Dossier d’œuvre architecture IA85002742 | Réalisé par
Suire Yannis (Contributeur)
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée depuis 2017.

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  • inventaire topographique, Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
Barrage éclusé de la Vieille Sèvre à Bazoin
Auteur
Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général
  • (c) Conseil départemental de la Vendée

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
  • Commune Damvix
  • Lieu-dit Bazoin
  • Cadastre 1835 E 1520  ; 2021 AN 1
  • Commune Maillé
  • Lieu-dit Bazoin
  • Cadastre 1835 D 1478  ; 2021 OD 889

Un premier barrage éclusé en 1858

Si les ouvrages (canal et barrage) du Nouveau Béjou sont créés dès les années 1830, il faut attendre 1858 pour qu'il en soit de même sur le cours de la Vieille Sèvre. En fait, un premier barrage éclusé est établi dès 1853-1854 bien en amont de Bazoin, à la confluence entre la Vieille Sèvre et la Vieille Autise. Il s'agit alors d'une écluse en bois, avec barrage à aiguilles. Mais en 1855, cet ouvrage cède sous la pression de l'eau. Le 25 août, l'ingénieur en chef Joseph Maire rend son rapport sur le sujet : l'ouvrage était fragilisé par la nature du sol et l'insuffisance de ses fondations. Il précise : "Cette expérience fait connaître que dans ce terrain, il faut agir d'une façon plus énergique et qu'il faut établir un barrage avec toutes les conditions de solidité et de réussite nécessaires pour qu'il ne fallut par y revenir encore."

Maire propose alors de déplacer le barrage éclusé en aval, à Bazoin, et de le concevoir ainsi : un grand pertuis central constitué de six barrages à poutrelles, deux pertuis latéraux avec barrages à aiguilles, et enfin une écluse à sas, à parois verticales. L'ouvrage, et notamment l'écluse, sera construit en prenant sur la rive droite du fleuve (mais il n'est pas encore question de séparer l'écluse et le barrage par un îlot). Le projet (qui comprend aussi la construction du barrage éclusé sur le Mignon) est approuvé par décision ministérielle du 28 mai 1856.

Adjugés le 21 août à François Bourdin, maître charpentier à Niort (le même qui avait construit le premier ouvrage en 1853-1854), mais sans doute retardés par la mort prématurée de Joseph Maire en 1857, les travaux ne se déroulent qu'entre août et décembre 1858, comme le montrent les rôles des journées de travail des employés. Il semble aussi que le projet initial de Maire soit modifié : l'écluse et le barrage, qui devaient être accolés, se retrouvent séparés par un îlot de plan triangulaire, seule l'écluse étant construite en creusant une dérivation dans la rive droite du fleuve, tandis que le barrage est édifié sur son cours même.

La reconstruction de l'ouvrage en 1868

Le barrage éclusé ainsi construit montre toutefois à son tour rapidement des signes de faiblesse. De plus, on constate que son ouverture (huit passages au total) est excessive et, peu après sa mise en service, ses six barrages à poutrelles sont cloués et condamnés. Sa reconstruction est dès lors envisagée et intégrée au programme d'amélioration de la Sèvre fluviale approuvé par décret impérial du 2 novembre 1866. Le projet de reconstruction est présenté le 20 septembre 1867 par l'ingénieur ordinaire Espitallier. Il se monte à 70 000 francs.

L'écluse sera reconstruite au même emplacement, mais, prenant acte du fait que l'ouvrage est régulièrement submergé par les inondations, on remonte sa cote d'un mètre, prenant pour référence la crue de 1859, particulièrement importante. Le sas de l'écluse sera agrandi à 5,20 mètres de largeur entre les bajoyers et à 34 mètres de long. L'écluse sera formée de deux têtes en maçonnerie, avec talus en perrés maçonnés, et d'un sas droit à parois inclinées. Le bri étant ici trop mou, on renoncer à des fondations en béton au profit d'un grillage en bois plus classique, noyé dans le béton du radier et soutenu par 18 pieux en sapin, de 7 mètres de long, une technique employée peu auparavant pour le pont de La Grève-sur-Mignon et pour le barrage sur le canal du Sablon, à Vix. Quant au nouveau barrage, il comprendra deux pertuis commandés par des poutrelles. Chaque pertuis aura 5,20 mètres de large, espace suffisant pour faire passer les plus gros bateaux lorsque l'écluse sera fermée pour entretien. Le radier du barrage reposera sur des pilotis, comme l'écluse, en reprenant les principes qui ont prévalu au barrage du Nouveau Béjou construit en 1838 et qui donne toute satisfaction. Pour construire l'écluse et le barrage, on emploiera les moellons et la pierre de taille des carrières de Benet et de Bégrolles, près de Niort, ainsi que le sable de Coulon et la chaux de Marans. A noter enfin que la terre prélevée lors du curage de la Sèvre de part et d'autre de l'ouvrage, servira à surélever les chemins de halage.

