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Prieuré Notre-Dame, puis faïencerie, mairie et justice de paix, ferme, actuellement lieu d'expositions, maisons, commerces, place du Général-Leclerc

Dossier IA72058922 réalisé en 1978

Fiche

Genrede bénédictins
VocablesNotre-Dame
Destinationsgalerie d'art, maison, magasin de commerce, restaurant, hôtel de voyageurs
Parties constituantes non étudiéescloître, bâtiment conventuel, jardin, cour, fournil, colombier, portail, mur de clôture
Dénominationsprieuré, faïencerie, mairie, tribunal, ferme
Aire d'étude et cantonTuffé
AdresseCommune : Tuffé Val de la Chéronne
Adresse : place du
Général-Leclerc
Cadastre : 1831 D2 138 à 143, 147 à 149 ; 2019 AC 51, 205, 206, 330, 331, 436

De l'abbaye de femmes au prieuré mauriste

Un premier monastère de bénédictines, dédié à Notre-Dame et aujourd'hui totalement disparu, fut fondé dans le 4e quart du VIIe siècle par une veuve nommée Loppe qui transforma sa maison (domus) en église, lui adjoignit un cloître, fit venir des moniales de Sainte-Marie du Mans et la dota de sa villa de Thufiasco et ses appartenances avec l'accord de l'évêque du Mans Béraire (vers 658-vers 673). Ce petit monastère (monasteriolum) était réédifié et amélioré par son successeur Aiglibert (673 ou 674-679-698 ou 699). Rétabli par Hugues Doubleau entre 1015 et 1031, il fut donné en 1070 par Hamelin de Langeais à l'abbaye de bénédictins de Saint-Vincent du Mans, à charge d'y entretenir six moines dont trois prêtres. De ce second établissement subsisterait, d'après l'étude de l'archéologue Jean-David Desforges, quelques bribes de maçonnerie du pavillon actuel et notamment le piédroit et le départ de l'arc d'une porte cintrée.

L'élément le plus ancien conservé en élévation complète est le bâtiment des hôtes (boulangerie sur un plan de 1654) donnant sur la place du Général-Leclerc. Bien que largement remanié par la suite, il conserve une charpente à chevrons formant fermes et des ouvertures chanfreinées sur les pignons, ainsi que les traces d'une tour d'escalier flanquant le pignon ouest. De telles dispositions invitent à une datation de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle. On y observe également une cheminée vraisemblablement de la 2e moitié du XVIe siècle. En commende entre 1492 et 1509, voire 1515, date du décès du prieur commendataire Jean de Ronsard, abbé de Saint-Calais, le prieuré était placé en 1527-1528 sous l'autorité de la congrégation de Chezal-Benoît introduite à l'abbaye Saint-Vincent dès 1501. Un culot sculpté et daté de 1527 laisse penser que les voûtes du bâtiment sud dont on voit aujourd'hui l'arrachement furent posées à cette date. Des mémoires de travaux de 1640 attestent du développement du système hydraulique (étang, réservoir, viviers, canaux) et des parties agricoles (grange dîmeresse, pressoir, deux étables ou écuries dont une nouvellement construite), visibles avec le logement du fermier et le colombier sur le premier plan connu, levé en 1654 pour Guillaume de Rieux, premier prieur claustral nommé par le chapitre général de la congrégation mauriste introduite à Tuffé en 1646.

