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Ancienne collégiale Sainte-Croix, puis maison canoniale, puis Maison Beauregard, actuellement siège du Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, 7 rue Jehanne-d'Arc, Montsoreau

Dossier IA49010739 inclus dans Château de Montsoreau réalisé en 2010

Fiche

Il faut définitivement considérer cet édifice comme étant celui qui succède à la collégiale Sainte-Croix de Montsoreau, dont une partie du gros-œuvre est toujours en élévation dans le mur nord. Il est possible qu'à l'occasion d'une réfection des enduits de la façade néogothique du bâtiment actuel l'on puisse procéder à un examen archéologique de ces maçonneries anciennes.

Par ailleurs, cette maison et ses dépendances témoignent des courants architecturaux que connut Montsoreau au XIXe siècle, passant du néoclassicisme au néogothique. Enfin, cette propriété reflète les transformations urbaines qui survinrent à Montsoreau au fil de ce même siècle, traduites ici par le changement d'orientation du bâtiment, qui ouvrait sur la grande rue du bourg avant que la Loire ne voit se tourner vers elle la façade principale.

Précision dénominationcollégiale
maison canoniale
maison
VocablesSainte-Croix
Appellationscollégiale Sainte-Croix, maison Beauregard
Destinationssiège du Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine
Parties constituantes non étudiéespetit parc
Dénominationséglise, maison
Aire d'étude et cantonFontevraud-l'Abbaye - Montsoreau - Saumur-Sud
AdresseCommune : Montsoreau
Adresse : 7 rue
Jehanne-d'Arc
Cadastre : 1813 B1 90 ; 2011 B 72, 74, 952, 953, 977

1. La collégiale Sainte-Croix

De son vivant, Jean III de Chambes (1445-av.1519), seigneur de Montsoreau, voulait faire construire, bastir et édiffier une belle et notable églize, près, joignant et dedans le circuit de son chastel de saditte baronnye de Montsoreau et qu'en icelle s'estoit efforcé de tout son pouvoir y fonder en l'honneur et révérance de la mort et passion de nostre Sauveur et Rédempteur Jésus Christ de sa benoiste saincte croix, voullant laditte églize estre intituléé du non de Saincte Croix, un convant de l'ordre des frères mineurs des Religieux de frère François de Paule. Le château de Montsoreau disposait déjà d'une église castrale, Notre-Dame-du-Boile (qui prit au XVIIe siècle le nom de Saint-Michel), qui avait été agrandie au XVe siècle d'une chapelle latérale, mais Jean de Chambes souhaitait édifier laditte nouvelle églize de Saincte Croix plus grande et magnificque et en lieu mieux convenable que l'ancienne, qu'il jugeait peu propice au recueillement par ce qu'elle est soubz le portal et entréé d'icelluy chasteau où le bruict continuellemant se faict plus qu'en autre lieu. Jean de Chambes avait ainsi entrepris une telle fondation avec s. François de Paule, mais à la mort de ce dernier (1507), les frères mineurs ne voulurent pas en accepter la charge. Il décide alors de fonder un couvent de Religieux réformez de l'ordre de monsieur sainct Augustin, sans y parvenir non plus. En dernier ressort, Jean de Chambes choisit de fonder une chapellenie séculière, mais meurt avant de mener son projet à terme. C'est donc par testament qu'il demande que soit instituée une telle fondation.

L'exécution testamentaire est assurée par Marie de Châteaubriant, sa veuve, qui fonde ainsi le 31 mars 1520 (n.s.) la collégiale Sainte-Croix de Montsoreau dotée d'un collège de six chapelains prébendés. Cette fondation est confirmée le 11 avril 1520 par François de Rohan, archevêque de Lyon, Primat des Gaules et évêque d'Angers, qui autorise le transfert des droits ecclésiastiques de l'ancienne église castrale Notre-Dame-du-Boile vers la nouvelle collégiale. Celle-ci dispose ainsi du statut d'église paroissiale du château, paroisse enclavée dans celle de Saint-Pierre-de-Rest, dont l'aire est limitée au château et à sa basse-cour et dont les paroissiens sont la famille seigneuriale, les chanoines et le personnel du château, serviteurs et domestiques.

