Dossier collectif IA85059693 | Réalisé par
Suire Yannis (Rédacteur)
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée à partir de 2017.

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  • inventaire topographique, Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
Eglises, chapelles et abbayes des communes riveraines de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
Auteur
Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

  • Dénominations
    église, église paroissiale, chapelle, abbaye
  • Aires d'études
    Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
  • Adresse
    • Commune : Puyravault
    • Commune : Sainte-Radégonde-des-Noyers
    • Commune : L'Île-d'Elle
    • Commune : Vix
    • Commune : Maillé
    • Commune : Damvix
    • Commune : Le Mazeau
    • Commune : Benet

Des établissements religieux à l'origine des bourgs

Les premiers siècles de l'ère chrétienne dans la région sont marqués sur les anciennes îles et presqu'îles du Marais poitevin tout autant par des récits légendaires que par des faits historiques et archéologiques, les deux se recoupant parfois. La christianisation prend la forme d'épopées de saints et saintes locaux plus ou moins avérés, se matérialisant dans des lieux de culte et de pèlerinage parfois fréquentés jusqu'au XXe siècle, voire jusqu'à nos jours. On relève ainsi la chapelle de Cigogne, à Saint-Jean-de-Liversay, ou encore le petit oratoire aménagé dans le mur d'une ferme de Sainte-Radégonde-des-Noyers, et dédié à sainte Praxède ou "sainte Pissi". Saint Pient et sainte Macrine apparaissent comme les principales figures de ce martyrologe populaire local. Le premier est particulièrement vénéré à Maillé, où ont été fouillés les vestiges d'une chapelle et où le décor de l'église rappelle ce culte (statue, verrière) ; la seconde à Magné où une chapelle reçoit un pèlerinage encore aux XVIe et XVIIe siècles et jusqu'à nos jours.

En dehors de ces sites restés isolés, les premières églises, cœurs des nouvelles petites agglomérations, et auxquelles sont bien souvent liées un prieuré (à Sainte-Radégonde-des-Noyers, L'Île-d'Elle, Sainte-Christine, Saint-Jean-de-Liversay, Coulon, etc.), sont élevées sur les îles et presqu'îles, attirant autour d'elles les habitations. Les établissements religieux se développent dans la région autour de l'an Mil, un développement favorisé par la politique de donations opérée par les comtes de Poitiers, ducs d'Aquitaine, pour étendre leurs réseaux d'influence. Les bourgs et églises de Maillé, Taugon et La Ronde font ainsi partie des biens attribués à l'abbaye de Maillezais lors de sa fondation vers l'an Mil. En 1010, la terre et l'église de Damvix sont données par le comte Guillaume le Grand à l'abbaye de Saint-Maixent, tandis qu'en 1037, l'île et les marais de Vix échoient à l'abbaye Notre-Dame-hors-les-Murs de Saintes, tout juste créée. Puyravault se distingue par sa commanderie, sans doute fondée au XIIe siècle par l'ordre des chevaliers du Temple, tout comme celle de Sainte-Gemme, à Benet. Deux abbayes sont par ailleurs établies directement au bord de la Sèvre Niortaise : celle de Saint-Liguaire, créée dès 961 à la place d'une première église carolingienne ; et l'abbaye de la Grâce-Notre-Dame de Charron, établie en 1188-1189.

Les églises des paroisses riveraines de la Sèvre Niortaise subissent d'importants dommages pendant la guerre de Cent Ans, puis connaissent des reconstructions et réparations plus ou moins partielles. Certaines se parent ainsi, au XVe siècle et jusqu'au début du 16e, des caractéristiques architecturales de l'ère gothique finissante. L'église Saint-Etienne de Marans reçoit d'importantes transformations, avec la construction de la tour octogonale du clocher et l'élargissement de la nef et du chœur. Erigée en église paroissiale, l'église de Charron est dotée d'un clocher-porche sans doute dans la seconde moitié du XVe siècle. Les portes sud et ouest de l'église de Saint-Jean-de-Liversay, tout comme celles de l'église de Coulon remontent probablement à la même époque. A Puyravault, le portail roman de la chapelle templière est repercé d'un portail gothique, encadré des dates inscrites 1549 et 1552. Quelques années auparavant, en 1521, est achevée la reconstruction de l'église de Magné. L'édifice se distingue par son portail occidental, de style Renaissance.

Hautement stratégique au moment des guerres de Religion, le territoire est de nouveau ravagé en cette seconde moitié du XVIe siècle. Les églises n'échappent pas à de nouvelles destructions, la plupart perdant notamment leurs voûtes. Il faut ensuite de nombreuses décennies pour que ces églises se relèvent, souvent partiellement, et que des réparations soient effectuées, généralement à peu de frais, comme à Sainte-Radégonde-des-Noyers, à Taugon ou encore à Saint-Jean-de-Liversay. La remise en état des églises s'accompagne, lorsque les paroisses en ont les moyens, de l'acquisition d'un nouveau mobilier ou de nouveaux éléments de décor.

