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Montsoreau : présentation de la commune

Dossier IA49010823 réalisé en 2010

Fiche

Œuvres contenues

Par les traits de son histoire et de son urbanisme, la remarquable richesse de son patrimoine et l'extraordinaire qualité d'un paysage qui cristallise l'essence du Val de Loire, Montsoreau est une admirable entrée ligérienne en Maine-et-Loire et dans les Pays de la Loire.

Dénominationsville
Aire d'étude et cantonFontevraud-l'Abbaye - Montsoreau - Saumur-Sud
HydrographiesLa Loire l'Arceau
AdresseCommune : Montsoreau
Cadastre :

1. Les origines (du Néolithique au Xe siècle)

Dans l'état actuel des connaissances, les traces de premières implantations humaines dans le secteur sont ténues et les plus anciens vestiges repérés sont situés en retrait par rapport au fleuve, sur le plateau et plutôt en secteurs élevés, en lisière actuelle de la forêt de Fontevraud. Plusieurs sites néolithiques ont ainsi été repérés en frange nord de la commune de Fontevraud-l'Abbaye, mais le témoin principal de cette occupation est à Montsoreau : il s'agit du dolmen effondré de Pierrelée, qui date sans doute du IIIe millénaire avant notre ère et est constitué de six imposantes dalles d'un grès dur dont on trouve des gisements dans le voisinage.

Le peuplement antique est tout aussi mal connu dans un secteur situé aux confins des territoires des tribus gauloises des Pictons, Turons et Andécaves. Des monnaies, tessons et fragments de tuiles d'époque gallo-romaine, épars, ont été trouvés à Montsoreau notamment sur le bord du plateau, au-dessus du bourg, sans que l'on puisse toutefois mesurer l'ampleur de cette implantation. Dans ce dernier secteur, sont aussi à signaler les vestiges d'un bâtiment, dont ne reste plus en élévation que quelques assises en petit appareil formant un double mur en partie enduit de mortier tuileau ; parmi les éboulements de cet édifice a été découvert un élément de sculpture monumentale. C'est peut-être de ce site qu'est aussi issu le tambour d'une colonne cannelée découvert lors des fouilles du château et qui serait à rattacher à la présence d'un édifice notable, à moins que ce vestige isolé ne provienne du site voisin de Candes-Saint-Martin qui était alors une agglomération relativement développée. À Candes, dont le nom d'origine gauloise (étymologie à rapprocher de « condate », signifiant « confluent ») témoigne d'un peuplement vraisemblablement déjà en place à la fin de l'âge du fer, s'élevait en effet dès la fin du Ier siècle avant J.-C. un pont sur la Vienne, certainement prolongé par un franchissement de la Loire à l'articulation du confluent. Carrefour d'axes terrestres et fluviaux, Candes, où mourut saint Martin, fut assurément un centre d'impulsion local aux premiers siècles de notre ère. C'est donc sans doute la proximité de Candes qui favorisa, un peu plus à l'ouest, le développement de Rest, à la confluence de l'Arceau et de la Loire.

Pour la commune de Montsoreau, le foyer de peuplement de Rest est le plus anciennement occupé sans discontinuité puisqu'il est attesté depuis l'époque mérovingienne. L'étymologie (Rest viendrait de restis, le filet, en latin) et le choix d'un tel site lient cette implantation à la Loire, tant pour la pêche que pour l'axe d'échanges qu'offre le fleuve. En 543, le vidame du Mans, vassal de l'évêque chargé d'assurer pour lui ses fonctions militaires et judiciaires, y possédait une résidence. Un acte donné par Charles le Chauve indiquait la présence, en 850, de maisons, d'une pêcherie et d'un port à Rest. Au milieu du Xe siècle, selon les récits hagiographiques, il y est fait mention de grottes où le moine Absalon, venu de Tournus, envisageait dans un premier temps d'abriter les reliques de saint Florent avant de les porter plus en aval et de s'établir à Saumur. La première mention d'une église à Rest ne survient qu'à la fin du XIe siècle, mais il est très probable qu'au cours des siècles précédents il y ait déjà là un édifice de culte.

2. La naissance du bourg de Montsoreau et la nouvelle organisation du territoire (Xe-XVe siècles)

Peu avant l'an Mil, le peuplement local se résume donc à un foyer constitué en bord de Loire par la petite agglomération de Rest et peut-être quelques habitations plus ou moins isolées au sud, dans le vallon de l'Arceau. Entre la fin du Xe siècle et les premières décennies du XIIe siècle, pourtant, le paysage change radicalement pour donner naissance au cadre que l'on connaît aujourd'hui à Montsoreau.Dans le cadre des luttes qui l'opposent au comte d'Anjou Foulques Nerra, le comte Eudes de Blois, qui tient alors le Sau- murois, fait fortifier vers 990 une petite butte naturelle à l'aplomb de la Loire, située en avant du coteau, entre Rest et Candes. Cela lui permet de verrouiller, légèrement en aval, la confluence de la Loire et de la Vienne et d'affermir son contrôle sur les deux cours d'eau. Foulques Nerra s'en empare dans les mois qui suivent la mort d'Eudes de Blois, en 996, et y installe l'un de ses hommes de confiance, Guillaume. Ses descendants restent à la tête de ce qui devient l'une des plus précoces châtellenies angevines, attestée en 1001. Ce lignage seigneurial est connu, dès le XIe siècle, sous le nom de Montsoreau qui pourrait avoir désigné la petite butte elle-même si l'on suit une possible étymologie latine qui le ferait dériver de « mons », mont, et « sorellus », parcelle de petite superficie. Foulques fait de cette place forte un élément stratégique tant pour la maîtrise du bassin ligérien que comme point d'appui intérieur d'une profonde ligne de défense portée jusqu'en nord Poitou, selon un axe nord-sud qui mène à ses positions fortifiées de Loudun et Mirebeau. Montsoreau est ainsi en pointe du dispositif militaire des comtes d'Anjou jusqu'à ce qu'ils s'emparent de Saumur en 1026, puis du Chinonais en 1044. À la première fortification de la fin du Xe siècle succède un imposant château de pierre érigé au même endroit au milieu du XIe siècle. La fidélité vassalique qui lie les Montsoreau au comte d'Anjou en fait vite l'une des maisons les plus puissantes du comté, alliée aux grandes familles locales, dotée de nombreux fiefs et qui domine un territoire important à l'articulation de l'Anjou, de la Touraine et du Poitou. Les Montsoreau se soucient d'ailleurs du développement de leur châtellenie et favorisent la naissance d'un bourg castral autour du fort. Cette ascension n'est même pas remise en cause lorsqu'en 1152 Henri II Plantagenêt assiège et prend une première fois le château, où son frère et rival Geoffroy d'Anjou se réfugiait, puis quand, après le lui avoir restitué, il s'empare une seconde fois du site en 1156. Le prestige et la piété de la famille de Montsoreau s'affirment, par ailleurs, par des dons aux abbayes tourangelles de Marmoutier et Noyers et plus encore par un actif soutien à de nouvelles implantations monastiques qui s'installent à proximité de Montsoreau, comme les abbayes de Seuilly, Turpenay et surtout Fontevraud, que fonde Robert d'Arbrissel à quelques kilomètres du bourg castral.