Il est difficile d'établir la date de construction de la collégiale : en effet, il est probable qu'avant la fondation, du vivant même de Jean III de Chambes, le bâtiment ait été déjà édifié, du moins en partie, voire que les travaux aient pu être lancés dès l'émergence du projet élaboré avec s. François de Paule, dans les premières années du XVIe siècle. En 1520, lors de la fondation, Marie de Châteaubriant décrit ainsi une église certes inachevée, puisqu'il manque les lambris, huisseries et autels, mais dont le gros-œuvre et la toiture sont déjà bâtis. Il ne s'agit cependant pas d'une réaffectation d'un édifice plus ancien et la construction en est récente, puisqu'elle mentionne une nouvelle églize, de nouveau construicte.

L'emplacement de cette collégiale, disparue du paysage montsorélien depuis des siècles, a été plusieurs fois discuté et plusieurs hypothèses ont été formulées qui l'ont placée à plus ou moins grande distance du château. Ainsi, on l'a fréquemment localisée hors de l'enceinte urbaine, dans le quartier de la Fontaine, où elle fut confondue avec un vaste bâtiment médiéval aujourd'hui ruiné et qui reste à identifier avec certitude (il semblerait qu'il s'agisse d'une grange, qui pourrait avoir relevé de l'abbaye de Turpenay). L'étude de la documentation conservée permet de situer précisément la collégiale à l'endroit où s'élève aujourd'hui la maison du 10, rue Jehanne-d'Arc. La représentation des terres mouvantes du château de Montsoreau, datée des années 1636-1640, ainsi que celle du village de Montsoreau par Gaignières en 1699, plaçaient la ruine de la collégiale aux abords sud-est du château, conformément à la teneur de l'acte de fondation qui indiquait qu'elle était dedans les préclozures dudict chasteau [...] . C'est effectivement à proximité du château, à l'est, dans un espace clos au-delà des douves et non bâti, qu'est construite la collégiale Sainte-Croix.

Il est probable que, selon les volontés des fondateurs, les sépultures de la nécropole dynastique des Montsoreau, jusqu'alors à Notre-Dame-du-Boile, y furent transférées.

Après quelques décennies, la collégiale est mise à sac et ruinée lors des guerres de religion. Les témoignages et interprétations historiques divergent quant à la date de cette destruction, qui put se faire en plusieurs temps. C'est assurément de la collégiale Sainte-Croix qu'il est fait allusion parmi les dépositions reçues au greffe de Loudun en janvier 1570, lorsque Jehan Mestyvier témoigne du passage des armées huguenotes et évoque qu'en décembre 1568, il veit le feu ardant et flamboyant [...] en l'église de Monsoreau. Cette attaque est due aux troupes protestantes commandées par le comte de Montgommery, qui pillent et ruinent alors l'église (Jacques-Xavier Carré de Busserolle, donne pour ces faits la date de 1562, mais il faut sans doute y voir une coquille). D'autres dégradations ont pu survenir en 1587, lorsqu'Henri de Navarre, futur Henri IV, passe à plusieurs reprises par Montsoreau, avant et après sa victoire de Coutras.

