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L'ÎLe-d'Elle : présentation de la commune

Dossier IA85001992 réalisé en 2018

Fiche

Œuvres contenues

L’inventaire du patrimoine de la vallée de la Sèvre Niortaise a concerné L’Île-d’Elle de juillet 2018 à avril 2019. Ont été étudiés : d’une part, tous les éléments du patrimoine présents dans une zone d’un kilomètre à partir du fleuve, étendue à l’ensemble du bourg ; d’autre part, les éléments les plus marquants et représentatifs du patrimoine relevés sur le reste du territoire communal. L’enquête a ainsi permis d’identifier 315 éléments, dont 182 ont fait l’objet d’un dossier documentaire et 133 d’un repérage à des fins statistiques. Le tout est illustré par près de 1000 images.

La commune de L’Île-d’Elle se situe à la confluence entre la Sèvre Niortaise et la rivière Vendée, son affluent sur sa rive droite. Entre terres hautes, marais mouillés, marais desséchés et marais nouvellement remembrés, elle est représentative des communes du Marais poitevin dont l’histoire et la vie quotidienne sont étroitement liées à la Sèvre Niortaise.

Aires d'étudesVallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
AdresseCommune : L'Île-d'Elle

L’île d’Elle avant L’Île-d’Elle

Bien avant que la mer ne se retire définitivement et que L’Île-d’Elle n’émerge dans l’histoire, son territoire a été occupé par les sociétés humaines dès les périodes préhistoriques. Des vues aériennes permettent de déceler les traces d’une importante enceinte néolithique sur le coteau entre le Chail et Soulisse, point haut dominant la mer de l’époque. Plus près de nous, des traces de fossés de l’âge du bronze final ont été relevées rue de Bellevue, ainsi que des sépultures, des os et des bois de cerf, vestiges de massacres rituels, de l’âge du bronze ou du premier âge du fer, rue du Moulin Blanc, en 2004-2006. Des indices de la présence d’une ancienne villa gallo-romaine ont aussi été relevés entre la Tuilerie et la Guérinière (céramiques, objets métalliques...), de même que des tuiles romaines dans l’ancien cimetière au pied de l’église, dans une vigne près de l’ancien prieuré, et à Bellevue, ou encore des monnaies romaines (des empereurs Tibère et Constantin) près de l’église, sans oublier une cavité souterraine et des vases funéraires découverts à la Garne, près de l’église, en 1850.

A l’époque romaine, le retrait, lent et capricieux, de la mer, a semble-t-il permis le passage, à l’est du territoire communal, près de la limite avec Vix, d’une voie reliant Saumur à Saintes à travers les marais de la Sèvre Niortaise. Ce "chemin de Charlemagne" quittait vraisemblablement les terres hautes du Gué-de-Velluire à Thairé, filait vers le sud en passant un peu à l’ouest de Graville (Vix) et de la Bonde des Jourdain, franchissait la Sèvre Niortaise près de la tête du canal de Pomère, pour retrouver les terres hautes à Thairé-le-Fagnoux (Saint-Jean-de-Liversay). A la fin du XIXe siècle, l’abbé Auguste Simonneau, historien local, signale la découverte, sous environ 30 centimètres de terre, d’une voie pavée en pierres brutes et plutôt petites, de 50 centimètres d’épaisseur, reposant sur des poutres transversales. Cette chaussée devait être surélevée sur un monticule de terre, depuis lors affaissé, comme semblent le rappeler les toponymes "Thairé" qui l’encadrent et qui rappellent cette forme. Là où la voie rencontrait la Sèvre, le fond de celle-ci apparaissait pavé de pierres de gros calibre, formant un gué. En 1959, lors du curage du canal de Pomère, on a remonté au même endroit du mobilier de différentes époques : des pierres calcaires plates, un grand nombre de grosses poutres enchevêtrées, jusqu’à 6 mètres de long et équarris sur 40 centimètres (vestiges d’un pont ?), des monnaies romaines d’Auguste et de Trajan, des pièces en métal (coupe, embout de lance, épées, clous), des ossements d’animaux, et de nombreux fragments de poteries des Ve et VIe siècles, époque à laquelle l’itinéraire aurait été abandonné.

Au début du Moyen Âge, les marais et cours d’eau autour de l’île d’Elle jouent un rôle important lors de la formation des territoires seigneuriaux. Le lit de l’ancienne Vendée, entre L’Île-d’Elle et le Gué-de-Velluire, se prolongeant probablement jusqu’à la Sèvre Niortaise près de la Bonde des Jourdain, semble ainsi avoir guidé la distinction entre Poitou et Aunis. C’est ainsi que l’île d’Elle est devenu une entité de la vaste et puissante seigneurie de Marans, en Aunis, tandis que ses voisins du Gué-de-Velluire et de Vix passaient en Poitou. En 1003, une pêcherie de « Videlea » est mentionné dans une charte du duc Guillaume V d’Aquitaine. En 1197, la bulle pontificale de Célestin III confirmant des donations faites à l’abbaye de Maillezais, indique le village et l’église de "Ella". En fait d’église, il s’agit de la chapelle d’un prieuré, le "prioratus de Ellis" qui en 1317 dépend du diocèse de Saintes, alors que dans le même temps, un autre prieuré établi cette fois sur l’îlot de Faussebrie est indiqué en 1350 parmi les dépendances de l’abbaye de Saint-Liguaire, près de Niort : la frontière entre Aunis-Saintonge d’un côté, Poitou de l’autre, tant du point de vue matériel que spirituel, semble s’imposer dans ce cas-là également. Il n’en demeure pas moins que l’île d’Elle, comme Marans et toutes les paroisses proches, est incorporée au diocèse de Maillezais. A noter aussi en mars 1275, le don par Aimerie Vigier à l’abbaye de Maillezais des bois "in insula de Ella".

Par ces prieurés et leurs dépendances mais aussi via les premières implantations agricoles, l’exploitation des marais dégagés de la mer semble commencer dès le Moyen Âge. Outre la ferme de Faussebrie, la métairie de la Guérinière, liée à un fief noble, apparaît pour la première fois dans les textes en 1377. Elle appartient alors à un écuyer de Bertrand du Guesclin. En 1440-1441 puis en 1484, les archives seigneuriales et comptables de Marans mentionnent différents biens et revenus à l’île d’Elle dont une redevance appelée « les Noires d’Elle » et les droits perçus sur la navigation à la confluence entre la Vendée et la Sèvre Niortaise, au lieu appelé l’Antolle. La population semble vivre essentiellement d’élevage, que ce soit en envoyant librement paître les troupeaux dans les marais (le marais communal des habitants de l’île d’Elle est cité près de Tabarit en 1571) ou en exploitant quelques fermes ou « vacheries ». Les habitants tirent aussi leurs moyens de subsistance de la pêche, malgré les droits seigneuriaux à verser : en 1484, les comptes seigneuriaux de Marans citent les « pescheries et ayves [eaux] et rivières de Sayvre et Vendée ». Plusieurs pêcheries ou écluses existent alors sur la Sèvre Niortaise, par exemple l’écluse « Pommier » (Pomère) vers 1500, la pêcherie appelée « Languillez », propriété de Jasme Tabarit (dont elle tire ensuite son nom) en 1501, « l’écluseau Soullice » mentionné en 1504. Les archives indiquent de nouveau Faussebrie et la Guérinière au XVIe siècle, mais aussi les marais du Grousseau. Proche du site stratégique de Marans, l’île d’Elle n’échappe pas aux troubles militaires du moment comme en témoigne la découverte de nombreuses armes dans le lit de la Vendée à la fin du XIXe siècle.

Au cœur des grands dessèchements de marais du XVIIe siècle

Au lendemain des guerres de Religion, et dès la première moitié du XVIIe siècle, l’île d’Elle apparaît au cœur de la grande entreprise de dessèchement des marais qui est sur le point de modifier en profondeur sa géographie comme toute la physionomie du Marais poitevin. Dès les années 1630-1640, Pierre Franchard, marchand à Marans, puis son gendre Pierre Geay de la Pénissière entreprennent probablement d’aménager les marais dépendant de leurs "vacheries" (fermes d’élevage) de Faussebrie et de Soulisse. La donne change encore plus radicalement lorsque, à la fin des années 1650, la toute jeune Société des marais desséchés de Vix-Maillezais entreprend de creuser son canal de Vix et d’édifier sa Grande levée de Vix à travers le territoire d’Elle et de Marans pour évacuer l’eau de son dessèchement vers la mer. Pour ce faire, elle doit obtenir le consentement des propriétaires de Faussebrie, Soulisse et du Grousseau qui en profitent pour opérer le dessèchement de leurs terres via le canal de Vix. Ce sont aussi ces grands travaux qui sont à l’origine de l’aqueduc du Gouffre, construit en 1663, une des pierres angulaires du système de gestion de l’eau dans le Marais poitevin jusqu’à nos jours.