Le 26 septembre, l'ingénieur en chef Evrard donne son approbation au projet, rappelant que le type d'écluse envisagé, à parois inclinées, permettant de faire passer des bateaux plus grands, a déjà été mis en oeuvre avec succès aux écluses de Comporté et de la Tiffardière, à Niort. Dès lors, le projet est approuvé par décision ministérielle du 3 décembre 1867. Les travaux sont adjugés le 16 mai 1868 à Jean-Louis Bonneau, entrepreneur à Niort, boulevard Main. Les travaux commencent en juin. Les rôles des journées de travail des employés permettent là aussi d'en suivre la progression. Le 27 mars 1869, en prévision de la reprise du chantier, un arrêté du préfet de la Vendée interdit la navigation sur la Sèvre à partir du 1er mai. La navigation est alors déviée, à partir d'Arçais, par le bief Minet, la Grande rigole de la Garette et le canal du Mignon. En cette année 1869 pourtant, l'ouvrage n'est toujours pas achevé, faute de disposer de matériaux suffisants. Le 31 juillet, Bonneau est mis en demeure de terminer le chantier. Un surcoût de 4084 francs est constaté, notamment parce qu'il a fallu remplacer une grande partie du béton par des moellons pour les fondations des têtes de l'écluse. Les travaux sont finalement achevé en janvier 1870, et définitivement réceptionnés le 15 octobre.

La reconstruction du barrage en 1961

Le barrage sur la Vieille Sèvre est reconstruit à partir d'août 1960, dans le cadre des Grands travaux des marais de l'Ouest. L'opération, achevée en mai 1961, consiste à remplacer, pour chacun des deux pertuis, le système de barrages à poutrelles par des vannes levantes, soutenues par un portique en métal, et à abaisser le radier de l'ouvrage, le tout pour presque doubler son débit. Le chantier est mené par l'entreprise Truchetet et Tansini, de Paris. Pendant les travaux, un pont provisoire, constitué de barges assemblées, est établi en aval de l'ouvrage.

Dans les années 2010, l'ouvrage est concerné au premier chef par les opérations de restauration menées sur le site de Bazoin. Le pont mobile est rénové en 2010, et l'écluse est restaurée en 2018-2019 pour permettre une reprise de l'activité de plaisance.

Le barrage et son écluse sont établis sur le cours principal de la Sèvre Niortaise, juste en amont de sa confluence avec le Nouveau Béjou, le Vieux Béjou et, un peu plus loin, le Mignon. Séparés par un îlot de terre, le barrage est situé sur la rive gauche et l'écluse sur la rive droite. Les rives de l'îlot et des abords de l'ouvrage sont renforcées par des perrés en maçonnerie de moellons (îlot et écluse) ou en béton (barrage). Aux extrémités de l'îlot, ils forment des musoirs en arc de cercle. Des escaliers en pierre de taille ponctuent ces aménagements.

Le barrage, en béton, est constitué de deux pertuis séparés par une pile centrale, le tout franchi par un pont en béton. Chaque pertuis comprend une vanne de fond mue par deux crémaillères à crics, que soutient un portique en métal. L'écluse quant à elle comprend un long sas à parois inclinées, en maçonnerie de moellons (les culées de tête sont en pierre de taille). Il est commandé par deux portes busquées. Les vantaux des portes sont en métal, chacun équipé d'une passerelle et d'une vantelle à crémaillère pour le flux d'eau. Un pont-levis franchit l'écluse juste en aval de la porte de tête amont.

  • Murs
    • béton
    • métal
    • calcaire moellon
    • pierre de taille
  • Couvrements
  • Statut de la propriété
    propriété d'une association, Le barrage appartient à l'IIBSN (Institution interdépartementale de la Sèvre Niortaise), successeur de l'Etat (portique peint en vert).
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler