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Présentation du bourg de Torcé-en-Vallée

Dossier IA72059286 réalisé en 2021

Fiche

Œuvres contenues

Aires d'étudesPays du Perche sarthois
AdresseCommune : Torcé-en-Vallée

Une origine encore peu connue

Appelée successivement Ecclesia de Torciaco, puis Torcey et, dès le XIVe siècle, Nostre Dame de Torcé, l'ancienne paroisse porte le nom de Torcé-en-Vallée seulement à partir de 1926. Les documents la mentionnant pour la première fois sont étroitement liés à l'édification du prieuré et à l'église autour de laquelle l'ensemble du bourg actuel s'est développé. Toutefois, l'occupation humaine de ce territoire remonte vraisemblablement au néolithique moyen comme en atteste le mégalithe situé à l'entrée ouest du bourg, connu sous le nom de « Dolmen de Torcé ». L'existence d'une zone de sédentarisation sur ce territoire dès cette époque n'a pas encore été prouvée.

Au cours des premiers siècles de notre ère, un peuplement a lieu dans le secteur de Torcé. Celui-ci est très certainement inhérent à l'existence de la voie gallo-romaine Le Mans-Evreux. Néanmoins, aucune découverte n'a pour le moment permis d'attester la présence d'un habitat, durant cette période, à l'emplacement exact de l'actuel bourg de Torcé-en-Vallée. Cependant, en 1874, un trésor constitué de deux vases en terre cuite contenant plus de 8000 monnaies de bronze du IIIe siècle est découvert à proximité de cette voie, dans le champ des Trois Barreaux dépendant de La Blanchardière, lieu-dit situé sur la commune de Beaufay.

L'église comme point central

Selon nos connaissances actuelles, le bourg de Torcé-en-Vallée se développe vraisemblablement autour de l'église entre la fin du XIe siècle et le XIIIe siècle. En effet, à la fin du XIe siècle, les moines de Marmoutier reçoivent en donation l'église de Torcé. Il existe donc une église à cet emplacement avant cette date, cependant aucun document n'en fait directement mention. Les éléments les plus anciens conservés au niveau de l'église datent de la fin du XIe siècle ou du début du XIIe siècle ce qui n'apporte pas d'indications supplémentaires quant à l'ancienneté du bourg. C'est également à cette époque qu'est fondé un prieuré par les moines de l'Abbaye de Marmoutier, à côté de l'église, qui est alors mentionnée dans les textes.

Son territoire est alors organisé en fiefs appartenant à différents seigneurs locaux, comme ceux des Aulnays ou de Fleuret, qui très tôt profitent de la Vive Parence pour asseoir leurs pouvoirs et revenus en y installant des moulins. Ainsi, à la fin du Moyen Age, cinq moulins sont construits le long de la Vive Parence. Dans le bourg, le développement se fait essentiellement autour de l'église puis certainement le long de la rue Notre-Dame qui semble être la plus ancienne, peut-être en raison de la proximité de la voie romaine à l'ouest. Cette dernière est d'ailleurs complétée par un autre chemin parallèle plus à l'est, connu sous le nom de chemin Mansais, qui relie Paris au Mans en passant par Bellême et Bonnétable. Celui-ci devient la première route royale traversant le Maine au XVIIIe siècle, mais perd son importance lors de la création de la voie royale passant par La Ferté-Bernard en 1772. Au niveau de la rue Notre-Dame, sont conservées deux maisons qui dateraient de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle. De la même manière que l'église, elles témoignent de l'importante campagne de reconstruction suite à la guerre de Cent Ans dans le Maine. Durant toute cette période, la paroisse de Torcé relève en partie du marquisat de Montfort-le-Rotrou et de la seigneurie de Bonnétable tout en étant rattachée à celle des Aulnays. Cette dernière passe de familles en familles jusqu'à arriver dans les possessions de la famille Thieslin au XVIIe siècle comme le fief de Fleuret. Ces deux propriétés sont acquises vraisemblablement à la fin du XVIIe siècle par le couvent de la Visitation du Mans. Les sœurs de la Visitation possèdent, dans la région de Torcé, au XVIIIe siècle le fief de Fleuret, les Aulnays et son moulin ainsi que le moulin de Cherruau.