Ces grands travaux ont d’importantes conséquences sur le cadre de vie et la vie quotidienne des habitants de l’île d’Elle. Tout d’abord, les grands dessèchements limitent la pratique et la superficie des marais communaux, essentiels pour l’élevage. Celui au sud du bourg est désormais coupé en deux (Grand et Petit communal) par le canal de Vix et le Contrebot de Vix, heureusement franchis par des ponts dont les habitants ont obtenu la création en 1657 et 1662. Quant au communal situé à l’ouest, au-delà de la rivière Vendée, lui aussi a été restreint en 1654 par les ambitions du seigneur de Marans dans son Marais Sauvage. Les habitants de l’île d’Elle vont toutefois profiter de cette période d’expansion pour s’émanciper de la tutelle, au moins religieuse, de Marans. En décembre 1655, ils adressent à l’évêque de La Rochelle une supplique contre le trop grand éloignement de Marans et de son curé par rapport au bourg et à la chapelle prieurale d’Elle, alors que la population du village augmente. Leur vœu est exaucé et la paroisse de L’Île-d’Elle est aussitôt érigée.

Au terme des grands travaux de dessèchements, la partition des marais autour de l’île d’Elle en trois entités (marais mouillés de la Sèvre au sud, marais desséchés au centre, marais mouillés de la Vendée au nord) est en place. Elle apparaît clairement sur la carte de la région par Claude Masse en 1701. On y distingue les grandes fermes ou cabanes de marais desséchés ; de petites habitations réparties le long de la Vieille Sèvre Niortaise, à l’avant de marais inondables peu boisés ; enfin, au nord, les "bois, marais et mattes d’Elle", des marais « inondés les trois quarts de l’année » et qui ont déjà commencé à se couvrir d’un labyrinthe de fossés et de petites parcelles. C’est là que les habitants pratiquent leur élevage et leur agriculture de subsistance, de même que dans les marais mouillés de la Sèvre, toutefois moins bien aménagés. En 1785, plusieurs propriétaires de ces marais tentent pourtant de s’associer pour les dessécher, mais la Révolution vient rapidement mettre un terme à leurs ambitions.

La pêche quant à elle continue à se développer autour des écluses ou pêcheries qui parsèment la Sèvre. Ecluses et bouchauds ne cessent de se vendre ou de s’affermer, comme la pêcherie de Pomère en 1675. On prend aussi à bail le droit de pêcher dans telle portion de la Sèvre ou dans tel canal, soit pour l’exploiter soi-même, soit pour le sous-affermer à des pêcheurs, à l’image de Pierre-Louis Lefort, cabaretier à L’Île-d’Elle, qui, en 1784, prend en ferme le droit de pêche dans le canal de Vix auprès du seigneur de Marans.

Mais cette intense activité se trouve souvent en contradiction d’une part avec la volonté des autorités d’éliminer toute entrave à l’écoulement de l’eau, d’autre part avec celle des bateliers de naviguer librement et facilement sur la Sèvre Niortaise entre Niort et Marans. Des contentieux s’élèvent régulièrement au sujet des pêcheries et aussi de l’Antolle, ce passage à l’embouchure de la Vendée sur lequel le seigneur de Marans prélève un droit. Un tel litige s’élève en 1678 entre le fermier de l’Antolle et les bateliers de Niort et du Gué-de-Velluire.

Autre conséquence, cette fois positive, de la pêche : le développement d’une production de vannerie qui reste toutefois encore locale et domestique, dans les mains de "bourgnassous". Chaque pêcheur fabrique souvent lui-même ses propres engins (bourgnes, d'où vient le nom de "bourgnassous", bourolles, nasses, quinquenaches…) avec l’osier collecté dans les marais. Certains s’en font toutefois déjà une profession. En 1690, Pierre Beaudouin, vannier à Marans, prend ainsi en apprentissage Martin Regnou, fils d’un charpentier de bateau de L’Île-d’Elle. Même chose en 1733 entre Claude Clavurier, vannier à Marans, et le jeune Pierre Pageaud, de Vix.

La Révolution impacte L’Île-d’Elle de manière assez importante. Tout d’abord, après un court rattachement au département de la Charente-Inférieure en 1790, elle arrache définitivement la commune à la sphère aunisienne et marandaise en l’incorporant au département de la Vendée par décret du 11 janvier 1791. Supprimée (le curé Lalère deviendra même maire puis un des principaux édiles de l’administration révolutionnaire), la paroisse ne renaîtra de ses cendres qu’en 1826 après avoir été de nouveau placée pendant vingt ans sous la tutelle de Marans. Ensuite, les structures seigneuriales et foncières qui prévalaient avant la Révolution sont bousculées, au sens propre (le 5 septembre 1790, les habitants se ruent sur l’Antolle, symbole féodal) et au sens plus figuré. Plusieurs propriétés sont saisies et vendues comme biens nationaux au détriment d’ecclésiastiques, de nobles et/ou d’émigrés : le prieuré (actuelle médiathèque), les cabanes du Groussault et de la Poulardière, la vacherie de la Courcellerie et ses marais mouillés, etc. L’essentiel des marais desséchés reste toutefois dans les mains de notables, fontenaisiens notamment comme la famille Pichard, qui n’ont pas eu le tort d’être nobles, clercs ou émigrés.

Des conditions favorables au développement de la commune

La première moitié du XIXe siècle voit émerger de futures perspectives de développement pour L’Île-d’Elle. Les ingénieurs des Ponts et chaussées, en particulier François Philippe Mesnager réfléchissent à de grands travaux susceptibles d’améliorer l’écoulement de la Sèvre Niortaise, la gestion de ses niveaux d’eau et, par là-même, de faciliter l’exploitation des marais mouillés. En 1818-1821, Mesnager propose un vaste programme de travaux qui comprend, entre autres, la construction d’une écluse à sas au Gouffre et le creusement d’un long canal de dérivation de la Sèvre à travers les marais mouillés de Pomère. Les deux projets, complexes, focalisent les oppositions au sein des marais et peinent à voir le jour. En attendant, des initiatives localisées sont prises comme, dans les années 1820, la mise en œuvre de la continuité du chemin de halage le long de la Vieille Sèvre, conformément au décret sur la navigation de la Sèvre de 1808. Le sujet se pose notamment le long du canal de redressement créé peu auparavant pour éviter le méandre de Pied de Chien.

Le canal de Pomère voit finalement le jour en 1839, et l’écluse à sas du Gouffre en 1845-1847. Les deux ouvrages, majeurs pour l’ensemble du Marais poitevin, modifient en profondeur les conditions de navigation à travers le territoire de la commune, comme ils en bouleversent les paysages. Le canal de Pomère vient couper les anciens cours d’eau tout en accueillant sur ses rives de nouvelles habitations (les Cassidoines, la Victorine…). Avec son écluse par où passent des armadas de bateaux chargés de denrées, le Gouffre voit s’accroître son rôle pivot dans le Marais poitevin. Dès 1835, le cours de la Vendée a été détourné vers l’ouest de manière à faciliter son entrée dans le Gouffre ; en échange des terrains nécessaires à prendre dans le marais communal de l’Antole, la commune a obtenu que la Vieille Vendée lui soit cédée.

Les conditions de circulation, par voie de terre cette fois, sont elles aussi améliorées. Jusqu’à présent, pour se rendre de Marans à Fontenay-le-Comte, il fallait emprunter les digues ou bien remonter la Sèvre et la Vendée jusqu’au Gouffre, puis soit traverser le bourg de L’Île-d’Elle, et gravir la butte du Chail, soit contourner Bellevue et le bourg par le sud et longer le coteau jusqu’à la Grande Soulisse, le tout permettant de rejoindre la levée du Sault pour la suivre vers le nord-est. Dans les années 1830, la commune fait partie de celles désignées par l’Etat pour être traversées par la nouvelle route stratégique de Saumur à La Rochelle (actuelle D 938 ter). Le 7 mai 1834, pour faciliter l’opération, le conseil municipal décide de donner le terrain nécessaire à la construction de cette route, effective en 1837.

