relève du domaine public et force cette fois la Société de Vix-Maillezais à accepter les travaux qu'il entend réaliser. Les travaux ne sont mis en adjudication que le 22 avril 1843, au profit de M. Ballereau. En 1845, celui-ci est autorisé à établir dans le marais communal de L'Île-d'Elle un four pour la cuisson de la chaux nécessaire à la construction de l'écluse. Les travaux ne sont achevés qu'en 1847, là encore en raison d'importantes difficultés techniques. En septembre 1846 par exemple, le chantier est inondé à la suite de la rupture d'un batardeau.

Bon an mal an, le nouvel ouvrage, qui vient se greffer sur l'ancien aqueduc, bouleverse le dispositif d'écoulement des eaux mis en place au Gouffre au milieu du 17e siècle. Un sas droit en pierre de taille, long de 46 mètres, est construit au sud de l'aqueduc, avec deux paires de portes pour le commander, en amont et en aval. Le lit du Contrebot est déporté vers le sud, au-delà de la nouvelle écluse. Son cours, ainsi interrompu, ne sera rétabli qu'à partir de 1855 (voir le dossier documentaire sur le Contrebot). Enfin, pour aider les bateliers qui, depuis Niort, circulent sur la Sèvre Niortaise et doivent faire un contour par l'ouest pour rejoindre la Vendée, un petit canal exutoire est creusé dès 1844 au droit de la nouvelle écluse à sas afin de relier directement la Vendée et la Sèvre à travers les marais du Bois Berneau. Le creusement de cet exutoire et la construction de l'écluse à sas entraînent la disparition des habitations qui se trouvaient là (notamment la maison de René Pageaud, cabaretier, qui accepte de démolir lui-même sa maison).

Un site névralgique au 19e siècle, réaménagé en 1960

Au terme de tous ces travaux, le site d'écluse du Gouffre devient un point névralgique pour le commerce fluvial sur la Vendée et autour du pôle économique de Marans. Les nouvelles portes permettent aussi de mieux réguler le niveau d'eau dans la Vendée, donc de mieux se prémunir contre l'inondation en hiver, la sécheresse en été. Pourtant, le litige entre l'Etat et la Société de Vix-Maillezais au sujet du Gouffre ressurgit en février 1894 lorsque le premier décide de reconstruire l'écluse à sas au-dessus de l'aqueduc en se contentant d'informer la seconde de l'adjudication prochaine des travaux. Le projet, dans les cartons depuis 1881, est mis en oeuvre par les Ponts et chaussées. Le 5 avril, une décision du ministre des Travaux publics ordonne de passer outre l'opposition de la Société de Vix-Maillezais. Le 1er mai, les ingénieurs des services de la navigation de la Sèvre et de la Vendée, réunis à Fontenay-le-Comte, écartent tout risque de crue pendant les travaux, rappelant que les eaux de la Vendée seront déviées par le canal des Cinq-Abbés. Tous les syndicats de marais mouillés et desséchés se réunissent à Niort le 26 mai pour rassembler leurs doléances, en vain. Sans empêcher le déroulement des travaux, le contentieux est porté en justice et traîne pendant plusieurs années.