Aux XIXe et XXe siècles, des églises préexistantes renforcées et embellies, d'autres nouvellement construites

Au sortir de la Révolution, les églises de la région, rouvertes au culte après la signature du Concordat en 1801, apparaissent en mauvais état, voire en ruines. En ce début du XIXe siècle, les archives témoignent des réparations urgentes engagées, tant bien que mal, par des communes qui disposent de trop peu de moyens pour assumer de plus grandes ambitions. A partir des années 1840, quelques-unes se lancent toutefois dans des programmes de plus grande ampleur, un mouvement de reconstruction, totale ou partielle, qui ne va toutefois prendre véritablement son essor que dans la seconde moitié du siècle. Dans certaines communes, il ne s'agit que d'intervenir plus ou moins fortement sur les églises déjà existantes, notamment sur les clochers comme à Vix, Saint-Liguaire et Maillé, et les voûtes (Coulon, Magné, Benet). Les architectes fontenaisiens Jean-Firmin Lévêque et Auguste Garnereau sont particulièrement consultés, outre Jules Mandin qui intetvient particulièrement à Benet. Moins connue, l'église de Saint-Jean-de-Liversay n'en constitue pas moins un autre exemple marquant d'intervention majeure sur le bâti existant dans la seconde moitié du XIXe siècle, là aussi sur les voûtes. L'architecte rochelais Pierre-François Corbineau y rétablit les trois nefs perdues au XVIe siècle.

Certains édifices sont le théâtre de pèlerinages annuels particulièrement importants, attirant les foules des environs. A Taugon, un culte à Notre Dame des Sept douleurs ou de la Bonne mort est rendu, encore aujourd'hui, au mois de septembre en une chapelle particulière annexée à l'église, sans doute ajoutée dans les années 1870. Sainte Macrine est honorée sous la forme de statues et de verrières des XIXe-XXe siècles à Magné, Le Vanneau et Niort-Saint-Liguaire. A Magné encore, la chapelle Sainte-Macrine est reconstruite à partir des années 1860, tout en restant inachevée.

Les opérations les plus ambitieuses menées en cette seconde moitié du XIXe siècle, se traduisent par la reconstruction totale de plusieurs églises paroissiales, rendue nécessaire par le trop mauvais état des édifices antérieurs. Les ressources financières des communes sont alors mobilisées, avec l'aide indispensable de l'Etat, tout comme le talent des architectes de la région. Les églises qui sortent ainsi de terre, illustrent trois des grands courants architecturaux qui traversent la France à l'époque, soit les styles néo-classique, néo-gothique et néo-roman. Mises en œuvre dans les années 1850-1860, les églises de L'Île-d'Elle, Damvix et La Ronde font partie des exemples les plus significatifs d'architecture religieuse néo-classique particulièrement présente en Sud-Vendée mais aussi dans le Nord-Charente-Maritime. Toutes trois ont aussi en commun l'histoire longue et chaotique de leur réalisation, fruit bien souvent des querelles entre municipalités et paroisses, entre camp paroissial et camp anticlérical. Ces opérations fournissent malgré tout l'occasion à des architectes régionaux d'exprimer leurs talents, comme Lévêque, Garnereau, Corbineau ou encore Victor Clair.

La majorité des églises nouvellement construites dans la région dans la seconde moitié du XIXe siècle, permettent aux commanditaires et aux architectes de démontrer leur goût pour le style néo-médiéval, qu'il soit néo-gothique ou néo-roman. Il n'en demeure pas moins que les projets mettent là encore beaucoup de temps à aboutir, souvent pour des raisons financières. Tel est le cas par exemple, à partir de 1847, pour l'église d'Arçais, achevée en 1860 seulement. La municipalité du Vanneau-Irleau est autorisée par l'Etat à partager et vendre l'essentiel de son marais communal, en 1873 et 1876, pour financer la construction de sa nouvelle église, bel exemple d'architecture néo-gothique conçu par le Niortais Auguste Bergeron. Celui-ci adopte le même parti pris architectural pour Sansais, en 1879-1880.

Moins présent aux abords de la Sèvre Niortaise, le style néo-roman s'exprime ici plutôt à la toute fin du XIXe siècle et au début du 20e, avec la façade de l'église de Taugon, reconstruite en 1912 par l'architecte rochelais Jean Musset, et surtout l'église du Mazeau. Celle-ci fait d'ailleurs office de modèle du genre, comme le rapporte en avril 1899 le mensuel d'architecture L'Habitation pratique, qui en publie même les plans, signés par l'architecte fontenaisien Abel Filuzeau. En 1899 également, sont adjugés les travaux de construction de la nouvelle église Notre-Dame de Marans, qui oscille cette fois entre style néo-gothique et éclectisme, suivant la volonté de l'architecte poitevin Alcide Boutaud.

Pendant près d'un siècle, faute de financement, l'église de Marans va rester sans clocher et laisser un goût d'inachevé. Il faut attendre une donation effectuée en 1987 par un Marandais d'origine, Barthélémy Fabbro, pour permettre l'édification d'une flèche ajourée, en aluminium, qui vient coiffer le nouveau clocher-porche en béton. Elle rejoint dans le ciel au-dessus des abords de la Sèvre Niortaise, une autre réalisation d'architecture religieuse contemporaine : l'église de Vix. Construite en 1974, elle a succédé à l'ancienne église qui alliait l'abside d'époque romane, une nef sans doute du début du XVIIIe siècle, et le clocher à flèche en ardoise, édifié sans réelle ambition en 1830. D'inspiration finlandaise, sa construction a été supervisée par Guy Durand et Yves Ménard, architectes à La Roche-sur-Yon.

Un mobilier religieux enrichi aux XIXe et XXe siècles

Parmi toutes les églises (re)construites au cours du XIXe siècle, la plupart font l'objet dans le même temps de campagnes de reconstitution ou d'enrichissement de leur mobilier liturgique. Autels, statues, chaires à prêcher, chasubles, calices, ostensoirs et autres éléments d'orfèvrerie, plus ou moins fabriqués en série, viennent peupler les lieux de culte parallèlement à leur construction ou leur reconstruction. Ces acquisitions peuvent venir compléter un ensemble plus ancien, comme le maître-autel, les autels latéraux et leurs retables en l'église de Taugon, datés de 1833 et qui rejoignent le retable du XVIIe siècle. S'y ajoute en 1913 le décor peint de la voûte du chœur, par Henri Bonnet, de Bordeaux. A la même époque, le chœur et la voûte en bois de l'église de Damvix sont ornés d'un décor peint, dans le même style néo-classique que l'église, signé par Mathurin Guibert, peintre à Arçais.

Les projets de construction de nouvelles églises par les architectes de la région, incluent aussi parfois l'ornementation et le mobilier de l'édifice, dans un programme qui se veut global. Tel est le cas notamment pour l'église de La Ronde où Ernest Massiou réfléchit aussi à l'aménagement du chœur et, plus généralement, au mobilier de l'église, avec autel, tabernacle, fonts baptismaux, table de communion, chaire à prêcher, tribune, etc. Sans aller jusqu'à cette approche globalisante entre architecture et mobilier, certaines paroisses s'illustrent par une action déterminée pour embellir rapidement les églises nouvellement construites ou reconstruites. L'essentiel du mobilier de l'église de Sainte-Christine (Benet) est ainsi acquis au moment où peu après sa construction, en 1870-1873. A Benet, dans les années 1880-1900, à la suite des importants travaux menés dans l'église, le conseil de fabrique d'une part, de généreux donateurs d'autre part engagent l'acquisition en nombre d'ornements de diverse nature : chaire à prêcher, verrière de la baie d'axe, fonts baptismaux, etc.

A défaut d'actions tous azimuts, l'accent peut être mis sur un certain type d'ornementation, comme le vitrail. A la fin du XIXe siècle et au début du 20e, les ouvertures des églises, jusque-là pourvues de simples grisailles, s'ornent de verrières, figurées ou non. L'on fait appel aux ateliers bien connus de peintres-verriers du Grand Ouest, le plus représenté étant le Bordelais Gustave-Pierre Dagrand, comme à Coulon, Magné, Taugon et à Saint-Liguaire. A Sainte-Radégonde-des-Noyers, un ensemble de sept verrières se rapporte en 1941-1945 à la vie de sainte Radegonde, à celle de saint Fortunat, son ami poète, et au baptême du roi Clovis. A Damvix, en 1962-1963, le curé Pierre Renou commande un ensemble de treize verrières à Louis et Bernard Gouffault, peintres-verriers à Orléans, et à François Chapuis, dessinateur à Paris. Il fait aussi appel à Gaston Chaissac, pour une verrière du clocher-porche.

  • Période(s)
    • Principale : Moyen Age, Temps modernes, Epoque contemporaine

30 églises, chapelles et abbayes ont été relevées dans les communes riveraines de la Sèvre Niortaise, dans la traversée du Marais poitevin : 17 en Nouvelle-Aquitaine, 13 en Pays de la Loire. Toutes sont situées sur les anciennes îles et presqu'îles, là où s'est développé l'essentiel de l'implantation humaine (bourgs, villages...).

Ces édifices sont représentatifs des différents courants architecturaux et artistiques qui ont marqué le territoire depuis le Moyen Age : art roman (Benet, Maillé, Vix, Puyravault, Marans), art gothique et ses prolongements jusqu'à l'Ancien Régime (Benet, Magné, Coulon, Charron), architecture de la Renaissance (Magné), architecture néo-romane (Le Mazeau, Taugon), néo-gothique (Le Vanneau-Irleau, Sansais, Arçais, Saint-Jean-de-Liversay), néo-classique (Damvix, La Ronde, L'Île-d'Elle), architecture contemporaine (Vix, Marans).

  • Toits
  • Décompte des œuvres
    • étudié 30
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général
(c) Conseil départemental de la Vendée
Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée à partir de 2017.

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