Plus tard dans le siècle, de nouveaux efforts sont réalisés pour faciliter les communications par voie de terre, même si elles restent précaires dans les marais. Les ponts du Quaireau qui, depuis le milieu du XVIIe siècle, enjambent le canal de Vix et le Contrebot pour rallier le Grand communal et les marais mouillés, sont reconstruits en 1869 et 1876. En 1875-1876, après élargissement du canal de Pomère, autorisation est donnée par l’Etat d’utiliser son chemin de halage, sur la rive gauche, comme chemin d’exploitation. Les passerelles de halage sont alors reconstruites ; deux plus grandes que les autres sont établies aux extrémités du canal, au Renfermis et à Rouillebouc. En 1899, un chemin carrossable est créé sur la rive droite du canal, permettant de rallier plus facilement Touvent et la Bonde des Jourdain. En 1904, des passerelles sont même créées par-dessus le Contrebot et le canal de Vix, entre Touvent et Soulisse et près du Grousseau, pour faciliter les échanges entre marais mouillés et marais desséchés. En 1924, un nouveau pont est construit par-dessus le canal de Pomère, là encore pour faciliter les échanges avec les marais mouillés.

A ce panorama des infrastructures propices au développement de la commune s’ajoute, à partir de 1870, le chemin de fer. La gare et ses équipements annexes, étapes sur la ligne de Nantes à La Rochelle, sont établis sur une partie du Petit communal cédé en 1868 par la municipalité pour, là aussi, faciliter l’aboutissement du projet. Cette implantation bouleverse la physionomie du bourg dans sa partie sud, tout en créant une coupure plus nette encore que la Grande levée de Vix et la route départementale, entre le bourg au nord, le Quaireau et les marais mouillés au sud. La construction de la voie ferrée entraîne aussi l’exploitation du sable extrait près de la Sablière et des Saulzais, carrière qui devient ensuite un étang de près de 20 hectares au cœur des marais boisés.

Une commune en pleine expansion agricole et industrielle (XIXe siècle – début du XXe)

Toutes les conditions sont ainsi réunies pour un important développement économique. En premier lieu, l’agriculture profite des nouvelles possibilités d’expédier ses productions par voie d’eau, de terre ou de fer. Comme dans tout le Marais poitevin, les marais mouillés profitent des grands travaux d’aménagement du bassin de la Sèvre Niortaise qui, sans l’éliminer, atténuent et encadrent le risque d’inondations. Mieux drainés tout en étant irrigués en été, ces marais se couvrent plus que jamais de prairies où l’élevage prospère. La population des marais mouillés augmente, établie le long du canal de Pomère ou de la Vieille Sèvre, sans oublier les habitants de la Grande levée de Vix ou "huttiers", chargés de sa constante surveillance. De l’autre côté de la digue, les cabanes de marais desséchés continuent à dominer la vie agricole, grâce à l’élevage, à la céréaliculture et au maraîchage (mogettes, melons…). Au nord du bourg et de la commune, les marais boisés sont désormais tous couverts de mottes et de terrées qui assurent l’autosubsistance de la plupart des paysans et de leurs familles. Les cours d’eau qui, perpendiculaires à la rivière Vendée, arrivent au pied des maisons du bourg permettent à chacun d’aller et venir entre son habitation et ses terres.

Au-delà de ces activités agricoles, L’Île-d’Elle exploite les autres ressources de son territoire, à commencer par le sol de l’ancienne île et de ses abords. Déjà exploitée par la faïencerie de Marans avant la Révolution (à défaut d’une hypothétique fabrique de poteries à L’Île-d’Elle même), la terre argileuse au pied des coteaux fait plus que jamais l’objet d’une extraction qui ne va pas tarder à s’industrialiser. Sous le premier Empire déjà, la terre à faïence présente au pied du coteau de Bellevue, sur une propriété communale, est le sujet d’une affaire de détournement de fonds qui impliquait le maire, Jean-Etienne Berleux. Malgré la condamnation de ce dernier, en 1816, le trafic de la terre à faïence de L’Île-d’Elle se poursuit encore quelques années. Son exploitation, légale cette fois, continue pendant tout le XIXe siècle et entraîne même le développement, par ceux qui s'y livrent, d'un nouveau quartier, au pied du coteau, entre la Folie et Bellevue : de nombreuses maisons prennent place à cet endroit, notamment à la fin du siècle, de part et d'autre de la nouvelle rue dite "des Faïenciers".

Par ailleurs, dès la première moitié du XIXe siècle, des fours à tuiles et à chaux commencent à s’établir sur la commune. Le premier semble être, en 1822, celui créé à Bellevue (actuel 10 route de La Rochelle). En 1837, un certain Joseph Goudy est chef d’une tuilerie. Le recensement de 1851 fait état, le long de la route de Marans, de la "grande rue du village du quartier des tuileries". D’abord associés dans les années 1860, Guillaume Fabarez et Pierre Célérier développent ensuite chacun leur tuilerie. Le premier s’installe dans le même quartier de la route de Marans. Issu du mariage de sa première épouse, André Rousseau (1875-1958) lui succède et développe dans l’entre-deux guerres une véritable tuilerie-briqueterie industrielle dont les bâtiments dominent encore aujourd’hui la sortie du village. Entre 1925 et 1948, près de 5700 tonnes de tuiles issues de la tuilerie Rousseau sont expédiées via le port de Marans, dont 984 pour la seule année 1932. Parallèlement, et toujours en exploitant le sol argileux du Petit communal, la tuilerie Célérier puis Vivier tient son activité au nord du stade actuel, tandis que la tuilerie Duron puis Jouberteau et enfin Texier se développe à l’extrémité nord de la rue Nationale.

Autre activité à profiter du développement de la commune : la vannerie. A la fin du XIXe siècle, on passe de la production domestique des « bourgnassous » héritée des siècles précédents, à une véritable activité artisanale voire industrielle. Celle-ci continue toutefois à se pratiquer à domicile et non dans de grands établissements. Dans les années 1880-1890, deux vanniers de L’Île-d’elle, Evariste Billaud et Jules Massé promeuvent leur activité et encouragent leurs collègues, de plus en plus nombreux, à lui donner une nouvelle dimension. Celle-ci est permise par de nouveaux débouchés au-delà de la seule pêche locale : grâce au chemin de fer et au développement du port de Marans, il est désormais facile d’approvisionner la clientèle des ostréiculteurs d’Oléron et des conchyliculteurs de la baie de l’Aiguillon qui ont besoin de plus en plus de paniers pour expédier leur propre production. La Bretagne aussi est très demandeuse de paniers à pommes de terre. Dans la première moitié du XXe siècle, la vannerie emploie plusieurs dizaines de personnes, en particulier dans le quartier du Quaireau. Celui-ci ne compte que 4 vanniers au recensement de 1891 ; ils sont déjà 19 en 1911. Chacun transmet son savoir-faire à des apprentis qui viennent ensuite grossir cette armée d’artisans. En 1936, lors du Front Populaire, deux syndicats sont créés, auxquels adhèrent 90 vanniers. Parmi les ateliers, celui des Berton père et fils produit de 8 à 10 000 paniers à moules et à huîtres par an.

Toutes ces activités artisanales et industrielles, développées dès le milieu du XIXe siècle, entraînent un essor démographique de la commune. La population de L’Île-d’Elle, qui s’élève à 1448 habitants en 1835, va culminer à 2067 en 1871 et 2062 en 1881. Commerces et ateliers d’artisans se multiplient dans le bourg, les équipements et bâtiments publics s’accroissent. Le nombre d’enfants augmentant fortement, et conformément à la législation scolaire, la commune se dote d’équipements d’enseignement : une nouvelle école de garçons avec mairie (actuelles boucherie et salle des fêtes) en 1864-1875, puis un groupe scolaire (actuelle école Jacques-Prévert) en 1887, tandis que l’école privée Saint-Hilaire est construite en 1877. L’église, reconstruite en 1852, est dotée d’un imposant clocher en 1871. En 1909, la mairie s’installe dans le presbytère qui avait été reconstruit en 1880. Il s’agit là d’un des épisodes de la guerre fratricide qui oppose deux camps à L’Île-d’Elle, les uns partisans, les autres opposants de la paroisse. Une confrontation qui se traduit aussi dans la vie économique, sociale et culturelle de la commune : coexistence de deux laiteries coopératives (83 rue Nationale et avenue de la Gare), de deux sociétés de musique (jusqu’à leur fusion en 1919), etc. En 1906, l’inventaire des biens de la paroisse lors de la séparation des Eglises et de l’Etat se déroule dans une vive tension, des paroissiens campant dans l’église. L’époque est aussi à l’émulation intellectuelle à travers les écrits du poète Jules Guérin et de l’abbé Augustin Simonneau, historien, ou par les tableaux de Gaston Chauvet.

Malgré les apparences, la Première Guerre mondiale marque une césure dans ce développement. En progression jusqu’à la fin du XIXe siècle, la population s’érode dès avant l’éclatement de la guerre : le nombre d’habitants n’est déjà plus que de 1917 en 1911, 1452 en 1946, 1385 en 1957. L’exode rural sévit déjà, de plus en plus de jeunes étant attirés par la ville que le chemin de fer relie plus facilement, tandis que les grandes cabanes de marais desséchés, subdivisées lors de ventes aux enchères qui marquent le retrait des anciennes grandes dynasties de propriétaires, ont besoin de moins de main-d’œuvre. La guerre qui fauche une génération prive aussi la commune de forces vives, y compris pour sa vie culturelle : le manque de musiciens est sans doute une des raisons de la fusion des deux sociétés de musique en 1919.

Pourtant, l’entre-deux guerres voit émerger de nouvelles activités, développées par certaines personnalités particulièrement dynamiques. Optat Gautron (1877-1939), simple fils de bourrelier, devenu commercial et industriel, créée en 1919 avec deux associés la Société des vaselines de L’Île-d’Elle qui établit son usine le long de la route de Fontenay, dans une partie de l’ancien Petit communal. Bien que bref (l’usine ferme en 1926), cet épisode permet de doter la commune de l’électricité dès 1920. Optat Gautron, toujours inventif, développe plusieurs autres activités dont un atelier de fabrication de « l’ardoise magique », installé derrière sa maison « Optatus », 30 avenue de la Gare. Egalement dans l’entre-deux guerres, les frères Clotaire et Fulgence Sabouraud créent, rue de la Fosse, une usine de sellerie et de portes-monnaies, là aussi à partir de procédés de fabrication novateurs. Au 23 avenue de la Gare, Damas Gautier et Marcel Mémain fondent en 1922 une usine de chaussures ou « savaterie », tandis qu’au 24 rue Nationale, Gaston Poupelin développe en 1929 un atelier de fabrication de galoches, sabots et autres sandalettes. L’urbanisme accompagne ce mouvement, malgré le recul démographique enregistré. Un nouveau quartier commence à se développer autour de la gare et le long de la route de Fontenay. La commune concède des portions de son Petit communal pour la construction de maisons ou encore l’établissement de cafés et autres débits de boisson (ainsi le café de la Gare, 15-17 avenue de la Gare, et le café Césaire, 25 avenue de la Gare).

Une révolution paysagère et économique après 1945

La guerre 1939-1945 marque la commune, englobée en 1944 dans le périmètre d’évacuation de la Poche de La Rochelle. Au sortir de la guerre, les marais de L’Île-d’Elle, comme l’ensemble du Marais poitevin, sont en mauvais état, faute d’entretien pendant le conflit et faute de bras suffisants pour les exploiter. Le phénomène, particulièrement visible dans les marais boisés au nord du bourg, était déjà observé avant-guerre, et ce malgré les efforts de la commune pour continuer à entretenir les principales "routes d’eau" lui appartenant. Les nombreux petits cours d’eau qui, à partir de la Vendée, arrivent depuis des siècles au pied des maisons de la rue Nationale, sont envasés et souvent inutilisables, faute là encore d’entretien par leurs riverains.

Le 6 janvier 1957, le conseil municipal de L’Île-d’Elle constate qu’une "importante partie des terrains délimités par la rivière Vendée, le fossé dit de la Route d’eau, le canal de la ceinture de la levée du Saut, le fossé dit de la Vieille Vendée et le fossé du Bois Dieux, sont depuis plusieurs dizaines d’années laissés à l’abandon par leurs propriétaires. Cet état de fait provient de l’impossibilité absolue d’exploiter ces terrains morcelés à l’extrême, entourés de fossés et dépourvus de chemins d’exploitation. Il importe dans l’intérêt général de remettre en valeur ces terres très riches". Le maire propose alors de confier à l’ingénieur en chef du Génie rural l’étude d’un projet de défrichement et de remembrement. L’idée est acceptée par le conseil municipal, considérant que "le remembrement retiendrait à la terre de nombreux jeunes gens qui actuellement recherchent du travail à la ville", et que "la mise en valeur de ces terres incultes donnerait plus de bien être à la population laborieuse de la commune". Dès le printemps 1958, on envisage de créer un syndicat des communes riveraines de la Vendée pour mener son aménagement et son entretien, avec à la clé le remembrement des marais alentour.

Le 4 juillet 1958, une violente crue estivale balaie les récoltes sur les deux rives de la Vendée depuis Fontenay-le-Comte. L’événement est un électrochoc qui accélère les projets déjà en cours. Quelques mois plus tard, une grande réunion rassemble à Fontenay-le-Comte préfet, élus et ingénieurs du Génie rural. Il est décidé de procéder au remembrement de 9500 parcelles sur 1700 hectares de marais de part et d’autre de la Vendée, entre La Taillée, Le Gué-de-Velluire, L’Île-d’Elle et Marans. Pour ce faire, la rivière devra être curée, aménagée et recalibrée afin d’absorber toute l’eau qui ne devra plus rester dans les marais alentours. Dans le même objectif, un nouvel aqueduc sera construit au Gouffre, cette fois pour faire passer une dérivation de la Vendée sous le canal de Vix, pour se déverser dans le Contrebot. Mais puisqu’il faut tout autant éviter la sécheresse estivale que la crue en hiver et au printemps, "car sans eau, les marais meurent", rappellent les auteurs du projet, plusieurs barrages de régulation seront établis sur la Vendée (par exemple au Gouffre). 200 millions de francs sont accordés par l’Etat dans le cadre de son programme des Grands travaux des Marais de l’Ouest. Le 12 décembre 1958, le Syndicat des communes riveraines de la Vendée est officiellement créé pour encadrer l’opération. Le 27 février 1959, le ministre de l’Agriculture approuve le programme général d’aménagement conçu par l’ingénieur en chef Besnier et à l’ingénieur Siraut, du Génie rural. Une association foncière des propriétaires concernés à L’Île-d’Elle est constituée en 1959 pour mener à bien les travaux connexes au remembrement, soit l’assainissement, la construction de chemins d’exploitations et l’arrachage des haies.

Les travaux de défrichement et de remembrement se déroulent en plusieurs tranches entre 1959 et 1966. L’entreprise se heurte d’abord au caractère bourbeux et instable du sol, au point que beaucoup doutent de sa faisabilité. Finalement, les pelleteuses bouleversent le paysage des marais boisés du nord de L’Île-d’Elle. Le défrichement puis le remembrement font disparaître ces milliers de parcelles petites et souvent longilignes qui formaient le paysage depuis au moins le XVIIe siècle, en comblant des milliers de fossés et de canaux de séparation. Le tout est remplacé par d’immenses parcelles identiques à celles des marais desséchés, quadrillées de chemins d’exploitation et de canaux collecteurs qui acheminent l’eau jusqu’à la Vendée à travers les digues qui l’encadrent désormais. Le nouveau siphon du Gouffre, construit en 1960, est complété en 1967 par son barrage régulateur (comme ceux de Bel Air, Massigny, et la Boule d’Or, en amont). Par décret du 31 décembre 1965, la rivière Vendée est radiée de la nomenclature des voies navigables et flottables avec toutefois son maintien dans le domaine public. En 1968-1969, de nouveaux chemins viennent désenclaver les fermes éparpillées dans les marais mouillés au sud de la Grande levée de Vix, dont certaines ont déjà disparu (la Petite Bourée, la Rabinière…). Ces marais sont à leur tour remembrés dans les années 1970, même si le constat de départ était très différent que pour les marais nord : ici, le plan cadastral de 1834 puis des photos aériennes dans les années 1950 montrent déjà de (très) grandes parcelles parmi d’autres (beaucoup) plus petites, et un espace qui n’était pas si boisé que cela, la végétation se concentrant le long des principales "routes d’eau".

Il s’agit là d’une véritable révolution paysagère, environnementale, économique et sociale pour les marais de L’Île-d’Elle et des communes qui l’entourent, à l'image des grands dessèchements du Moyen Age et du XVIIe siècle. Le paysage est désormais largement ouvert, le regard à peine arrêté par quelques lignes d’arbres et quelques fossés principaux. La vie quotidienne des habitants des marais mouillés est bouleversée, tant il est désormais plus facile de rejoindre le bourg et ses équipements par voie de terre, au détriment du transport par voie d’eau qui périclite. Les petites fermes familiales de quelques hectares font place aux grandes exploitations modernes au nombre de plus en plus réduit et à la surface de plus en plus importante. Les mottes et terrées disparaissent au profit des grandes parcelles de blé, de maïs et de tournesol, ce qui ne va pas sans poser des problèmes d’approvisionnement et de qualité de l’eau.

Ce vaste mouvement de modernisation agricole s’accompagne d’initiatives de développement plus global de la commune. Dans les années 1950-1960, pour accueillir de nouveaux habitants, la commune décide de créer de nouveaux lotissements dans ce qui reste de l’ancien Petit communal, le long de la route de Fontenay. Le défrichement des marais met à disposition une quantité de bois colossale que va pouvoir traiter une usine de pâte à papier et de fabrication d’emballages, établie sur la partie occidentale de l’ancien Grand communal concédée par la commune. La SICAFEV (Société d’intérêt collectif agricole des Feuillus vendéens, devenue ensuite l’usine Keyes puis Huhtamaki) est inaugurée le 9 août 1963 par l’ancien ministre Michel Debré. Le 1er octobre 1966, c’est le tout nouveau collège qui ouvre ses portes sur une des hauteurs du bourg, là où s’élevaient autrefois les moulins à vent.

L’objectif de relance économique et démographique de la commune n’est pourtant que partiellement atteint. La modernisation de l’agriculture ne permet guère à la commune de retrouver son dynamisme général d’antan. Le nombre d’habitants stagne autour de 1400 (1467 en 1962, 1357 en 1982). La plupart des usines et ateliers d’avant-guerre ferment dans les années 1950-1970, faute de main-d’œuvre, aspirée par l’exode rural, et face à la concurrence internationale. Dans les années 1970, les deux derniers vanniers, Albert Berton et René Phelippeau se reconvertissent dans la vannerie de luxe et le mobilier en rotin, avant de fermer les portes de leurs ateliers. Les fabriques Sabouraud et Poupelin seront les dernières à cesser leurs activités dans les années 1990. Malgré tout, en ce début du XXIe siècle, la commune a des atouts sur lesquels elle peut compter : son agriculture, sa proximité avec le bassin de vie et d’emploi de La Rochelle qui explique sans doute en partie la croissance retrouvée de sa population (1359 habitants en 1999, 1534 en 2016), ou encore un environnement, une histoire et un patrimoine étroitement liés, sur les rives de la Sèvre Niortaise et de la Vendée.

La commune a une superficie de 19,20 kilomètres carrés. Jouxtant les communes du Gué-de-Velluire au nord et de Vix à l’est, elle forme une avancée du territoire vendéen en limite de la Charente-Maritime. Cette frontière est constituée par les méandres de la Vieille Sèvre Niortaise et par le cours, plus rectiligne, de la rivière Vendée. La limite communale et départementale s’écarte toutefois de cette dernière à partir du port de la Cale et jusqu’au Gouffre : elle longe l’ancien coteau et la rue des Faïenciers, alors qu’à cet endroit, le cours de la Vendée a été déplacé vers l’ouest au XIXe siècle.

S’il est bien une commune du Marais poitevin qui a conservé dans son nom le souvenir de son passé géographique et géologique, c’est L’Île-d’Elle. Le bourg est en effet établi sur le sommet et le versant ouest de l’ancienne île calcaire qui, comme toutes celles du Marais poitevin, émergeaient jusqu’à l’époque romaine au-dessus des eaux du Golfe des Pictons. Culminant à 29 mètres d’altitude à la croix du Chail, où l’on peut observer les environs de manière panoramique, et à 24 mètres près de Soulisse et du collège, l’ancienne île est longue de 3 kilomètres d’est en ouest. Elle affecte une forme ovale dont la pointe orientale avance jusqu’à la Grande Soulisse et la pointe occidentale vers Bellevue et le Quaireau. Son versant occidental est plus abrupt, le long de la rue des Faïenciers et en contrebas de la rue de Bellevue. Le sol de l’ancienne île recèle d’importants témoignages de son histoire géologique. De nombreux fossiles de l’ère jurassique (ammonites, bélemnites) sont ainsi mentionnés par Alcide d’Orbigny en 1850 dans son livre Prodrome de paléontologie stratigraphique universelle des animaux, mollusques et rayonnés. La toponymie est aussi en lien avec la nature calcaire du sol : les Groix, les Garnes... À l’est, l’ancienne ferme de Faussebrie est établie sur un îlot sablonneux longiligne, d’à peine 4 mètres d’altitude. Une autre dune formée de sable charroyés par les courants marins se trouvait aux Saulzais, au nord-est du bourg : exploitée au XIXe siècle, elle a fait place à l’étang de la Sablière.

Les anciennes îles d’Elle, surmontée de son clocher, et de Faussebrie émergent sur l’horizon plat au-dessus des immenses marais. Ceux-ci constituent l’ancien fond marin du Golfe des Pictons, peu à peu envasé au Moyen Âge. Ils sont formés d’une vaste nappe de glaise compacte et de couleur sombre, appelée "bri", jusqu’à 25 mètres d’épaisseur selon des sondages réalisés en 1898. Ce sous-sol formé d’alluvions et de dépôts organiques décomposés se manifeste par certains phénomènes géologiques décrits aux XIXe et XXe siècles par les historiens, par exemple le "Creux qui bouille", émanations gazeuses observées dans les marais au nord de la Sablière. Il n’est pas rare non plus de trouver des restes de coquillages dans cet ancien sous-sol marin, par exemple des coquilles d’huitres relevées en grande quantité lors du curage du canal de Pomère en 1958. Un crâne de crocodile a même été mis au jour près de la Sablière.

Depuis les grands dessèchements réalisés au XVIIe siècle, ces marais sont découpés en trois entités historico-géographiques. Au sud, le canal de Vix, le Contrebot de Vix et la digue ou Grande levée de Vix qui les longe forment une première limite arborée qui transperce la commune d’est en ouest sur 5,5 kilomètres. La digue sépare hermétiquement les marais desséchés, au nord, et les marais mouillés (inondables) au sud. Ces derniers présentent de nos jours un paysage très ouvert, formé de grandes cultures, presque identique à celui des marais desséchés. Ce paysage est percé sur près de 5 kilomètres par le canal de Pomère, creusé en 1839 pour faciliter l’écoulement des eaux de la Sèvre Niortaise en ligne droite. De part et d’autre, au-delà des fermes et maisons alignées au bord du canal, et autour de celles qui ponctuent les champs, demeurent d’anciens fossés plus ou moins importants et dont le linéaire a été interrompu par le canal de Pomère et par le remembrement des parcelles à la fin du XXe siècle. Les cartes anciennes montrent toutefois que cet espace était déjà constitué aux XVIIIe et XIXe siècles de grandes parcelles qui en côtoyaient de beaucoup plus petites.

La végétation se densifie en approchant des méandres de la Vieille Sèvre, bordés par un chapelet de maisons et fermes : le Renfermis, la Bertholerie, Pomère, la Grande Bourée, Tabarit… La Foucaudière et une partie du Pellereau sont établis le long d’un redressement du méandre de Pied de Chien. A la pointe occidentale de la commune, les marais mouillés s’achèvent dans le Grand communal, ancien marais commun qui se prolongeait, avant la construction de la Grande levée, jusqu’aux terres hautes au nord (Petit communal), et que l’usine de recyclage de papier a en partie occupé. Puis vient le hameau du Quaireau, développé sur le peu d’espace existant entre le Contrebot et le canal de Vix, avant l’aqueduc-écluse du Gouffre et, enfin, la Pointe, si bien nommée, à la confluence entre la Vendée et la Sèvre Niortaise.

Au nord du canal de Vix, entre l’entrée de L’Île-d’Elle et la limite avec Vix, s’étendent les vastes marais desséchés au XVIIe siècle, ceux des fermes ou cabanes de Soulisse, Faussebrie, le Grousseau, la Simarie... Ces marais, abrités des inondations de la Sèvre Niortaise par la Grande levée de Vix, le sont aussi de celles de la Vendée par la levée des Frênes et celle du Sault qui relient de manière sinueuse les terres hautes de L’Île-d’Elle et celles du Gué-de-Velluire. Là, rien n’arrête le regard. Les champs immenses de céréales semblent n’en former qu’un seul, à peine interrompu par quelques rares fossés maintenus malgré le remembrement et le drainage automatique. La ligne de chemin de fer Nantes-La Rochelle et la route D 938 ter qui lui est parallèle tangentent cet espace au nord, avant de venir frôler le coteau calcaire puis le bourg par le sud.

Enfin, le nord de la commune est occupé par des marais là aussi desséchés mais qui n’ont été aménagés que dans les années 1960 à la faveur d’une vaste opération de remembrement et de drainage. Pris entre les levées des Frênes et du Sault d’une part, la rivière Vendée d’autre part, cet espace constituait auparavant un inextricable labyrinthe de conches, de fossés et de petites parcelles longilignes, mottes fruitières ou terrées de bois, créé à mains d’hommes aux XVIIIe et XIXe siècles. Environnant l’étang de la Sablière, ces marais étaient parcourus de fossés ou « routes d’eau » plus importants que les autres, facilitant la communication avec le bourg. Il en reste quelques-uns comme la Route qui se jette dans la Vendée à la Ridelière, le fossé de Racaudet qui file vers le Gué-de-Velluire, ou encore la Vieille Vendée. Cette dernière, si bien nommée, est le dernier vestige de ce qui formait probablement, avant que le Golfe des Pictons ne finisse de se combler, le lit même de la rivière Vendée. On devine encore ses contours et ses méandres sur les cartes et les vues aériennes, à travers le Marais des Tappons et les Grandes Borées.

Annexes

  • Description de L'Île-d'Elle par Claude Masse en 1702 (SHD, 1 VD 60, pièce 16, Mémoire sur la carte des environs de Marans...).

    "Les bords de cette rivière [la Vendée] sont praticables aux habitants du pays, surtout depuis L’Île-d’Elle jusqu’au Poiré[-sur-Velluire] par un très grand nombre de petites îlettes qui sont naturelles et artificielles, où les habitants y communiquent avec de petits bateaux dans ces îles qu’ils appellent communément mattes ou mottes. Ils y recueillent quantité de fruits, des chanvres et du lin et autres légumes, entre autres quantités de bois à brûler,surtout beaucoup de souches de frêne qu’ils ont soin d’arracher à mesure qu’elles vieillissent ou grossissent raisonnablement. Ils les fendent en deux. C’est ce qu’on appelle communément souches de Marans, qui font de bons feux et qui se vendent fort cher à La Rochelle et aux îles voisines.

    Île-d’Elle. Cette île n’est pas fort considérable. La paroisse n’est que d’environ 225 feux et dépend de Marans. Et le milieu de cette île est fort haut. La côte du sud est fort escarpée. Il y croît un peu de vin, pas beaucoup de blé, mais beaucoup de pacages. Et les habitants sont aisés par les revenus des mottes qui sont dans les marais du voisinage. Il y a trois ou quatre rébus dans le pays sur cette île, entre autres : Quand le prêtre dit la messe, les chandelles sont dehors ; et que les boeufs d’Elle volent mieux que les oies du Poitou ; en Elle les boeufs sont les champs d’Elle."

  • L'Île-d'Elle par Claude Masse en 1721 (SHD, 1 VD 60, pièce 64, Mémoire ou description sur la carte generalle...)

    "Il y a au nord de la Sèvre un bout du pays d’Aunis qui fait partie de la paroisse de Marans, qui est un marais desséché, et partie de celle du Gué-de-Velluire et L’Île-d’Elle, dont le terrain est fort élevé, qui est une annexe de Marans et dépend de sa seigneurie, dont les bois qui sont entre L’Île-d’Elle et Le Gué-de-Velluire sont remplis d’un très grand nombre d’îlettes appelées dans le pays mottes, où il croît beaucoup de bois de frêne que l’on appelle cosses de Marans, très propres à brûler. L’on en coupe aussi beaucoup le long de la Sèvre (...).

    L’Île-d’Elle est de la province d’Aunis. Elle est fort haute dans le milieu où est son bourg. Les rives sud sont de coteaux escarpés.Elle est presque toute environnée de marais et prairies (...)

    Les voyageurs, pour remonter cette petite rivière, suivent en partie la Sèvre jusqu’à l’Antolle dite ci-devant, et passent par le canal de Vix sur un aqueduc de belle maçonnerie, dont le plan particulier est à la colonne gauche, à la figure deux. Et puis les bateaux suivent un canal dont les bords sont toujours inondés,depuis cet aqueduc appelé dans le pays Gouffre, jusqu’au Gué-de-Velluire où débarquent et embarquent les voyageurs du pays d’Aunis en Poitou. Les rives de cette rivière, depuis L’Île-d’Elle jusqu’au Poiré, sont bordées de quantité de bois à brûler qui sont séparés par un nombre infini de fossés qu’on appelle mottes,où il se cueille beaucoup de mauvais fruits."

  • La navigation sur la Sèvre Niortaise et la Vendée via l'Antolle et le Gouffre de L'Île-d'Elle vers 1700, selon le Mémoire géographique Claude Masse (SHD, 4° 135).

    "Et comme il est dit ci-devant, que la grande route des voyageurs de La Rochelle au Bas-Poitou et en Bretagne était de passer à Marans où les gens de pied et de cheval s’embarquent dans de grands et petits bateaux pour remonter jusqu’au Gué-de-Velluire – 41 – qui est distant en ligne droite de 4600 toises. Ces bateaux suivent la Sèvre environ 1400 toises et puis entrent dans la rivière de Vandaize ou Vendée dont le lit est plus haut que celui de la Sèvre. Et quand les eaux sont basses, l’on fait monter les bateaux dans la première avec un cabestan qui est joignant une espèce de digue qu’on appelle l’Antolle – 133, construite sur le bord de la Sèvre avec plusieurs pièces de bois rond, retenues aux extrémités par des pieux, et l’entre-deux garni de terre glaise, où il ne coule quelquefois que très peu dessus. Cela n’empêche pas que les bateaux tous chargés n’y passent.On les attache ou amarre au bout à un câble qui dévide autour de l’arbre d’un cabestan que l’on fait tourner avec deux grandes barres à force de bras. Et on lève les bateaux dans la rivière supérieure dont l’eau est plus ou moins haute selon les saisons, et passe sur l’aqueduc de L’Île-d’Elle – 42 – où les bateaux passent tous chargés, l’hiver et été, sur un pont bâti de belles pierres de taille, qui traverse le canal de Vix – 32 – qui passe sous le pont, et la Vendée dessus. Et c’est pour avoir assez d’eau pour passer les bateaux dans cet aqueduc que l’on a fait l’Antolle ou guilloir – 135 – sur le bord de la Sèvre et pour avoir une communication actuelle par eau de Marans au Gué-de-Velluire, les chemins par terre étant les trois quarts de l’année impraticables. Les deux ouvrages dits ci-devant valent la peine d’être vus."

  • L'Île-d'Elle vers 1850, d'après l'abbé Eugène Aillery, Chroniques paroissiales : canton de Chaillé-les-Marais.

    "L'aspect général du pays est celui de tous les marais. Dans la saison des pluies, c'est une immense nappe d'eau, et dans l'été, c'est un pays sec et brûlant où l'eau est quelquefois aussi rare qu'elle a été abondante durant l'hiver. Cette contrée qui au seul nom de marais inspire quelque éloignement, n'est pourtant point dépourvue d'agrément. Au printemps, la plus belle végétation se manifeste sur cette terre qui semblait comme engourdie sous les eaux et qui se réveille, pour ainsi dire, au retour de la belle saison. C'est alors que l'oeil se repose avec plaisir sur ces immenses prairies couvertes de nombreux troupeaux, sources de richesse pour le colon, et que l'on voit à des distances rapprochées ces nombreuses habitations nommés cabanes, dont les murs resplendissants de blancheur annoncent une aisance qui s'y trouve réellement. Les canaux où l'on voit passer la nacelle du pêcheur et les voiles des barques marchandes que le commerce attire, le voisinage de la mer qui reflue jusque dans l'intérieur, prouvent que ce pays n'est point sans mérites.

    Les récoltes consistent en toutes sortes de céréales mais principalement en froment, en fèves et avoine. La volaille, le beurre, la laine, la plume avec les foins et les blés sont autant de moyens de s'enrichir que la bonté du pays met à la disposition de ses laborieux habitants. La contrée est assez vignoble [sic] mais entièrement dégarnie de forêts, ce qui rend le bois de chauffage très cher. On y supplée en se chauffant avec de la paille de fève et le fumier que l'industrie des pauvres réduit en mottes sèches. Ces marais produisent aussi beaucoup de chanvre et de lin dont on fait de la toile et des cordages.

    Les habitants sont en général de grande taille, robustes et peu maladifs. Ils sont tous cultivateurs, ardents pour le travail, et ils vivent presque tous du produit de leur domaine qu'ils cultivent eux-mêmes. Ce qu'on appelle civilisation a peut-être fait plus de progrès parmi ce peuple que dans le reste de la Vendée. La plus grande propreté se fait remarquer dans les maisons, les meubles, le linge, ainsi que le goût dans les habillements et les ouvrages manuels. Les alentours des habitations sont tenus avec soin et le devant des portes est orné de fleurs et d'arbustes.

    On croirait que des miasmes et des exhalaisons malsaines devraient vicier l'air dans des lieux où l'eau séjourne pendant tout l'hiver et où elle croupit durant l'été. Néanmoins, on y vit aussi vieux qu'ailleurs, on y jouit d'une santé aussi bonne et il n'est pas rare de trouver des vieillards fort âgés."

  • Souvenirs de René Durand (1925-2018), de Marans, au sujet de son grand-père, Delzaire Seguinot, "bourgnassou" à L'Île-d'Elle (Archives privées René Durand).