Dans la première moitié du 20e siècle, peu de modifications sont apportées au site. L'exutoire creusé dans les années 1840 à travers les marais du Bois Berneau pour relier l'écluse à sas de la Vendée à la Sèvre Niortaise est abandonné (on le devine encore aujourd'hui parmi les maisons du Bois Berneau). Un réaménagement du site de plus grande envergure est réalisé en 1960. Ces travaux s'inscrivent dans le programme plus large d'aménagement de la vallée de la Vendée approuvé par le ministre de l'Agriculture le 27 février 1959, et confié à un Syndicat des communes riveraines de la Vendée. Motivé par les inondations catastrophiques de juillet 1958, ce programme a pour objectif d'améliorer l'écoulement des eaux de la rivière, notamment en augmentant la capacité du noeud hydraulique du Gouffre à absorber toute l'eau venant de l'amont. Cette quantité d'eau sera d'autant plus importante qu'il est prévu dans le même temps de remembrer et drainer tous les marais entre L'Île-d'Elle, Le Gué-de-Velluire, La Taillé et Vouillé-les-Marais. L'écluse du Gouffre étant trop petite pour pouvoir absorber seule toute cette eau, il est décider de créer en aval de l'ancien aqueduc un second aqueduc ou siphon pour, cette fois-ci, faire passer un bras secondaire de la Vendée sous le canal de Vix et le faire déboucher dans le Grand larron du Contrebot. Ce siphon, constitué de deux énormes buses, sera construit en béton armé. La partie aval du Petit larron sera quant à elle comblée. Pilotés par le service du Génie rural des Eaux et forêts du département de la Vendée, et suivant les plans présentés en novembre 1958 par les ingénieurs Siraut et Besnier, les travaux sont menés en 1960 par l'entreprise parisienne Trucheret et Tansini, depuis son agence rochelaise. Ils sont complétés en 1967-1968 par la construction d'un barrage régulateur en travers de l'écluse. Elle empêche désormais toute navigation sur la rivière Vendée, de toute façon radiée de la nomenclature des voies navigables et flottables en 1965.

Période(s)Principale : 3e quart 17e siècle, 2e quart 19e siècle
Secondaire : 4e quart 17e siècle, 1er quart 18e siècle, 4e quart 19e siècle, 3e quart 20e siècle
Dates1663, daté par source
1845, daté par source
1960, daté par source

Le site d'écluse du Gouffre est situé à l'extrémité sud-ouest de la commune de L'Île-d'Elle, à la limite avec celle de Marans, en amont de la confluence entre la rivière Vendée et la Sèvre Niortaise. Il englobe deux ouvrages hydrauliques : un aqueduc et une écluse.

Au nord, la rivière Vendée arrive au Gouffre après être passée sous le pont de la route de La Rochelle. Sous la voûte du pont, on observe encore d'anciennes chaînes de halage. Elle passe ensuite au-dessus du canal de Vix grâce à un aqueduc en pierre de taille, encadré par deux ponts également en pierre de taille, en arc surbaissé et à claveaux réguliers (un décor similaire à celui du pont de la route de La Rochelle). Côté amont, un barrage à vanne verticale, actionnée par une crémaillère à cric, régule le niveau d'eau dans le canal de Vix. De part et d'autre, les abords du canal sont équipés de quais verticaux en pierre de taille.

L'ancienne maison de garde de l'aqueduc (milieu du 18e siècle ?) se trouve sur la rive gauche du canal, à proximité immédiate de l'ouvrage. A l'état de quasi ruine, elle comprend un corps principal de bâtiment, en rez-de-chaussée avec grenier, et des remises et dépendances de part et d'autre. La façade du corps principal présente trois travées d'ouvertures. Les deux pierres portant des inscriptions relatives à la reconstruction de l'aqueduc en 1698 et 1722, sont remployées dans le mur pignon ouest du corps principal. C'est derrière la maison, dans le terrain au sud, que débouchait le Contrebot avant qu'il ne soit déporté vers le sud en 1845. Son cours a alors été comblé.

Après avoir franchi l'aqueduc, les eaux de la Vendée sont orientées de deux façons : soit au droit, vers le sud, via une écluse à sas ; soit de manière oblique, vers le sud-ouest, via une dérivation destinée à soulager l'écluse en cas de débit de l'eau trop élevé, et qui emprunte en fait l'ancien lit de la rivière avant la création de l'écluse. En amont de cette bifurcation, une barrage mobile vertical, actionné par deux crémaillères et franchi par une passerelle métallique, permet de retenir au besoin l'eau en amont dans la rivière. L'entrée de la dérivation sud-ouest est marquée par une pile entre deux travées que franchit une passerelle métallique.

