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Bourg de Connerré : faubourg du Lion (d'or) et avenue Carnot

Dossier IA72058707 réalisé en 2018

Fiche

Appellationsfaubourg du Lion, avenue Carnot
Dénominationsfaubourg, avenue
Aire d'étude et cantonPays du Perche sarthois - Savigné-l'Evêque
AdresseCommune : Connerré

Antécédents et naissance du faubourg autour de 1600

C'est l'ancien hôtel du Lion d'Or, situé intra-muros contre la porte de ville donnant sur l'ancien grand chemin du Mans, qui a donné son nom à la porte et au faubourg qui s'est développé dans son prolongement. Si on ne peut parler de faubourg avant l'édification des remparts de Connerré, à la toute fin du XVIe siècle (le faubourg du Lion est cité dès le XVIIe siècle), il existait toutefois déjà des constructions sur cette voie : la toiture pentue du n° 11 accuse encore la fin du XVe siècle ou le début du XVIe siècle.

La constitution du faubourg tel que nous le connaissons aujourd'hui, avec une continuité de bâtiments sur plus de 330 mètres, est tardive. Le plan terrier de 1787 et le cadastre napoléonien de 1836 montrent qu'à cette époque encore, il n'était bâti en continu que sur une centaine de mètres à partir du carrefour du Lion (où se trouve le presbytère). Le moulin d'en Bas, la ferme du Pont et quelques autres constructions étaient placés, quant à eux, à bonne distance les uns des autres. Quelques éléments des XVIIe et XVIIIe siècle peuvent encore être observés, notamment des entrées de caves chanfreinées ou en arc segmentaire délardé. Le faubourg se développait alors sur une patte d'oie, avec un premier chemin en direction de Montfort et du Mans, et un autre en direction de Tuffé et Bonnétable. En toute logique, de par son importance, c'est le premier qui aurait du connaître un important développement. Mais les transformations de la fin du XVIIIe siècle et surtout du XIXe siècle vont considérablement influer sur le développement du faubourg.

Un faubourg endormi, de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle

C'est tout d'abord, dans les années 1780, la création de la route royale Nantes-Paris, passant par Connerré, qui rend obsolète l'ancien grand chemin de Paris au Mans. La nouvelle route, large et rectiligne, arrive sur le carrefour du Lion en ignorant le faubourg, ce qui va entraîner une certaine stagnation du quartier pendant plus d'un demi-siècle. La future avenue Carnot, dotée d'un plan d'alignement précoce (1824, approuvé par ordonnance royale du 6 février 1827), devient alors le nouveau faubourg, avec l'implantation de maisons tout au long des XIXe et XXe siècles. Preuve de la stagnation du faubourg du Lion, le franchissement de l'Huisne en direction de Tuffé est totalement négligé par la municipalité de Connerré. Devenu inutile depuis le milieu du XVIIIe siècle suite à un changement du cours de la rivière, le vieux pont, partiellement détruit, est raccordé à une simple passerelle en 1824, puis reconstruit à l'économie en 1843. Pendant des décennies, les voitures devront franchir l'Huisne à gué, ce qui entraînera nombre d'accidents.

A cette époque, et malgré la progressive suppression des murailles qui la séparaient du bourg, cette partie de Connerré est encore très rurale comme en témoigne l'ancienne ferme du Pont. Le faubourg possède également un moulin à eau sur le Dué, le moulin Bas (alternativement utilisé comme moulin à blé et moulin à tan). Mis à part quelques grands ensembles comme le presbytère, les plans anciens montrent principalement de petites unités d'habitations qui correspondent sans doute à des maisons d'artisans. On trouve encore la mention de plusieurs pêcheurs sur l'Huisne résidant dans le quartier dans les années 1870.

L'arrivée du chemin de fer et le réveil du faubourg

C'est la construction de la ligne de chemin de fer Paris-Brest, via Le Mans, en 1854-1855, qui va totalement bouleverser le visage du faubourg du Lion. La voie ferrée franchit l'Huisne à Connerré et longe le faubourg, mais la gare se situe sur le territoire de Beillé. Dès lors, la reconstruction du pont (1858) en direction de Tuffé devient indispensable pour raccorder Connerré à la gare. Le plan des alignements à suivre entre le pont et le carrefour du Lion est réalisé la même année. Afin de faciliter la circulation, des bâtiments qui formaient un étranglement au carrefour du Lion sont abattus dès 1859.