    "Parmi les souvenirs de mes jeunes années, il y en a un que je ne puis oublier. C'est la dextérité avec laquelle mon aïeul maternel travaillait l'osier pour réaliser les torches et les bordures des engins de pêche qu'il faisait. Pendant près d'un quart de siècle, je l'ai vu trier et choisir son osier de différentes grosseurs, astiquer son poinçon que l'on appelait "une force", repasser son sécateur à la pierre, son couteau pour appointer ses "fessous" et faire ses "luzettes".

    Né dans les "Huttes" du marais de Vouillé, près de la Torse, sur le bord de la Ceinture [des Hollandais], il avait vu son père qui, comme tant d'autres, avec des brins "d'oisi", faisait des engins de pêche et les tendait tout à proximité pour la subsistance de la maisonnée.

    Sitôt marié, tout au début du siècle, il afferma un bout de cantonnement et fit la pêche au filet, car il savait lacer mais pas travailler l'osier. Passionné, il observait ses deux beaux-frères [famille Bouchet], des professionnels qui s'étaient spécialisés auprès de leur voisin, Jean René dit "Jean Bachelier", dans la confection des engins de pêche en osier : des "bourolles" pour les anguilles et des "gardous" pour les conserver.

    Il essaya avec eux de tortiller l'osier et faire quelques engins qu'il tendait pour les besoins du ménage, refilant le complément de sa pêche à une revendeuse pour les grossistes. Mais il en fit tellement pour s'apprendre, et il y avait tant d'anguilles à l'époque, que par la suite, ma grand-mère alla vendre le surplis à la criée de l'encan à La Rochelle, ce qui était bien plus rentable. Progressivement, ses engins prirent une forme convenable, acceptables pour être présentés et vendus aux foires des alentours, comme ceux de ses beaux-frères et leurs cousins, les Bouchet, de la Sablière.

    On ne pouvait pas confondre ce que réalisait l'ensemble des artisans vanniers courants avec le leur qui était du travail minutieux par nécessité du calibrage, presque du grand art. On disait d'eux qu'ils "bourgnassaient". Spécialité professionnelle locale passée dans le langage courant. Depuis longtemps, on ne les connaissait que sous cette appellation : c'était les "bourgnassous", dont Louis [Bouchet], leur père, décédé en 1892, avait appris le métier chez Jean Billaud, le spécialiste du Quaireau.

    Cette qualification n'était pas très en rapport avec leur travail. Elle aurait été mieux dévolue à ceux qui, dans le Marais poitevin, partie supérieure de la Sèvre, réalisaient des "bourgnes" ou des "bourgnons", appelés par les gens de Coulon les "bourgnoulous".

    Mon grand-père fit d'autres types d'engins à fond plat comme les "borrigues", pour capturer les poissons. Ces engins étaient appelés localement "vregets" ou "veurgets", rappelant les verveux ou les encrous en fil de chanvre. Egalement des "hurtes" ou "heurtes", grand cône ouvert au fond plat, dessus arrondis, côtés obliques, en fuseau, se terminant arrondis et tronqués. On emboîtait à l'extrémité une bourolle ou un enin approprié avec luzette, capturant et retenant tout ce qui s'y engageait. Il compléta sa panoplie par les gros gardous pansus, rehaussés d'une large collerette bien ouvragée bordant l'entrée circulaire fermée par un gros "tapin" conique en bois.

    Leur clientèle assez étendue allait jusqu'à Marennes, Mornac et Saujon, puis remontait dans les marais de Champagné en suivant la côte jusqu'à L'Aiguillon. Tradition familiale peut-être puisque ma grand-mère, dès son jeune âge, poussait un bateau avec son père pour aller vendre à la foire de Coulon des bourolles et des gardous, tandis que ses deux frères les accompagnaient dans un autre bateau également chargé d'engins."

  • L'Île-d'Elle vers 1920-1930 vu par René Durand (1925-2018), de Marans, originaire de la commune (Archives privées).

    "Du haut de son coteau calcaire, le village de L'Île-d'Elle domine le marais qui s'allonge et s'étend de tous côtés. Au milieu de ses eaux dormantes, paresseuses, cette vaste étendue paraît sommeiller. C'est un immense marécage entrecoupé de canaux qui s'accouplent aux rivières de Sèvre et de la Vendée.

    La rue centrale qui conduit au bel étang de la Sablière sépare les venelles et la partie basse du bourg, de la partie riveraine bordant l'accueillante et verdoyante Vendée. Entre la rue principale et le chemin de halage, s'étend une succession de petits ports intérieurs, très spécifiques avec leur portion de quais maçonnés. Ces endroits intimes presque secrets sont fermés d'une cale pavée où viennent décharger et s'amarrer une multitude de bateaux de toutes dimensions, au fond plat. Chacun possède le sien, voire même plusieurs. Certains disent que, dans cette partie du village, le nombre d'embarcations est supérieur au nombre de bicyclettes.

    Le lieu est pittoresque, depuis des années, rien n'a changé. Ici les transports ne se font que par voie d'eau. Sitôt arrivé, tout est mis en terre et roulé à la brouette dans les "décharges", tout à proximité. Chaque entrée de port est constituée de deux parements de quais en retour soutenant une passerelle de halage. Sur les côtés intérieurs des rampes, et des escaliers d'abordage ont été aménagés. On y aborde et amarre les petits bateaux que l'on maintient en place par une perche, conservant ainsi le libre passage au milieu. Les rives avec leurs chemins d'accès empierrés sont renforcées par de solides pieux de frêne et d'aubier qui maintiennent les bardages en planches. Ces curieux emplacements offrent un caractère particulier car ces supports sont enracinés et mis à croître, formant l'été une voûte ombragée rejoignant ainsi les passerelles de halage en protégeant les bateaux de l'ardeur des rayons du soleil.

    En toutes saisons, en dehors de la canicule, c'est une procession de bateaux chargés d'herbage fraîchement coupé, de fagots, de bûches et d'autres denrées qui circulent en permanence, va-et-vient continuel d'hommes venant des mottes et des bois. Les femmes aussi ne sont pas en reste, allant au jardin d'en face quérir légumes ou salade du déjeuner. Une population qui change à la fois de rive, de commune et de département sans même s'en rendre compte.

    Les gabarres chargées vont accoster à la grande cale où attendent les charrettes des transporteurs et petits revendeurs. Ces gens du marais ont une grande expérience de la manoeuvre fluviale, exercés à manier la pelle et la "pigouille". L'on peut voir les bateaux pleins à ras-bords effectuer de savantes manoeuvres, ponctuées d'un demi-tour, et accoster en douceur.

    L'Île-d'Elle est un village où, parmi la population, deux mondes différents s'agitent et se côtoient. Les Nellezais, pusique c'est ainsi qu'on les appelle, ont l'esprit inventif, créateur de petites industries de toute nature. En ces années 1920, le progrès a provoqué une certaine scission entre le monde ouvrier et celui de la terre. Les uns, tâcherons ou hommes de journée, autrefois serviteurs très soumis aux bourgeois des grandes cabanes du marais desséché, sont devenus très proches de ce monde ouvrier. Puis, les autres, ceux de la traditionaliste Vendée catholique, mal remis des brimades de 1905, qui eux aussi n'ont pas oublié. Tous se supportent en silence, mais imprégnés d'une telle manière que le soir, lors des fêtes locales, il faut parfois peu de choses pour faire jaillir l'étincelle qui met parfois le feu aux poudres."

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives Nationales. 1 AP 181, fol. 64-69. 1484 : précomptes des seigneuries de l'île de Ré et de Marans pour le partage de la succession de Louis de La Trémouille.

  • Service historique de la Défense. 1VD 60, pièce 16. 1702 : Mémoire sur la carte des environs de Marans qui enferme le pays du troisième carré de la carte généralle de partie du Bas Poitou, d’Aulnis et Saintonge, par Claude Masse.

  • Service historique de la Défense. 1 VD 60, pièce 64. 1721, 14 décembre : Mémoire ou description sur la carte generalle qui contient une partie de la province de Saintonge, du côté de l'ouest et du sud, le païs d'Aunis dans son entier, partie du Bas Poictou..., par Claude Masse.

  • Archives départementales de Charente-Maritime. 3 E 31/58-59. 1675, 21 juin : bail à ferme des écluses et pêcheries de Pomère par Pierre Servant, batelier à L'Île-d'Elle, à Pierre Bergeonneau et Marie Desmier, son épouse, André Bergeonneau et Marie Sagot, son épouse, demeurant à la Poulardière, à L'Île-d'Elle.

