De l'annexe du lycée de jeunes filles au lycée autonome
Dès 1944, la municipalité souhaite l'installation d'un établissement secondaire. Son enseignement s'effectue à l'hôtel des Palmiers appartenant à Louis Lajarrige, à la villa Manégor et dans des espaces annexes. Ici s'installent les filles du collège Manon-Rolland de Saint-Nazaire. Cette volonté initiale tend à prendre une ampleur nouvelle en 1947, lorsque l'inspecteur d'académie propose au maire une étude consistant en la création d'une cité universitaire comprenant une école hôtelière, deux internats, un externat et des terrains de sport. L'année suivante, le 23 janvier 1948, alors que le centre d'apprentissage hôtelier devient un collège technique hôtelier, ce même inspecteur trouve opportun de substituer le collège technique, celui de jeunes filles ainsi que le collège de Pornichet par un lycée avec un internat "pour inadaptés urbains" à condition que la ville cède un terrain à l'État.
Bien que ce projet ne semble pas avoir été totalement à son terme, la cession d'un terrain est validée par une délibération du 12 juillet 1948. Le maire, René Dubois, rappelle qu'une convention, passée le 19 décembre 1936 avec la Société Générale Foncière, a permis d'obtenir un terrain de 17 hectares au Bois d'Amour. En effet, une importante partie de ce territoire a été acquise en 1925 par la S.G.F. qui l'a détenait de Louis Lajarrige, le fondateur de la Société immobilière la Baule-les-Pins en 1921, à l'origine de la création de la station balnéaire. Onze de ces dix-sept hectares sont cédés à l'État, le 25 avril 1949. La parcelle est agrandie d'un terrain appartenant aux services des eaux, au nord-ouest du site, près de l'avenue de Tréméac. Celui-ci acheté en 1951 par la ville, le cède à l'État trois ans plus tard, selon le souhait de l'architecte. Un nouvel échange a lieu, en 1956, avec la Société Générale Foncière. Le 26 mars 1963, l'État achète la villa Mamounia, propriété communale depuis 1962. Sa situation, enclavée entre les deux entrées principales du lycée, lui confère un emplacement de choix pour y installer le logement du proviseur. Enfin, la création du parking, à l'ouest du site, sur un terrain concédé à la ville par l'État, en 1988, confère à l'établissement sa superficie définitive d'environ 13 hectares.
Parallèlement aux prémices de la mise en place administrative du lycée, les élèves du collège Manon-Rolland quittent l'hôtel et la villa, en 1951, pour retourner à Saint-Nazaire. Les locaux continuent à être occupés, tout comme l'école Paul Minot, car il devient une annexe du lycée Guist'hau, soit le lycée de jeunes filles de Nantes. Il change officiellement de statut une nouvelle fois, le 12 juillet 1959, lorsque M. André Boulloche, ministre de l'Éducation nationale, fait, par décret, du lycée de jeunes filles, un lycée autonome.
Programme pédagogique
L'établissement est destiné, selon les mots du maire, aux élèves de la Région, mais doit s'ouvrir de manière plus large aux "jeunes citadins dont les études sont souvent interrompues par les affections les plus banales, souvent récidivantes, et dont la fréquence ou la répétition entravent gravement la régularité du cycle scolaire". De plus, son implantation dans une station balnéaire doit [leur] permettre de bénéficier des "brises marines, [du] rythme de la houle, [des] étincelantes luminosités des ciels de cette Bretagne du Sud, comme au recueillement des nuits calmes sous la caresse des étoiles [favorables au] développement physique". C'est dans ce contexte que le lycée prend l'épithète de climatique ou de plein air dans lequel 500 internes et 300 externes doivent être accueillis au même titre que le lycée Grand-Air d'Arcachon.
Programme architectural
Cette réalisation est confiée le 28 décembre 1949 à Claude Béraud, Grand Prix de Rome en 1942, par le ministre de l'Éducation. Il souhaite "respecter le cadre naturel" pour que l'établissement garde "l'aspect d'un grand parc vivant et agréable, dans lequel la circulation se ferait en plein air". Ses premières intentions montrent, comme il l'explique lui-même, "des bâtiments […] sans aucune rigidité, […] de faibles hauteurs, [s'appuyant] le plus possible sur les courbes de niveau tout en recherchant l'orientation la plus favorable. Ils s'infiltreraient entre les nombreux arbres qui couvrent le terrain et, serrés en place, ils se dégageraient les uns des autres en s'échelonnant en hauteur sur les pentes du cirque que forment les dunes autour du plateau inférieur".
La réalisation, dont le projet est modifié par l'inspecteur général Peschard, mais, semble-t-il, aussi pour des raisons budgétaires, aboutit à un programme dont l'ambition formelle et la multiplicité des édifices est rognée au profit d'une diminution des espaces et d'une simplification des formes. Demeurent une stricte répartition entre les édifices dédiés aux filles, à l'est, aux garçons, à l'ouest, dont le trait d'union est généré par le bâtiment commun aux accès genrés. En contrebas sont installés le gymnase et les plateaux sportifs centralisant les trois entrées (garçons, principale, filles) dont l'emplacement s'est déplacé à l'ouest.
Les premiers travaux consistent, en 1952, en l'abattage des arbres. La même année la construction débute par l'internat (bâtiment C) et l'externat (bâtiment A) des filles autorisant une première rentrée le premier octobre 1954. En 1957, commence la deuxième tranche, dont le permis a été délivré le 7 décembre 1956 pour prendre fin en 1958. Elle correspond aux édifices K (réfectoires et classes spécialisées), L (cuisines) et M (infirmerie). Une dernière phase (1963-1967) comprend l'édification des bâtiments F et G, soient ceux de l'actuel collège, de la conciergerie (O), du gymnase (N) et de l'internat de garçons (H), ce dernier nécessitant la destruction du château d'eau en béton armé de l'ancienne usine des eaux. De manière contemporaine, mais non prévue au projet d'origine, est bâtie l'aumônerie. Elle est souhaitée par l'Association diocésaine de Nantes, en 1964, et réalisée par l'architecte baulois Gaston René Lellouche.
L'établissement se développe à partir des années 1990 où de nouveaux bâtiments participent à l'évolution des fonctions du site. L'agence Tetrarc réaménage, en plusieurs tranches le bâtiment K (1991-1996), notamment en restructurant la restauration, l'administration et en créant de nouvelles salles de cours, érige un auvent (1998) devant ce dernier puis, entre-temps, un CDI (1994). En 2008, le cabinet de François Guillou se charge du réaménagement des bâtiments A et K, avant de bâtir le foyer en lien avec le CDI. Enfin, de 2011 à 2013 l'agence Barre Lambot architectes réalise le nouveau gymnase en continuité avec la salle de sport initiale.
Docteur en histoire de l'art.