Les pèlerinages

Si le bourg de Torcé-en-Vallée a connu un tel accroissement et une telle richesse architecturale, notamment au niveau de son église, c'est étroitement lié au développement du culte marial dès le XIe siècle en Occident. A Torcé, c'est apparemment à partir du XIIIe siècle que celui-ci se manifeste véritablement. La raison de cet engouement pour le culte marial à Torcé-en-Vallée et sa pérennité à travers les siècles restent inconnus. La tradition raconte que dès le XIe siècle des miracles ont lieu à cet emplacement et seraient à l'origine des premiers pèlerinages. Aucun document n'atteste toutefois l'existence de ces derniers, le premier pèlerinage avéré datant de 1391. Les pèlerinages sont nombreux mais ont essentiellement lieu entre mai et septembre. Deux sont notamment célèbres, le 2 juillet, jour de la Visitation, et le 8 septembre, date de la Nativité de la Vierge. Toutefois, en temps de calamités publiques, d'épidémies, de sécheresse ou encore de fléau, des paroisses entières viennent plusieurs fois par an jusqu'à Notre-Dame de Torcé. De plus en plus reconnus, de nombreux évêques du Mans participent régulièrement à ces rassemblements jusqu'au XXe siècle. Louis XIII serait même venu faire le pèlerinage du 8 septembre 1614, comme l'indique le blason en bois peint réalisé vers 1920 situé dans le bas-côté sud de l'église. Les pèlerins affluent du Maine, du Perche, de la Normandie, de la Bretagne et de l'Anjou.

La multitude de pèlerins dont le nombre augmente constamment engendre également une modification de l'apparence du bourg. Tout d'abord au niveau de l'église qui est agrandie et ornée en conséquence. Notamment par l'ajout de plusieurs représentations de la Vierge à l'extérieur comme à l'intérieur de l'édifice de manière à ce que les pèlerins puissent constamment la voir : dès leur arrivée (statuettes en épis de faîtage et dans la niche sur la façade principale) et ensuite lors des cérémonies dans l'église où elle est toujours visible quel que soit notre emplacement. L'influence des pèlerinages se fait également ressentir au niveau du développement de l'architecture d'hébergement au sein de la commune. Dès le XIVe siècle, les « hostelleries » sont nombreuses et se regroupent autour de l'église. Au fil du temps, les auberges vont prendre leur place. D'autres architectures à fonction commerciale se développent au sein du bourg telles que des épiceries, des cafés, des boulangeries. Aux environs de 1840, un notaire, un percepteur, un buraliste ou encore une sage-femme sont installés à Torcé. La commune semble dépendre de ses voisines (Bonnétable, Montfort, Pont-de-Gesmes) uniquement pour leurs foires et marchés. Enfin, l'urbanisation de Torcé-en-Vallée le long d'une rue principale et d'un axe secondaire dont le point central est l'église, semble également étroitement lié à cette dévotion à la Sainte-Vierge.

Au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, le contrôle des pèlerinages fait considérablement diminuer les rassemblements à Torcé-en-Vallée. Toutefois, dès le début du XIXe siècle, un renouveau de ceux-ci est observé et la proclamation du dogme de l'Immaculée conception en 1854 stimule cette reprise. Actuellement, seul le pèlerinage du 2 juillet, appelé localement la « Juillette » est encore célébré. Les pèlerinages engendrent donc un développement économique du bourg ainsi qu'un accroissement de la population qui atteint 1701 habitants en 1831.

Un développement mitigé au XIXe siècle

Au XIXe siècle, le bourg de Torcé-en-Vallée semble conserver un certain dynamisme économique apportant quelques transformations. Tout d'abord, une amélioration des communications est observable dès la première moitié du XIXe siècle. Le passage à gué de la Vive Parence est remplacé par un premier pont en 1813. Celui-ci sera élargi à plusieurs reprises, notamment en 1836 et en 1860. L'élément majeur reste l'arrivée de la ligne des tramways de la Sarthe, conçue par l'ingénieur Louis-Harel de La Noë, en 1897. Reliant Le Mans à La Ferté-Bernard via la bifurcation de la Détourbe (commune de Bonnétable), cette ligne facilite les déplacements des habitants, l'importation de certaines marchandises et la venue de touristes, pèlerins. Malheureusement, déficitaire et concurrencée par l'automobile, elle ferme en 1947. En parallèle, un marché aux denrées se tenant le dimanche matin est mis en place à partir de 1866, un bal est tenu de manière permanente dans l'une des auberges dès 1892 et au début du XXe siècle, on dénombre 4 cafés et auberges, 1 boulangerie, 4 épiceries et 1 boucherie. Toutefois, malgré ces évolutions, le bourg ne s'étend pas, les nouvelles constructions s'intègrent au tissu urbain existant et seulement quelques maisons, notamment de notables, sont élevées en périphérie durant la seconde moitié du XIXe siècle, comme le montre une comparaison du cadastre napoléonien avec le cadastre actuel. Cela s'explique peut-être en partie par le fait que les plans d'alignement dressés par l'administration entre 1846 et 1887 semblent avoir été ignorés. En effet, l'implantation des bâtiments est presque la même que sur le cadastre napoléonien de 1836 et les rues présentent toujours un tracé étroit et assez sinueux. La population communale diminue pour atteindre 1206 habitants en 1901, c'est le début d'une longue période d'exode rural.

