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Les maisons et immeubles de la commune de Paimbœuf

Dossier IA44004534 réalisé en 2004

Fiche

Aires d'étudesPaimbœuf (commune)
Dénominationsmaison, immeuble
AdresseCommune : Paimbœuf

Paimbœuf est une ville neuve (une vingtaine de maisons sont signalées en 1665) dont la croissance s'achève à la fin du XVIIIe siècle. La population dépasse les 8000 habitants à la Révolution pour décroître rapidement du XVIIIe au XIXe siècle et stagner autour de 3000 au cours du XIXe siècle. L'offre de logements supérieure à la demande va alors maintenir la ville construite dans son inscription du XVIIIe siècle. L'analyse des registres de la capitation (l'impôt exigé sur chaque logement habité) établis à Paimbœuf au cours du XVIIIe siècle rend compte d'une population laborieuse et peu fortunée : 85 % des déclarants acquittent moins de 5 livres d'impôt en 1718, 82 % en 1739 (dont 8 % exemptés) et 89 % en 1789 (dont 41 % exemptés) quand le seuil de pauvreté autorisant une demande d'assistance est de trois livres (fig. 4). Construire (des navires et des maisons), héberger et nourrir, vêtir-se vêtir, naviguer, sont les principaux secteurs d'activité investis. On peut remarquer pour le secteur de la construction la présence constante, et pour moitié, de charpentiers, qu'ils soient charpentiers de navire ou de maison (26 en 1718, 38 en 1739 et 117 en 1789) pour un constructeur de navire en 1718, deux en 1739 et huit en 1789. On constate l'absence de maçons en 1718 et leur présence croissante ensuite, trois en 1739 pour quinze liés à trois entrepreneurs et un architecte en 1789. Le deuxième secteur se caractérise par une présence massive d'aubergistes, de cabaretiers, de boulangers et de bouchers. Quand à ceux qui naviguent sur la Loire ou sur la mer, on doit souligner la présence croissante des capitaines de navire, quatre en 1718, sept en 1739 et 37 en 1789. L'ensemble des secteurs est associé à une très importante domesticité (autour de 25 % des déclarants pour les trois années retenues), un nombre de journaliers en augmentation (de 2 % à près de 12 % en 1789) et l'enregistrement d' habitants non imposés qualifiés de pauvres, près de 5 % en 1789. Les marchands et négociants sont peu présents, près de 2 % en 1718 pour 3,5 % en 1789 (fig. 3). Ce contexte social, la présence d'une population pour partie sédentaire, la vocation d'accueil inhérente à la situation portuaire favorisent la construction de maisons mitoyennes, à partager, dont le parti distributif retenu au XVIIIe siècle aurait pu souvent conduire à les qualifier d'immeubles à logements en miniature. D'un gabarit souvent réduit à trois niveaux, elles sont certes tributaires de la fortune des commanditaires mais également contraintes, en élévation, par la violence des vents de mer, régulièrement destructeurs. Tout en restant vigilant sur de possibles rapports à l'architecture savante, l'objectif de cette enquête a été davantage de mettre en évidence un mode d'habiter propre à la vocation portuaire du lieu. A travers l'attention portée à la demeure, il s'est agi de repérer et d'enregistrer les indices permettant d'isoler les campagnes de construction depuis la création du bourg dans le troisième quart du XVIIe siècle jusqu'aux remaniements du deuxième tiers du XIXe siècle liés à la construction des quais et à l'application des premières mesures d'alignement. La production d'une architecture type au milieu du XVIIIe siècle, induite par l'absence de mise à disposition de nouveaux terrains à bâtir, aurait pu conduire au moment de la restitution du travail à l'établissement d'un nombre restreint de notices ; le parti de rendre compte de la répétition a au contraire été retenu. Il s'agissait alors, en l'absence de toute mesure de protection avant 2007, l'année de l'inscription de l'église Saint-Louis à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques, de conserver la mémoire d'un bâti habité en cours de disparition.

Observations générales :

1 - L'aire d'étude

En 2007, 1521 logements dont 1357 résidences principales pour une population de 3093 habitants composent la commune. En 2009, à partir des chiffres communiqués par la communauté de communes, on estime à 1800 le nombre d'unités habités réparties de manière sensiblement égale de part et d'autre d'une ligne centrale est-ouest empruntant le boulevard de la gare dit le boulevard Dumesnildot. La moitié nord, en rive du fleuve, a fait l'objet d'un inventaire exhaustif à l'intérieur d'un périmètre comprenant dix-sept îlots (fig. 1), déclinés du haut Paimbœuf au bas Paimbœuf, c'est-à-dire de l'amont vers l'aval ; près de 500 demeures ont été visitées (456), un peu plus du quart ont été étudiées et ont fait l'objet d'une notice, chacune liée à celle de l'îlot dont elle dépend. La moitié sud de la commune urbanisée dans la seconde moitié du XXe siècle sur l'emprise de quelques hameaux comprenant encore alors quelques vestiges des métairies du Bois-Gautier et du Petit-Paimbœuf a été étudiée à l'échelle des lotissements dessinés et construits à partir de 1948.