Dans l'article de son dictionnaire qu'il consacre à Montsoreau, Célestin Port mentionne que l'église fut saccagée en 1607, au témoignage des Archives du Chapitre, par un parti de huguenots et ruinée, si ce n'est dès la fin du XVIe siècle. Postérieure à l'Édit de Nantes, cette date de 1607 est à rejeter : elle est bien trop tardive pour des destructions protestantes, même à les imputer à un "parti" (C. Port) d'exaltés, ce qui n'aurait pas manqué de défrayer les chroniques d'un Saumurois dominé par la personnalité de Duplessis-Mornay. Plusieurs auteurs ont cependant suivi Célestin Port, sans noter la prudence avec laquelle lui-même retenait cette date : il renvoie explicitement aux archives d'où il tire l'information et émet tout de même la vraisemblance d'une destruction plus précoce. La source de cette erreur est à prendre dans un document des archives du chapitre collégial, rédigé au milieu du XVIIIe siècle à partir de la compilation d'actes anciens et qui indique que l'église fut pillée et brûlée par les Huguenots vers l'an 1607, et le service en fut transféré à Saint-Michel [n.b. : c'est-à-dire Notre-Dame-du-Boile], l'ancienne église, vers l'an 1615. Dans la même liasse, un autre texte de 1731, date la réintégration de l'ancienne église castrale par les chanoines d'environ 1605, Sainte-Croix étant ruinée. Ces sources, toutes de seconde main, se contredisent donc, tant sur la date de destruction que sur celle du transfert du culte.

Parmi ces éléments de chronologie, la confrontation de la documentation permet d'établir qu'aucune destruction n'est à imputer aux troupes protestantes après les années 1590 et l'on peut donc penser que la ruine de Sainte-Croix date de 1568, peut-être aggravée en 1587. Il semble que l'on peut retenir le début du XVIIe siècle (vers 1605, 1615 ou plus probablement 1607 ?) comme période où il fut définitivement décidé de réinvestir l'ancienne église castrale comme lieu de culte pour la collégiale. Les seigneurs de Montsoreau ont en effet dû hésiter au moins plusieurs années, voire quelques décennies, à abandonner définitivement l'implantation choisie par Jean III de Chambes et Marie de Châteaubriant, avant, peut-être à court de moyens financiers, de renoncer à sa restauration pour se replier sur le site de Notre-Dame-du-Boile.

L'église Sainte-Croix reste dès lors à l'état de ruines tout au long du XVIIe siècle, comme l'attestent les sources iconographiques citées plus haut.

2. La maison

En 1737, on trouve mention d'une maison canoniale appellée Les Cloistres [...] size en la paroisse de Sainte-Croix du château de Montsoreau et confrontée, au sud, par l'église brûlée de Sainte-Croix. La maison, qui s'appuie, en fait, contre un mur de la collégiale ruinée, passe au doyen (ou chefcier) des chanoines et est agrandie avant 1789 ; la date de 1762 portée sur la porte piétonne de l'enclos, rue Jehanne-d'Arc, est peut-être à rapprocher des travaux qui transforment la maison. Il semblerait que ces remaniements s'appuient de part et d'autre du seul mur conservé en élévation de l'ancienne collégiale.

Lors de la Révolution française, la propriété et ses dépendances sont saisies et vendues comme bien national le 11 novembre 1790. C'est l'ancien chefcier, lui-même, Claude Martin Milocheau, qui acquiert alors l'ensemble, pour 4.700 lt. La propriété passe, par la suite, à Louis Nau père, maire de Montsoreau de 1815 à 1818, puis à sa veuve Catherine, née Sigougne. Entre 1790 et 1826, elle connaît encore des transformations, puisqu'à cette date la veuve Nau, qui y habitait, céda cette maison à son fils, à l'exception du bâtiment neuf, dans lequel elle se réserve encore une chambre haute.

Lors de la construction de la route départementale n°22, en front de Loire, Louis Nau fils s'engagea en 1828 à participer au financement des travaux à hauteur de 1.500 francs, en contrepartie desquels il obtint l'établissement d'une cale en long au-devant de sa propriété, actuelle cale du château. La Loire commence ainsi à jouer un rôle plus notable pour la maison, qui regardait jusqu'ici plus vers la Grande-rue (actuelle rue Jehanne-d'Arc) que vers la berge où au début du XIXe siècle ne prenaient place qu'un port d'échouage public et un quai inculte. C'est dans cette logique que Louis Nau fit édifier, vers 1839, un magasin en contrebas de la propriété, au droit de la cale. Adossé au château, ce magasin communiquait avec les caves de celui-ci, que Louis Nau tenait de sa femme, née Olympe Moricet.

Vers 1851, après le décès de sa mère dont il récupère la pleine propriété des biens, Louis Nau, qui s'était entre-temps établi comme négociant à Saumur, constitue un domaine rassemblant presque toute la partie est de l'ancienne basse-cour du château. Vers 1854, il remanie et agrandit également la maison, qu'il habitait probablement de manière saisonnière ou ponctuelle. C'est très certainement au cours de ces travaux que l'édifice est doté d'une façade néoclassique, ouverte vers la rue, au sud. À cette maison sont greffés d'autres bâtiments, à l'est, au nord et à l'ouest, qui semblent plus bas et sont édifiés là pour certains depuis sans doute le XVIIIe siècle. Le mur de la collégiale, enserré au cœur de ces constructions, forme le mur postérieur de la maison principale, au sud ; très épais, il n'est percé que de quelques portes qui assurent des communications à partir des bâtiments annexes. Au vu de la distribution des pièces, telle qu'elle est décrite en 1878, il est possible que ces bâtiments mitoyens aient été habités par des employés de maison du logis principal. Du jardin complanté de pruniers, Louis Nau fait un parc paysager où prennent place des pins et où il fait ériger, entre 1853 et 1858, un petit pavillon de jardin face à la Loire (voir dossier joint).

À la mort de Louis Nau, en 1871, la propriété passe à ses petites filles, Alice Salvages de Clavières et Olympe Letourneux de la Perraudière, nées Esnault de la Devansaye, qui la vendent en 1878, pour 18.000 francs à Edmond Mollay et son épouse Louise, née Muray. Négociant saumurois établi rue Dacier, Edmond Mollay fait remanier la maison. Il fait démolir les bâtiments mitoyens, sauf, au nord, la partie basse conservée comme soubassement de la terrasse qu'il y aménage, et ne conserve que la maison principale, contre laquelle il édifie des communs, à l'ouest. Il plaque sur la maison, au nord, une nouvelle façade de style néogothique, qui donne sur la terrasse et qui s'ouvre cette fois-ci largement au septentrion vers la Loire. Ces travaux sont achevés en 1886. L'épais mur de la collégiale est ainsi percé de larges baies et l'architecture néogothique qui y est appliquée s'accommode à merveille des embrasures ainsi ménagées dans la maçonnerie. La propriété prend le nom de "Beauregard" : en quelques années, en effet, la maison principale s'est retournée de la rue vers le fleuve et le château, objets dès lors de multiples vues. C'est dans le cadre des travaux menés entre 1878 et 1886 que le magasin flanquant le château est remanié et que d'autres dépendances (remises, communs) et un ample portail sont édifiés au nord-ouest de la propriété, sur la route de Loire, dans un style plus pittoresque mêlant tuffeau et brique. Dans le même temps, la plupart des anciennes dépendances sont détruites.

Au cours du XXe siècle, cet ensemble est morcelé et change plusieurs fois de mains. Les restaurations du château, engagées dès l'entre-deux-guerres sous l'égide du marquis de Geoffre, se traduisent par l'achat de la propriété en plusieurs étapes par le Conseil général de Maine-et-Loire. Tout d'abord, dès les années 1920, le magasin qui flanquait le château est arasé. Au début des années 1990, le reste de la propriété est acquis. Les communs et le portail en bord de Loire sont détruits pour aménager un parking et, par la suite, proposer une évocation de ce qu'était l'emprise des douves du château. La maison devient le siège du Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, créé en 1996, et les intérieurs sont totalement transformés pour accueillir des bureaux.