L'écluse commence au-delà de cette bifurcation. Elle est constituée d'un sas droit, long de 46 mètres et large de 6, encadré par de hauts quais verticaux. Des règles de mesure du niveau d'eau sont gravées dans la hauteur du quai, rive droite, en amont et en aval de l'écluse. Aux deux extrémités (ou têtes) du sas se trouvaient à chaque fois deux paires de portes busquées : des portes à flot (pointées vers l'aval) et des portes d'èbe ou portes jusant (tournées vers l'amont). Il ne reste plus que deux des quatre portes placées à la tête amont du sas, les portes d'èbe ayant disparu. Chaque vantail de porte était surmonté d'une passerelle de service et équipé d'une vanne verticale ou vantelle mue par une crémaillère. Cette vantelle permettait de remplir ou de vider le sas pour le mettre à niveau, selon les besoins. Les portes étaient actionnées à l'aide de treuils placés sur les deux rives et reliés aux vantaux par des câbles.

Sur la rive droite de l'écluse se trouve l'ancienne maison d'éclusier, un bâtiment en rez-de-chaussée dont la façade, couronnée d'une corniche, présente trois baies. La corniche se prolongeait en bandeau sur le mur pignon nord où elle formait la base d'un fronton. Devant la maison, un escalier en pierre descend à la rivière, au débouché de l'écluse. Au nord de la maison se trouvait un magasin destiné à entreposer le matériel de manoeuvre de l'écluse.

Murscalcaire pierre de taille
fonte
bois
Statut de la propriétépropriété publique

Annexes

  • Inscriptions portées sur deux pierres fixées dans le mur pignon ouest de la maison de garde du Gouffre.

    Pierre de gauche : "L ANNEE 1698 / MONSIEUR SABOURIN ESCUYER SEIGNEUR / DE DISSAY PRESIDENT DE FONTENAY / DIRECTEUR DES MARAIS DE VIX / ET MAILLEZAY A FAIT RETABLIR / CET ACQUEDUC QUE LES EAU / AVOICT RUYNE AU MOIS DE FEVRIER / DE LA DITE ANNEE AYANT INONDE / LES AUTRES MARAIS VOISINS ET / CEUX DE VIX ET MAILLEZAY ONT / ESTEZ GARANTY PAR LE GRAND / SOINS QUIL EN A EU."

    Pierre de droite : "SEPTAMBRE 1722 / MONSIEUR PICHAR/RD DIRECTEUR / DES MARES DE / VIX ET MAILZAY / ET MR JAGUIN / INTERESSE AU / DIS MARES PAR [illisible] / OMTER [illisible]."

  • Description de l'écluse du Gouffre par l'abbé Pérocheau, curé du Gué-de-Velluire, en 1850 (extrait de Jean Rousseau, La Vie quotidienne dans le Marais poitevin..., p. 113).

    "Mais rien de plus singulier que le passage du Gouffre les jours de marché ou de foire de Marans. C'est le passage forcé des habitants de Mouzeuil et de Nalliers qui ont leurs huttes sur la ceinture des Hollandais, de ceux du Langon, du Poiré, de Velluire, de Vouillé, du Gué-de-Velluire et de L'ïle-d'Elle. Aussi, dés l’aube, on voit arriver sur la Vendée toute une flotte de bateaux de toutes grandeurs, de toutes formes, de toutes dimensions. Ici ce sont des petits batelets montés par un seul homme; là des barques de quinze à vingt tonneaux ; plus loin, c’est une file de huit à dix grands bateaux, tous amarrés les uns aux autres, et qui serpentent avec le lit de la rivière. Chacun porte sa cargaison différente : celui-ci du blé, celui-là du bois, un autre du lin ou du chanvre, d’autres enfin des pourceaux, des volailles, des bestiaux... Mais on arrive aux portes : l’heure n’est pas encore sonnée, il faut attendre. Pendant ce temps, les bateaux s’amoncellent, le cours de la rivière disparaît : sur une assez longue distance il est littéralement couvert ; c’est un pont flottant.

    Enfin, un cliquetis se fait entendre, ce sont les vannes qui se lèvent. Déjà, les eaux du bassin, plus basses que celles de la Vendée, commencent à bouillonner, de longs tourbillons se font apercevoir ; elles montent et bientôt elles se trouvent de niveau : une porte s'ouvre. A ce moment, la masse des bateaux s'ébranle, c'est à qui entrera le premier, on se pousse, on se heurte, on se presse, c'est une véritable cohue. Personne ne veut rester, personne ne veut attendre. De là, des cris, des jurements, des vociférations, et si vous joignez à tout ce tintamarre de voix discordantes les cris encore plus discordants des pourceaux, des veaux, des volailles, vous aurez un concert des plus étranges. Enfin le bassin se remplit, les portes se ferment, et les plus attardés attendent qu'elles s'ouvrent de nouveau. Alors le bruit cesse, ou plutôt, il diminue. Assis tranquillement sur leur marchandise ou sur la grosse tête du bateau, nos bateliers ne tardent pas à engager entre eux une conversation plus ou moins intéressante en attendant que leur tour arrive. Ceux qui sont renfermés dans le bassin attendent aussi patiemment les eaux à baisser. Sont-elles au niveau et les portes s'ouvrent-elles, ils s'échappent de leur prison avec autant d'empressement qu'ils y étaient entrés. Et cette foule compacte de bateaux qui s'étaient si pressés dans le bassin, s'échappent pour faire place à d'autres, se dispersent et disparaissent bientôt. Du matin au soir, c'est toujours la même opération, la même manoeuvre, jusqu'au coucher du soleil. Alors, malheur à l'ivrogne qui s'est trop attardé, il faut attendre le soleil à se lever pour regagner son logis."

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales des Deux-Sèvres. 3 S 315. 1845-1863 : raccordement du haut et du bas Contrebot de Vix au Gouffre de L'Île-d'Elle.

  • Archives départementales des Deux-Sèvres. 3 S 502. 1894 : abaissement et reconstruction de l'aqueduc du Gouffre.

  • Archives départementales de la Vendée. 62 J 5 à 14. 1663-1816 : registres des délibérations de la Société des marais desséchés de Vix-Maillezais.

    assemblées des 12 avril 1698, 26 juin 1726, 28 juin 1791
  • Archives départementales de la Vendée. 62 J, archives de la Société de Vix-Maillezais, liasse 30, pièce 3. 1895 : rapport sur la démolition et la reconstruction du pont-canal du Gouffre.

  • Archives départementales de la Vendée. 62 J, archives de la Société de Vix-Maillezais, liasse 32. 1830-1831 : procès-verbal de visite de l'aqueduc du Gouffre, notes sur les réparations à effectuer.

  • Archives départementales de la Vendée. 62 J, archives de la Société de Vix-Maillezais, liasse 40. 1835-1839 : reconstruction de l'aqueduc du Gouffre, procès-verbaux de visites, observations de l’ingénieur Morandière, mesures, correspondance, attributions de marchés, comptes-rendus de l’exécution des travaux, répétition auprès de l’État pour sa part contributive.

  • Archives départementales de la Vendée. 62 J, archives de la Société de Vix-Maillezais, liasse 79. 1868-1883 : correspondance de François Avrard, garde au Gouffre.

  • Archives départementales de la Vendée. 62 J, archives de la Société de Vix-Maillezais, liasse 87. 1890-1900 : contentieux entre l'Etat et la Société de Vix-Maillezais au sujet du Gouffre.

  • Archives départementales de la Vendée. 62 J, archives de la Société de Vix-Maillezais, liasse 90. Fin du 19e siècle : contentieux entre l'Etat et la Société de Vix-Maillezais au sujet du Gouffre.

    Archives départementales de la Vendée, La Roche-sur-Yon : 62 J
  • Archives départementales de la Vendée. 5 M 170. 1838-1928 : hygiène et santé publique, établissements classés, commune de L'Île-d'Elle.

  • Archives départementales de la Vendée. 3 P 1222 à 1228, 3559. État de section et matrices des propriétés du cadastre de L'Ile-d'Ellle, 1835-1958.

  • Archives départementales de la Vendée. S 356. 1835 : construction de la route de Saumur à La Rochelle dans la traversée de L'Île-d'Elle.

  • Archives départementales de la Vendée. S 691. 1800-1835 : Contrebot de Vix, gestion et aménagements ; 1834-1835 : reconstruction de l'aqueduc du Gouffre avec création d'un radier en fonte (plans).

