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Église Saint-Étienne de Valennes

Dossier IA72058783 réalisé en 2018

Fiche

VocablesSaint-Étienne
Dénominationséglise paroissiale
Aire d'étude et cantonPays du Perche sarthois - Saint-Calais
AdresseCommune : Valennes
Adresse : rue de l'
Église
Cadastre : 1829 C4 660 ; 2018 AB 159

L'église de Valennes est un assemblage complexe d'éléments d'époques différentes, encore bien difficiles à dater avec certitude. Un relevé du plan réalisé à l'occasion de l'étude d'inventaire confirme la multiplicité des campagnes de construction, dont résulte l'irrégularité extrême de l'édifice. Seule la nef, dernier élément construit, est de plan parfaitement rectangulaire, mais elle rompt complètement avec la symétrie de l'église. Une campagne de dendrochronologie a été menée sur la nef et le transept, permettant de lever les doutes sur leur datation.

L'église médiévale (XIe-XVe siècles)

Les parties les plus anciennes de l'église, romanes, peuvent dater du XIe siècle : il s'agit de l'abside semi-circulaire, bien que remaniée par la suite, ainsi qu'un pan de mur, avec deux baies étroites à encadrement de grison, visible au pied du pignon sud du transept actuel : son emplacement très éloigné du chœur semble indiquer qu'il n'appartenait peut-être primitivement pas à l'église mais à un bâtiment contigu (?). Ainsi, l'église fut peut-être antérieure à la création de la paroisse, qui n'apparait dans les textes qu'au XIIIe siècle. Certains auteurs pensent qu'il s'agissait peut-être à l'origine d'une simple chapelle fondée par les moines de Saint-Calais qui défrichèrent les abords de la Braye, mais aucune preuve ne permet de l'affirmer.

Dans un deuxième temps, l'abside romane est flanquée de deux chapelles. A droite, la chapelle Sainte-Barbe est souvent attribuée à la famille de Valennes, mais il n'existe aucune preuve. Les armoiries portées à la clé de voûte, qui se rapportent sans doute plus aux Arma Christi, les instruments de la Passion du Christ, qu'à une famille noble du secteur, ne plaident pas en cette faveur. A gauche, la chapelle seigneuriale de la famille de Saint-Quentin, comme l'indiquent leurs armoiries (on trouve également celles de la famille de Coutance qui lui succéda), est dédiée à la Vierge. Si la chapelle Sainte-Barbe peut être datée du XVe siècle, la similitude de celle de la Vierge pourrait indiquer qu'elle est contemporaine, avec toutefois un "rhabillage" intérieur complet au cours du XVIe siècle, peut-être à l'occasion des funérailles de Mathurin (1536) ou de Marin (1558) de Saint-Quentin, dont les dalles funéraires sont incluses dans le mur sud (elles se trouvaient au sol avant la mise en place de l'autel actuel en 1840). Quant à l'espace du chœur qui articule l'abside et les deux chapelles, on peut supposer qu'il fut également ajouté au XVe siècle.

Les agrandissements de la Renaissance (1ère moitié du XVIe siècle)

Au début du XVIe siècle, on lance la construction d'un vaste vaisseau perpendiculaire au chœur et aux chapelles, peut-être à l'emplacement de la nef romane. Probablement par souci d'économie, il fut assis au sud sur un pan de mur roman existant, ce qui explique qu'il soit plus long au sud qu'au nord. La dendrochronologie révèle que la partie sud fut élevée en 1504-1505d, la partie nord entre 1508 et 1514d. Ce "transept", plus important que la nef actuelle, fut peut-être à l'origine pensé pour être une nef, dont la largeur hors du commun s'expliquerait par la nécessité d'inclure les deux chapelles déjà existantes. Le lambris a été posé ou refait en 1603 comme l'indique la date portée.

La dendrochronologie a permis de dater la charpente de la nef de l'automne-hiver 1542-1543d. De proportions très différentes, elle se raccorde plutôt mal au "transept" et son important désaxement en trouve pas encore d'explication : est-il lié à la pente du terrain, au passage de la route ou à l'instabilité du sol ? Peut-être encore avait-on projeté de reconstruire l'intégralité de l'église mais que, faute de moyens, on se résolut à conserver le chœur roman malgré son désaxement par rapport aux parties neuves...

Les aménagements du XVIIIe siècle et la vente comme bien national

En 1743, l'église fait l'objet de travaux relatés dans les registres paroissiaux : le clocher est refait à neuf, les bancs sont renouvelés et un nouvel autel avec retable (vraisemblablement celui aujourd'hui visible dans la chapelle des fonts baptismaux), commandé par le curé Sorin, est fourni par le tailleur de pierre Gautier. En 1749 et 1753, deux nouvelles cloches sont bénies. En 1770, les chapelles latérales sont pourvues de nouveaux autels.

A la Révolution, l'église de Valennes est saisie comme bien national et vendue le 1er août 1796 à un certain Jean Blanchet cultivateur. Moins d'un mois plus tard, celui-ci la cède à cinquante habitants de Valennes, mais l'acte n'est semble-t-il pas enregistré. En 1808, la commune venant d'être érigée en succursale , la municipalité réclame la restitution de son église : toujours propriétaire, Jean Blanchet, n'ayant pas payé l'intégralité du prix, se voit déchu de son acquisition. L'église devient alors communale et sert pendant quelques années aux réunions du conseil municipal.

Les restaurations des XIXe et XXe siècles

Plusieurs campagnes de restauration se succèdent aux XIXe et XXe siècles : la majorité des interventions concerne la flèche très soumise aux intempéries (1817, 1876, 1882, 1933). En 1845, une nouvelle cloche vient remplacer celle de 1753, envoyée à la fonte à la Révolution. En 1846, l'église est dite en bon état mais insuffisante pour accueillir l'ensemble de la population : la construction d'une tribune est en projet. Entre 1858 et 1860, le curé Arthuis et la fabrique font placer un nouveau maître-autel, le carrelage et la grille du chœur, les vitraux (par le peintre Jaffard du Mans), la tribune et la nouvelle bancellerie. Le chœur reçoit un décor peint de style néo-gothique. On fait également construire l'escalier d'accès au clocher, en remplacement d'une grande échelle qui occupait le centre de la nef. Vers la même époque, on procède au déblaiement des abords de l'église pour l'assainir et faciliter son accès, le niveau du sol étant alors beaucoup plus élevé qu'aujourd'hui à cause de l'ancien cimetière (on enlève jusqu'à trois mètres de terre du côté sud). En 1865, une nouvelle sacristie est édifiée à la place d'une plus petite accolée à la chapelle de la Vierge, dont une baie est rouverte.

La couverture est également remise en état à plusieurs reprises (1933, 1959, 1986). Surtout, une importante restauration est décidée par la municipalité en 1999 et menée à bien en plusieurs tranches, jusqu'en 2007. A cette occasion, les vitraux sont rénovés, la sacristie est détruite et la toiture est restituée dans son état d'origine : en effet, un toit à longs pans et à croupes avait été ajouté au-dessus du transept, du chœur et des chapelles, sans doute à la période moderne suite à des infiltrations au niveau du chéneau. Jugé disgracieux et donnant un aspect trapu à l'église, il a été totalement supprimé. Une ferme de la charpente de la nef est partiellement refaite et porte la signature et le blason d'un compagnon charpentier. Les maçonneries sont également reprises à plusieurs endroits, notamment au niveau des fenêtres et des pignons.

Période(s)Principale : 11e siècle, 15e siècle, 1er quart 16e siècle, 2e quart 16e siècle, 1er quart 17e siècle, 19e siècle
Secondaire : 20e siècle, limite 20e siècle 21e siècle
Dates1603, porte la date

L'église de Valennes est approximativement orientée : le chœur fait face au nord-est. L'édifice présente un plan en croix latine très irrégulier avec une nef déportée vers le sud par rapport à l'axe du chœur. Ce dernier est pourvu d'une abside et flanqué de deux chapelles seigneuriales rectangulaires. Ces espaces donnent sur un vaste "transept".

