Logo ={0} - Retour à l'accueil

Demeure dite le Port du Noyer ; le Bourbia, 26 rue du Bourbia

Dossier IA85002171 réalisé en 2019

Fiche

Parties constituantes non étudiéesjardin, hangar agricole, dépendance, puits
Dénominationsdemeure
Aire d'étude et cantonVallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
AdresseCommune : Vix
Lieu-dit : Bourbia (le)
Adresse : 26 rue
du Bourbia
Cadastre : 1836 C 113 et 114 ; 2019 AI 78

Une demeure de notables au bord des marais (XVIIe-XVIIIe siècles)

Cette demeure, vraisemblablement construite au XVIIIe siècle, a succédé à une autre mentionné le 28 juin 1652 parmi les biens de la succession de René Revillaud, sergent royal, décédé à Fontenay-le-Comte le 20 septembre 1651, et de Marie Fonteniou son épouse. Le quatrième lot, attribué à leur fils, Jean Revillaud, prêtre prieur de Saint-Maurice et d'Aistre, comprend "la maison, grange et jardin sise au Port du Noyer en l'île de Vix". La demeure passe ensuite vraisemblablement à son neveu, Jean Revillaud (1649-1694), époux de Gabrielle Fèvre, marchand, demeurant au Gué-de-Velluire. Les biens de celui-ci sont saisis en 1702 à la requête de son créancier et aussi beau-frère, David Ballard (1652-1733), notaire à Fontenay-le-Comte. Le 21 juin 1702, la Cour des Requêtes du Palais de Paris ordonne que les biens de Revillaud soient attribués à Ballard jusqu'à concurrence de 2190 livres.

En ce début du XVIIIe siècle, la demeure est ensuite acquise, semble-t-il auprès des héritiers Ballard, par Simon Gravier (1665-1727), époux de Rose Berthelot, un de ces notables locaux qui profitent des récents dessèchements de marais pour asseoir leur réussite sociale et économique. Commis de la Société des marais desséchés de Vix-Maillezais à partir de 1692, on le voit spéculer en 1696-1697 sur des blés récoltés dans les marais. En 1703, il devient fermier seigneurial de Vix pour le compte de l'abbesse de Saintes et représente alors sa nouvelle tutelle contre son ancien employeur, la Société de Vix-Maillezais, au cours d'un procès. C'est sans doute à cette époque qu'il fait reconstruire la demeure du Port du Noyer telle qu'on la connaît aujourd'hui en grande partie (si l'on en croit notamment le style des cheminées qui s'y trouvent). La tradition orale assure que c'est par la petite baie percée sur le mur pignon oriental, au comble, dominant les marais desséchés, qu'il surveillait ceux-ci. C'est toutefois au Gué-de-Velluire qu'il décède en 1727.

Le 28 décembre 1734, ses héritiers vendent à Julien Denfer, fermier seigneurial de Vix, autre notable local enrichi par les dessèchements de marais, "une maison appelée le Port du Nohier avec toutes ses appartenances et dépendances de appentifs, granges, cours, jardin, motte appelée Gascougne, quairuages, ruages", telle qu'elle est affermée à René Denfer de Haute Roche frère de l'acquéreur. La maison confronte entre autres à des biens appartenant encore à David Ballard ou à ses héritiers. Le 26 mai 1735 a lieu un état des lieux de ladite maison, en présence de Julien Denfer qui vient de l'acheter et de son frère René Denfer de Haute Roche qui l'occupe. L'acte, qui indique que la maison est en mauvais état, précise aussi que Julien Denfer devra s'acquitter d'une dette envers Marie-Françoise Ballard, veuve Ceillé, fille et héritière de David Ballard, l'ancien propriétaire des lieux.