Torcé-en-Vallée au XXe siècle

Au cours de la première moitié du XXe siècle, le développement du bourg de Torcé-en-Vallée stagne, très peu de nouvelles constructions viennent le compléter. Les quelques nouvelles bâtisses remplacent d'anciens bâtiments existants. En 1914, un premier réseau électrique destiné à l'éclairage public dans les rues principales est installé. La source d'énergie est le moulin d'Epaillard qui grâce à sa roue actionne une dynamo de 43 ampères. L'éclairage public moderne arrive seulement en 1966. Les années 1960 sont propices aux améliorations. Des bordures de trottoir sont ajoutées et l'adduction d'eau est amenée par le Syndicat intercommunal de la Vive Parence des sources de « La Pagerie » situées à 2km du bourg. C'est également à la fin des années 1960 qu'émergent les premiers pavillons en périphérie du bourg. Ceux-ci se multiplient au cours des années 1970-1980 et rejoignent peu à peu les fermes isolées à l'est, à l'ouest et au sud du bourg, au détriment des maisons du centre-bourg. Le lotissement du Dolmen commence à sortir de terre à la fin des années 1980 sur les prés à l'ouest, à proximité de l'ancienne gare de tramways. Malgré cette extension du bourg par de nombreux pavillons, la population communale continue de diminuer tout au long du XXe siècle et en 1990, il n'y a plus que 784 habitants à Torcé-en-Vallée. Ce long déclin visible dans la plupart des communes rurales impacte également l'activité agricole, activité dominante de la commune jusqu'au XXe siècle. Le nombre d'exploitations passe de 180 en 1953 à une trentaine à la fin des années 1970 puis seulement 13 en 2015. Toutefois, située à mi-chemin des bassins d'emplois de la Ferté-Bernard et du Mans, dès le début des années 2000, la commune voit sa population augmenter considérablement, 1421 habitants en 2018. Cette croissance s'accompagne de nouveaux lotissements à l'est et à l'ouest du bourg ainsi que de services à la population tel que le groupe scolaire édifié en 2013. Torcé-en-Vallée est aujourd'hui une commune résidentielle qui conserve un centre ancien relativement bien préservé, témoin d'une histoire religieuse locale marquante.

Sites de proctectionabords d'un monument historique

La commune de Torcé-en-Vallée, située dans le département de la Sarthe et dans la Communauté de communes du Gesnois Bilurien, se trouve dans le Pays d'Art et d'Histoire du Perche Sarthois. Elle s'étend sur une superficie de 16,86 km² et compte 1 421 habitants (recensement de 2018). Légèrement vallonné, avec une altitude qui varie de 71 m à 146 m, le territoire communal est traversé par la rivière de la Vive Parence du nord au sud. Le bourg, approximativement implanté au centre de celui-ci, se déploie à environ 85 m d'altitude.

Entouré de champs et de bois, le bourg de Torcé-en-Vallée est plutôt bien desservi. Sa proximité directe avec la D 301, reprenant en partie le tracé de l'ancienne voie royale Le Mans-Paris, a notamment joué sur son développement. Il est également au croisement d'un réseau secondaire relativement important : la D 25 qui relie Torcé à Beaufay à l'ouest et à Lombron au sud ainsi que la D 89 menant à Saint-Célerin. Depuis la création de l'échangeur de Connerré, il bénéficie aussi du voisinage de l'A 11.

