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Tuilerie, actuellement ferme, 58 et 60 rue Nationale

Dossier IA85002041 réalisé en 2018

Fiche

Parties constituantes non étudiéescour
Dénominationstuilerie
Aire d'étude et cantonVallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
AdresseCommune : L'Île-d'Elle
Lieu-dit : Bourg
Adresse : 58 et 60 rue
Nationale
Cadastre : 1834 E 485 et 489 ; 2017 AL 24

Ce site était occupé dans la seconde moitié du 19e siècle et au 20e siècle par une des tuileries que comptait la commune de L'Île-d'Elle. Dès 1869, selon le cadastre, Antoine Duron (1826-1888), tuilier, originaire de la Creuse, construit à cet endroit une maison, une tuilerie et un four. Auparavant (au recensement de 1866), il était tuilier dans le quartier de la route de La Rochelle (future tuilerie Rousseau), avec cinq ouvriers. Il agrandit sa nouvelle tuilerie en 1881. Ses fils Paul et Henri prennent un temps le relai. Après la mort d'Henri en 1903, la tuilerie est vendue en 1904 à Jean Gaborit, lequel la passe à son gendre, Eugène Jouberteau (1873-1914). Celui-ci fait démolir deux anciennes habitations en 1906 et 1911 et en fait construire une autre en 1908. La tuilerie exploite la terre argileuse de Soulisse, au sud-est du bourg, entre la route D 938 ter et le canal de Vix. Après le décès prématuré d'Eugène Jouberteau, la tuilerie est reprise en gérance par Charles Leforestier-Auger puis par Louis Texier qui la rachète. Aujourd'hui, le site abrite une ferme avec des dépendances récentes (hangars métalliques).

Période(s)Principale : 4e quart 19e siècle

De l'ancienne tuilerie, il ne reste presque aucun des bâtiments industriels (notamment la haute cheminée en brique qui surmontait l'ensemble ; et mis à part peut-être un ancien atelier au nord-est). Seule demeure une habitation, grand bâtiment couvert d'un toit avec une croupe sur le côté droit uniquement et des épis de faîtage en terre cuite. La façade, au nord, est couronnée par une corniche. Elle présente quatre travées d'ouvertures, avec encadrements et appuis saillants.

Murscalcaire moellon enduit
Toittuile creuse
Étages1 étage carré
Couvrements
Couverturestoit à longs pans croupe
Statut de la propriétépropriété privée

Annexes

  • Préparation et mise en oeuvre des tuiles de L'Île-d'Elle, souvenirs de René Durand (1925-2018), de Marans (Archives privées).

    "De tous temps, les tuiliers ont prélevé la terre entre la route de Fontenay et le canal de Vix, avant l'entrée dans le village, sur un terrain qui fut appelé par la suite "les Crujes". Ce mot rappelant parfaitement son apparence.

    L'extraction de la terre commençait après les gelées, au début du mois de novembre et jusqu'à la fin de l'année lorsque cela était nécessaire et si toutefois le niveau des eaux de pluie sur le terrain le permettait. Les fosses mesuraient en moyenne une dizaine de mètres en longueur sur quatre mètres de largeur et trois en profondeur. Il se tirait, bon an mal an, environ 1500 mètres cubes de terre selon les besoins.

    Il fallait tout d'abord enlever la couche de terre arable d'une épaisseur moyenne de 0,50 mètre environ, et l'on voyait apparaître la couche d'argile, le "bri", d'un gris bleuté, qui se lissait agréablement. On n'extrayait pas en-dessous de 2,50 mètres, soit 3 mètres du sol environ, car la couche inférieure de bri n'est pas pure. On y trouve diverses coquilles de mollusques bivalves déposées autrefois par la mer. La terre ainsi extraite restait en tas sur place se mûrir en attendant la reprise de la fabrication. La terre de bri impure était délaissée par la présence de ces coquillages qui blessaient les mains lors du broyage et malaxage d'une part, et de l'autre parce que ces coquilles éclataient lors de la cuisson en fragmentant la tuile.

    Lors de la reprise, les rouliers en apportaient de pleins tombereaux qu'ils déversaient dans une fosse cimentée pleine d'eau où elle séjournait toute la nuit. Le matin la terre était retirée progressivement de la fosse, broyée, pétrie, malaxée et distribuée aux divers ouvriers. Chacun étalait sa motte de terre sur son moule à l'épaisseur régulière exigée, en coupait prestement le pourtour. La tuile était reprise par un "poseur" muni d'un moule qui la formait, pour les placer sur les claies étagées des séchoirs couverts où elles restaient à tous vents durant une huitaine de jours.

    Avec l'industrialisation, le broyage et malaxage de la terre fut mécanisé ainsi que la découpe et sa mise en forme. Il fallait toujours les poseurs qui recueillaient, plaçaient sur les "pousse-pousse" à étages et parcouraient les couloirs pour déposer avec précautions les moulages sur les rayons clayés des séchoirs.

    Après le séchage, elles étaient exposées au soleil durant deux jours avant de les passer au four. C'était spectaculaire de voir sur cette esplanade, dressées vis-à-vis, ces tuiles comme pour une parade, mais si un orage menaçait, c'était l'appel au peuple et aux bonnes volontés pour tout garer avant la bousculade (...).

    [J'ai vu] les fours de la tuilerie Rousseau situés entre la route et la voie de chemin de fer qui contournait l'ensemble de la tuilerie. Ce n'était pas des fours bâtis en surélévation. Ils ne dominaient que de peu les tas de charbon à proximité. De la route on voyait les pierres noircies et calcinées. Il fallait donc descendre pour charger les foyers en contrebas. Le soir et la nuit, on avait l'impression, lorsqu'ils étaient allumés, l'un ou l'autre, d'un cratère de volcan qui enflammait le ciel étoilé. C'était féérique et dantesque à la fois. Gamins, nous qui n'avions vu et connaissions que le feu de la Saint-Jean et le feu d'artifice du 14 Juillet, nous avions l'impression de voir l'Etna et autres en éruption.

    Les tuiles étaient disposées par couches, debout serrées les unes contre les autres et appelées "pointes. Une dizaine de couches étaient ainsi superposées et chauffées durant deux jours et deux nuits sans interruption à la chaleur estimée de 1000 degrés, contrôlée par un chauffeur qui, sur place, entretenait les deux et surveillait les abords. Il régnait sur le pourtour une chaleur intensive. Les chauffeurs se relayaient et pouvaient se reposer sur une paillasse, dans une baraque attenante, dont la porte sans loquet battait au vent pour les maintenir éveillés. Les tuiles devaient rester dans le four encore pendant deux autres jours pour y refroidir lentement avant d'en être retirées. Devenues d'une couleur rouge, elles étaient classées bonnes à la vente."

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de la Vendée. 3 P 1222 à 1228, 3559. État de section et matrices des propriétés du cadastre de L'Ile-d'Ellle, 1835-1958.

  • Informations, documentation et notes de dépouillements d'archives fournies par M. René Durand (1924-2018), Marans.

Documents figurés
  • Plan cadastral de L'Île-d'Elle, 1834. (Archives départementales de la Vendée, 3 P 111).

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