La mise en place du château s'accompagne d'un remodelage considérable du territoire et de l'habitat. Rest, l'ancien foyer de peuplement, conserve l'église paroissiale Saint-Pierre et le cimetière, ainsi que son port dont les droits ont été donnés à l'abbaye de Fontevraud qui contrôle également le bac de Loire. Cependant, le bourg que développent les seigneurs de Montsoreau en hémicycle autour de leur château, à mi-coteau, attire désormais une population plus importante. Le bas du village, soumis aux caprices du fleuve, ne connaît qu'un développement plus réduit. Le château est associé à un péage sur la Loire et, sous l'impulsion seigneuriale, le site est tôt protégé d'une enceinte urbaine au point qu'au XIIe siècle Montsoreau figure, selon une chronique de l'abbaye de Marmoutier, parmi les places fortes « bien défendues et peuplées » qui cernent la Touraine. Le bourg est doté d'un marché établi juste au-devant de la basse-cour, ce qui contribue à en faire un pôle économique local. C'est probablement dans le dessein d'accompagner cet essor que les seigneurs successifs facilitent l'installation de divers ordres religieux dans Montsoreau ou ses faubourgs, parfois en concédant eux-mêmes maisons ou parcelles à bâtir. Dès le XIIe siècle, l'abbaye de Turpenay possède ainsi plusieurs maisons et dépendances, notamment dans la partie est du village. De même, une maison templière, attestée dès 1212, est établie à Montsoreau près du fleuve, sans que les textes ne soient plus précis sur sa localisation. En 1219, la fondation de l'église castrale Notre-Dame du Boile, au coeur du bourg, témoigne de l'affirmation du pouvoir châtelain. L'ensemble de ces éléments consacre dans le paysage bâti la domination de Montsoreau sur l'ancienne agglomération de Rest. Toutefois, au regard des villes closes qu'érigent d'autres châtelains d'Anjou, comme Montreuil-Bellay, Montsoreau ne parvient pas à croître de manière significative. Des contraintes topographiques limitent le développement du bourg, à l'étroit entre la Loire et le coteau. Son expansion est, en outre, concurrencée par la trop grande proximité de Chinon et surtout de Saumur, dont le pont de Loire construit en 1162 capte dès lors durablement les principaux courants d'échanges commerciaux.

Au-delà du bourg, les traits majeurs du territoire se précisent. Terres, prés et jardins composent le parcellaire, mais, dès cette époque, la viticulture est également bien présente dans le paysage comme dans l'économie montsorélienne. Par ailleurs, de nombreux moulins sont attestés, actionnés tant par les eaux de la Loire que par celles de l'Arceau. Le cadre seigneurial s'accompagne de l'établissement de petits domaines féodaux aux mains de familles vassales des Montsoreau ou des établissements religieux à qui ils ont concédé des terres. L'est et le sud du territoire montsorélien relèvent ainsi des fiefs de la Bonnardière et de Chaumont ; en aval de Rest, le coteau ouest est lié à la famille Maumoine qui disposait vraisemblablement là d'un manoir troglodytique, contrôlait en contrebas un péage sur la Loire dit de la Maumenière ou du Petit-Montsoreau et détenait d'importants domaines fonciers.

À cet essor des XIIe et XIIIe siècles succèdent toutefois de multiples crises qui marquent les derniers siècles du Moyen Âge, notamment entre le milieu du XIVe et le milieu du XVe siècle. La peste et ses récurrences frappent les populations qui subissent aussi le passage de bandes armées durant la guerre de Cent Ans. Les échanges sont ralentis. Les bâtiments manquent d'entretien et se dégradent, voire sont abandonnés ; les nouvelles constructions sont rares.

3. Un âge d'or montsorélien (du milieu du XVe à la seconde moitié du XVIe siècle)

Cependant, dès le second quart du XVe siècle, l'est de l'Anjou bénéficie d'une paix relative et la reprise économique y est précoce. À Montsoreau, le signe le plus marquant de ce renouveau est la reconstruction du château entreprise par Jean II de Chambes, qui a acheté cette seigneurie à son beau-frère en 1450. Ambassadeur du roi en Italie, un temps associé de Jacques Cœur, responsable des places fortes d'Aigues-Mortes puis de La Rochelle, il est un familier de la cour et côtoie les plus grands, recevant même Charles VII et Louis XI à Montsoreau. Probablement inspiré des modèles qu'il a pu voir, ce château achevé en 1462 conserve, certes, l'allure d'une forteresse médiévale, mais la fonction résidentielle prime désormais ici sur le rôle défensif et il compte ainsi dans l'histoire architecturale comme l'un des jalons vers le château d'agrément. Au cours des années qui suivent, des bâtiments de la basse-cour sont érigés ou remaniés, comme la chapelle castrale, agrandie d'une chapelle latérale de style flamboyant. Dans les premières décennies du XVIe siècle, sous ses successeurs Jean III et Philippe de Chambes, l'escalier renaissant et une collégiale sont érigés qui magnifient encore le site. L'impulsion architecturale et économique ainsi donnée bénéficie au village et de nombreuses maisons sont construites dans la seconde moitié du XVe siècle et les premières décennies du siècle suivant. Au cours de cette période, une élite urbaine s'établit à Montsoreau, composée de négociants et de familiers de la cour seigneuriale des Chambes, parmi lesquels on voit même s'installer des membres de l'entourage royal, comme les Jouvenel des Ursins, famille du chancelier de France.

Les guerres de Religion, cependant, font s'achever dramatiquement une période qui, jusqu'au dernier tiers du XVIe siècle, s'était traduite par un renouveau exceptionnel. Montsoreau, dont le seigneur est résolument hostile à la Réforme, voit à plusieurs reprises passer les troupes huguenotes (1568, 1587) et connaît d'importantes destructions ; Jean IV de Chambes, de son côté, se distingue par sa cruauté lors de la Saint-Barthélemy angevine et ternit la réputation de son lignage, même s'il y gagne l'érection de sa terre au rang de comté.

4. Un paysage en voie de fixation (XVIIe-XVIIIe siècle)

Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, Montsoreau semble connaître un net repli au regard de la période antérieure. Toutefois nombre des traits du paysage agraire et bâti se fixent pour en constituer aujourd'hui encore certaines des caractéristiques majeures.

Si les droits d'exploitation de ces deux sites sont contestés entre leurs possesseurs, le Port de Rest aux mains des abbesses de Fontevraud comme le Port au vin que revendique les seigneurs de Montsoreau continuent tout de même de connaître une activité importante de transport de productions locales ou issues du nord du Poitou, voire stimulée par le fonctionnement de Fontevraud au point que l'on puisse présenter Montsoreau comme l'avant-port de l'abbaye. Le bac de Loire, ou « charrière », là encore contrôlé et entretenu par l'abbaye, concentre toujours sur Montsoreau une nette part des échanges locaux de rive à rive. L'ordonnance royale qui, en 1631, supprime de nombreux péages de Loire, dont ceux de Montsoreau et de la Maumenière, grève toutefois les finances du comte et de ses vassaux. En outre, depuis la fin du XVIe siècle déjà, le château est délaissé pour des résidences plus confortables par les comtes qui en ont le titre : à la Coutancière d'abord (à Varennes-sur-Loire), puis plus loin lorsque la maison du Bouchet de Sourches en hérite : au château d'Abondant (Eure-et-Loire), au château de Sourches (à Saint-Symphorien, Sarthe), mais aussi à Paris ou à Versailles. Les dépenses locales sont donc moindres qu'elles ne le furent. Les investissements s'amenuisent et le bourg a perdu de son attractivité. L'heure n'est plus aux grands projets architecturaux, le paysage bâti se fige et les constructions nouvelles se font plus rares et souvent plus modestes que celles érigées au cours de la période antérieure. Les dénombrements de population d'Ancien Régime à Montsoreau renseignent mal, puisque l'on compte les feux fiscaux et non les habitants, mais avec un nombre qui oscille entre 138 feux en 1688, 102 feux en 1715 et 154 feux en 1732, on peut estimer que le village devait avoir entre 500 et 750 habitants aux XVIIe-XVIIIe siècles.

Les activités artisanales et l'exploitation des carrières de tuffeau connaissent tout de même un net élan. En effet, si, au Moyen Âge et jusqu'au XVIe siècle, la pierre extraite sert, semble-t-il, avant tout aux chantiers locaux, la documentation permet dès le début du XVIIe siècle de trouver mention de l'emploi de pierres des carrières de Chaumont et surtout de la Maumenière, de première qualité, dans tout l'Anjou, au Mans, à Laval, à Nantes voire jusqu'aux portes de Rennes. À la fin du XVIIIe siècle, l'extraction devient de plus en plus importante et des pierres sont même acheminées jusque dans les Antilles.