La reconstruction mauriste

En 1685, des marchés étaient passés avec Pierre Pesche, maître maçon à La Ferté-Bernard et Joseph Jouin, charpentier au Mans pour la construction d'un logis de 84 pieds (27,7 mètres) de long sur 33 pieds (10,89 pieds) de haut, flanqué d'un pavillon de 24 pieds (7,92 mètres) de large à chaque extrémité, et de deux ailes en retour, l'une vers l'église, de 47 pieds (15,51 mètres) de long, l'autre de 63 pieds (20,79 mètres) pour les lieux communs. La pierre de taille provenait de Vouvray-sur-Huisne, de Masle ou de Marcilly près de Bellême et le tuffeau de Chéronne (Tuffé). Le décor sculpté était l'œuvre de Jean Chaperon, frère convers du prieuré qui dirigeait l'exécution des chambranles, lucarnes, cheminées de pierre et menuiseries. Les travaux étaient achevés en 1690. Le corps de logis à pavillons donnant sur la terrasse n'avait pas l'ampleur figurée sur la vue cavalière du Monasticon et l'aile en retour sur l'église s’accolait sans doute à la cuisine et au réfectoire du plan 1654. La construction du nouveau cloître par les fils Pesche, Jean et Pierre, de 1723 à 1743, acheva la transformation des lieux réguliers organisés au nord-ouest de l'église autour de l'ancien jardin clos du plan de 1654. De 1749 à 1757, les fenêtres du bâtiment du dortoir étaient pourvues d'huisseries à petits bois et grands carreaux à commencer par celles de cellules affectées par des réaménagements. Neuf d'entre elles étaient réunies trois par trois pour former trois appartements dont celui du prieur et celui du procureur. Les cellules étaient lambrissées et plafonnées, équipées de cheminées et meublées. A la fin de l'année 1690, le bâtiment des hôtes était prolongé par des logements de serviteurs donnant sur le cimetière. En 1724, quatre chambres aux fenêtres ouvrant sur le cimetière y étaient également aménagées et deux dans le pavillon surmontant l'entrée, signalé dès 1640. D'après une visite de 1768, l'hôtellerie et le bâtiment du pavillon étaient deux corps de bâtiment dont l'étage était distribué par un escalier débouchant dans une galerie, close dans le cas de l'hôtellerie et ouverte dans celui du pavillon. Le mur des chambres du pavillon donnant sur la galerie était en pan-de-bois. Toutes les fenêtres étaient vitrées de losanges en plombs.

La dernière campagne de travaux porta sur le système hydraulique et les jardins. Une allée de marronniers d'Inde avait été plantée en 1700 entre le canal de l'étang et le chemin de Chéronne et une grande allée de charmes est signalée en 1709. En 1755, le canal fut approfondi et élargi, l'étang fut remis en eau et repeuplé. Des ormes et des charmes furent plantés. Le creusement d'un canal de 70 toises (environ 136 mètres) de long et de 6 pieds de large remit en cause certaines plantations de 1755 qui furent refaites sous la direction de Hainaut, maître jardinier au Mans, qui multiplia les charmilles. La visite de 1768 portant sur les jardins potager, les vergers et les jardins d'agrément, inventorie des pommiers, pommiers nains taillés en boule, des poiriers en boule ou en espalier, des pruniers, cerisiers, guigniers, pêchers, amandiers, abricotiers, des treilles, des groseilliers, des genêts d'Espagne, des coudriers, un laurier palme et des tilleuls. Dans le jardin du cloître, planté de huit ifs, les fleurs de diverses espèces (rosiers chèvrefeuilles, œillets) sont entourées de bordures de bois formant des motifs. Ailleurs les charmilles formaient des allées et des cabinets ou salles. Le jardin de l'île recréé en 1758 comportait deux étendues de gazon avec un cadran solaire de marbre sur pieds, 59 ormeaux taillés en boule avec leurs caisses de charmilles, 130 ormeaux en éventail, huit bosquets de charmilles et une petite charmille le long de la douve allant vers la Chéronne. Les allées étaient sablées. Une pépinière de 800 sauvageaux complétait l'ensemble. Le jardinier disposait d'un réservoir et d'une serre.

L'église priorale disparue

Relativement au reste du prieuré, l'église subit peu de transformations. Décrite dans la notice du Monasticon comme une vaste église romane, elle avait été vraisemblablement réédifiée peu après la donation de 1072 aux bénédictins de Saint-Vincent, puis remaniée à plusieurs reprises d'après la même source. Elle présentait en 1654 un plan à nef raccourcie avec de courts collatéraux, un large transept à absidioles orientées, l'une déjà remplacée par une sacristie, et un chœur à partie droite terminée par une abside. Ce plan et la position de l'église laissent penser que peut-être une véritable nef longeant le côté ouest du cloître n’aurait jamais été réalisée. En 1696, la flèche du clocher dans lequel fut montée une horloge était couverte d'un dôme, seul élément sans doute repris du projet de rénovation conservé avec le plan de 1654. Ce projet non réalisé esquissait des façades de style baroque, avec portail à fronton, contreforts à ailerons, fenêtres en plein cintre et oculi, lanternons coiffant la croisée et le clocher, etc. En 1726, le retable du grand autel fut supprimé et les cloisons isolant le chœur liturgique abattues. Le mobilier fut renouvelé et enrichi. En 1756, la flèche était abattue par une tempête et remplacée par une petite construction de fortune. En 1761, la couverture était remise en état et des chaînages étaient posés pour sauvegarder les voûtes du chœur menaçant ruine. Ceux-ci s'avéreront inefficaces.

L'église cessait d'être utilisée après la suppression de la conventualité du prieuré en 1768, alors qu’il ne restait que deux moines sur place. La visite de 1771 montrait sa dégradation : les piliers de la croisée du transept s'étaient écartés et la voûte menaçait de s'effondrer avec une partie des murs. Selon le procès-verbal, l'église mesurait 100 pieds de long, 60 de large au niveau du transept et 28 au niveau du chœur. Elle était couverte d'ardoise. Elle était démolie après la visite de 1771, le montant des travaux pour sauvegarder cet édifice devenu inutile étant beaucoup trop élevé. Les matériaux récupérés étaient alors destinés à la réparation des domaines du temporel du prieuré.

Les réaffectations au XIXe siècle

Le domaine du prieuré comprenait la ferme adjacente et sa cour close de murs. Les dates 1772 et 1780 que l’on retrouve inscrites à plusieurs endroits (caves, laiterie, fournil) suggèrent que les bâtiments, notamment les galeries du cloître, furent modifiés voire détournés de leur utilisation primitive dès avant la Révolution, peut-être par les Lebourdais alors fermiers du lieu. Vendu comme bien national, le prieuré fut acheté en 1791 par Jean Galmard qui y installa une faïencerie en 1798. La terre à faïence était préparée dans quatre fosses creusées dans le jardin. Le four à chaux ou à faïence était installé dans l'un des pavillons et divers ateliers occupaient les lieux réguliers. Deux moulins à bras à humidifier la terre occupaient la pièce nommée le Chapitre. La visite de 1812 mentionne aussi deux halles avec four (alandier repéré par les sondages archéologiques au bout de l’aile nord du cloître) dont l'une pour la fabrication des tuiles, pavés et briques. Deux moulins à broyer les couleurs à roue horizontale et traction animale avaient été installés dans le colombier. Jean Galmard logeait dans la maison manable, galerie ouest du cloître transformée en habitation. D'après l'enquête de l'an XII, la fabrique cuisait annuellement quarante fournées de vaisselle en faïence commune dite caillou achetée par une clientèle locale. Quatorze ouvriers y travaillaient. L'usine fut vendue aux enchères à la suite du décès de Jean Galmard en 1812 et achetée en 1817 par Marie-Louise Vallée, veuve Tuvache qui la loua à Augustin-Paulin Ledru, lequel poursuivra sa propre activité dans l'actuelle rue de la Gare à partir de 1826. Avant la levée du cadastre napoléonien en 1831, une partie des bâtiments conventuels étaient déjà détruits. La faïencerie du prieuré ferma ses portes vers 1832. Entre 1834 et 1843, une partie des bâtiments était louée par les Tuvache à la commune pour être affectée à la mairie et à la justice de paix. Les matrices cadastrales font état de nombreuses modifications du bâti : augmentation de construction enregistrée en 1837, démolition partielle de l'aile mauriste à l'exception du pavillon en 1872, nouvelle construction en 1874. Le plancher du comble du pavillon fut alors abaissé pour aménager des chambres supplémentaires, coupant les impostes des portes des anciennes cellules. D’autres constructions apparurent (grange accolée au pigeonnier, dépendances dans la cour du prieuré aujourd’hui détruites).