  • Archives départementales de Charente-Maritime. 3 E 31/78. 1690, 2 juillet : acte d'apprentissage entre Pierre Beaudouin, vannier à Marans, et Martin Regnon, fils d'un charpentier de bateau de L'Île-d'Elle.

  • Archives départementales de Charente-Maritime. 3 E 47/4. 1785, 20, 21 et 22 novembre : acte entre Messires Alexis Samuel de L’Epinay, chevalier, baron de Chantonnay, Alexis Pichard de la Blanchère, écuyer, greffier de la Chambre des Comptes de Paris, Etienne Louis Bridault, prêtre, Jean-Pierre-Antoine Giraudeau, négociant, Louis Bouet, Jean Bouet, Simon Albert, Anne Guérin veuve Baudouin, Jean Gelot père, Jean Gelot fils, Françoise Suire veuve de Louis Jourdain, Marie Guillet veuve de François Berjonneau, Jean Limouzin, Jean Hervé, René Guérin, Pierre Michaud et Alexis Audineau, demeurant tous paroisse de L'Île-d’Elle, Saint-Jean-de-Liversay et Marans, par lequel ils s’associent pour le dessèchement d’un marais mouillé de 1500 journaux, situé en la paroisse de L'Île-d’Elle.

  • Archives départementales de Charente-Maritime. 3 E 66/59. 1733, 24 février : acte d'apprentissage entre Claude Clavurier, vannier à Marans, et Pierre Pageaud, fils de Nicolas Pageaud, de Vix.

  • Archives départementales des Deux-Sèvres. 3 S 91. 1824-1828 : rétablissement du chemin de halage le long du canal de redressement ou adressou du Pied de Chien.

  • Archives départementales de la Vendée. 3 S 758. 1903-1904 : construction de passerelles sur le canal de Vix et le Contrebot de Vix, à Touvent, à L'Île-d'Elle.

  • Archives départementales des Deux-Sèvres. 3 S 1125. 1903-1909 : construction de passerelles sur les canaux de la Société des marais de Vix-Maillezais à L'Île-d'Elle.

  • Archives départementales de la Vendée. 25 J 123. 1791, 11 janvier : décret rattachant L'Île-d'Elle au département de la Vendée.

  • Archives départementales de la Vendée. 6 M 181 et 182. 1836-1911 : recensements de la population de L'Île-d'Elle (en ligne sur le site internet des Archives départementales de la Vendée).

  • Archives départementales de la Vendée. 3 P 1222 à 1228, 3559. État de section et matrices des propriétés du cadastre de L'Ile-d'Ellle, 1835-1958.

  • Archives départementales de la Vendée. 1 Q 191. Procès-verbaux d'estimation des biens nationaux.

  • Archives municipales de L'Île-d'Elle. Registres des délibérations du conseil municipal depuis 1838.

  • Archives municipales de L'Île-d'Elle. Dossier "Curage des fossés, rivière Vendée".

  • Archives municipales de L'Île-d'Elle. Dossier "Marais mouillés, marais desséchés".

  • Archives du Syndicat mixte Vendée-Sèvre-Autise (Fontenay-le-Comte), archives du Syndicat des communes riveraines de la Vendée. 1958-1968 : grands travaux de recalibrage et d'aménagement de la rivière Vendée.

  • Médiathèque de La Rochelle, Ms 116, fol. 537-624. [1504] : Fragments d'un censif de terres situées au confluent de la Sèvre Niortaise et de la Vendée.

  • Centre de documentation du Parc du Marais poitevin, Saint-Denis-du-Payré. Documentation concernant la commune de L'Île-d'Elle.

  • Informations, documentation et notes de dépouillements d'archives communiquées par M. Jean-Claude Berton, L'Île-d'Elle.

  • Informations, documentation et notes de dépouillements d'archives fournies par M. René Durand (1924-2018), Marans.

  • Informations, documentation et notes de dépouillements d'archives transmises par M. Daniel Goguet (L'Île-d'Elle).

Documents figurés
  • 1701 : Carte contenant une partie du Bas Poitou et de l'Aunis où se trouve Marans et l'embouchure de la Seyvre Niortaise, par Claude Masse. (Service historique de la Défense, J10C 1293, pièce 7).

  • Service historique de la Défense. Folio 131 h, feuille 83. 1718 : Plan de l'Antolle qui est sur la rivière de Vendée où elle se décharge dans la rivière de Sèvre niortoise, au-dessus de Marans et à l'est, et proche de l'isle d'Elle...

  • Archives départementales de Charente-Maritime. 16 Fi Marais 7. 1851 : Carte générale du bassin de la Sèvre Niortaise dressée (...) par les soins de M. Maire, ingénieur en chef du service spécial de la Sèvre.

  • 1818, 30 septembre : carte itinéraire de la Sèvre Niortaise pour l'intelligence du projet général qui a pour but le perfectionnement de la navigation, la conservation des marais desséchés et le dessèchement des marais mouillés, par l'ingénieur en chef des Ponts et chaussées François-Philippe Mesnager. (Archives départementales des Deux-Sèvres, 3 S 17).

  • Plan cadastral de L'Île-d'Elle, 1834. (Archives départementales de la Vendée, 3 P 111).

  • Plan cadastral et territorial des terres hautes de l'isle d'Elle, levé et dessiné par Gautronneau, arpenteur juré et géomètre. A D'Aligre le 4 aoust 1780 (NB : ce plan, autrefois conservé en mairie, est désormais manquant et n'est plus connu que par des photographies noir et blanc).

  • Vues aériennes depuis 1945 sur le site internet de l'IGN www.geoportail.gouv.fr.

Bibliographie
  • AILLERY, Eugène (abbé). Chroniques paroissiales : canton de Chaillé-les-Marais, manuscrit, vers 1855, 67 p. (Archives départementales de Vendée, 1 J 2698).

  • BOURDU Daniel (dir.). Le canton de Chaillé-les-Marais, coll. Mémoire en Images, Alan Sutton, 2004, 128 p.

  • BUJEAUD, André. "Découvertes fortuites effectuées à la Bonde du Jourdain commune de l'Ile d'Elle (Vendée)", Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest, 2e trimestre 1968, p. 467-475.

  • CLOUZOT, Etienne. Les marais de la Sèvre Niortaise et du Lay du Xe à la fin du XVIe siècle. Paris : H. Champion éditeur ; Niort : L. Clouzot éditeur, 1904, 282 p.

  • GAIGNET Louis. Le remembrement de l'Ile d'Elle et le Gué, tapuscrit, 45 p.

  • GOGUET Daniel. Entre Sèvre et Vendée... La tradition de la vannerie à L'Île-d'Elle. Terres de Mémoires, 2014, 47 p.

  • PEROUAS, Louis. Le diocèse de La Rochelle de 1648 à 1724, sociologie et pastorale. Paris, SEVPEN, 1964, 532 p.

    p. 244
  • SIMONNEAU, abbé Augustin. Légendes des marais de la Sèvre Niortaise et de la Vendée, Fontenay-le-Comte, Imprimerie Godraud, 1902, 99 p.

  • SIMONNEAU, abbé Augustin, "L'Île-d'Elle, Ella, Ellis, Elle", Annuaire départemental de la Société d'émulation de la Vendée, 1886, 3e série, vol. 6, p. 56-61.

  • SIMONNEAU, abbé Augustin. "L'Île-d'Elle, description et histoire", Annuaire départemental de la Société d'émulation de la Vendée, 1888, 3e série, vol. 8, p. 3-56, et 1889, 3e série, vol. 9, p. 1-51.

  • SIMONNEAU, abbé Augustin. "Le chemin de Charlemagne à L'Île-d'Elle", Revue poitevine et saintongeaise, n° 33, 1887, p. 276-277.

  • SUIRE, Yannis. Le Bas-Poitou vers 1700 : cartes, plans et mémoires de Claude Masse, ingénieur du roi, La Roche-sur-Yon, Centre vendéen de recherches historiques, 2017, 368 p.

    p. 71-72, 94-95, 97, 273-274, 288, 298-300
  • "Brins d'osier, brins d'osier... Visite aux vanniers de l'Ile d'Elle", Le Phare, 20 avril 1937.

  • "Depuis un demi-siècle, l'Ile d'Elle est un des plus gros centres de vannerie de France", L'Ouest-Eclair, 6 mai 1941.

Multimedia
  • Archives départementales de la Vendée. 2 Ci 22-1. 1951, 23 janvier : dépôt de gerbes au monument aux morts de L'Île-d'Elle à l'occasion du centenaire de Mme veuve Daviet, née Marie-Rose Guérin (décédée le 14 mars suivant à L'Île-d'Elle).

  • L'Île-d'Elle, les grands changements de vie dans les années 1950-1960 (film réalisé par le Parc du Marais poitevin en 2007).

Liens web

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