2 - Les sources

Paimbœuf n'est souvent appréhendée qu'en tant qu'élément du complexe portuaire nantais et à ce titre l'état de la rade, la profondeur du chenal d'accès, ses capacités d'accueil en rive font l'objet de nombreux commentaires publiés dans des ouvrages généraux traitant la question du port de Nantes. Les sources bibliographiques concernant directement la ville construite et plus particulièrement la demeure se résument à l'ouvrage de Louis Séguineau-Leys édité en 1912, à quelques impressions d'arpenteurs ou de voyageurs appréhendant très généralement le paysage bâti au XVIIIe et au XIXe siècle et à deux articles publiés l'un, par Véronique Mathot, dans une revue savante, le second, par Bruno Comps dans le bulletin municipal. Quelques remarques doivent être faites sur les deux documents graphiques essentiels utilisés au cours de l'étude : le plan cadastral de 1810 et le plan figuré des maisons en rive en 1749. L'enquête a souffert de l'absence d'un plan cadastral parcellaire antérieur au plan cadastral actuel. Les deux exemplaires du plan cadastral restitué en 1810, présents dans les archives communales et les archives départementales, différencient le bâti du non bâti à l'échelle de l'îlot (chaque îlot est désigné par un numéro) mais ils ne descendent pas à l'échelle de la parcelle. Un document a pourtant dû exister puisque dès 1817 le registre des propriétés bâties associe à chaque propriété imposée un numéro de parcelle différent de celui de l'îlot. L'absence de représentation graphique parcellaire du territoire à l'aube du XIXe siècle n'a pas permis une exploitation fine des matrices cadastrales, pas plus que celle des registres consignant les demandes d'alignements conservés dans les archives communales, si ce n'est de manière globale en terme d'occurrences. Un document contemporain a également fait défaut : un plan d'alignements fiable ; proposé en 1810, toujours à l'étude en 1850, il n'a jamais été validé. Ces lacunes ont cependant été quelques peu atténuées par la présence des minutes d'un plan figuré de 1749 établi à la suite d'un litige concernant une appropriation abusive de la rive par un constructeur de navires. L'auteur s'est appliqué à représenter chaque maison du haut au bas Paimbœuf de part et d'autre de la voie parallèle au fleuve. Le fait d'en reconnaître certaines encore en élévation aujourd'hui rend le document relativement fiable, quoique malheureusement incomplet. Les maisons associées au nom de leur propriétaire ont souvent servi de marqueurs pour passer des archives au terrain. Afin de pallier les manques, un dépouillement exhaustif des archives des notaires exerçant à Paimbœuf au XVIIIe siècle (jusqu'à la Révolution) a été entrepris, duquel ont été extraits les nombreux baux de location, les ventes et achats, les arrentements, les aveux, les procès verbaux de visite, les marchés de construction. La saisie de ces documents a permis l'établissement d'une base documentaire de près de mille références concernant la demeure et la propriété. De nombreuses mentions et quelques copies d'actes passés devant des notaires de Machecoul entre la duchesse de Retz et des acquéreurs de terrain à bâtir ont permis d'entrevoir le rôle joué par la duchesse de Retz dans la seconde moitié du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle. Malgré la disparition complète des actes passés au XVIIe siècle devant les notaires de Machecoul, la base reste pertinente. Aucune donnée retenue n'étant adressée, si ce n'est quelquefois le nom de la rue, ou la mention du nom des voisins immédiats ou la proximité d'un élément remarquable, les registres établis pour la collecte de l'impôt ont servi par leur régularité et leur logique topographique à ordonner l'information par rue. Il a parfois été possible de restituer le parcellaire, quelques registres contenant des indications de largeur de façade sur la rue. Les registres de la contribution foncière de 1791 croisés avec ceux de la capitation de 1789 et 1790 dont les données sont adressées par rue, ont permis des ajustements sans toutefois, sans doute, éviter l'erreur. Les demeures citées en référence dans le texte suivant ont la plupart du temps fait l'objet de notices listées par adresse à la fin de la notice introductive : Présentation de l'aire d'étude.

3 - Les campagnes de construction ; la production architecturale

Trois campagnes se dessinent : la première immédiatement après l'arrentement des terrains à bâtir essentiellement dans le dernier quart du XVIIe siècle ; la deuxième au milieu et dans la seconde moitié du XVIIIe siècle au moment du plus fort trafic portuaire ; la troisième dans le deuxième et le troisième quart du XIXe siècle avant la consécration définitive du port de Saint-Nazaire. Il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour enregistrer une urbanisation de la moitié sud de la commune, une extension par voie de lotissements accompagnée d'une désaffection de la moitié nord.

3.1 - La première campagne : la construction de maisons marchandes et habitantes ou maisons à boutique

Une première campagne suit la division de la terre des deux métairies appartenant au duc de Retz dans la seconde moitié du XVIIe siècle (fig. 2). Les minutes du plan figuré de Paimbœuf daté de 1749 offrent une image de ce que devait être la ville en rive, avant la vague de reconstruction qui se dessine au milieu du XVIIIe siècle (fig. 5-13). La lecture de ce document autorise plusieurs remarques générales : la première est la grande homogénéité des gabarits, les maisons ne dépassent pas un étage ; la deuxième, la régularité des façades, répétition induite par la largeur des lots (de cinq à sept mètres) ; la troisième, l'alignement sur la rue et la mitoyenneté. Un dessin de façade se dégage : près des deux tiers des maisons représentées (187 sur 313) comportent une porte d'entrée latérale et une ouverture à l'étage ; les autres présentent deux ouvertures à l'étage, la porte d'entrée est alors latérale ou centrée parfois doublée d'une baie ou d'une seconde porte. En témoignent encore actuellement quelques maisons quai Libert (fig. 14,15), rue Pitre-Chevalier (fig. 16,17) et rue du Général-De-Gaulle (fig. 18-22) malgré des remaniements intervenus au XIXe siècle (extension du côté du quai) (fig. 23-28). Dix individus bâtis sur des parcelles plus larges comportent trois travées et plus, trois comptent plus de deux étages. Il appert pour les plus larges qu'ils sont tributaires de leur fonction d'accueil (auberge, hôtel de voyageurs : 32, 32bis quai Chassagne, 85 rue du Général-De-Gaulle) et/ou de représentation (ancien hôtel des fermes : 17, 19, 21 rue Pasteur, logements de notables : 50, 48 quai Chassagne). Elevés peu avant 1749, ils ne relèvent pas de la campagne ici considérée si ce n'est au haut Paimbœuf, la maison, 28 quai Chasssagne (fig. 30). Une dernière observation concerne la couverture des maisons représentées. Si le toit à longs pans est largement présent, la fréquence du toit en forme de pavillon surprend ; il n'en subsiste à ce jour qu'un seul exemple, la maison, 108 rue du Général-De-Gaulle (fig. 26-28). Cette disparition massive constitue une première alerte sur l'ampleur des reconstructions et/ou des surélévations au cours du XVIIIe et du XIXe siècle. Le dépouillement des archives confirme et complète cette appréhension d'un premier paysage bâti en ajoutant une précision conséquente à la procédure d'arrentement des lots. Les parcelles étroites arrentées par les premiers résidents, perpendiculaires à la Loire et d'une longueur moyenne d'une centaine de mètres, étaient soumises à une contrainte de voirie, du Haut Paimbœuf à la rue de l'Hôpital. Chaque acquéreur devait laisser libre une bande de terrain de 24 pieds (7,77m) pour le passage d'une voie parallèle à la Loire scindant ainsi les parcelles en deux parties inégales, l'une les pieds dans l'eau du côté de la Loire ouvrant du côté opposé sur la future voie, l'autre ouvrant au sud de la même voie, limitée mais non dissociée (dans un premier temps) de la terre des métairies du Petit Paimbœuf et du Bois Gautier. Cette disposition va induire deux constructions différentes par le même, selon que l'on se trouve du côté du fleuve ou du côté de la métairie, dites la maison du côté de la rivière et la maison du côté de la terre (fig. 40). Toutes deux sont généralement composées d'une boutique voire d'une arrière-boutique (une cloison en planches pouvait séparer l'unique pièce au rez-de-chaussée) traversées par un couloir dit allée et une pièce ou deux à l'étage, parfois décrites sous charpente, accessibles par un escalier droit en charpente en œuvre. Elles sont couvertes en tuile. La maison élevée du côté du fleuve comporte un sous-sol, dit caves, dégagé en rive, le niveau de cette dernière étant plus bas que celui de la rue ; ce dégagement facilite l'accès à la maison depuis le fleuve par des cales régulièrement aménagées. Cette distribution a été régulièrement confirmée par le travail de terrain. Pour l'exemple, toutes les maisons élevées au nord de la rue du Général-De-Gaulle sont construites sur un niveau de caves ; nous en avons repéré un seul au sud (n° 37) mais concernant une extension postérieure à la période ici considérée (premier quart XIXe siècle). Un deuxième élément différencie les deux maisons : la fréquence du balcon ou coursière en charpente (dit galerie) ouvert sur la Loire. Il ne subsiste que rarement actuellement sinon à l'état de vestige très dénaturé. Un dessin du port par Ozanne en 1776 s'appuie au premier plan sur une maison élevée après 1730 (actuellement n° 55, quai Chassagne) présentant trois balcons en charpente, deux en façade sur la rue, un du côté de la Loire fermé de chaque côté par des planches. Cette représentation reprise au XIXe par quelques dessinateurs (fig. 29) reste aujourd'hui la seule illustration de ces coursières si souvent décrites en rive au XVIIIe siècle. Les latrines trouvaient parfois leur place à leurs extrémités même si, souvent, elles sont signalées dans la cour ou le jardin de l'autre côté de la rue au sud, ainsi que le puits. La disparition de l'ensemble résulte sans doute de la difficulté d'entretien des pièces de bois mises en œuvre mais également de la destruction totale des maisons élevées au haut Paimbœuf en rive et de l'effacement de celles situées en aval derrière de nouvelles constructions élevées une fois la rive stabilisée, la construction des quais achevée et la voie sur berge alignée. Ces balcons d'une profondeur d'environ un mètre ont été parfois maintenus, maison 52 rue du Général-De-Gaulle (fig. 19, 20), voire intégrés dans le plan au moment de l'extension de la maison vers la rive, maison 108 rue du Général-De-Gaulle (fig. 27, 28) ; n° 38 de la même rue (fig. 100). Les seuils maçonnés et le balcon filant en fer forgé ont dans quelques cas remplacé au milieu du XVIIIe siècle le dispositif en bois, 60 rue du Général-De-Gaulle (fig. 56).