Sur les hauteurs, on voit apparaître des moulins caviers et, sur la Loire, disparaître les moulins-bateaux. En rive droite du fleuve, les îles montsoréliennes sont progressivement rattachées à la berge et l'habitat s'y développe plus largement qu'auparavant, sous forme de petits groupes de maisons établis sur une butte insubmersible. Chacun de ces noyaux bâtis dispose d'un accès public à la Loire, chemin perpendiculaire au fleuve et qui y descend en pente douce, pour y tirer des embarcations ou mener le bétail. Les très nombreux jardins et champs plantés d'arbres fruitiers, notamment de pruniers, permettent une activité de commercialisation de fruits qui sont séchés dans des fours, souvent aménagés en site troglodytique pour limiter le risque d'incendie. Plusieurs ensembles de fours à prunes sont ainsi mentionnés le long des coteaux de Montsoreau. D'une manière générale, toutefois, le dynamisme agricole reste faible, à l'exception de la viticulture, stimulée à Montsoreau comme dans d'autres paroisses de la côte saumuroise, par une orientation vers des vins de qualité. Là, les crus sont réputés de premier ordre et suscitent l'intérêt d'investisseurs, à l'image du vignoble constitué de certaines des meilleures vignes montsoréliennes qu'André Van Voorne, descendant d'une lignée hollandaise de négociants en vins d'Anjou, joint au domaine de la Chauvelière, à Turquant, qu'il acquiert en 1740.

5. Ruptures et développement (de la fin de l'Ancien Régime au milieu du XIXe siècle)

Dès la Révolution française et le début du XIXe siècle, les cadres anciens sont bouleversés, mais le village ne connaît de véritables mutations qu'un plus tard.Ainsi, en 1804, la vente par Charles du Bouchet de Sourches-Tourzel du château et de sa basse-cour puis leur partage entre plusieurs acquéreurs n'ont qu'un effet limité sur le bourg. Le véritable bouleversement survient lorsqu'en 1827 il est question de réaliser le tronçon de la route de Loire, de Saumur à Chinon, qui traverse Montsoreau. Au tracé ancien qui, à mi-coteau, passe par le centre du bourg est préférée une voie nouvelle, sur levée, construite au bord même du fleuve. Selon les mots de l'ingénieur Rérolle qui la conçoit, elle doit permettre une circulation « plus facile et plus agréable » et, plus encore, un « embellissement » du village. Les travaux sont exécutés entre 1829 et 1832, malgré une pétition soumise par des Montsoréliens habitant le centre ancien qui redoutaient que celui-ci ne fût dès lors déserté et vidé de ses activités au profit du bas du village. Désormais un talus maçonné semble porter le bourg au-dessus des eaux de la Loire, isolant au passage le château du fleuve. Ce long quai est ponctué de ports, prévus par les pouvoirs publics, mais aussi réalisés au fil du XIXe siècle sur initiatives privées, afin de favoriser les échanges de marchandises, notamment la diffusion du vin et du tuffeau produits à Montsoreau. En aval de Rest, cette route de Loire est poursuivie à partir de 1833. L'ancienne chaussée inondable laisse là aussi place à une levée dont la construction permet le rattachement définitif de l'Île-de- Rest à la rive gauche du fleuve. Le bas du coteau de la Maumenière comme les rues basses du bourg sont désormais mieux protégées face aux crues. En quelques années, la commune voit le paysage de ses berges radicalement transformé. À Montsoreau, les nouveaux alignements se traduisent par l'allongement des parcelles en direction de la nouvelle route de Loire le long de laquelle sont construites de nouvelles habitations. Nombre d'entre elles sont édifiées dès les années 1835-1845 et doublent parfois en profondeur le vieux parcellaire. Les façades viennent s'aligner sur le front de Loire et le bâti villageois, tourné jusqu'ici vers les rues intérieures du bourg, semble dès lors porter ses regards vers le fleuve.

Si en rive gauche, la Loire est désormais mieux endiguée, ce qui n'empêcha pas des débordements notamment lors des inondations de 1843, 1856 et 1866, ce n'est pas le cas en rive droite où l'enclave de l'Île-de-Montsoreau ou Île-au-Than (le nom s'impose progressivement) est régulièrement soumise aux caprices du fleuve. Les aléas de la Loire (inondations, embâcles, débâcles) perturbent en effet la relation de ses habitants avec le bourg au point qu'ils pétitionnent à plusieurs reprises au cours du XIXe siècle pour un rattachement à l'une ou l'autre des communes de la rive droite qui bordent cet écart, notamment à Varennes-sur-Loire ; ces démarches restèrent toutefois vaines.

Dès la période révolutionnaire, Montsoreau connaît un nouveau dynamisme économique. Les surfaces plantées en vigne s'accroissent et partout les rendements augmentent : on comptait 203 hectares de vignes en 1789 (avec 8 ou 9 barriques récoltées à l'hectare), il y en a 226 hectares en 1829 (avec entre 12 et 15 barriques de rendement par hectare) où l'on compte 60 propriétaires de vignes même si tous ne sont pas vignerons. Vers 1820, au vu des matrices fiscales, la vigne représente 50 % des superficies du sol montsorélien et forme 60 % des revenus fiscaux des propriétés non bâties. En ce qui concerne la céréaliculture, seconde activité agricole, ce développement se traduit par l'édification de nouvelles infrastructures de transformation : de nouveaux moulins à vent sont construits, tous du type moulin cavier, sous l'impulsion des principales familles de meuniers qui autrefois tenaient à ferme les moulins des abbesses de Fontevraud, des seigneurs de Montsoreau ou de leurs vassaux. Par ailleurs, les premières décennies du XIXe siècle sont marquées par l'ampleur extraordinaire qu'atteint alors l'exploitation du tuffeau. Les techniques d'extraction et de taille de la pierre se sont standardisées depuis le XVIIIe siècle déjà et les carrières fonctionnent à plein. Montsoreau a la rare particularité de disposer d'une carrière communale, celle de la Maumenière, où l'extraction est ouverte à quelque habitant que ce soit ; chacun peut, comme activité principale, mais aussi en complément de revenu, y ouvrir un front de taille et débiter des blocs qu'il revend à un transporteur, lequel fait ici, d'une certaine façon, office de carrier. Parallèlement, d'autres entrepreneurs sont propriétaires de leur propre exploitation et plusieurs sites d'extraction, anciens ou nouveaux, sont exploités par galeries souterraines, mais aussi parfois à ciel ouvert. On compte ainsi de nombreuses carrières privées en activité, de plus ou moins grande ampleur, comme Chaumont, le Coteau, le Clos- des-Pères, la Motte, le Clos-du-Château, mais aussi les Bazilles, Rochenard, Bellevue ou Bontemps. Le dédale des galeries devient tel que ces carrières se rejoignent, s'entrecoupent ou se superposent. Le tuffeau fait vivre une population nombreuse et la pierre de taille est acheminée, via la marine de Loire, vers les grandes villes ligériennes, notamment Angers et Nantes, où la croissance urbaine en consomme dans des volumes sans précédent.Ce développement des activités s'accompagne d'une nette croissance de la population : d'environ 750 habitants sous la Révolution (746 en l'an II), Montsoreau passe à près de 1100 habitants au milieu du XIXe siècle (1097 en 1851).

Cet élan économique, particulièrement sensible dans la première moitié du XIXe siècle, dissimule le repli de certaines activités, notamment commerciales. La chute du volume de grains échangés à Montsoreau est ainsi très nette depuis qu'en 1834, lorsque le canal de la Dive est ouvert à la navigation, les blés du Loudunais sont détournés vers le cours du Thouet pour atteindre la Loire.Les recensements anciens manquent pour connaître l'activité des habitants de Montsoreau. Toutefois, sur les 241 propriétaires d'une habitation que l'on peut repérer sur l'état des sections qui accompagne le plan cadastral napoléonien de 1813, on identifie : 30 vignerons et 24 autres agriculteurs (dont 3 ont une autre profession), 20 carriers et 43 autres artisans (dont 11 tonneliers et 9 professionnels du bâtiment), 24 marins (dont 23 mariniers de Loire et 1 marin de mer), 19 professionnels employés dans le secteur des services (dont 4 « négociants ou marchands ») ; par ailleurs 19 personnes ne se déclarent que comme « propriétaires » et pour 62 autres personnes la profession n'est pas indiquée (dont 36 veuves et 7 mineurs). Si l'activité est donc très diversifiée, on note le poids et l'identité qui caractérisent les trois groupes principaux : vignerons, mariniers et carriers. Même si la viticulture put se maintenir, il est significatif, dès lors, de noter que ces trois activités vont subir de profonds revers par la suite.

6. Crises et mutations (du milieu du XIXe siècle à nos jours)

À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, en effet, un mouvement de fond accentué par diverses crises voit s'accélérer les mutations économiques et sociales. En quelques décennies, en effet, les activités traditionnelles de la côte saumuroise sont ébranlées, voire disparaissent. Le phylloxéra frappe de plein fouet un territoire où la viticulture occupait plus de la moitié des terres agricoles : en 1914, les vignes ne représentent plus que 170 hectares, au second plan après les terres labourables passées à 185 hectares. L'essor des minoteries industrielles provoque la fin de la meunerie artisanale et la commune, qui avait compté sept moulins au milieu du XIXe siècle (cinq à vent, deux à eau), les voit dès lors cesser leur activité les uns après les autres ; peu après la Première Guerre mondiale, les meules ne tournent plus.

Dès les années 1840, l'activité d'extraction connaît de premières alertes. En 1843, l'absence de concertation dans l'exploitation du tuffeau de la Maumenière est dénoncée par les propriétaires des parcelles de surface, qui redoutent la multiplication des effondrements de leurs terrains. Les autorités préfectorales leur donnent raison, ce qui limite dès lors rapidement l'exploitation de cette carrière. Le hameau de la Maumenière, où vivaient cent quarante-et-un habitants en 1856 n'en compte plus que cinquante en 1891. L'extraction reprend de plus belle ailleurs, mais plus généralement, à la fin du XIXe siècle, les bancs de tuffeau du secteur commencent à être épuisés. Dans ces mêmes années, ce matériau passe de mode et d'autres s'y substituent, brique et plus tard béton, qui renouvellent les pratiques constructives. L'exploitation du tuffeau s'éteint alors à Montsoreau où Louis et Jules Vaucelle extraient les derniers blocs au début des années 1930 dans la carrière dite de Bellevue, près du moulin de la Tranchée.

La diffusion du tuffeau permet jusque dans ces premières décennies du XXe siècle le maintien d'une activité portuaire à Montsoreau, grâce au faible coût du transport fluvial pour les pondéreux. La marine de Loire, pourtant, amorce un déclin très net dès la seconde moitié du XIXe siècle, malgré l'amélioration des infrastructures portuaires à Montsoreau comme ailleurs le long du fleuve. En dépit du développement des bateaux à vapeur, l'irrégularité du cours du fleuve et le faible nombre de jours pleinement navigables jouent en défaveur de l'ancien axe de transport, soumis à la concurrence du chemin de fer à partir du milieu du XIXe siècle. Dès lors, la gare de Varennes-sur-Loire, en rive droite, confisque peu à peu les échanges commerciaux locaux. À Montsoreau même, la ligne des tramways de Saumur à Fontevraud, ouverte en 1896, contribue aussi à réduire l'usage de la batellerie. Toutefois, c'est la construction du pont qui fait définitivement se tourner une page dans les relations qu'entretenait depuis son origine Montsoreau avec la Loire. Souhaité dès 1880 par le conseil municipal de Montsoreau, le projet d'un pont sur le fleuve est plusieurs fois repoussé, jusqu'à ce que l'appui de l'État en permette la réalisation. À l'issue d'un chantier maintes fois retardé, le pont est livré en 1917. Le bac est supprimé et désormais le transport terrestre supplante définitivement la voie fluviale.

L'économie du village est ainsi durablement fragilisée et parallèlement, dès le milieu du XIXe siècle, comme dans de nombreuses campagnes françaises, la déprise rurale et la faible natalité se font nettement sentir. La population chute, de manière très régulière. Montsoreau perd ainsi plus de la moitié de ses habitants entre 1850 et 1930, pour atteindre un minima de 425 habitants en 1926-1931. Au cours de cette période, les familles les plus pauvres sont souvent les premières affectées par l'exode rural et les habitations les plus modestes que sont alors les abris troglodytiques connaissent un abandon massif qu'augmente l'aspiration à des habitations plus modernes et conventionnelles. Cette presque disparition du troglodytisme, alors qu'en 1813, les "caves demeurantes" formaient presqu'un tiers des habitations, est une rupture sans précédent dans la structure de l'habitat local depuis de très longs siècles.

L'activité viticole reprend dès le début du XXe siècle, avec progressivement une diversification des cépages et des vins (les fines bulles se développent, les blancs jusqu'alors prépondérants côtoient désormais rouges et rosés) et une production dont la qualité est soutenue comme dans le reste du Saumurois par plusieurs appellations d'origine (notamment décrétées en 1936 et 1957), ce qui permet la reconstitution du vignoble montsorélien.

De nouvelles activités apparaissent alors qui se substituent à celles, pourtant multiséculaires, qui ont été balayées en quelques décennies à Montsoreau (extraction du tuffeau et marine de Loire).

Sur le modèle d'exploitations parisiennes, la culture souterraine des champignons est introduite en val de Loire et des champignonnières investissent les galeries de carrières désaffectées. Le premier champignonniste montsorélien semble avoir été Gustave Lefol, dont l'activité est ici est attestée en 1910. Nombre d'anciennes carrières de la commune sont reprises comme champignonnières notamment lors de la période particulièrement faste pour cette activité que fut le troisième quart du XXe siècle. Ces champignonnières s'accompagnent d'une industrie de conserverie, qui se développe surtout dans le troisième quart du XXe siècle, employant une main-d'œuvre surtout féminine, comme l'entreprise Boudy-Hebrard (puis Blanchaud S.A.) qui disposait de locaux industriels sur la route de Loire et dont les locaux, reconvertis, abritent aujourd'hui le foyer socio-culturel de Montsoreau. La filière périclite dès la seconde moitié des années 1970, sous l'effet de la concurrence internationale. Dans le dernier quart du XXe siècle, presque toutes les exploitations sont abandonnées et plusieurs laissent dans le paysage montsorélien des friches industrielles : c'est par exemple le cas des bâtiments de l'entreprise Leroy et Berge (fondée en 1967 et devenue la S.C.A. Leroy en 1975) qui dominent encore le site de Bontemps au débouché même des anciennes galeries des carrières de tuffeau où étaient produits les champignons ; ces locaux abritaient une conserverie et des plateformes de préparation de compost pour la culture des champignons. En 2014, seuls deux champignonnistes exercent encore à Montsoreau, à une échelle plus artisanale.

Enfin, le tourisme culturel, qui est aujourd'hui l'un des atouts majeurs de la commune, naît peu à peu à partir du début du XIXe siècle, sous diverses formes. Jean-François Bodin, dans ses Recherches historiques sur la ville de Saumur, ses monuments et ceux de son arrondissement, parues en 1812 et 1814, évoque pour la première fois le château sous un angle que l'on pourrait qualifier de patrimonial. La génération romantique, séduite par le pittoresque et la ruine de ce site, s'en empare bientôt. Des graveurs multiplient les vues de la vieille forteresse surplombant la Loire. Le château est esquissé par Turner, plus tard par Rodin. La Dame de Monsoreau qu'Alexandre Dumas publie en 1846 confère au bourg une célébrité qui lui profite encore de nos jours. Les sociétés savantes, puis les premiers guides touristiques vantent à leur tour ces étapes et dénombrent les hôtels où les voyageurs peuvent séjourner. Dès les années 1880, Montsoreau voit s'établir des villégiateurs qui, pour la plupart, acquièrent des résidences anciennes, maisons à tourelles ou marquées par le temps, comme celle achetée en 1882 par l'érudit tourangeau Jacques-Xavier Carré de Busserolle. C'est dans ce contexte que sont d'ailleurs construits ou remaniés les rares bâtiments que l'on trouve en style néogothique à Montsoreau.