Torcé présente une morphologie de bourg-carrefour structurée par deux axes principaux formés par trois rues qui partent de la place de l'Eglise et du prieuré, noyau historique du développement de la commune. Le premier, est-ouest, regroupant les rues Notre-Dame et de la Poste, est l'axe structurant du bourg. C'est autour de celui-ci que les premières constructions se sont élevées et que tous les commerces étaient rassemblés. On y retrouve également l'ensemble des services publics : mairie, école, poste. Le second axe, la rue des Rosiers, se dirige vers le sud. Il est moins bâti et semble s'être développé plus récemment.

Le parcellaire de Torcé témoigne également de cette évolution. Autour de l'église et le long des axes principaux, les parcelles sont étroites avec une densité de construction importante puis progressivement, le parcellaire se relâche en s'éloignant du centre bourg.

Les constructions s'organisent le long de la rue et autour de petites cours communes mais très peu en profondeur. Depuis, l'arrivée des pavillons et des lotissements, une nouvelle urbanisation est observable. En effet, tout l'espace est utilisé pour bâtir. Dans un premier temps en périphérie du bourg ancien puis de plus en plus à l'arrière du front bâti. Toutefois, cela n'est pas encore le cas au niveau des rues Notre-Dame et de la Poste qui conservent à peu près leur parcellaire ancien pour le moment.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de la Sarthe ; 2 S 185. Acquisitions et cessions de terrains, alignements et permissions de voirie, 1834-1888.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 8 M 119. Extrait de la délibération du conseil d’arrondissement du Mans pour la création d’un marché aux denrées, 1866.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 2 O 368/2. Réglementations sanitaires, 1858-1905.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 8 S 316. Création d’un générateur électrique au moulin d’Epaillard, 1912-1914.

  • Archives diocésaines du Mans ; boîte 1486. Documents concernant la paroisse de Torcé-en-Vallée.

  • Archives diocésaines du Mans ; boîte 1483. Documents concernant la paroisse de Torcé-en-Vallée.

Documents figurés
  • Elévations du pont construit sur la Vive Parence. 1813. 1 plan. (Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 1650)

  • Plan et élévation du nouveau pont construit sur la Vive Parence. 1836 (?). 1 plan. (Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 1650).

  • Cadastre napoléonien de Torcé-en-Vallée. B2 de Conhard. 1 : 1250. 1836. 1 plan : 1 : 1250. (Archives départementales de la Sarthe ; PC\366\008).

  • Plans d'alignement, coupes et élévations montrant l'aménagement de la voirie au niveau de la Vive Parence. 1853 et 1860. 3 plans. (Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 155).

  • Plan d'alignements, 1810-1931. (Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 1650).

  • Plan d'alignements, 1810-1931. (Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 1651).

  • Plans d'alignements, 1839-1927. (Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 155).

  • Plans d'alignements, 1879-1920. (Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 405).

  • Plan du bourg montant les établissements publics et privés / dressé par G. Héard. 1 : 1250. 1908. 1 plan. (Archives départementales de la Sarthe ; 5 M 244).

  • Rues et places de Torcé-en-Vallée (Sarthe). Début du XXe siècle. Série de cartes postales. (collection particulière).

  • Torcé-en-Vallée. IGN. Paris. 1949 à 2013. photogr. pos.

Bibliographie
  • BRILLANT, Xavier. La Juillette – Notre-Dame de Torcé, édition Paroisse de Bonnétable.

  • FROGER, Louis. Revue historique et archéologique du Maine, Notre-Dame de Torcé, 1898.

  • LEVACHER-RENOULT, Laure. Torcé-en-Vallée, domaine de la Tour et de Notre-Dame. Atelier R. Crès, Bonnétable, 1983.

  • PAYS DU PERCHE SARTHOIS. Laissez-vous conter Torcé-en-Vallée, septembre 2015.

  • PESCHE, Julien-Rémy. Dictionnaire topographique, historique et statistique de la Sarthe, Le Mans, 1836.

  • VALLÉE, Eugène. Dictionnaire topographique du département de la Sarthe, comprenant les noms de lieux anciens et modernes, revu et publié par R. LATOUCHE. Paris, Imprimerie nationale, 1952.

Périodiques
  • Communes de chez nous – Torcé-en-Vallée : Charmante et coquette cité rurale bien connue pour son moto-cross. Maine Libre, 9 et 10 mars 1968.

(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Pays du Perche sarthois - Dewancker Camille
Dewancker Camille

Chargée de mission inventaire du patrimoine du Pays du Perche Sarthois depuis le 26 avril 2021.


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