Des Brouard aux Malard (XIXe-XXe siècles)

La demeure apparaît ensuite sur le plan cadastral de 1836, avec aussi, dans la petite cour à l'est, une autre habitation perpendiculaire au port du Noyer et flanquée d'une partie de plan circulaire (four ? tour ?) ; il reste aujourd'hui de cette habitation le mur de soubassement qui surplombe le jardin. Ces bâtiments ainsi que tous ceux situés au nord et à l'ouest, de ce côté-ci de la rue du Bourbia, appartiennent alors à différents membres de la famille Brouard, tous descendants de Pierre Brouard (1721-1773) et Jeanne Lièvre (1726-1808). Parmi ces bâtiments, la demeure du Port du Noyer est divisée en deux logements. Sa partie est appartient, comme l'habitation voisine surplombant le jardin, à Luc Biraud fils (1802-1873) et à son épouse, Jeanne Girard (dont le frère, Pierre Girard puis ses descendants détiennent la ferme voisine, au nord, 28 rue du Bourbia) ; la partie ouest de la demeure est détenue par son cousin germain, Pierre Brouard (1801-1876) époux de Catherine Bonnet (1801-1873) (l'oncle de Pierre, René Brouard époux Cardin possède la ferme située dans le virage à l'ouest, 30 rue du Bourbia). Après Pierre Brouard, la partie ouest de la demeure passe à son fils, Armand Brouard, époux de Marie Moinard.

La demeure est acquise peu après par Isaïe Marie Malard (1825-1901), gendarme, et à son épouse, Véronique Pageaud (1837-1921), née à Vix. Ils la transmettent à leur fils, Oscar Mallard (1861-1930), officier d'administration, chevalier puis officier de la légion d'honneur, marié avec Emilie Feillet (1872-1964). Oscar Mallard décède au Bourbia en 1930. Sa belle-soeur, Clémentine Feillet (1874-1958), libraire à Fougères, fut un temps secrétaire de la Société des poètes français (fondée en 1902), et aurait écrit elle-même quelques poèmes publiés au début du 20e siècle. Demeurant au Bourbia, elle y accumule une bibliothèque constituée de romans, de livres d'histoire, de revues et de pièces de théâtre. A sa mort en 1958, cette bibliothèque passe dans les mains de sa sœur Emilie, veuve Mallard. Lorsqu'elle décède à son tour en 1964, celle-ci la lègue à la municipalité de Vix pour créer une bibliothèque municipale, à charge pour la commune d'entretenir le tombeau familial qui se trouve au cimetière. Ces ouvrages forment encore aujourd'hui le fond ancien de la bibliothèque municipale de Vix.

Dans les années 1960-1970, la demeure appartient à M. Dumas qui surélève d'un étage la cuisine à l'extrémité ouest. Le niveau de comble et le toit à croupe au-dessus du corps de bâtiment ouest a pu disparaître à la même époque (il est encore visible sur une carte postale au début du XXe siècle). La propriété passe ensuite à la famille Even.

Période(s)Principale : 1er quart 18e siècle

La maison est située au cœur du quartier du Bourbia, surplombant le port des Noyers. Son jardin s'étend en pente vers l'est jusqu'au port et à la route d'eau. Il est précédé par une terrasse, à l'est de la maison, vestige d'un ancien bâtiment dont le mur de soubassement surplombe encore le jardin. La propriété englobe aussi plusieurs dépendances situées au sud-ouest, de l'autre côté de la rue (hangar, puits...).

La maison elle-même est composée de deux corps de bâtiments : l'un, à l'est, avec un étage et un comble à surcroît ; l'autre, à l'ouest, à un étage, qui a perdu au cours du XXe siècle son comble à surcroît et son toit à croupe, et que prolonge une cuisine surélevée d'un étage à la fin du XXe siècle. Au total, sur la façade siècle sud formée par ces deux corps de bâtiments, et en faisant abstraction de la surélévation effectuée à l'ouest, on compte trois travées d'ouvertures et cinq baies au rez-de-chaussée. Les trois travées, avec pleins de travées appareillés, s'organisent autour d'une porte centrale qui a été réduite. Les appuis des baies de l'étage sont saillants, voire moulurés. L'organisation en trois travées et les mêmes éléments de décor se retrouvent sur la façade nord. Sur le mur pignon est de la maison, on observe une ancienne porte, murée, avec linteau en arc segmentaire. Elle donnait sur la terrasse et sur le bâtiment qui s'y trouvait.

La porte centrale de la façade sud, avec celle qui lui correspond au nord, ouvre sur un corridor et cage d'escalier, avec un grand escalier rampe sur rampe, sans jour central. Ses marches et ses balustres sont en bois (l'essentiel de ces éléments a dû être repris aux XIXe et XXe siècles). Au rez-de-chaussée, de part et d'autre du corridor, côté sud, une porte avec linteau en arc en plein cintre conduit à une grande pièce de chaque côté. A droite, vers l'est, se trouve un salon dans lequel prend place une grande cheminée en pierre (fin du XVIIe siècle ou début du XVIIIe ?). La moulure de son linteau, en arc en anse de panier, se prolonge sur les jambages. Le trumeau est orné d'un cadre mouluré, avec des fleurs aux angles, le tout sous une imposante corniche. Cette pièce règne sur une cave. Elle était accessible de deux façons : par une trappe, aujourd'hui condamnée, dans le salon ; et par une descente de cave, à l'extérieur, au nord, abritée sous un auvent.

Toujours au rez-de-chaussée, depuis le corridor, on accède à gauche, vers l'ouest, à une salle-à-manger. Les solives de son plafond sont soutenues par une grosse poutre en bois. Dans cette pièce se trouve une cheminée dont le linteau droit, affaissé, est soutenu par un muret qui sépare ainsi le foyer, à gauche, d'un serre-bois, à droite. Au-delà de cette pièce, vers l'ouest, se trouve une cuisine avec une cheminée et un potager en pierre. En arrière de la cuisine et de la salle-à-manger, côté nord, des pièces de service ont remplacé un ancien escalier de service en bois.

L'escalier central mène d'abord au premier étage. Là, comme au rez-de-chaussée, une porte à linteau en arc en plein cintre mène de chaque côté à une grande pièce. La pièce à l'est contient une grande cheminée en pierre (fin du XVIIe siècle ou début du XVIIIe ?). Son linteau droit présente une suite de feuilles d'acanthes stylisées. Le trumeau est orné de moulures géométriques et de fleurs aux angles. Dans la chambre à l'ouest de la cage d'escalier (subdivisée à la fun du 20e siècle par une cloison pour former un couloir), on observe aussi une cheminée en pierre (XVIIIe siècle ?) avec linteau en arc déprimé, moulures géométriques sur le trumeau et corniche à denticules.

L'escalier central conduit enfin au grenier et à un palier où se trouvait une partie de la bibliothèque Malard-Feillet. Si le grenier ouest a disparu, le palier ouvre encore sur le grenier à l'est, dans lequel se trouve, percée dans le mur pignon est, une petite baie rectangulaire dominant les marais alentours.

Murscalcaire moellon enduit
Toittuile creuse
Étages1 étage carré, comble à surcroît
Couvrements
Couverturestoit à longs pans
Statut de la propriétépropriété privée

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives Nationales. X3B 767. 1700, 21 juin : saisie des biens de David Ballard par la Chambre des Requêtes du Parlement de Paris ; cité par une quittance du 7 février 1705 passée devant Me Goguet, notaire à Fontenay-le-Comte.

  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 36/151. 1734, 28 décembre : vente de la maison du Port du Nohier, à Vix, par les héritiers Gravier à Julien Denfer.

  • Archives départementales de la Vendée, 3 E 36/152. 1735, 26 mai : procès-verbal de visite de la maison du Port du Noyer.

  • Archives départementales de la Vendée. 3E 37E. 1652, 28 juin : partage des biens de René Revillaud et Marie Fonteniou, devant Julien Baudon, notaire à Fontenay-le-Comte.

  • Archives départementales de la Vendée. 62 J 5 à 14. 1663-1816 : registres des délibérations de la Société des marais desséchés de Vix-Maillezais.

    assemblées des 14 octobre 1692, 26 juin 1696, 26 juin 1697 et 13 octobre 1703
  • Archives départementales de la Vendée. 3 P 3392 à 3401, 3725 (complétés par les registres conservés en mairie). 1837-1971 : état de section et matrices des propriétés du cadastre de Vix.

  • Archives municipales de Vix. Registres des délibérations du conseil municipal.

    séance du 31 octobre 1964
Documents figurés
  • Plan cadastral de Vix, 1836. (Archives départementales de la Vendée, 3 P 303).

Bibliographie
  • MAILLAUD, Jean. Notes généalogiques.

    famile Revillaud
  • SUIRE, Yannis. L'histoire de l'environnement dans le Marais poitevin, seconde moitié du XVIe siècle - début du XXe siècle. Thèse d'Ecole nationale des Chartes, 2002.

    p. 540-541
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Conseil départemental de la Vendée - Suire Yannis