La prise en compte de ce patrimoine exceptionnel se traduit par de premières protections au titre des Monuments historiques, avec le classement du château en 1862. Dès l'année 1910, le Conseil général de Maine-et-Loire entreprend de racheter le château de Montsoreau, dont l'état est devenu préoccupant et qui est alors divisé entre quinze propriétaires. Sous l'impulsion notamment de Jean de Geoffre, conseiller général de Doué-la-Fontaine et rapporteur pour les monuments historiques, les travaux de restauration débutent dès 1923, mais ce n'est qu'en 1933, après de patients efforts, que le château passe entièrement aux mains du conseil général. Ouvert à la visite, il accueille de 1957 à 1997 le musée des Goums marocains qui a, depuis, laissé place à un espace muséographique consacré à la Loire et à la Dame du roman de Dumas.

L'activité d'hébergement et de restauration, qui avait put exister dans l'Ancien Régime du fait du trafic marchand de Montsoreau (avec par exemple l'hôtel des Trois-Pigeons, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle) est notamment relancée par cet engouement touristique et de nouveaux établissements sont fondés aux XIXe et XXe siècles, en particulier le long du nouvel axe qu'est la route de Loire (Hôtel du Lion-d'Or, Hôtel de la Loire, etc.). Cet attrait culturel et patrimonial explique aussi que Montsoreau soit la commune de la Côte saumuroise qui compte la plus forte proportion de résidences secondaires (près d'un tiers des habitations : 108 sur 367 logements en 2006 selon l'INSEE).

La géographie montsorélienne se transforme à l'aune des mutations de ces deux derniers siècles. Le cœur du village, autrefois à mi-coteau, migre vers la place du Mail, carrefour des quais de Loire et de la voie filant vers Fontevraud-l'Abbaye, où se concentrent dans les premières décennies du XXe siècle un hôtel, une salle de bal, divers commerces, la station du tramway et jusqu'à la plage de Loire. Cette nouvelle centralité est consacrée par l'érection du monument aux morts que l'on y dévoile le 9 octobre 1921. La route de Loire attire désormais à elle les nouvelles activités, industrielles, de service ou de loisir, notamment dans les espaces disponibles en direction du pont. C'est là qu'a, ainsi, été inaugurée en 2008 la Maison du Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine. Le village présente désormais une continuité bâtie de part et d'autre de Rest, depuis le quartier de la Fontaine (à la limite de Candes-Saint-Martin) jusqu'au bas de la Maumenière. Par ailleurs, le bourg se développe également vers le sud, à la fois le long de la route de Fontevraud (rue des Abbesses), mais aussi sur les flancs du vallon de l'Arceau, où de nouveaux espaces sont lotis. Parmi eux, on peut noter les lotissements de la Dame de Montsoreau (chantier lancé en 1974) et du Moulin de la Tranchée (lancé en 1983). La population, qui a plusieurs fois oscillé dans la seconde moitié du XXe siècle, se stabilise aujourd'hui autour de 500 habitants (l'INSEE en recense 510 en 2007, 478 en 2012).

Désormais, Montsoreau, qui fait partie du périmètre élevé au rang de patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, se tourne vers la protection et la mise en valeur de son cadre de vie et de ses héritages, notamment par l'addition de règlements d'urbanisme (Plan Local d'Urbanisme ; Zone de Protection du Patrimoine Architectural et Paysager ; procédure en cours pour une protection en tant qu'Aire de mise en Valeur de l'Architecture et du Patrimoine) et de protections d'un précieux patrimoine naturel (Zone Naturelle d'Intérêt Écologique, Floristique et Faunistique ; Zone Natura 2000 ; Zone Importante pour la Conservation des Oiseaux ; Zone de Protection Spéciale – Directive Oiseau ; Site d'Importance Comunautaire – Directive Habitat ; Zone à Arrêté de Protection de Biotope ; Site inscrit ; procédure en cours pour une protection en tant que Site classé). La préservation de ce patrimoine et l'impulsion de ses habitants permettent à Montsoreau de multiplier les labels qui lui conservent sa renommée (Plus beau village de France, Village fleuri 3 étoiles, Petite Cité de Caractère) pour en faire l'un des sites touristiques majeurs du Maine-et-Loire.

Période(s)Principale : Préhistoire, Antiquité, Moyen Age, Temps modernes, Epoque contemporaine

Située entre Tours et Angers, à une quinzaine de kilomètres à l'est de Saumur et aux limites orientales de l'Anjou, Montsoreau est une commune rurale qui borde la Loire au sortir du confluent de ce fleuve et de la Vienne. À l'exception d'une petite enclave en rive droite, la majeure partie du territoire montsorélien est en rive gauche, de part et d'autre du vallon formé par le cours de l'Arceau, petit affluent de la Loire.

En 2015, la commune relève du canton et de l'arrondissement de Saumur, du département de Maine-et-Loire et de la région des Pays de la Loire ; elle compte 465 habitants formant 234 ménages (2012), pour 520 hectares (soit une densité d'environ 90 hab./km2). On y dénombre (en 2012) 352 logements, dont 67 % de résidences principales, 27 % de résidences secondaires et 6 % de logements vacants (source : INSEE).

1. Cadre naturel et paysager

Au nord, la vallée de la Loire forme une plaine alluviale dont l'altitude moyenne oscille autour de 30 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les rives sont exposées aux inondations et les plus catastrophiques résultent ici d'une montée conjointe des eaux de la Loire et de la Vienne. Le lit du fleuve comptait autrefois de nombreuses îles dans la traversée de Montsoreau, mais celles-ci ont disparu, érodées par les eaux ou rattachées aux rives par des travaux de stabilisation des berges, notamment au XIXe siècle. En rive droite, le parcellaire et la toponymie témoignent de ces anciennes îles dites au Than, aux Mignons, Drugeon ou Ruesche, baptisées du nom des familles qui les exploitaient ou y étaient établies au haut de buttes insubmersibles. Là, les sols très fertiles offrent des terres cultivables et des prairies humides de choix. La rive gauche est très étroite et plutôt utilisée comme pâturages ; c'est aussi le domaine des saulaies, aulnaies et oseraies, produisant des essences aux multiples usages pour l'activité rurale traditionnelle et le petit artisanat. Telles qu'elles se présentent de nos jours, ces berges sont récentes et jusqu'au second tiers du XIXe siècle une boire de la Loire séparait la courte rive de l'Île-de-Rest. Cette boire, dans laquelle se jetait à l'origine l'Arceau, était parfois exondée et son rattachement à la rive gauche fut progressif, au fil d'un ensablement stabilisé par le développement de la végétation, puis définitif lorsque fut construite la route de Loire. De l'ancienne boire, on perçoit encore le lit dans la morphologie des parcelles situées entre la rue de l'Église, la rue de la Maumenière et l'avenue de la Loire, ainsi que dans la topographie chaotique des bosquets et pâtures à alignements de têtards des bords de fleuve, de part et d'autre de la culée sud du pont, à l'Isle, aux Prés-Pacauds et aux Ardaux.

Au sud du fleuve, le paysage est rapidement barré par le coteau relativement abrupt d'un plateau calcaire crétacé, qui domine la Loire à une altitude comprise en moyenne à Montsoreau entre 70 mètres et 85 mètres. Les couches géologiques qui forment ce plateau présentent, à mi-hauteur, de puissants bancs d'un tuffeau du Turonien réputé pour ses qualités architecturales : facile à travailler, d'une résistance satisfaisante à la compression, non gélif et d'une blancheur éclatante. De nombreuses carrières ponctuent ainsi le pourtour de ces plateaux calcaires et leurs bouches de cavage et puits d'aération ponctuent le territoire montsorélien. Ces cavités furent parfois réemployées comme champignonnières et les entrées principales furent alors équipées d'infrastructures industrielles de préparation et de conditionnement (Rochenard, Bontemps). Les strates supérieures présentent un faciès plus diversifié, où alternent des sables et des calcaires moins recherchés. Ce plateau, argilo-calcaire, caillouteux et où la roche assèche les sols, n'offre pas les meilleurs terrains à la céréaliculture, mais convient par contre très bien à la viticulture qui a de longue date envahi ce paysage qu'elle ne partage qu'avec une arboriculture, elle également traditionnelle ici (même si les fruits produits ont varié, des prunes aux pommes ou aux poires). Si ce plateau largement viticole offre un paysage le plus souvent très ouvert (à l'exception de rares clos, comme celui de la Maumenière), le morcellement laniéré du plan parcellaire communal témoigne encore d'une activité qui concernait des dizaines de familles de vignerons et se traduisait par d'extrêmes subdivisions des surfaces cultivées. Cette exploitation s'accompagne aussi de la présence de cabanes de vignes, de types les plus divers : édifices en appentis, à toit à deux versants, à étage, en troglodyte, jusqu'au réemploi du dolmen de Pierrelée.

Perpendiculaire à la Loire, la vallée de l'Arceau entaille ce massif calcaire pour confluer avec le fleuve au niveau de Rest. Le fond du vallon et ses flancs offrent des surfaces agricoles plus diversifiées (terres, prés et bois). Les niveaux situés à mi-pente du vallon de l'Arceau correspondent toujours au Turonien. Si à l'ouest de la commune le plateau viticole se poursuit sur la commune de Turquant, à l'est, la limite avec Candes-Saint-Martin est à nouveau marquée par un val perpendiculaire à la Loire, plus limité (ancien vallon du ruisseau de la Fontaine), puis par un plateau continu ; au sud, la limite communale s'appuie sur des vallons secondaires qui rejoignent la vallée de l'Arceau et sur la lisière septentrionale de la forêt de Fontevraud.

L'origine de Montsoreau est liée à la Loire, tant du fait des ressources qu'offrait le fleuve aux habitants de Rest (pêche, notamment), que comme axe d'échanges dont le site castral pouvait assurer le contrôle stratégique ou pouvait bénéficier comme point de rupture de charge avec des voies terrestres notamment à destination du Nord-Poitou. Ce lien fut donc matérialisé par des infrastructures qui eurent des répercutions sur la morphologie du village (ports, cales, quais, embarcadères du bac, points de contrôle des péages, pont, établissements de pêcheries ou implantation de moulins fluviaux), dont certaines sont encore en place. La proximité du fleuve, par contre, s'accompagne de la présence constante de risques. Les repères de crues que l'on trouve dans la commune, à l'île-au-Than comme dans le bas du bourg et à Rest, reportés sur des échelles limnimétriques ou gravés dans la pierre sur les façades de bâtiments, visibles de la rue ou non, tracés par les pouvoirs publics ou par des particuliers, conservent ainsi le souvenir des inondations de 1770, 1783, 1843, 1856, 1866, 1872, 1910, 1923, 1936, 1945, 1977, 1982 et 2001. Les registres paroissiaux renseignent aussi sur l'inondation de 1755. Les plus importantes de ces crues surviennent ici lors de montées concomitantes des eaux de la Loire et de la Vienne et peuvent alors être catastrophiques : les archives attestent de maisons détruites par les eaux. Ces sources anciennes attestent aussi des dangers que représentaient embâcles et débâcles, lorsque des blocs de glace que charrie la Loire rendent sa traversée des plus périlleuses.

2. Peuplement, urbanisme et habitat

Le cadre naturel dessine de grands traits qui tôt s'imposent comme voies de communication. La vallée de la Loire forme un axe fluvial est-ouest que double un axe terrestre, au pied du coteau de la rive gauche ; en rive droite la forte discontinuité des îles imposa un tracé terrestre plus au nord (actuelle D952), lorsque fut établie la Grande levée d'Anjou au XIIe siècle. Le vallon de l'Arceau file vers le sud en direction du nord Poitou, selon un tracé connu au XIIe siècle sous le nom de chaussée Saint-Hilaire. Le territoire de la commune de Montsoreau est donc anciennement parcouru de notables axes de transport et offre un intéressant point de rupture de charge. Toutefois, le fleuve perturbait cycliquement ces échanges, par ses bas étiages empêchant le trafic fluvial une partie de l'année comme par ses crues qui pouvaient recouvrir les chaussées des berges. Plusieurs textes, du XIIIe siècle au début du XIXe siècle évoquent ainsi une route d'hiver et une route d'été : en rive sud, en effet, la voie de bas de coteau pouvait être impraticable lors des hautes eaux et un itinéraire lui était substitué sur le plateau pour permettre, depuis Montsoreau, de rejoindre Turquant et plus loin Saumur (soit peu ou prou le tracé des actuelles rues des Moulins et chemin Haut de Turquant à Montsoreau). Les infrastructures fluviales sont nombreuses à Montsoreau, mais si leur histoire est ancienne, elles ont toutefois été intégralement renouvelées au cours du XIXe siècle. En rive droite, elles sont liées à la route de Loire, qui forme une levée protégeant le bas du bourg contre les inondations et dont le talus est flanqué de plusieurs cales à usage portuaire.

La population montsorélienne est très concentrée et l'essentiel du peuplement est situé le long du coteau exposé au nord qui surplombe la Loire. Du fait de la topographie, il est dissocié en des secteurs très individualisés : à l'est, le bourg et le quartier de la Fontaine (qui borde Candes-Saint-Martin) ; à l'ouest, la Maumenière et son prolongement du Saut-aux-Loups ; à l'articulation de ces deux ensembles, le replat formé par le vallon de l'Arceau qui entaille le coteau accueille sur son versant ouest le secteur de Rest, foyer historique de peuplement de l'agglomération, et, sur son versant est, le secteur de la Maladrerie. L'aspect continu que présente le village est assuré en grande partie par la route de Loire construite au XIXe siècle qui offre désormais un front bâti depuis les ultimes maisons de Candes-Saint-Martin, à l'est, jusqu'au bas de la Maumenière, à l'ouest. Toutefois, les discontinuités anciennes sont toujours perceptibles, notamment du fait de la topographie, des variations de densité et de la diversité typologique du bâti.

La commune ne connaît, par ailleurs, que très peu d'écarts. Le plus important, l'Île-au-Than, est en rive nord de la Loire. Les autres, réduits parfois aujourd'hui à l'état de ruines, sont des anciens sièges d'exploitation agricole (dont des manoirs) érigés principalement au pourtour de la commune (Les Bonnardières, Chaumont, Champfleury), mais aussi des moulins, à vent sur les plateaux (Moulins de Monsieur, La Tranchée, La Perruche, Les Hauts-Bournais) ou à eau le long de l'Arceau (Maumoine, Rabâté) voire de récents vestiges de sites industriels liés à des champignonnières (Bontemps, Rochenard).

Bourg et faubourgs anciens de Montsoreau

À flanc de coteau, le bourg de Montsoreau se présente comme un étagement de gradins rocheux dont le tracé s'incurve pour contourner le château, ses douves et sa basse-cour, témoignant ainsi de l'antériorité du site castral sur le développement du bourg.

Un plan de 1747 permet de connaître grossièrement l'emplacement de l'enceinte urbaine médiévale qui protégeait la partie centrale du village actuel, et on peut, semble-t-il, en retrouver encore une partie en élévation à travers les murs d'axe nord-sud aux maçonneries plusieurs fois reprises qui servent de délimitations entre des parcelles du village. Le mur d'enceinte oriental serait ainsi visible à l'est de la ruelle du Four-Banal (entre les parcelles B154, B155 et B147 du cadastre de 2014), voire dans la cave de la maison du 8, quai Alexandre-Dumas ; le mur occidental serait l'un de ceux qui se trouvent à l'est de la ruelle Gauthier Ier. Profitant de la topographie, ces défenses étaient relayées en bord de Loire par un aplomb rocheux dominant la berge du fleuve et, en partie haute du bourg, les murs d'enceinte venaient s'appuyer contre le coteau rocheux. Ainsi enclose, la ville fortifiée médiévale enserrait la basse-cour et le château, qui occupaient presque tout le front de Loire, puis à mi-pente les habitations (maisons et abris troglodytiques) s'alignaient presque toutes le long du seul côté sud des deux axes principaux : les actuelles place des Diligences et rue Jehanne-d'Arc et, plus haut, ruelle Bussy-d'Amboise et chemin du Coteau. Les remparts étaient dotés de grandes portes vraisemblablement fortifiées contrôlant à l'est et à l'ouest les entrées correspondant au débouché des deux premières de ces rues, tandis que de plus petites portes devaient plus haut donner accès aux deux autres voies.

Le bourg castral était de dimensions réduites et des faubourgs semblent être apparus très tôt : des bâtiments sont en effet attestés hors les murs dès le début du XIIIe siècle. Sur le plan de 1747 paraît perceptible une extension de la première enceinte en partie orientale, qui pourrait être destinée à protéger une partie du quartier de la Fontaine (avec portes urbaines et murs peut-être de moindre épaisseur). À l'ouest, par contre, les extensions urbaines de la Basse-rue, de la Haute-rue, du Port des Abbesses, de la Maladrerie et de Richebourg n'étaient pas défendues.

S'il est probable que le coteau présentait originellement des falaises naturelles, il semble que la plupart de ces parois aient été retaillées, voire que bon nombre des pans rocheux résultent d'excavations anthropiques. Ces aménagements étaient destinés tant à donner accès aux bancs de tuffeau exploitables comme carrières ou pour y creuser des abris troglodytiques qu'à disposer de parcelles planes pour y établir un réseau viaire et des habitations, cours et dépendances.

Des murs de soutènement furent construits pour conforter ces parois rocheuses, principalement en partie basse et à mi-pente du village. Dans leur état actuel, ces maçonneries sont très hétérogènes et difficilement datables, même s'il semble qu'elles aient connu d'importantes reprises au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Au bas du bourg, ces murs peuvent aussi être liés au système défensif de la ville fortifiée, comme dans les douves du château ou en surplomb de la Loire dans les bâtiments de la basse-cour. À l'est du château et de l'ancienne ville forte, le coteau du gradin rocheux le plus bas se poursuit selon un tracé non linéaire, qui est par endroits lui aussi conforté par des murs de soutènement, discernables en partie centrale du parcellaire bâti des îlots situés entre la rue Jehanne-d'Arc, le quai Alexandre-Dumas, la ruelle des Lavandières et la rue de la Fontaine. Déjà visible, semble-t-il, au premier plan de la vue de la collection de Gaignières (en 1699), ce mur de soutènement pouvait aussi participer de la défense du faubourg oriental.

À flanc de coteau, sans jamais affleurer du plateau pour ne pas s'exposer aux vents dominants, l'habitat revêt quelques traits récurrents à Montsoreau. Dans un certain nombre de cas, on observe que des maisons disposent d'un accès de plain-pied à une rue basse et, par l'intermédiaire d'un escalier intérieur ou extérieur (parfois couvert), ont aussi un accès haut sur la rue coiffant le coteau qui leur est postérieur ; cet accès peut aussi se faire par les degrés de jardins qui s'étagent derrière la maison. Par ailleurs, beaucoup des habitations construites à Montsoreau au-devant d'un coteau s'adossent à celui-ci, mais il est à noter que la plupart de celles qui s'alignent du côté sud de la place des Diligences, disposent d'une petite cour en fond de parcelle qui les sépare de la paroi : leur façade postérieure est ainsi exposée au sud et la courette donne accès à des dépendances troglodytiques.

Les caractères marquants de l'habitat sont l'utilisation presque exclusive du tuffeau et de l'ardoise ; par ailleurs, les maisons du bourg comptent presque toujours un étage-carré. Les typologies de constructions sont diverses. Les bâtiments anciens sont le souvent à pignon sur rue aux XIIIe-XVIe siècles, puis à gouttereau sur rue dès le XVIe siècle ; aux XVe-XVIIe siècles on observe la présence fréquente de tourelles d'escalier. Les maisons en appentis forment une minorité notable, mais sont moins nombreuses dans les secteurs les plus en vue (au coeur du bourg, sur la place des Diligences, etc.) où les toits à deux versants dominent. Les abris troglodytiques sont assez nombreux, utilisés en tant qu'habitations ou dépendances ; si l'on en voit ponctuellement en partie basse, ils se trouvent pour l'essentiel en partie haute du bourg où ils côtoient également des entrées d'anciennes carrières, voire en occupent les galeries abandonnées. Plusieurs de ces demeures troglodytiques sont médiévales et comptent parmi les plus anciennes habitations de Montsoreau. On note aussi la présence en haut du village de plusieurs fontis, ou gouffres d'effondrement de carrières, dans lesquels des habitations et dépendances furent aménagées sous forme d'abris troglodytiques, voire sous la forme d'une maison construite dans le fontis (un seul cas attesté, aujourd'hui en ruine, au 14-bis, ruelle Bussy-d'Amboise).

Si l'habitat le plus ancien se concentre dans ce qui fut le bourg castral et au long des voies de ses faubourgs, le XIXe siècle voit la densification de ces secteurs, notamment par un alignement de maisons construites en partie nord de la place des Diligences, dans la continuité de l'ancienne halle ou encore par la construction de plus nombreuses maisons le long du chemin du Coteau et de la ruelle Bussy-d'Amboise où l'habitat troglodytique prédominait jusqu'alors. Mais le renouvellement que connaît alors Montsoreau se traduit principalement par la conquête de la partie basse du village où la construction de la route de Loire permet d'allotir de nouvelles parcelles : presque toutes les maisons qui s'alignent aujourd'hui sur les quais Alexandre-Dumas et Philippe-de-Commines et plus loin sur l'avenue de la Loire sont érigées dans les deux derniers tiers du XIXe siècle. Certaines de ces demeures sont d'ailleurs en forte interaction avec le fleuve et, propriétés de carriers ou de négociants en vin, elles sont associées à l'aménagement de ports et de cales qui flanquent le talus de la route de Loire afin de diffuser leur production. Pour l'essentiel, ces maisons présentent une grande homogénéité d'aspect, de gabarit et de traitement des façades, sobrement néoclassiques, bâties en moyen appareil de tuffeau, dotées d'un étage et souvent surmontées d'un comble à surcroît avec toits d'ardoises à deux versants. Édifiées sans plan d'ensemble, elles composent notamment un front de Loire des plus harmonieux.

D'une manière générale, l'ornementation (encadrements, corniches, bandeaux, etc.) est relativement présente dans ces constructions, du XVe au XIXe siècle, tout en restant sobre et élégante.

Au XXe siècle les constructions nouvelles se font aux marges du village : le long de l'avenue de la Loire (au bas de la Maumenière) ou sur les flancs du vallon de l'Arceau, à Rest ou dans le prolongement de la Maladrerie. C'est en partie haute de ce secteur-ci que sont successivement implantés deux lotissements dans le dernier quart du XXe siècle. Construit en 1974-1978 (et densifié ensuite jusqu'à la fin des années 1980), le lotissement de la Résidence de la Dame de Montsoreau relève de la recherche d'une modernité qui s'affirme alors en nette rupture avec l'architecture traditionnelle locale, par une implantation de pavillons individuels standardisés en milieu de parcelle, construits en béton avec garage en soubassement ; la couverture façon ardoise et l'enduit clair des murs sont les rares concessions à des formes vernaculaires. Construit dans la foulée de la rénovation urbaine de l'Îlot-Dacier à Saumur (1977-1980), dont il s'inspire fortement, le lotissement communal de la Tranchée est édifié en deux tranches, conçues en 1981-1982 et réalisées dans la seconde moitié des années 1980 (architectes : J.-B. Boissot et J.-P. Catteau ; maîtrise d'ouvrage : Office public départemental d'H.L.M de Maine-et-Loire). Ce nouveau lotissement traduit l'orientation des réflexions vers l'alliance entre modernité et insertion paysagère et architecturale, choisissant des volumes hétérogènes et discontinus où l'appentis est très présent, avec des habitations en front de rue, toujours construites en béton, mais imitant nettement les maisons locales aux enduits de couleur sable de Loire et aux toits d'ardoises. Le prolongement sud, réalisé vers 2000, reprend ces grandes lignes, dans un esprit plus moderne.