Depuis 1812 au moins, l'ancienne hôtellerie était la propriété du notaire du lieu. A partir de 1862, le bâtiment fut entièrement transformé (remaniement des façades, aménagement d'une partie du comble en chambres, ajout des lucarnes). Les matrices font état d'une augmentation et d'une diminution de construction en 1888 (enregistrée en 1891). Les jardins furent réaménagés et le grand poulailler dans la cour fut construit autour de 1900. A une date inconnue, l’ancienne porterie, qui abritait des chambres et une prison (une galerie y est également signalée en 1790), devint un hôtel-restaurant tenu par la famille Loiseau, sous l'enseigne de l'Oiseau Couronné (aujourd'hui Auberge de l'Abbaye). Les matrices y indiquent une augmentation et une diminution de construction enregistrée en 1844. Le bâtiment sur la droite, totalement remanié dans la 2e moitié du XIXe siècle, a abrité une quincaillerie puis une épicerie.

Aujourd'hui, un monument restauré et un lieu culturel

Une partie des bâtiments de l'ancien prieuré, utilisés comme habitation et exploitation agricole jusqu'au milieu des années 1980, sont rachetés par la municipalité, à savoir le pigeonnier, la grange et le cloître en 1985, puis le pavillon et les jardins en 2004. La même année se constitue l'association des Amis de l'abbaye de Tuffé, dont les missions sont la sauvegarde et l'animation du lieu, avec notamment l'organisation d'une biennale de céramique. Plusieurs campagnes de restauration sont menées : restitution de la toiture conique du pigeonnier (2004-2006), puis mise hors d'eau et ravalement des façades nord et ouest du pavillon. Une étude archéologique du bâti est alors menée par Jean-David Desforges, qui permet une meilleure compréhension des différentes phases de construction du pavillon subsistant, mais ne résout pas toutes les interrogations relatives à son agencement avec les autres parties du prieuré.

En parallèle, des jardins sont recréés en s'inspirant de l'histoire du lieu, avec une volonté pédagogique et durable. Différents espaces sont aménagés : promenade du prieur, jardins secrets, sous-bois, etc. La gestion raisonnée de l’arrosage et de l'alimentation des bassins est assurée par la mise en place d'un bélier hydraulique élevant l’eau de la Chéronne dans un réservoir placé au fond du jardin. Depuis 2017, le site du prieuré accueille également un point d'information touristique.

Période(s)Principale : limite 15e siècle 16e siècle, 2e quart 16e siècle, 2e moitié 16e siècle, 4e quart 17e siècle, 1ère moitié 18e siècle, 1ère moitié 19e siècle, 2e moitié 19e siècle
Secondaire : 2e moitié 20e siècle, 1er quart 21e siècle
Dates1527, porte la date
1685, daté par source
1723, daté par source
1772, porte la date
1780, porte la date
1862, daté par tradition orale
Auteur(s)Auteur : Pesche Pierre, père maçon attribution par source
Auteur : Pesche Pierre, fils maçon attribution par source
Auteur : Pesche Jean maçon attribution par source
Auteur : Jouin Joseph charpentier attribution par source
Auteur : Chapperon Jean, frère sculpteur attribution par source

L'ancien prieuré s'étend sur un vaste terrain au cœur du bourg de Tuffé à côté du presbytère, de l'église paroissiale et de l'ancien cimetière aujourd'hui place du Général-Leclerc. Son emprise de 1654 est encore repérable. L'ensemble était ceint d'un mur dont il subsiste quelques portions, notamment entre le jardin et le presbytère, où le mur enjambe l'un des bras de la Chéronne. Au début du XXe siècle subsistait encore une des tours de la clôture (à l’angle de la rue de la Gare et de l'impasse du Plan-d'Eau).

Les bâtiments donnant sur la place

Le front nord de la place du Général-Leclerc est entièrement bordé de constructions relevant de l'ancien prieuré : la porterie, un bâtiment non identifié et l'ancienne boulangerie-hôtellerie. La porterie, aujourd'hui rattachée à l'hôtel-restaurant et incluse dans un bâtiment remanié aux XIXe et XXe siècles, est un passage couvert en anse de panier. Côté place, il est en pierre de taille et orné de sommiers et d'une agrafe saillants, surmonté d'un bandeau, d'une corniche et de décors en bas-relief (stuc ?) représentant deux pots à fleurs et deux blasons sur un motif de cuirs découpés. La fenêtre qui surmonte le passage est ornée de pilastres et d'ailerons à volutes. Au revers du passage, l'arc est en pierre de taille et en brique alternées, de même que la fenêtre murée qui le surmonte. Une agrafe sculptée présente un médaillon ovoïde. Sous le passage, deux portes latérales en plein cintre sont aujourd'hui murées. Le bâtiment accolé vers l'est (aujourd'hui épicerie) a été entièrement remanié si ce n'est reconstruit. Sa fonction n'est pas identifiée, il n'apparaît pas sur le plan de 1654 où il semble à l'emplacement du chœur de l'église ; en revanche, il apparaît sur la vue cavalière du Monasticon.

Le bâtiment de l'hôtellerie, flanqué d'un passage couvert en brique rouge et jaune à motifs en losanges, présente côté place cinq travées de baies à encadrement en pierre de taille et brique alternées, ainsi que deux lucarnes sculptées d'ailerons et de frontons triangulaires à amortissements. Entre les deux s'élève une haute souche de cheminée en brique. La façade arrière possède quatre travées de baies en arc segmentaire à encadrement harpé en brique, ainsi qu'une lucarne en bois. Les pignons conservent des baies chanfreinées, celles du côté ouest donnaient dans une tour d'escalier visible sur les plans anciens et dont deux marches ont été retrouvées par les propriétaires. La toiture très pentue est couverte d'ardoise. A l'intérieur du bâtiment, totalement rescindé au XIXe siècle, subsiste une ancienne cheminée à corbeaux sculptés et une charpente à chevrons formant fermes fortement remaniée par l'aménagement de chambres dans le comble. Dans le jardin subsistent un puits, un bâtiment de dépendance masquant une ancienne porte en plein cintre, ainsi qu'un poulailler à façades en pignon couvert.

Le pavillon de l'aile mauriste

Le pavillon inclut la reprise d'un bâtiment antérieur à la reconstruction de 1685 dont les caves subsistent et un mur montant de fond dont une chaîne d'angle est visible dans le mur est au niveau du premier étage. La régularité des façades est et sud semble confirmer que l'édifice construit entre 1685 et 1690 s'arrêtait bien là et que le prolongement figuré sur la vue cavalière du Monasticon ne fut jamais construite. Toutefois, un large décrochement et l'emplacement et la datation des ouvertures de ce côté posent également question. Le départ du grand corps de logis vers l'église, dont le pavillon était une des extrémités, est visible dans la façade ouest. On y voit le départ de voûtes sur croisées d'ogives, une porte chanfreinée en hauteur attribuée à une tribune, ainsi que la porte du rez-de-chaussée à encadrement mouluré et fronton cintré restitué lors de la restauration du bâtiment. L'arrachement sur la gauche présente le départ de l'arc d'une porte plus ancienne. La composition de la façade est à deux travées et un étage est régulière, compartimentée par quatre bandeaux, des chaînages d'angle alternant brique et pierre de taille et une imposante corniche moulurée à denticules. Les baies en arc segmentaire présentent des encadrements en brique et pierre de taille et des agrafes saillantes : entre celles du rez-de-chaussée apparaissent les traces d'un grand bas-relief (couronne de laurier ornée de rubans ?). La façade nord montre les arrachements du reste de l'aile mauriste (grande pièces à voûte d’arêtes) et d'une aile du cloître, ainsi qu'une porte à encadrement mouluré. Le bâtiment est couvert d'un toit à longs pans et à croupe couvert de tuile plate, sommé d'épis de faîtage en terre cuite.

Les salles du rez-de-chaussée sont couvertes de voûtes en arc de cloître. Une d'elles possède une cheminée sculptée d’un grand portrait de Louis XIV en médaillon (copie de l'original en plâtre sur armature métallique), encadré de lourdes guirlandes végétales retenues à la tête d’un putti, au-dessus de la corniche à denticules. L'escalier, à rampe à balustres de bois visiblement remontées (certaines à l'envers), est couvert d'un berceau, dont les culots sont sculptés de têtes de putti ailées. La partie haute de l'escalier, en retour, semble également avoir fait l'objet d'un remaniement. A l'étage, deux des cellules isolées subsistent encore, les parties supérieures des portes sont visibles dans le comble suite à l'abaissement du plancher. Cette opération a permis de ménager dans le comble des chambres délimitées par des cloisons en pan-de-bois et desservies par l'escalier suspendu à rampe à balustres de fonte situé dans un angle du palier de l'étage carré. Des pavages noir et blanc recouvrent le dallage d'origine au rez-de-chaussée et dans le couloir de l'étage. Le dallage des cellules a été recouvert d'un plancher, vraisemblablement au moment de la pose des cheminées de marbre. Au début du XXe siècle, un chauffage central à eau a été installé avec une chaudière Chappée de type AY 2 et des radiateurs de l'International Radiator Company.

Le cloître

Il subsiste l'aile ouest dans son intégralité et une portion de l'aile nord, soit environ un tiers du cloître. Une partie des arcades murées a été dégagée lors de la restauration du prieuré, les autres restent lisibles dans la maçonnerie, avec leur profil en plein cintre alternant brique et pierre de taille calcaire, avec sommiers et agrafes saillants. Elles sont surmontées d'un bandeau et d'une corniche moulurée. La façade postérieure a été remaniée lors de la transformation en logement, et percée de baies à linteau délardé. Le bâtiment est couvert de tuile mécanique.

L'intérieur, aujourd'hui divisé, conserve ses voûtes d'arêtes rythmées par les doubleaux et les liernes, en parties masquées par un plafond. Des arrière-voussures assurent la transition entre la voûte et les arcades. Deux portes similaires ouvrant vers la cour de la ferme conservent leur décor sculpté à pilastres, tourné vers l'intérieur et semble-t-il inachevé. Deux fours à pain y ont été aménagées, ainsi qu'une laiterie voûtée en arc segmentaire. Diverses dates, signatures et graffiti ont été relevés sur les murs.

Les dépendances et le jardin

Le pigeonnier circulaire ou fuie est le seul élément des dépendances agricoles de l'ancien prieuré encore debout : il était autrefois placé sur la clôture, comme l'atteste le Monasticon. Une partie des murs et de la toiture conique, avec son lanternon surmonté d'un épi de faîtage en terre cuite, a été restituée. Des poteries forment les boulins. La porte primitive, en anse de panier, débouche aujourd'hui dans une ancienne grange prolongée d'une étable, postérieures au cadastre napoléonien de 1831. L'ensemble est couvert de tuile plate et se trouve à l'ouest des bâtiment conventuels, dans l'ancienne cour de ferme. On y accède après la porterie par un portail couvert en plein cintre donc l'arc pourrait avoir été remonté à partir d'éléments du cloître.

A l'est des bâtiments, le jardin du prieuré, de création récente, ainsi que celui de l'ancienne hôtellerie, sont traversés et délimités par plusieurs bras de la Chéronne et rigoles où le débit est régulé par une série de vannes. Les traces d'un pont enjambant le canal au-devant du parterre de l'ancienne aile mauriste, figuré sur le Monasticon, sont encore visibles sous la végétation. Au bout du jardin se trouve un bélier hydraulique Bollée et son réservoir, aménagements récents pour l'alimentation des bassins en eau.

Murscalcaire moellon enduit
Toittuile plate
Étagessous-sol, rez-de-chaussée, 1 étage carré, étage de comble
Couvrementsvoûte en arc-de-cloître
voûte en berceau, à lunettes

Élévations extérieuresélévation à travées
Couverturestoit à longs pans croupe
Escaliersescalier intérieur : escalier tournant à retours avec jour en maçonnerie
État de conservationvestiges, restauré
Techniquessculpture
papier peint
Précision représentations

Passage couvert orné de deux pots à fleurs et deux blasons sur un motif de cuirs découpés, d'une agrafe à médaillon. Fenêtre qui surmonte le passage est ornée de pilastres et d’ailerons à volutes.