Période(s)Principale : 1er quart 16e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 4e quart 20e siècle
Dates1886, porte la date
Auteur(s)Auteur : auteur inconnu attribution par source
Personnalité : Montsoreau Jean III de Chambes, baron de
Montsoreau Jean III de Chambes, baron de
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Personnalité : Montsoreau Marie de Châteaubriant, baronne de
Montsoreau Marie de Châteaubriant, baronne de
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Personnalité : Mollay Edmond commanditaire attribution par source
Personnalité : Muray Louise commanditaire attribution par source

Cet édifice et son parc occupent un secteur qui faisait au Moyen Âge partie de la basse-cour, ou "boile", du château de Montsoreau. Cet espace, en couronne autour des douves, était réservé aux bâtiments relevant du château et de sa paroisse, parmi lesquels l'on trouve la cour de justice, la maison du sénéchal, des aires de service ou encore l'église castrale Saint-Michel et ses chapelles. L'ensemble était peut-être ceint d'une palissade ou d'éléments fortifiés, disparus. et édifice et son parc occupent un secteur qui faisait au Moyen Âge partie de la basse-cour, ou "boile", du château de Montsoreau. Cet espace, en couronne autour des douves, était réservé aux bâtiments relevant du château et de sa paroisse, parmi lesquels l'on trouve la cour de justice, la maison du sénéchal, des aires de service ou encore l'église castrale Saint-Michel et ses chapelles. L'ensemble était peut-être ceint d'une palissade ou d'éléments fortifiés, disparus.

1. La collégiale Sainte-Croix

La collégiale n'est connue que par les deux vues de 1636-1640 et 1699. Dans les deux cas, qui présentent de nettes similitudes, l'on ne peut s'en faire qu'une idée très vague. L'édifice s'élève sur le haut de la pente de la basse-cour est du château. Il semble ne compter qu'une nef unique à fond plat, assez ample et longue de trois travées. Le mur gouttereau nord est aveugle et le pignon oriental est ajouré d'une large baie haute, qui pouvait surplomber un retable. L'accès devait se faire en façade occidentale et il est possible qu'une passerelle ou un pont ait enjambé les douves pour que les communications avec le château soient plus aisées. Les textes sont peu disert sur le bâtiment, dont l'acte de fondation évoque seulement qu'il est magnifique et plus grand que l'église Saint-Michel. L'intérieur est lambrissé, sans doute partiellement. La collégiale accueillit la nécropole dynastique des seigneurs de Montsoreau et des sépultures purent y être pratiquées, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'église où se trouvait un cimetière qui resta celui de la paroisse du château jusqu'à la Révolution française.

Les vues ne montrent pas de cloître, qui, au sud, ne serait de toute façon pas visible, mais le nom de la maison canoniale qui fut érigée sur ses ruines, "Les Cloistres", pourraient laisser entendre qu'il en existât un ; toutefois, l'absence de toute description d'une telle structure en fait une hypothèse très ténue. L'ensemble prend place dans un enclos enfermant des jardins et dépendances, contenu entre la Loire, les actuelles ruelle du Four banal et rue Jehanne-d'Arc et les douves du château.

Les maisons qui se succèdent sur les ruines de Sainte-Croix ne sont connues que par des descriptions inégalement précises jusqu'à la fin du XIXe siècle.

2. La maison

De nos jours, la maison se présente extérieurement telle qu'elle est issue des transformations des années 1880. Dotée d'un toit à longs pans et pignons découverts, elle est couverte d'ardoises et bâtie en moyen appareil et en moellons de tuffeau enduits. Elle compte un étage et un comble à surcroît. Construite en bord de pente, elle dispose, au nord, d'une terrasse établie sur un soubassement. Intérieurement, les volumes ont été modifiés dans la majeure partie des espaces et les seuls éléments conservés de la distribution ancienne sont la salle ouest du rez-de-chaussée et la disposition de l'escalier, en fond de travée centrale.