3.2 - La deuxième campagne (1745-1795) : la duplication d'un modèle ; l'expression d'une nouvelle échelle

La deuxième campagne (1740 -1790) procède d'une reconstruction partielle sur le socle de la première tout en investissant des terrains restés libres en rive ou, dans le dernier quart du siècle, de nouveaux terrains en périphérie sud du bourg. L'élargissement notable des parcelles sur des terres nouvellement divisées et arrentées et quelques propositions de gabarits plus élevés (deux, voire trois étages) sont les indices dès le milieu du XVIIIe siècle d'un changement d'échelle attendu. Les terrains mis à disposition en rive, telle la réserve foncière vis à vis la rade des Quatre amarres ou celle située au sud de la cale dite la Grande chaussée (entre l'actuelle place Frégate Aréthuse et la rue Pitre-Chevalier), offrent de larges parcelles à la construction. Un premier exemple : en 1747, le terrain situé à l'angle du quai Chassagne et de la rue Beausoleil, récemment arrenté par le duc de Villeroy, est sous-arrenté et divisé en deux vastes parcelles. L'absence de contrainte prégnante autorise la construction de deux maisons aux larges façades alignées sur la rue, non mitoyennes, double en profondeur, l'une en forme d'hôtel particulier, 50-51 quai Chassagne (fig. 31), la seconde de deux étages, 48-49 du même quai (fig. 32), chacune desservie par un escalier central en charpente en œuvre. La première répondait à la commande d'un notable ayant alors la charge de sous-commissaire des classes de la marine ; la seconde était celle d'un important charpentier constructeur de navires. Ces deux maisons resteront aussi étrangères à la production architecturale du XVIIIe siècle que l'était au XVIIe siècle, au haut Paimbœuf, la maison 28 quai Chassagne (fig. 30) construite moins d'un siècle plus tôt après l'arrentement du lot en 1671. Un deuxième exemple à la fin du siècle : un constructeur de navires investit une aire destinée à l'entretien et à la construction de bateaux pour y élever, une maison de sept travées au sud de l'actuelle place Frégate Aréthuse, 22 rue Pitre-Chevalier (fig. 81).

- La duplication d'un modèle : la maison partagée de plan en L :

L'offre réduite de nouveaux terrains conduit à investir les parcelles déjà bâties de part et d'autre de la voie parallèle au fleuve, cette dernière conservant sa force d'attraction commerciale ; les projets induisent nécessairement une démolition partielle ou totale de la maison bâtie au siècle précédent. Une maison à boutique de deux étages achevée en 1752, 11 rue du Général-De-Gaulle (fig. 33-39) fait date et est exemplaire d'un programme et d'un plan type en L qui sera repris pendant près d'un siècle. Les archives viennent préciser le déroulement du chantier. La solidité d'une première maison élevée à la fin du XVIIe siècle en pierres liées avec de la terre n'est pas jugée suffisante pour porter deux étages. La décision est prise par le commanditaire de l'araser et de la reconstruire en anticipant les paramètres techniques nécessaires à une éventuelle reconstruction des maisons mitoyennes : prévision des conduits de cheminée, des souches de cheminées coupe-feu, les solives parallèles à la rue. Ces contraintes vont nécessairement générer de part et d'autre des gabarits proches, sinon communs (fig. 38). Si le nombre d'étages, limité ici à deux, n'est pas imposé, la reconstruction du corps principal sur la rue est conditionnée par l'emprise de la précédente maison : il s'agit toujours d'un corps simple en profondeur traversé au rez-de-chaussée par un couloir latéral (dit allée) permettant de gagner la cour (la pièce pouvant être divisée) mais l'escalier originellement en œuvre est extrait du corps principal et directement accessible de l'allée. Tournant, en charpente à balustres, il articule désormais le corps de bâtiment sur la rue et un second corps couvert en appentis d'une hauteur proche dit longueur, longère ou longe, également simple en profondeur, l'ensemble formant un plan en L. Des cloisons en planches isolent les pièces entre elles. Quelques corps de bâtiments couverts en appentis étaient déjà signalés dans le premier quart du XVIIIe siècle mais ils semblent qu'alors, ils étaient dissociés du corps principal. La distribution de cette maison type répond au besoin des habitants, ici un artisan forgeron : une boutique au rez-de-chaussée ouverte sur la rue et sur le palier de l'escalier et deux pièces à feu en enfilade au sud du corps de l'escalier, la première destinée à la cuisine et la seconde servant de buanderie, les deux ouvrant par une porte à l'ouest sur l'allée pavée traversant la parcelle du nord au sud. A chaque étage, trois portes palières à imposte vitrée, deux du côté de la rue et une du côté du corps de bâtiment secondaire en appentis donnent accès chacune à une pièce à cheminée, deux en enfilade en ce qui concerne le corps secondaire. Les trois portes palières par étage restent cependant une exception ; elles sont, ailleurs, au nombre de deux, une pour chaque corps. La pièce sur la rue est séparée en deux pièces d'égale largeur par une cloison perpendiculaire au mur gouttereau ancrée entre les deux portes-fenêtres centrées. La distribution des deux corps est telle qu'elle autonomise chaque partie de l'ensemble multipliant si besoin était les possibilités de logement. Sans évoquer l'immeuble à logements, nous privilégierons ici la qualification de maison partagée, la distribution restant verticale et la cuisine au rez-de-chaussée vraisemblablement commune. La maison peut accueillir la famille du commanditaire, rassembler plusieurs ménages d'une même famille comme elle peut accueillir des étrangers ; un lit est généralement présent dans chacune des pièces, y compris dans la boutique. Les registres de la capitation tenus dans le quatrième quart du siècle enregistrent fréquemment plusieurs patronymes par maison. Un travail sur les alliances serait nécessaire pour infirmer ou confirmer d'éventuels liens de parenté. Deux opérations circonscrites à l'intérieur de la parcelle d'origine (de la rive à l'actuelle rue Pierre-Jubau) (fig. 40) vont être associées à la maison décrite ci-dessus. La première rend compte d'une installation progressive des membres de la même famille dans le jardin au sud. Cinq pièces à feu en simple rez-de-chaussée couvertes en appentis sont construites au cours du troisième quart du XVIIIe siècle dans le prolongement du corps secondaire à l'est. Les deux dernières au sud ont été ultérieurement remplacées par une maison de plan en L actuellement adressée 12 rue Pierre-Jubau. La seconde opération, de l'autre côté de la rue, 10 rue du Général-De-Gaulle fig. 45, 46), est directement liée à l'activité du commanditaire. A la maison alignée sur la rue à la fin du XVIIe siècle, simple en profondeur (surélevée depuis) est lié un corps secondaire de même largeur isolé du premier par une cour à l'est de laquelle se trouve un escalier en charpente ouvert desservant les deux corps. Au rez-de-chaussée du second corps se trouvaient la forge et l'atelier (le doublement des pièces de ce second corps est récent). Cette occupation de l'ensemble de la parcelle d'origine vaut pour les maisons comprises de part et d'autre de la première voie parallèle au fleuve ; elle a pu quelquefois être étendue au-delà de la rue du Faisan quand l'arrentement d'un nouveau terrain prolongeait le premier vers le sud. Pouvaient alors y être ajoutés, un chantier de construction comme au n° 71 rue du Général-De-Gaulle (fig. 40) ou encore des annexes à l'hôtel de voyageurs, 85 rue du Général-De-Gaulle. La reproduction du plan type en L s'opère systématiquement au sud de la première voie parallèle à la Loire, à partir du milieu du XVIIIe siècle (fig. 33). La contrainte parcellaire inchangée, l'absence d'architecte, le mimétisme tacitement encouragé pour garantir une unité sur la rue en l'absence de tout règlement, conduisent globalement à reprendre le gabarit de la maison voisine si ce n'est en lieu et place d'un deuxième étage l'ajout d'un comble à surcroît (seules une dizaine de maison atteignent les deux étages dans le troisième quart du siècle pour une quinzaine dans le dernier quart). Eclairé par des lucarnes ou par des petites ouvertures de forme sensiblement carrée, ce dernier niveau sous charpente a vraisemblablement été habité mais il semble que la cheminée (quand il y en a une) soit postérieure à la construction. D'imposantes lucarnes passantes s'imposent au cours des années 1770, tels qu'aux 31, 35 rue du Général-De-Gaulle (fig. 44-48) ou 54 de la même rue (détruites). Les premières somment les deux travées décentrées du corps principal. Ce décentrement inhabituel favorise la division de l'étage du corps sur la rue par une cloison perpendiculaire à la rue en une grande et une petite pièce, cette dernière pouvant servir de cabinet de travail. Un fronton ou une lucarne centrée pouvait remplacer les deux lucarnes, 25 rue du Général-De-Gaulle (détruite). La généralisation du comble à surcroît, moins lourd d'un point de vue constructif que l'étage, pose la question de la reconstruction. S'agit-il à chaque fois d'une reconstruction de fond comme l'indiquent les expertises concernant la maison, 11 rue du Général-De-Gaulle ou celle adressée 77 de la même rue (fig.68) (deux maisons de deux étages) ou d'une simple surélévation de la première maison construite, doublée, après extraction et reconstruction de l'escalier, d'une extension en appentis vers le sud ? Le gabarit des premières maisons élevées à la fin du XVIIe siècle, 52 rue du Général-De-Gaulle ou, 9 rue Pitre-Chevalier (fig. 19 et 16,17), confronté à celui des maisons élevées dans la seconde moitié du XVIIIe siècle indique un accroissement des hauteurs du rez-de-chaussée ce qui nous incite à penser que des reconstructions fréquentes ont pu avoir lieu à partir du plancher du premier étage. Pour l'exemple, la maison, 48 rue du Général-De-Gaulle (fig. 101, 102) surélevée dans le premier tiers du XIXe siècle : les solives du plancher du premier étage perpendiculaires aux façades reposent sur les abouts des premières qui, sectionnées, sont utilisées comme support. L'ajout du comble à surcroît qualifié au XVIIIe siècle de grenier, opposé au faux grenier quand il n'y a pas de surcroît, se généralise jusqu'au milieu du XIXe siècle. Le maintien du couloir (dit allée) traversant le corps principal facilitait les déplacements du nord au sud et garantissait aussi un égal accès au puits, les maisons en rive n'en étant pas toujours pourvues. Si le plan type en L est récurrent au sud de la première rue parallèle à la Loire à partir du milieu du XVIIIe siècle, il l'est moins au nord entre la rue commerçante et le fleuve et complètement absent entre l'actuel quai Boulay-Paty et la rue du Général-De-Gaulle, la profondeur de la parcelle ne s'y prêtant pas. On retrouve là des maisons de plan massé ou allongé. Si, dans la trame ancienne, le changement de gabarit est notable dans la seconde moitié du siècle, il reste globalement cependant celui d'une maison d'un étage et d'un comble (voire d'un étage) à surcroît. La maison de trois étages carrés, 60 rue du Général-De-Gaulle (fig. 55-59), élevé ex-nihilo peu avant 1750, entre la rue et la rive, reste une proposition isolée. En 1746, un marchand arrente un terrain étroit non bâti au bord du fleuve sur lequel il fait construire un immeuble de rapport de deux travées et trois étages carrés. Un couloir latéral conduit, depuis la rue, à l'escalier en charpente centré ; deux portes palières ouvrent chacune sur une pièce (divisée ou non), l'une au sud du côté de la rue et la seconde au nord du côté de la Loire. Le commanditaire repéré pour ses importantes acquisitions et constructions immobilières au milieu du siècle y loue en 1756 une boutique et deux appartements (terme contenu dans les archives), un par niveau, à un marchand. Le premier au rez-de-chaussée comprend la boutique, l'arrière-boutique, une pièce, un cabinet (une pièce plus petite), le deuxième appartement au premier étage, deux pièces ouvertes l'une du côté de la rue, la seconde du côté de la Loire liées chacune à un cabinet de part et d'autre d'une cuisine. Chaque appartement traversant dispose de latrines, d'une cave et d'un grenier. Il s'agit sans doute là, du premier immeuble à logements identifiable au milieu du siècle inspiré des immeubles nantais élevés sur le quai de la Fosse au même moment (n° 72). Ce parti distributif sera souvent le parti retenu lors d'une extension en rive, telle que l'illustre, en tête de l'îlot situé à l'est, la maison, 56 rue du Général-De-Gaulle (fig. 60-62). Les deux corps composant cette dernière successivement élevés, l'un, ex-nihilo avant 1765 sur la rive stabilisée, l'autre sur l'emprise d'une première maison arasée en 1765 alignée sur la rue du Général-De-Gaulle, sont associés de part et d'autre d'un corps d'escalier accessible ici directement depuis la rue Pasteur. Pour n'en citer qu'une autre : la maison, 102 rue du Général-De-Gaulle (fig. 63-65). Ce type de plan se limite aux îlots bornés par les quais Boulay-Paty et Sadi-Carnot. Une alternative au plan type en L et au plan allongé (traversant) existe dans l'îlot limité au nord par le quai Sadi-Carnot : la maison composée de deux corps de logis couverts d'un toit à longs pans, de même largeur, l'un aspectant la rue, le second la Loire, séparés par une cour de deux à trois mètres de large dans laquelle se trouve un escalier rampe sur rampe en charpente ouvert et accessible depuis la cour comme nous l'avons déjà vu, 10 et 12 rue du Général-De-Gaulle (fig. 42, 43). Ce plan a vraisemblablement été importé par des maçons nantais dans le deuxième quart du siècle à l'occasion de la reconstruction partielle de la maison, 46 rue du Général-De-Gaulle (fig. 49-52) dont l'escalier est très exceptionnellement en maçonnerie. L'escalier peut également être en œuvre, une coursière assurant, au-dessus de la cour, la liaison à chaque niveau avec le deuxième corps, tel que la maison, 44 rue du Général-De-Gaulle (fig. 52, 53). Ce plan n'aura pas de suite.

- L'expression d'une nouvelle échelle dans le dernier quart du siècle :

Les terrains libres en rive se révèlent insuffisants. Parallèlement aux interventions dans la trame ancienne, un lotissement voit le jour en 1779 au sud de l'actuelle rue Pierre-Jubau, de part et d'autre du chemin conduisant à la métairie du Bois Gautier. La procédure d'arrentement du terrain par la propriétaire, Michelle Grou, est la même que celle lancée dans le troisième quart du XVIIe siècle par la duchesse de Lesdiguières : mettre à disposition des constructeurs des lots à bâtir, contre une rente annuelle, tout en gardant la propriété de la terre. L'exceptionnelle largeur des parcelles (16,2 m ; 15,55 m ; 20 m.), égale voire supérieure à celles de l'île Feydeau à Nantes pour une profondeur plus importante, ne génère pas une occupation originale. Les constructeurs qui, pour la plus part, sont des habitants de la ville déjà propriétaires de maisons entre la rue Eugène Durand et la rue Pasteur vont dupliquer le plan type en L, les deux L affrontés autour d'une cour pour former un U, l'ensemble prolongé par des jardins au sud. Un passage charretier centré traverse le premier corps simple en profondeur ; les corps secondaires en appentis s'étirent de plus en plus loin vers le sud desservis chacun par un, voire deux escaliers en charpente à balustres semblable à ceux déjà rencontrés. Le corps de l'escalier hors œuvre centré reporté contre la façade postérieure du corps principal sur la rue est deux fois privilégié et remplace l'un des deux escaliers hors œuvre habituellement situés aux angles, 9,11 rue Pierre-Jubau (fig. 75 ; 71, 72). Une ordonnance de façade se dégage, 29 à 35 de la même rue (fig. 69) ; il s'agit de maisons d'un étage et d'un comble à surcroît éclairé par de petites ouvertures sensiblement carrées dont les niveaux sont soulignés par un bandeau en tuffeau, pour un nombre de travées variant de cinq à sept ; des lucarnes passantes éclairent exceptionnellement le comble de la maison n° 25 (fig. 78) ainsi que celui de la maison n° 19 (avant sa reconstruction complète au XXe siècle). Le gabarit reste celui des interventions contemporaines dans la partie ancienne. Seuls quatre ensembles atteignent deux étages carrés et un comble à surcroît (n° 9, n° 19, n° 23, n° 27). Les parcelles d'angle ont permis à certains commanditaires d'interpréter le plan type en U. La maison, 35 rue Pierre-Jubau (fig. 76, 77) : un unique escalier droit en charpente a été substitué au passage charretier centré du corps principal dont la profondeur a été doublée soulignant la volonté du commanditaire de privatiser la demeure, ce que confirment les archives. Une deuxième maison, 25 rue Pierre-Jubau (fig. 78, 79), décline à l'inverse trois unités d'usage : le logement du commanditaire accessible depuis la rue Pierre-Chevry ouvert sur les deux rues, un long corps de bâtiment en retour à l'ouest couvert en appentis destiné à la location accessible depuis le passage charretier centré actuellement masqué et une série de petites maisons de rapport d'une pièce ouvertes à l'est sur la rue Pierre-Chevry. En 1779, ce propriétaire, un négociant, déclarait une maison de rapport contenant 29 pièces quand le propriétaire de la maison 35, un commissaire des classes de la marine, en déclarait 12. L'exemple de la maison, 25 rue Pierre-Jubau appelle deux remarques, la première sur les maisons d'une seule pièce élevées en série, la seconde sur l'échelle des parcelles du lotissement. La construction de petites maisons de rapport, mitoyennes, d'une seule pièce avec cheminée appartenant à un seul et unique propriétaire est récurrente au cours du XVIIIe siècle. Les deux premiers ensembles repérés, parallèles au fleuve, sont actuellement détruits. Il s'agissait, pour le premier, au haut Paimboeuf d'une série de dix-sept maisons mitoyennes, quelques rares d'un étage, partiellement représentées sur le plan figuré de Paimboeuf au milieu du XVIIIe siècle (fig. 7, 8), vendues en un seul lot en 1764 à un négociant nantais, de la Villeboisnet (anciennement situées entre le n° 40 et le n° 37 quai Chassagne). Le second était compris entre la rue Docteur Colomb et la rue Eugène Durand : neuf maisons et magasins acquis en un seul lot en 1740 par le constructeur de navires Bronais (fig. 9). De leur démolition progressive à partir des années 1770 ne reste que la petite maison d'angle située à l'est, très dénaturée, 9, rue Pitre-Chevalier (fig. 17). Des deux ensembles perpendiculaires au fleuve, subsistent au sud-ouest de la rue Docteur Colomb, quelques maisons (fig. 80) sur la douzaine de maisons dites nouvellement construites à la fin du XVIIIe siècle pour un boulanger demeurant à l'angle nord, en rive ; la seconde, une série de onze maisons élevées rue de l'Hôpital, entre la rue de Vierge et la rue Saint-Gilles, appartenant en 1764 en totalité à la veuve d'un capitaine de navire avant d'être revendues par lot une dizaine d'années plus tard ; en témoigne actuellement la maison située à l'angle sud, 20, 22 rue de l'Hôpital, préservée car annexée en 1810 à l'ancien Auditoire (4 rue de la Vierge) pour servir de prison pour les femmes. Il n'y aura pas d'autres opérations de lotissement avant la seconde moitié du XIXe siècle ; cette absence de mise à disposition de nouveaux terrains à la fin du XVIIIe siècle contraint les bâtisseurs à poursuivre les reconstructions sur les terrains déjà bâtis. Conserver l'échelle des parcelles du lotissement de la rue Pierre-Jubau nécessite un regroupement de parcelles ou l'empiètement sur les parcelles voisines. Certains acquéreurs avaient dès le XVIIe siècle arrenté deux, voire exceptionnellement quatre lots mitoyens. Hors les lots situés immédiatement en rive, les premières maisons construites l'avaient été au nord de chaque parcelle, laissant libre de construction le sud. Certains propriétaires y investissent ; ainsi, le propriétaire de l'hôtel de voyageurs, 85 rue Général De Gaulle élevé à l'origine sur deux lots qui, peu avant 1792, en fait construire un second, 26 rue du Faisan (fig. 82) de plan rectangulaire, de deux étages carrés et sept travées. La réunion de deux lots mitoyens pallie l'étroitesse des parcelles d'origine. La maison, 95 rue Général De Gaulle (fig. 83, 84) illustre ce cas ; achevée autour de 1795, elle reprend le plan en U déjà rencontré, un corps principal de cinq travées sur la rue et deux corps perpendiculaires en appentis (le corps secondaire ouest récemment détruit). Malgré l'unité de traitement de la façade, le rythme des travées trahit l'emprise foncière originelle, trois à l'est et deux à l'ouest d'une porte d'entrée centrée. Autre forme d'association, la maison, 9 quai Gautreau (fig. 95) constituée de deux maisons conservées, associées derrière une façade unique reconstruite. Toujours sur le mode de l'association de parcelles, le quai Gautreau accueille un des plus beaux exemples de la fin du siècle : la maison Averty, 5 quai Gautreau (fig. 93, 94), une maison de deux étages en construction en 1791 (le troisième étage date du XXe siècle) tendant à se rapprocher de celle d'un immeuble nantais contemporain par la modénature de sa façade et le soin apporté au décor intérieur. Chaque pièce du corps principal, au rez-de-chaussée et à l'étage, contient une cheminée en calcaire marbrier liée à un parquet Versailles ; l'escalier encore en charpente est doté d'une rampe en fer forgé au lieu des balustres en bois tournés, ailleurs récurrents. Les rives restent des lieux d'extension ; la stabilisation progressive des berges assouplit les limites parcellaires. La maison, 11 quai Sadi-Carnot (fig. 87, 88) élevée entre 1785 et 1791, déborde vers l'ouest la limite de la parcelle originelle pour atteindre trois travées ; elle ne déroge pas au plan en L, tout en affichant les caractéristiques des maisons élevées à la fin du siècle, deux étages carrés et de larges ouvertures à plates-bandes droites. Autre exemple de débordement parcellaire, mais pour une maison de quatre travées, la maison, 20 quai Eole (fig. 90-92) se cale entre deux maisons déjà construites tout en glissant derrière la maison mitoyenne à l'ouest une partie du corps de l'escalier et du corps secondaire, libérant ainsi la façade postérieure du corps principal et élargissant la cour. A la fin du XVIIIe siècle, les gabarits les plus élevés oscillent entre la maison d'un étage et d'un comble à surcroît et les pics des maisons partagées et/ou les immeubles à logements de deux étages avec ou sans surcroît, une dizaine élevées dans le troisième quart du siècle, une quinzaine dans les deux dernières décennies avec une exception, deux immeubles à logements de trois étages, 60 rue du Général-De-Gaulle (1746 ; fig. 56-59) et 27 rue Pierre-Jubau (1780 ; fig. 73, 74). Le rythme des travées en façade sur la rue varie chronologiquement, de la travée unique axée ou des deux travées centrées (1750) aux deux travées décentrées (1775) pour la première période, à la façade tant plein que vide pouvant atteindre sept travées pour la seconde. Un certain nombre de séquences retenues ici illustre ce propos, 102 rue du Général-de-Gaulle (fig. 65) ; 77 rue du Général-De-Gaulle (fig. 68) ; 19, 21 rue du Général-De-Gaulle ; 32, 30 rue du Général-De-Gaulle ; 16 rue de l'Eglise (fig. 85, 86) ; 4, 5, 6 quai Gautreau (fig. 93) ; 23 à 35 rue Pierre-Jubau (fig. 70).

3.3 - Construire au XIXe siècle

L'emprise de la ville ne change plus jusqu'à l'arrivée du chemin de fer dans le dernier quart du XIXe siècle. L'actuel boulevard Dumesnildot (ou boulevard de la gare) constitue à partir de 1876 la nouvelle limite sud ; son percement génère de nouveaux terrains à bâtir de la gare à la hauteur de la rue Pierre-Chevry, le prolongement du boulevard vers l'ouest n'ayant lieu qu'à partir de 1921. Avant et ailleurs les maîtres d'ouvrage n'auront souvent d'autre choix que celui de la greffe ou de l'insertion dans la trame ancienne après démolition.

- Un modèle hérité du siècle précédent :

Un projet urbain nous permet d'isoler une façade qui demeure une référence pour les reconstructions du premier tiers du XIXe siècle. Dès 1810, la municipalité est soumise à l'obligation de se doter d'un plan général. Le carrefour central et l'ouverture sur le fleuve en sont les deux idées majeures. La première concerne la place du Marché ; il s'agit alors d'y insérer une place octogonale traversée dans l'axe par une voie large reliant l'hôpital au quai (actuel quai Boulay-Paty) ; la seconde a trait à l'aménagement de la rive, une place en demi-lune ouverte sur un large quai en forme de fer à cheval en bas de l'actuelle rue Pasteur. Le projet de place seul retient l'attention de l'architecte du Département, Ogée qui propose en 1813 l'intégration au sud de la place d'un ensemble comprenant les halles, la mairie, le tribunal et les bureaux de la sous-préfecture ; la place devait être cantonnée au nord par deux pavillons en L de part et d'autre d'une voie axée reliant la place à l'actuel quai Boulay-Paty. Le projet ne sera pas réalisé, mais il pointe la référence qui devait inspirer la construction des pavillons : la maison Lehuédé, 33, rue Pierre-Jubau (même modèle que le n°11 de la rue ; fig. 71). L'unique pavillon élevé avant 1820, 23 rue du Faisan (fig. 96, 97) isolé au nord-est de la place actuelle, reprend la partition de cette façade, le comble à surcroît traité comme un semblant d'attique isolé de l'étage par un bandeau en pierre de taille comme l'était également l'étage, du rez-de-chaussée. Le plan en L est conservé. Ce modèle perdure au cours de la première moitié du XIXe siècle (ex : maisons reconstruites au sud de la rue du Faisan et de la rue Saint-Gilles) ; il s'accompagne d'une disparition rapide des bandeaux horizontaux et d'une variation sur les dimensions des ouvertures du comble à surcroît plus ou moins proches des dimensions de celles de la maison, 33 rue Pierre-Jubau (0,80m par 0,60m) ; ainsi la façade de la maison, 61 rue du Général-De-Gaulle, 48 rue du Général-De-Gaulle (fig. 101), 9 rue du Général-De-Gaulle. Ces petites ouvertures ont souvent été masquées depuis (maison 24 rue du Général-De- Gaulle, date portée : 1820). Cette variation s'opère jusqu'à l'ouverture d'une baie plus large, le comble à surcroît ayant été remplacé par un étage carré destiné à être habité (50 rue Pierre-Jubau ; 37, rue du Général-De-Gaulle ; fig. 103,104).

- Une architecture ajustée au bâti existant : le doublement du corps principal et l'escalier dans oeuvre

La séquence bâtie 32-26 rue du Général-De-Gaulle (fig. 98), illustre la rupture de gabarits entre le XVIIIe et le XIXe siècle. A droite, les trois maisons élevées dans le troisième quart du XVIIIe siècle, à gauche la maison reconstruite dans le premier tiers du XIXe siècle. Les reconstructions sur l'emprise de la première maison détruite s'accompagnent généralement du doublement du corps principal. Le relevé de la maison, 38 rue du Général-De-Gaulle (fig. 99, 100) élevée dans le premier tiers du XIXe siècle est à ce titre exemplaire, sans toutefois intégrer l'escalier dans œuvre. Lorsque la démolition de la maison préexistante n'est pas à l'ordre du jour, deux cas se présentent : le doublement du corps principal élevé au siècle précédent sans en modifier la couverture, le corps ajouté étant couvert d'un toit à longs pans similaire ou d'un toit en appentis, ou le doublement du corps principal sous une couverture commune. Dans le premier cas, l'ancien escalier hors oeuvre devenu obsolète est alors remplacé par un escalier en œuvre, en charpente, droit ou à jour, centré, élevé dans le corps ajouté et distribuant l'ensemble, 37 rue Général-De-Gaulle (fig. 103, 104) ; 16 rue Pierre-Jubau (fig. 105) ; ou dans un exemple déjà mentionné, la maison, 108 rue du Général-De-Gaulle (fig. 26-28) : à la première maison élevée sur la rue, couverte d'un toit en forme de pavillon, a été ajouté au milieu du XIXe siècle un corps de bâtiment d'une pièce en profondeur couvert en appentis du côté de la Loire, masquant, dans ce cas, la coursière en charpente. Ce parti reste rare. Le deuxième cas vise à adjoindre un second corps de bâtiment de la profondeur d'une pièce tout en unifiant l'ancien et le nouveau sous une couverture commune dont le faîtage est plus élevé. Ces cas se rencontrent sur les quais, de l'actuelle rue Pasteur jusqu'à la place Charles-Querbez. Ils engendrent souvent une différence de hauteur de plancher entre le corps sur la rue et celui ajouté du côté de la Loire, cas fréquents le long du quai Boulay-Paty (fig. 61) ; pour n'en citer que quelques unes, les maisons, 3, 4, 9 quai Boulay-Paty. La conservation de l'escalier est, sur ce même quai, irrégulière ; l'escalier d'origine étroit, droit, en charpente, en oeuvre ancré dans le mur mitoyen peut desservir le corps ajouté ou être remplacé par un escalier tournant en charpente centré ou reporté dans le corps ajouté. L'application des mesures d'alignement favorise cette pratique sur le quai Eole. Une lettre échangée entre les résidents du quai et le maire en 1837 attire l'attention sur les difficultés rencontrées par les propriétaires qui n'ont ni le désir ni les moyens de raser leurs maisons pour les reconstruire à neuf. L'irrégularité actuel du front bâti illustre cette réticence. Une simple extension peut être privilégiée du côté de la Loire, comme on le voit pour les maisons, 8 ou 18 quai Eole dont le mur de façade de la première maison bâtie est encore visible entre la première et la seconde pièce du corps principal. Un marché de construction concernant la maison actuellement adressée 19 rue Pasteur pointait déjà ce parti au milieu du XVIIIe siècle. Le projet consistait alors à élever un deuxième corps contre la maison déjà bâtie afin d'y accueillir les bureaux de la prévôté ; elle devait, selon les termes du marché, être double à un étage près. Une ouverture dans le mur gouttereau de la première maison permettait le passage d'un corps à l'autre. Un petit nombre de maisons neuves ont cependant été construites sur les quais. Quelques maisons à la modénature proche (larmiers, balcon filant ou balconnets portés par des consoles) 28 quai Eole (fig.108, 109), 24 du même quai (avant la suppression récente des larmiers à l'étage) et 8 quai Gautreau, ont pu être dessinées par le même architecte dans le deuxième quart du XIXe siècle. Il est fait mention d'une maison quai Eole, en cours de construction en 1847 par l'architecte Faucheux (alors contractualisé par la ville dans le cadre de l'établissement d'un plan général) et susceptible d'accueillir les bureaux de la sous-préfecture ; il pourrait s'agir de la maison, 28 du quai. Un exemple reste isolé au milieu du XIXe siècle, la maison, 17 quai Eole. Lorsque l'extension ou la reconstruction n'est pas à l'ordre du jour, un simple placage de façade peut avoir lieu pour satisfaire au goût du jour, telle la maison, 3 quai Gautreau (fig. 106 ; 107).