Le faubourg du Lion, qui était presque devenu une impasse, redevient ainsi un axe de développement primordial pour le bourg de Connerré. Toutefois, ce n'est donc pas sur l'ancien chemin du Mans (actuelle rue des Grandes Landes) qu'il se développe, mais sur le chemin de Tuffé, qui prend le nom de rue de la Gare. Au cours de la 2e moitié du XIXe siècle, la taille du faubourg est multipliée par trois : les constructions autrefois isolées, comme l'ancienne ferme du Pont, sont intégrées dans un front bâti continu. L'entrée du faubourg, près du carrefour du Lion, accueille même l'école de garçons à partir de 1847.

La vie du faubourg dans la 2e moitié du XIXe siècle

D'après les recensements, les habitants du faubourg sont, jusqu'au début du XXe siècle, des artisans, principalement des tisserands (très présents dans tous les faubourgs de Connerré) et des journaliers et cultivateurs. On relève également la présence de nombreux employés du chemin de fer, liée à la proximité de la gare. Bien que l'activité agricole recule à mesure que le faubourg se développe, celui-ci demeure un quartier artisanal, puisqu'on n'y trouve aucune industrie à l'inverse des autres quartiers de Connerré.

Vers 1862, l'aubergiste Louis Lecourt fait édifier, à l'entrée de la rue, le café-restaurant-hôtel de l'Ouest, véritable figure de proue du faubourg, dont la principale caractéristique est de posséder un pan coupé sur le carrefour du Lion. Très répandue en milieu urbain au XIXe siècle, la mode du pan coupé sur un angle de la voirie répond à la fois aux exigences de l'alignement et de la circulation, mais également à des critères esthétiques. L'utilisation de codes propres à l'architecture urbaine témoigne du fort développement de Connerré à cette époque et de la volonté de ses habitants de lui donner le statut de petite ville. En 1888, la municipalité fait établir une bascule publique au carrefour du Lion, devenu le principal lieu de vie de la commune après la place de l'église où se tient le marché.

Le carrefour du Lion remodelé au XXe siècle

La rue de la Gare a été peu affectée par les transformations du XXe siècle, si ce n'est celles de modernisation des maisons qui ont pu voir leurs façades remaniées. C'est principalement le carrefour du Lion qui connaît de grands bouleversements. En effet, avec le développement de la circulation automobile, ce virage très dangereux en bas d'une forte pente devient particulièrement accidentogène. Les maisons du virage sont très régulièrement heurtées de plein fouet et plusieurs morts sont à déplorer. Aussi, dès les années 1930, l'administration envisage une déviation complète du bourg. Plusieurs tracés sont étudiés, par le nord (via le carrefour du Lion), par le sud (du côté de Thorigné-sur-Dué), ou même un éventrement du centre-bourg par une large route. Un accident particulièrement violent, le 8 juillet 1938 (un camion-citerne s'écrase sur une maison, tuant deux personnes), marque fortement les esprits et accélère les procédures. Toutefois, faute de moyens suffisants et par peur de nuire au commerce local, on ne procède qu'à l'élargissement du carrefour, avec l'expropriation et la démolition de plusieurs bâtiments, notamment le café de l'Ouest, dont la saillie sur la voie publique était très importante (1939). Lors d'un bombardement pendant la Seconde guerre mondiale, quelques maisons du quartier sont également détruites.

Il faut attendre les années 1968-1969 pour voir finalement la concrétisation du projet de déviation et en finir avec la "tragique réputation" du carrefour de Connerré. Plusieurs maisons sont à nouveau démolies pour permettre le franchissement du Dué dans le prolongement de l'avenue Carnot. Large brèche (plus de 30 m) dans le bourg, la route sépare désormais très distinctement le quartier de la rue de la Gare du reste de l'agglomération. La fréquentation de la route est telle qu'un passage souterrain a été aménagé pour les piétons. Au cours du XXe siècle, l'ancien faubourg n'a pas connu d'autre transformation importante, si ce n'est la construction du bâtiment des bains-douches près du pont. En revanche, l'avenue Carnot a poursuivi son urbanisation, s'est bordée de pavillons, puis d'une médiathèque en 2015, et tout récemment d'une nouvelle gendarmerie. Une zone pavillonnaire dite des Grandes Landes s'est déployée derrière l'avenue et l'ancienne voie ferrée.