Néoclassique, la façade sud, ancienne façade principale, est érigée au milieu du XIXe siècle en moyen appareil de tuffeau. Elle se compose de trois travées ordonnancées. Les travées latérales sont prolongées d'une lucarne à fronton-pignon et ailerons à volutes. La modénature est relativement sobre, mais élégante. Les fenêtres sont dotées d'un chambranle à fasces et la porte, encadrée d'un léger ressaut est coiffée d'une corniche. Un bandeau d'appui divise verticalement la façade, qui est encadrée de chaînes traitées en pilastres toscans. Deux autres pilastres du même ordre, dont les bases reposent sur la corniche de la porte, enserrent étroitement la baie centrale de l'étage. Les pilastres portent un entablement composé d'une architrave à deux fasces, surmonté d'une frise nue et d'une corniche à modillons. La travée axiale est amortie d'un petit fronton à modillons rampants coiffant la corniche. Ces modillons sont aussi présents sur les frontons des lucarnes.

Néogothique, la façade nord, débarrassée de ses appendices, devient, dans les années 1880, la façade principale dominant la Loire. Le mur résiduel de la collégiale qui la constitue, est enduit, comme le sont les pignons. A partir d'un mur désormais nu de toute construction et où les percements ponctuels sont sans doute anarchiques, le couple Mollay-Muray (d'où les initiales M et M qui encadrent la date de 1886, portées sur la lucarne axiale) fait réaliser une façade ordonnancée. Les deux travées latérales se distinguent nettement et sont composées de larges croisées inspirées de celles des derniers siècles du Moyen Âge, sans souci historiciste. Ces travées sont amorties par d'imposantes lucarnes à fenêtres pendantes dont le pignon découvert est percé d'un trilobe. La travée centrale, qui correspond à la cage d'escalier, est de bien moindre ampleur et n'est coiffée que d'une plus étroite lucarne à corniche cintrée qui n'évoque rien de médiéval. Au bandeau de niveau qui coiffe le rez-de-chaussée répond, entre l'étage et le surcroît, le larmier qui forme l'encadrement haut des baies, là aussi citation néogothique. Dans un même esprit, la porte d'entrée est traitée avec un décor de plis de serviette et une imposte évoquant une croisée. Les baies latérales sont dotées d'huisseries dont le modèle est ici encore médiéval ; l'importante embrasure des baies, pratiquées dans l'épais mur de la collégiale (d'à peu près un mètre d'épaisseur), se prête évidemment bien à un tel traitement et permet d'accueillir, comme dans leurs modèles du Moyen Âge finissant, les vantaux intérieurs de ces fenêtres. Entre les travées principales, de petites baies donnent le jour aux salles de toilette des chambres de l'étage et du comble. La terrasse, qui ouvre sur la Loire et les élévations orientales du château, est dotée d'un garde-corps ajouré d'hexagones moulurés qui conviennent à ce décor d'inspiration tardo-médiévale.

La composition de cette façade, plaquée sur un bâti préexistant, s'est jouée de la structure ancienne du bâtiment et notamment de la charpente. L'une des fermes reposait, ainsi, exactement à l'aplomb de l'endroit où il fut décidé d'édifier la lucarne est de cette nouvelle façade : à l'intérieur, un poteau de fonte soutient donc désormais l'entrait, au-devant même de la fenêtre.

C'est également un répertoire néogothique qui fut retenu pour édifier, dans la même campagne de travaux, les communs de la maison, qui la jouxtent, à l'ouest. Plus sobrement, l'on retrouve ici des baies coiffées d'un larmier et un trilobe ajourant le haut du pignon.

Le parc, dont la pente a été aménagée par des murs de soutènement, est formé d'une succession de terrasses et doté d'un petit pavillon de jardin de style néoclassique (voir dossier joint). Un cèdre du Liban, vraisemblablement planté lors des travaux des époux Mollay-Muray, à la fin du XIXe siècle, magnifie la propriété.

A mi-pente, deux caves voûtées, attestées au XVIIIe siècle, sont des vestiges des dépendances de l'ancienne maison canoniale ; elles étaient surmontées d'une grange et d'un pressoir, aujourd'hui disparus.