- Une réponse aux mesures d'alignement sur les voies perpendiculaires au fleuve :

L'élargissement de la voie sur berge (ancien grand chemin Paris-Paimbœuf) parallèlement à l'application des premières mesures d'alignement conditionnent les interventions à l'est de certaines voies perpendiculaires au fleuve (rue Pasteur, rue Eugène-Durand, rue Beausoleil). La division parcellaire originelle ne prévoyait aucune construction sur la face longue des parcelles aspectant la rue. Restées libres ou très peu divisées elles permettent la construction d'édifices (d'une pièce en profondeur) aux longues façades sur la rue, 2-4 rue Pasteur (actuellement détruit) ou de logements derrière une façade unique, 6,8 rue Eugène-Durand (fig. 112) ou en série, 2 -12, rue Docteur-Colomb (fig. 114). Deux maisons, non mitoyennes, se distinguent, sortes de villas péri-urbaines : la première à l'angle de la rue des Jardins et de la rue Docteur-Colomb élevée autour de 1830 pour des constructeurs de navires à vapeur, la famille Baudet (fig. 110) ; la seconde, 15 rue de l'Eglise, élevée en 1855 pour la famille du notaire paimblotin Gouin (fig.111).

Conclusion

On enregistre peu de chantiers privés dans le troisième tiers du XIXe siècle si ce n'est au nord du boulevard de la gare (Dumesnildot) et quelques rares reconstructions sur les quais comme la maison, 14 quai Gautreau. Des chantiers d'intérêt public s'ouvrent : l'hôtel de la sous-préfecture (1863), le presbytère (1861) et l'église paroissiale (1876), des équipements scolaires à la fin du siècle. Quelques exemples de maisons d'inspiration balnéaire accompagnent au début du XXe siècle le sud du boulevard Dumesnildot ou reste isolée comme l'est toujours la maison, 3 rue de la Connetrie (fig. 115). Il faut attendre une forte industrialisation de la ville pour voir l'investissement de la moitié sud de la commune et le lancement à partir de 1950 du premier lotissement, une cité ouvrière, au sud du site de production de produits chimiques. Cette extension par voie de lotissements (concerté ou non) vient de s'achever sur le site de l'ancienne métairie du Petit Paimbœuf (la Zac du Petit-Paimbœuf).

Période(s)Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle
Décompte des œuvres bâti INSEE 1521
repérées 950
étudiées 159

Références documentaires

Documents d'archives
  • Dommages. 15 mars 1751 : destruction d'un grand nombre de maisons (surtout les plus récentes) après le passage d'un ouragan.

    Archives communales, Nantes : GG 253
  • Minutes de Me Thebault jeune, 1748-1749 ; 1758-1768

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 90/28
  • Minutes de Me Bauduz-Riou, 1753-1759

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 1/3
  • Minutes de Me Baullin, 1764-1787

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 1/4-5
  • Minutes de Me Baullin, 1763

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 2/79
  • Minutes de Me Baullin, 1735-1762

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 2/106-112
  • Minutes de Me Vivien, 1729-1751

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 51/15-16
  • Minutes de Me Marot, 1744-1763

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 51/17-19
  • Minutes de Me Dorfeuille-Cabal, 1763-1772

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 51/20-22
  • Minutes de Me Frerejouan, notaire du Marquisat de la Guerche, 1772-1791

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 51/23-33
  • Minutes de Me Thébault aîné, 1720-1724

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 90/20
  • Minutes de Me Fouchard, notaire du marquisat de la Guerche, 1739-1788

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 90/30-37
  • Minutes de Me Trastour Jacques-Charles, notaire du marquisat de la Guerche, 1769-1781

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 90/38-46
  • Minutes de Me Aubinais, notaire du marquisat de la Guerche, 1761-1788

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 91/2-13
  • Minutes de Me Trastour Jacques-Denis, 1784-1791

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 4 E 91/14-15
  • Seigneurie de Paimbœuf. Différents registres contenant les rentes dues au seigneur de la Guerche par les demoiselles Grou, propriétaires de la métairie du Petit-Paimboeuf et de la métairie du Bois-Gautier, [1770].

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série E, sous-série 1 E 757 - 1758
  • Demandes d'alignement sur la rue, 1790-1792.

    Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes : Série L période révolutionnaire. L 1649
Documents figurés
  • 1809-1895 : Demandes d'alignements.

    Archives communales, Paimbœuf : 1201 1 603 : Voirie
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général - Lelièvre Françoise
Françoise Lelièvre

Chercheur, Service Patrimoine, Région Pays de la Loire.


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