Dans le pavillon, cheminée ornée d'un portrait de Louis XIV sculpté (refait) et de guirlandes végétales. Putti ailés ornant les départ des voûtes de l'escalier.

Statut de la propriétépropriété de la commune
propriété d'une personne privée

Annexes

  • L'industrie de la poterie à Tuffé, d'après COMBES-MESIERE, Lucette. Galbrun-Chouteau, Gil. Potiers et faïenciers de la Sarthe. Le Mans : éditions de la Reinette, 2002. p. 479-497

    On ne sait presque rien de l'activité potière à Tuffé antérieurement à la Révolution. Le principal vestige en est le pigeonnier du prieuré et ses boulins en terre cuite, remontant peut-être au XVIe siècle. La richesse du secteur en bois et en filon d'argile tend à prouver l'ancienneté de cette activité. Elle prend une véritable ampleur au XIXe siècle, principalement avant 1850 si l'on se fie aux données récoltées dans les archives concernant les potiers et faïenciers connus. Ainsi, plusieurs ateliers sont cités au bourg même de Tuffé et notamment dans la rue Fresnet.

    Le principal établissement ayant marqué l'histoire du bourg est la manufacture de faïences et tuilerie-briqueterie de Jean Galmard, implantée dans l'ancien prieuré après sa vente comme bien national. Fondée avant 1798, elle inclut deux grandes halles, trois fours, six tours, deux moulins à bras pour broyer les couleurs, une douzaine de moules à tuiles, quatre fosses pour la fabrique de faïence. La terre est prélevée sur le territoire communal (champ de la Croix d'En-Haut) et à Saint-Denis-des-Coudrais. Le bois provient de la forêt de Bonnétable et des bois de Coudrecieux, tandis que l'étain est acquis auprès de fournisseurs au Mans ou à Mortagne-au-Perche. Un inventaire dressé en 1812 fait état de près de 40 000 pièces de poterie et faïence sur place pour une valeur de 1 493 F : les faïences sont des plats, des assiettes, des soupières, des terrines, des tasses et pots divers. A cette époque, la manufacture emploie une quinzaine de personnes. La production s'écoule à Tuffé et dans les communes du nord-est de la Sarthe principalement, mais aussi au Mans et dans quelques villes des départements limitrophes. Suite au décès de Jean Galmard, la faïencerie est vendue en 1817 à Marie-louise Vallée veuve Tuvache qui en poursuit l'activité jusqu'en 1832.

    D'autres faïenceries, plus modestes, existent dans le bourg dans la 1ère moitié du XIXe siècle : celle d'Augustin-Paulin Ledru, d'abord locataire de la manufacture du prieuré puis à la tête de son propre établissement entre 1826 et 1831, rue Cossonneau (actuellement rue de la Gare), et la poterie-faïencerie de François Lefebvre rue Fresnet, active entre 1807 et 1847. En parallèle, des poteries sont signalées à la Croix-Fournier (Tollet, Péan, Touret). Dans la 2e moitié du XIXe siècle, l'activité est sur le déclin avec une seule poterie mentionnée dans la rue Fresnet, celle de Denis Patault puis de Basile Touret entre 1857 et 1884. Au XXe siècle, on ne trouve plus de potier à Tuffé. Il ne reste plus rien des fours et autres bâtiments voués à cette activité, mais des déchets de four ont été signalés à l'emplacement des anciennes fabriques.

    Peu de productions témoignent encore de l'activité potière à Tuffé, les pièces se confondant sans doute avec celles de Prévelles. L'une des rares pièces identifiées, grâce aux écrits de Paul Cordonnier, est un pichet émaillé polychrome figurant un homme habillé d'un grand manteau et coiffé d'un tricorne.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de la Sarthe. 1793-1915 : délibérations du conseil municipal de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; B 24. 1771, 27 février : visite de l’église priorale de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; B 890. 1771 : enquête sur la démolition de l'église priorale de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe, 4 E 35/148 ; 1767, 30 décembre : bail général du prieuré au sieur Chevallier.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 4 E 35/149. 1768, 14 janvier : montrée du prieuré de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 4 E 35/194. 1812, 26 au 31 décembre : inventaire après décès des biens de Jean Galmard, propriétaire de l’ancien prieuré de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 7 F 28. Papiers Menjot d'Elbenne, prieuré de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 13 F 1115. Collection Calendini, commune de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe, H 139. 1604 : déclaration du prieuré de Tuffé et de son temporel.