Murscalcaire
enduit
moellon
moyen appareil
Toitardoise
Étages1 étage carré, comble à surcroît
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
Couverturestoit à longs pans
pignon découvert
Escaliersescalier intérieur : escalier tournant à retours avec jour en charpente
Statut de la propriétépropriété du département

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Maine-et-Loire, Angers. 5 E 37 / 41. Notaires. Inventaire après décès des biens de M. et Mme Claude Moricet-Barré (30 juillet 1832).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 37 / 43. Notaires. Partage de la succession de M. et Mme Claude Moricet-Barré (23 mai 1833).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 37 / 126. Notaires. Vente par MM. et Mmes de Clavières et de la Perraudière (héritiers Nau) à M. et Mme Edmond Mollay-Muray (28 août 1878).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 38 / 53. Notaires. Donation et partage des biens de Catherine Sigougne, veuve Louis Nau, à ses enfants (13 mars 1826).

    AD Maine-et-Loire. 5 E 38 / 56. Notaires. Participation de Montsoréliens au financement de la route départementale n°22 (18 mars 1828).

    AD Maine-et-Loire. 1 Fi 22. Fonds iconographiques. Charte de la situation des terres mouvantes de Montsoreau (s. d., vers 1636-1640).

    AD Maine-et-Loire. 4 Fi 3447. Fonds iconographiques. Photographie du château de Montsoreau et de ses abords ( 1886).

    AD Maine-et-Loire. 4 Fi 4583. Fonds iconographiques. Photographie du château de Montsoreau et de ses abords ( 1886).

    AD Maine-et-Loire. 6 Fi 6587. Fonds iconographiques. Carte postale. Le château de Montsoreau, Neurdein éditeur (vers 1900 ?).

    AD Maine-et-Loire. G 1465. Clergé séculier. Chapitre de Montsoreau. Acte de fondation du chapitre Sainte-Croix de Montsoreau (31 mars 1520 n.s. ; copie collationnée à l'original le 17 avril 1676). Confirmation de la fondation par l'évêque d'Angers (11 avril 1520 « après Pâques » ; copie collationnée à l'original le 7 août 1731)

    AD Maine-et-Loire. G 1468. Clergé séculier. Chapitre de Montsoreau. Procédures sur les droits paroissiaux de la collégiale Sainte-Croix (1727-1754).

    AD Maine-et-Loire. G 1469. Clergé séculier. Chapitre de Montsoreau. Etat des revenus du chapitre Sainte-Croix (21 juin 1735).

    AD Maine-et-Loire. G 1475. Clergé séculier. Chapitre de Montsoreau. Déclaration féodale des domaines du chapitre Sainte-Croix, acte passé par Claude Lignis le 2 juin 1719 (copié et collationné à l'original par Me Despied, notaire à Fontevraud, le 22 août 1737).

    AD Maine-et-Loire. 1 Q 210. Biens nationaux. District de Saumur ; biens de la 1ère origine ; procès-verbaux d'estimation : Montsoreau (novembre 1790), ff°27v-28r.

    AD Maine-et-Loire. 1 Q 214. Biens nationaux. District de Saumur, procès-verbaux d'estimation des biens mobiliers de 1ère origine : commune de Montsoreau (11 novembre 1790).

    AD Maine-et-Loire. 1 Q 491. Biens nationaux. District de Saumur, procès-verbaux de ventes des biens mobiliers de 1ère origine, 5e état : maison de la chèvecerie, à Montsoreau (17 janvier 1791), pages 113-132.

Bibliographie
  • CARRE DE BUSSEROLLE, Jacques-Xavier. Notice sur les églises et chapelles de Montsoreau et de Rest (Maine-et-Loire), Suppligeon Libraire-éditeur, Tours, 1888.

  • NOBLET, Julien. En perpétuelle mémoire, collégiales castrales et saintes chapelles à vocation funéraire en France, 1450-1560, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2009.

  • QUINCARLET, E. Les protestants en Touraine. 1568. Bulletin de la société archéologique de Touraine, tome III, Tours : 1874-1876.

    p. 432-454
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Conseil départemental de Maine-et-Loire - Conservation départementale du patrimoine - Stalder Florian