L'abside semi-circulaire, voûtée en cul-de-four, est placée à l'extrémité d'une travée de chœur voûtée en berceau brisé, s'ouvrant sur les deux chapelles latérales voûtées d'ogives et sur le transept. Cette travée et les chapelles sont couvertes d'une même toiture à longs pans avec pignons découverts. Deux grands arcs brisés à larges chanfreins ainsi que deux ouvertures rectangulaires relient le chœur aux chapelles. Trois arcatures brisés, de styles différents, ouvrent le chœur et les chapelles sur le transept.

Le "transept" est un vaste vaisseau lambrissé séparant la nef du chœur et des chapelles. Il est couvert d'une toiture à longs pans parallèle à celle du chœur et des chapelles. Chaque mur-pignon est percé de baies en arc brisé à réseau flamboyant (refait). Le pignon sud, couvert, repose sur le vestige d'une construction romane à deux baies étroites en plein cintre à encadrement en grison. Le pignon nord, découvert, est percé à son sommet d'une petite baie éclairant le comble. Sur le mur gouttereau, se trouve une porte à encadrement mouluré et à pilastres, ornée sur le linteau de deux écus. Le vantail, d'origine, est orné d'un motif de tissu plissé.

La courte nef rectangulaire est épaulée par quatre contreforts en grès roussard et en grison. Le pignon découvert est orné de crochets (en partie refaits) et d'une croix. Le portail principal, de style Renaissance, est en plein cintre et mouluré. Il est décoré de crochets et de pilastres en forme de candélabres ornés de chutes de végétaux, sommés d'anges portant des écus. Un cartouche avec un amortissement sculpté surmonte la porte. La fenêtre au-dessus, en arc brisé, présente un remplage flamboyant. Une autre baie, sur le côté sud, est en arc brisé, tandis qu'une porte en plein cintre est visible sur le mur nord. Le contour d'une paire de ciseaux a été gravé sur le montant gauche. La nef est surmontée de la flèche polygonale en bois couverte d'ardoise.

Le décor sculpté intérieur se concentre dans les chapelles de part et d'autre du chœur. La chapelle Sainte-Barbe présente un culot sculpté d'un personnage grimaçant, un lavabo liturgique orné d'un décor végétal très abîmé et un blason à la clé de voûte, qui serait celui d'une certaine famille Lacroix, dont le lien avec Valennes n'a pas encore été établi. La chapelle de la Vierge est ornée de plusieurs représentations du blason des Saint-Quentin ("d'hermine plein"), visible à la clé de voûte porté par un ange, sur un chapiteau et sur les stèles funéraires de Marin et Mathurin de Saint-Quentin placées dans le mur (classées Monuments Historiques en 1906). On trouve également le blason de la famille de Coutance qui dut se réapproprier la chapelle. Les chapiteaux des colonnes de l'arc donnant sur le transept sont ornés de décors végétaux, glands et feuilles de chênes à droite, vigne et grappes à gauche.

Seule l'abside a conservé son décor peint du XIXe siècle, composé d'un soubassement imitant une tenture, d'une répétition du monogramme SE pour saint Étienne dans des quadrilobes, d'une frise de rinceaux et d'un semis d'étoiles à la voûte. L'arc triomphal est orné d'un buste d'ange et de motifs géométriques. Les vitraux de l'abside sont figurés et représentent, de gauche à droite, saint Julien, le Christ en croix et saint Étienne.

Parmi le mobilier, on notera le petit retable (XVIIIe siècle) avec statue de saint Gilles (XVIIe siècle) aujourd'hui situé dans les fonts baptismaux, les statues de saint Étienne et saint Sébastien (XVIIe siècle, inscrites Monuments Historiques en 1979), celle de sainte Barbe et le Christ en croix (XVIIe ou XVIIIe siècle), la cuve de l'ancienne chaire placée sur la tribune (XVIIe siècle ?). Le reste du mobilier, statuaire, autels, bancellerie, confessionnal, tribune, chaire et sans doute stalles date du XIXe siècle. Les initiales AV de part et d'autre de la croix figurent sur l'un des chapiteaux supportant la tribune.