  • Archives départementales de la Sarthe ; H 201. 1636-1764 : livre de raison du prieuré de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; H 207. 1223-1752 : domaines du prieuré de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 1 J 6. 1708-1709 : charges et état du temporel du prieuré de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 18 J 607. Collection Paul Cordonnier, commune de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 5 M 217. 1825-1884 : poteries et faïenceries de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 6 M 474. 1800, 1803 : statistique du département de la Sarthe commandée par le préfet Auvray.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 3 P 370. Matrices cadastrales, registres des augmentations et diminutions de construction de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 1 Q 388. 1790 : estimation de biens nationaux, commune de Tuffé.

  • Archives départementales de la Sarthe ; 1 Q 393. 1791, 22 mars et 16 mai : enchères et adjudication du prieuré de Tuffé.

  • Archives diocésaines du Mans ; boîtes 1497 à 1500. Papiers concernant la paroisse de Tuffé.

Documents figurés
  • S. d. : reproductions d'un plan du prieuré de Tuffé de 1654 et de dessins pour un projet de transformation de l'église priorale. (Archives départementales de la Sarthe ; 7 F 28).

  • XVIIe siècle : planche extraite du Monasticon Gallicanum représentant le prieuré de Tuffé. (Archives départementales de la Sarthe ; 4 Fi 24).

  • Collections de cartes postales et de photographies anciennes, commune de Tuffé Val de la Chéronne. (Collection particulière).

Bibliographie
  • CHARLES, R. Abbé, MENJOT D'ELBENNE, Samuel. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Vincent du Mans (ordre de saint Benoît), publié et annoté. Mamers : imprimerie Fleury, 1886-1913.

  • COMBES-MESIERE, Lucette, GALBRUN-CHOUTEAU, Gil. Potiers et faïenciers de la Sarthe. Le Mans : éditions de la Reinette, 2002.

    p. 480-485
  • Le patrimoine des communes de la Sarthe. Paris : Flohic éditions, 2000. 2 vol.

    p. 1629-1630
  • LEVY, André (dir.). Les Mauristes dans le Haut-Maine aux XVIIe et XVIIIe siècles. Actes du colloque de Tuffé, 30 mars 2005. Mulsanne : ITF Éditeurs, 2006.

    p. 33-93
  • LEVY, André (dir.). Les hommes et les défis d’une restauration. Actes du colloque Le Mans, Vivoin, Tuffé, 27-28-29 novembre 2008. Mulsanne : ITF Éditeurs, 2010.

    p. 47-63
  • PESCHE, Julien-Rémy. Dictionnaire topographique, historique et statistique de la Sarthe, t. 6. Paris : Lorisse, 1999.

    p. 395-402
  • PICHARD, Edwige. Le prieuré de Tuffé au temps des Mauristes 1646-1766. Mémoire de maîtrise de l’université du Maine, 2004-2005.

Périodiques
  • LEMERCIER, Sylvie. MAUPAY, Jean-Pierre. "Tuffé, l'abbaye retrouvée". La Vie Mancelle et Sarthoise, t. 40, avril 2009.

    p. 2-7
  • OURY, Guy-Marie. "Les bénédictins de Saint-Maur au prieuré Notre-Dame de Tuffé". La Province du Maine, t. 83, octobre-décembre 1981.

    p. 370-394
Multimedia
  • Site internet : https://abbaye-tuffe.blogspot.com [consult. 12/12/2019].

(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général - Robineau Evelyne
Evelyne Robineau

Chercheur, Service du Patrimoine, Région Pays de la Loire.


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- Barreau Pierrick
Pierrick Barreau

Chercheur auprès du Pays du Perche sarthois.


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