  • Archives du Syndicat mixte Vendée-Sèvre-Autise (Fontenay-le-Comte), archives du Syndicat des communes riveraines de la Vendée. 1958-1968 : grands travaux de recalibrage et d'aménagement de la rivière Vendée.

  • Informations, documentation et notes de dépouillements d'archives fournies par M. René Durand (1924-2018), Marans.

Documents figurés
  • 1718 : Plan de l’aqueduc de l’isle d’Elle appelé vulgairement Le Gouffre... (Service historique de la Défense de Vincennes ; Fol. 131 h, feuille 85).

  • [1794] : Carte pour la situation de l'ecluse C, a faire sur le contrebot de Vix [établie pour la construction du barrage établi sur le Contrebot au Gouffre]. (Archives départementales de la Charente-Maritime. 5 Fi Vendée 3).

  • 1818 : plans du Gouffre, de l'aqueduc et de ses abords, de l'écluse à sas proposée, du batardeau à poutrelles à la tête du Contrebot, par l'ingénieur en chef Mesnager. (Archives départementales des Deux-Sèvres. 3 S 20/7).

  • 1821 : [projet] écluse de navigation dans le 5e bief à l'aval du Gouffre de la Vendée, par l'ingénieur en chef Mesnager. (Archives départementales des Deux-Sèvres. 3 S 23/2).

  • Archives départementales des Deux-Sèvres. 3 S 23/3. 1821 : Esquisse d'une écluse à sas avec pertuis de décharge au Gouffre de la Vendée, par l'ingénieur en chef Mesnager.

  • 1767 : Carte des Plans, Elévations et Coupes, des Acqueducs, Portes Maritimes et des Profils de la levée des Marais de Vix et du Canal du contrebot, Relativement au Plan général et Procès-verbal, par Jacques Parent. (Archives départementales de la Vendée ; 62 J).

  • 1834-1835 : plans de l'aqueduc du Gouffre par l'ingénieur Morandière. (Archives départementales de la Vendée. 62 J, archives de la Société de Vix-Maillezais).

  • Vers 1894 : Pont du Gouffre sous la rivière Vendée, plans, coupes et élévations de l'ouvrage avant et après 1835 ; Pont du Gouffre sous la rivière Vendée, détails des travaux en fonte portant les bajoyers et assemblage des plaques du radier en fonte ; Pont du Gouffre sous la rivière Vendée, détails de la pile et du radier en fonte. (Archives départementales de la Vendée. 62 J, archives de la Société de Vix-Maillezais).

  • Archives départementales de la Vendée. Fi S 691 1 à 3. 1834, 6 septembre : Coupe, plan, élévation et face du pont du Gouffre avec indication de l’écluse à construire en aval, du pont à construire en amont et les plaques en fonte posées en 1834, par Decharme et Richer.

  • Plan cadastral de L'Île-d'Elle, 1834. (Archives départementales de la Vendée, 3 P 111).

Bibliographie
  • ROUSSEAU, Jean. La vie quotidienne dans le Marais poitevin au XIXe siècle, manuscrits de l'abbé Pérocheau (1843-1856). La Roche-sur-Yon, Centre vendéen de recherches historiques, 2011.

    p. 86-87, 111-113
  • SUIRE, Yannis. L'histoire de l'environnement dans le Marais poitevin, seconde moitié du XVIe siècle - début du XXe siècle. Thèse d'Ecole nationale des Chartes, 2002.

    p. 374-375, 384, 545, 546, 627, 789, 842, 879, 881-883
  • SUIRE, Yannis. Le Marais poitevin, une écohistoire du XVIe à l'aube du XXe siècle. La Roche-sur-Yon : Centre vendéen de recherches historiques, 2006.

    p. 97-98, 104, 108, 189, 219, 315, 351, 361-362, 367-368 et 387
  • TIZON, Henri. Petite histoire de L'Île-d'Elle, ses légendes et son patois, poésies et vieilles chansons, O. et P. Lussaud, Fontenay-le-Comte, 1961, 297 p.

    p. 51-53
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Conseil départemental de la Vendée - Suire Yannis