Mursgrès moellon enduit
grison
calcaire
silex
Toittuile creuse, ardoise
Plansplan en croix latine
Étages1 vaisseau
Couvrementslambris de couvrement
voûte en berceau brisé
voûte d'ogives
cul-de-four
Couverturestoit à longs pans
flèche polygonale
toit conique
Escaliersescalier intérieur : escalier en vis en charpente
État de conservationrestauré
Techniquessculpture
peinture
vitrail
Représentationsblason ornement en forme d'objet, candélabre, ciseau ornement figuré, homme, ange, saint Etienne, saint Julien, Christ en croix ornement végétal, feuillage, gland, vigne, raisin, rinceau ornement géométrique, étoile ornement a chiffre, monogramme
Précision représentations

Blasons et armoiries visibles sur la porte du transept, dans les chapelles et sur la charpente de la nef.

Portail principal décoré de crochets et de pilastres en forme de candélabres ornés de chutes de végétaux, sommés d'anges portant des écus.

Porte latérale de la nef ornée d'un contour d'une paire de ciseaux.

Culot sculpté d'un personnage grimaçant, lavabo liturgique orné d'un décor végétal et blason dans la chapelle Sainte-Barbe.

Blason des Saint-Quentin, ange et décors végétaux (glands et feuilles de chênes, vigne et grappes) dans la chapelle de la Vierge.

Décor peint de l'abside composé d'un soubassement imitant une tenture, d'une répétition du monogramme SE pour saint Étienne dans des quadrilobes, d'une frise de rinceaux, d'un semis d'étoiles à la voûte, d'un buste d'ange et de motifs géométriques.

Vitraux de l'abside représentant saint Julien, le Christ en croix et saint Étienne.

Signalée pour protection aux Monuments Historiques.

Statut de la propriétépropriété de la commune

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de la Sarthe ; 192 AC 71. 1831-1876 : église de Valennes.

  • Archives départementales de la Sarthe ; GG 1 à 6. 1599-1786 : registres paroissiaux de Valennes.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 68 J 49. 1863 : pièces concernant la reconstruction de la sacristie de l'église de Valennes.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 2 O 375/6. 1796-1935 : église de Valennes.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 4 V 1. 1846 : renseignements statistiques sur les églises et presbytères de la Sarthe.

  • Archives diocésaines du Maine ; boîte 1505. Papiers concernant la paroisse de Valennes.

  • Archives municipales de Valennes. 1790 à nos jours : délibérations du conseil municipal de la commune de Valennes.

Documents figurés
  • Collection Paul Cordonnier, croquis de l'église de Valennes. (Archives départementales de la Sarthe ; 18 J 608).

  • Vers 1860 : dessins de la sacristie de l'église de Valennes. (Archives départementales de la Sarthe ; 68 J 49).

  • 1829 : plan cadastral napoléonien de Valennes. (Archives départementales de la Sarthe ; PC\373).

  • Collections particulières de cartes postales et de photographies anciennes, commune de Valennes. (Archives privées).

Bibliographie
  • ASSOCIATION DECOUVRIR VALENNES. Venez découvrir Valennes. S. d.

  • COUTURIER, Yann. MARAIS, Axel. Église Saint-Étienne de Valennes (Sarthe). Rapport d'étude dendrochronologique, Rennes : Dendrotech, n° DT-2019-048, 2019.

  • Le patrimoine des communes de la Sarthe. Paris : Flohic éditions, 2000. 2 vol.

    p. 1652-1653
  • PAYS DU PERCHE SARTHOIS. Monument du Mois à Valennes, 2000.

  • PASTY DE LA HYLAIS, Emmanuel-Jacques. Le Bas-Vendômois historique et monumental (1878). Paris : le Livre d'histoire, 2015.

    p. 93-94
Périodiques
  • BOUTON, Philippe. Valennes : un plan d'église dans le désordre. La Vie Mancelle et Sarthoise, t. 346, octobre 1999.

  • GIRAULT, Charles. Le régime de la première séparation dans la Sarthe (1794-1802), le statut légal des églises. La Province du Maine, t. 91

    p. 386
  • LEVEAU, Alain. Compte-rendu de la sortie du 16 octobre à Valennes. Bulletin de la Société d'Agriculture Science et Arts de la Sarthe, t. 786, 2004.

    p. 159-160
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Pays du Perche sarthois - Barreau Pierrick
Barreau Pierrick

Chercheur auprès du Pays du Perche sarthois jusqu'en octobre 2020. Depuis novembre 2020, chercheur auprès du Conseil départemental de la Mayenne.


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