Période(s)Principale : Temps modernes, Epoque contemporaine

Situé au nord-ouest du bourg, l'ancien faubourg du Lion s'étire entre le carrefour du même nom et le pont sur l'Huisne, le long d'une rue principale, la rue de la Gare. Des voies secondaires viennent s'y greffer : la rue des Grandes Landes (ancien chemin du Mans via Montfort), la cour Haute, l'impasse du Moulin Bas et la rue des Lindennes longeant l'Huisne. La rue principale est disposée parallèlement au cours du Dué sur un terrain descendant en pente douce jusqu'à la rivière. La partie nord de la rue a été surélevée lors des travaux de construction du pont et de la levée vers la gare en 1858 : son niveau primitif se perçoit encore très bien au n° 27.

Le faubourg est délimité par trois bâtiments communaux : le presbytère et l'école Jean Rostand (ancienne école de garçons et mairie) d'un côté, l'ancien dispensaire/bains-douches (aujourd'hui bureaux) de l'autre. L'ancienne ferme du Pont (et peut-être une autre sur la cour Haute ?) est le seul ensemble agricole encore visible. L'ancien moulin Bas, transformé en maison, a été totalement remanié et a perdu sa roue et tous ses mécanismes. Il subsiste toutefois la chute d'eau et les vannes. Le reste du faubourg est bordé de maisons individuelles généralement mitoyennes, pour beaucoup avec un niveau de soubassement du fait du dénivelé. La maison-type du faubourg (par exemple, le n° 44) est une maison en rez-de-chaussée à deux pièces, sur étage de soubassement, avec parfois un comble à surcroît éclairé par une lucarne passante. Les principaux décors sont les encadrements de baies en brique et la corniche en briques ou en pierre. La lucarne fait parfois l'objet d'un traitement particulier (fleurs ou volutes sculptés, comme au n° 36). Le jardin s'étend à l'arrière de la parcelle.

Quelques maisons font toutefois exception. Certaines, situées du côté du bourg, sont plus larges et disposent d'un étage carré : c'est le cas par exemple du n° 28 qui présente un décor de briques exceptionnel à Connerré, ou du n° 22 dont le décor alternant brique et calcaire et le traitement du pan coupé se retrouvent notamment dans le faubourg du Groisillé. Le n° 11 a conservé son volume du XVIe siècle avec sa haute toiture pentue. Enfin, on remarque aux n° 33 et 35 deux petites maisons symétriques placées sous le même toit, avec au centre une lucarne unique percée de deux portes donnant accès aux fenils. Une poulie autrefois utilisée pour monter les sacs de grain est encore visible.

La large avenue Carnot, perpendiculaire au faubourg, présente un bâti beaucoup plus lâche témoignant de son urbanisation tardive et très progressive. On remarque trois types de maisons principales : des demeures à trois travées à tendance bourgeoise du XIXe siècle (par exemple au n°11, une autre a été démolie pour construire la médiathèque), une petite série de maisons accolées de type cité ouvrière du début du XXe siècle (du n° 25 au n° 41), et des maisons pavillonnaires construites dans la 2e moitié du XXe siècle dans le prolongement.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de la Sarthe ; 2 Mi 289. 1906-1936 : liste nominatives de recensement de population, commune de Connerré.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 2 O 90/7. 1888-1895 : bascule publique de Connerré.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 199, 200. 1840-1900 : alignements sur le chemin de grande communication n°21 de Tuffé au Grand Lucé, commune de Connerré.

Documents figurés
  • 1854 à nos jours : délibérations du conseil municipal de la commune de Connerré. (Archives municipales de Connerré).

  • 1771 et 1787 : plan du bourg et plan terrier de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; 1 Fi 663).

  • XVIIIe siècle (vers 1770 ?) : plans du bourg de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; C add 94).

  • 1771 et 1787 : plan du bourg et plan terrier de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; 1 Fi 663).

  • Cartes postales anciennes, commune de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; 2 Fi).

  • Années 1950 : photographies aériennes du bourg de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; 13 Fi 50 à 54).

  • 1853 : projet de plan d'alignement du bourg de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; 3 O 753).

  • 1836 : plan cadastral napoléonien de Connerré. (Archives départementales de la Sarthe ; PC\091).

  • 1938 : plans de projets de réaménagement du carrefour du Lion et de contournement du bourg de Connerré, photographies du carrefour et d'accident survenu à cet endroit. (Archives départementales de la Sarthe ; 2 S 672).

  • Collection de cartes postales et photographies anciennes, Connerré. (Archives municipales de Connerré).

  • Collections particulières de cartes postales et de photographies anciennes, Connerré. (Collection particulière).

(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Pays du Perche sarthois - Barreau Pierrick
Pierrick Barreau

Chercheur auprès du Pays du Perche sarthois.


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