Rest

Le site de Rest occupe la confluence de l'Arceau et de la Loire, au coeur donc de l'ancien réseau de voies de communication. Là, l'ancienne route du bas de coteau pénètre un peu dans la vallée de l'Arceau (rue de l'Église) et dessert, de part et d'autre, les voies qui bordent les flancs de ce vallon (rue des Mazières et rue de la Maladrerie), laissant vide au centre un vaste espace de sols humides et inondables au bord du ruisseau (où fut tracée l'actuelle rue des Abbesses dans la seconde moitié du XVIIIe siècle). Les archives attestent de la présence à Rest d'un habitat qui devait être plus dense au Moyen Âge, ayant compté plusieurs maisons et un moulin et où seuls demeurent quelques bâtiments anciens, parmi lesquels on doit noter la présence de l'église paroissiale, de ses anciennes dépendances (prieuré-cure et presbytère) et du cimetière. Des abris troglodytiques conservant des éléments des derniers siècles du Moyen Âge sont aussi visibles à mi-pente dans le secteur qui surplombe le cimetière. Longtemps à l'écart de Montsoreau, Rest est depuis la fin du XIXe siècle de facto ancré au village avec le développement du bourg et son décentrement vers la place du Mail à la suite de la construction de la route de Loire. S'il est toujours peu dense, le tissu bâti s'y est étoffé, notamment depuis les années 1960 avec le développement d'un habitat pavillonnaire au sud (autour de la rue des Mazières et de la rue des Moulins). Toutefois, même en occupant une position qui est géographiquement presque centrale, Rest est en retrait de l'avenue de la Loire qui passe une centaine de mètres plus au nord de ce secteur et demeure donc un peu isolé des axes majeurs de Montsoreau.

La Maumenière (voir pour plus de précisions la notice individuelle consacrée spécifiquement à cet écart)

La Maumenière est un ancien écart qui était essentiellement troglodytique, implanté au long du coteau calcaire dominant la Loire, à l'ouest de la confluence de l'Arceau et du fleuve, entre Rest et le Saut-aux-loups. Il est lié à une implantation seigneuriale de la famille Maumoine, dont l'écart conserve le nom. Vassaux des seigneurs de Montsoreau, les Maumoine disposaient à ce niveau d'un péage sur la Loire et devaient y posséder un manoir troglodytique (disparu). Jusqu'à la construction de la route de Loire, sur levée, dans le second quart du XIXe siècle, les constructions et même les habitations troglodytiques étaient rares en bas de coteau, du fait des risques d'inondations ; la chaussée (actuelle rue de la Maumenière) qui longeait la paroi rocheuse au plus près n'était d'ailleurs pas forcément praticable en toute saison. Les habitations et dépendances troglodytiques s'alignaient ainsi au long d'une voie établie à mi-pente du coteau, où se situait également un gigantesque site d'extraction de tuffeau accessible par plusieurs bouches de cavage. L'étroitesse de la voie et le faible nombre de replats suffisamment larges ne permirent l'installation que de quelques habitations semi-troglodytiques, surtout sous forme d'appentis adossés à la roche. Il est à noter que des abris troglodytiques furent aussi aménagés dans les galeries et fontis de tête de carrière. Dans la première moitié du XIXe siècle, sans doute au maximum de son peuplement, on put compter un peu plus d'une cinquantaine de ménages et près de 150 habitants à la Maumenière (alors 1/6e de la population montsorélienne). Depuis le pied du coteau, des rampes, droites ou en lacets, donnent accès à la voie de mi-pente (aujourd'hui ruelle des Perreyeurs et chemin des Caves) ; il semble également que des communications anciennes existaient entre celle-ci et le plateau viticole qui surplombe le site. La population de l'écart se composait ainsi pour l'essentiel de carriers et de vignerons, mais comptait aussi des artisans et des mariniers. Quelques demeures, troglodytiques ou semi-troglodytiques sont encore habitées là de nos jours, mais cet habitat de mi-coteau fut déserté progressivement avec le repli de l'activité d'extraction à partir du milieu du XIXe siècle, alors même que des maisons étaient construites au bas du site, le long de la nouvelle route de Loire. Ces mutations ont aussi été accompagnées d'un renouveau des formes architecturales puisque jusqu'ici les rares bâtiments étaient pour la plupart en appentis alors que désormais la demeure, détachée du coteau, est le plus souvent couverte d'un toit à deux versants. En plus de ces habitations, les larges surfaces dès lors constructibles dans ce secteur bas ont accueilli depuis le XIXe siècle une part notable des édifices liés à des activités économiques de la commune : caves viticoles, entrepôts, bâtiments industriels ou de services. Ces redéploiements de l'habitat et des activités ainsi que le décentrement du bourg du fait de la nouvelle route de Loire ont contribué, depuis la fin du XIXe siècle, à l'ancrage de la Maumenière au village de Montsoreau dont l'ancien écart forme aujourd'hui un prolongement vers l'ouest.

L'Île-au-Than (voir pour plus de précisions la notice individuelle consacrée spécifiquement à cet écart).

Situé en rive droite, l'Île-au-Than est le seul écart d'importance que compte aujourd'hui la commune de Montsoreau. Ce hameau est constitué de plusieurs noyaux de maisons alignées de manière plus ou moins discontinue le long d'une voie parallèle à la Loire (rue du Port). Une telle disposition s'explique par la présence, là, d'une succession de points légèrement surélevés, peu distants les uns des autres, qui permettent d'échapper le plus souvent aux hautes eaux de la Loire en ce secteur du lit inondable non protégé par la Grande levée. Les maisons sont donc érigées, pour la plupart, au sommet de ces "montils" ou tertres naturels, souvent rehaussés artificiellement. Aux quatre noyaux anciens sont associées des voies qui, perpendiculairement à la rue principale, descendent vers le fleuve. À l'exception de quelques demeures, la plupart datent des XVIIIe et XIXe siècles et relèvent d'un modèle architectural vernaculaire courant dans les vallées de la Loire et de l'Authion : une habitation en rez-de-chaussée, couverte d'un toit à deux versants, avec dépendances agricoles souvent associées en prolongement postérieur ou longitudinal. L'axe de ces constructions est parallèle au sens du fleuve, car le pignon, plus étroit, offre moins de prise au courant en cas de crue majeure. Le parcellaire rural de ce secteur est à noter, car il témoigne encore, dans son découpage, des dispositions des anciennes îles de Loire, autrefois indépendantes les unes les autres et qui ont été progressivement réunies pour former cette portion de berge que ne délimite plus désormais que la boire du Chêne.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Nombreux documents conservés aux Archives départementales de Maine-et-Loire ou à la Mairie de Montsoreau, dont notamment :

    AD Maine-et-Loire. 1 Fi 22. Fonds iconographiques. Charte de la situation des terres mouvantes de Montsoreau (s. d., vers 1636-1640).?

    AD Maine-et-Loire. 1 Fi 791. Fonds iconographiques. Point de vue du château et bourg de Montsoreau jusqu'à l'église de Rets, pris de la rive occidentale de la Loire (plan géométral), par François-Michel Drapeau (1782).

    AD Maine-et-Loire. 7 M 71. Agriculture, eaux et forêts. Production viticole : enquête départementale sur la viticulture (1829).

    AD Maine-et-Loire. O 766. Biens communaux. Commune de Montsoreau, dossiers divers (XIXe-XXe siècles).

    AD Maine-et-Loire. O 767. Biens communaux. Commune de Montsoreau, dossiers divers (XIXe-XXe siècles). AD Maine-et-Loire. 3 P 5 / 228. Cadastre. Etat des sections et matrices cadastrales de Montsoreau (XIXe-XXe siècles).

    AD Maine-et-Loire. 23 S. Route nationale n°147. Divers documents, dont en 23 S 2 : plan-minute de l'Atlas Trudaine du grand chemin de Montsoreau à Loudun avec ses environs (1747).

    AD Maine-et-Loire. 62 S. Route n°22. Divers documents, dont en 62 S 1 : plan du projet de la route de Loire dans la traverse de Montsoreau (1827).

    AM Montsoreau. Non coté. Registres paroissiaux. Registres des baptêmes, mariages et sépultures (1576-1792).

    AM Montsoreau. Non coté. Recensements. Recensements de la population montsorélienne (XIXe siècle).

    BNF EST (Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie). VA-49 (2). Collection Gaignières. Vue de Montsoreau, dessin de Louis Boudan (1699).

Bibliographie
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    RAIMBAULT, Louis. Notice historique sur le château et la commune de Montsoreau. In Répertoire archéologique de l'Anjou, 1865.

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