Dossier IA72058898 | Réalisé par
Barreau Pierrick (Contributeur)
Barreau Pierrick

Chercheur auprès du Pays du Perche sarthois jusqu'en octobre 2020. Depuis novembre 2020, chercheur auprès du Conseil départemental de la Mayenne.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Manoir, puis presbytère, actuellement mairie, ruelle du Presbytère
Auteur
Fourny Pierre-Bernard
Fourny Pierre-Bernard

Photographe, Service Patrimoine, Région Pays de la Loire.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Pays du Perche sarthois - Saint-Calais
  • Commune Conflans-sur-Anille
  • Adresse ruelle du Presbytère
  • Cadastre 1836 C4 546  ; 2019 AE 35
  • Dénominations
    manoir, presbytère
  • Destinations
    mairie
  • Parties constituantes non étudiées
    cour, portail, mur de clôture, four, garage, terrasse en terre-plein

Les archives sont muettes sur l’origine de cet ensemble, mais les proportions, les dispositions, les éléments défensifs et les vastes dépendances (aujourd’hui détruites) ne laissent guère de doute sur la vocation première des bâtiments. Il s’agit, selon toute vraisemblance, d’un ancien manoir seigneurial. Au moins depuis le milieu du XVIe siècle, les seigneuries de la Cour du Bois et de Conflans sont associées, et ont pour siège le manoir de la Cour-du-Bois, au nord-est du bourg. Néanmoins, il n’est pas exclu que la seigneurie de paroisse ait auparavant possédé son indépendance et son propre manoir, ou encore que le seigneur de la Cour-du-Bois ait souhaité imprimer sa marque dans le bourg, face à l’église, par une construction ostentatoire, comme c’est le cas dans bien des bourgs ruraux en Perche sarthois. On notera par ailleurs la parenté évidente entre les deux manoirs, car si celui de la Cour-du-Bois a été démoli, il est toujours connu par des photographies anciennes. C’est donc là une hypothèse vraisemblable pour l’origine du manoir de Conflans, mais pour l’heure aucun document n’en apporte la preuve ni ne permet d’identifier un commanditaire.

L’essentiel de l’élévation remonte à la fin du XVe siècle, comme l'indique l'étude dendrochronologique réalisée dans le cadre de l'inventaire : les prélèvements réalisés, notamment au niveau de l'escalier, indiquent une mise en oeuvre entre 1487 et 1496d. L’observation des murs permet d’identifier deux parties distinctes dans la construction primitive. Tout d’abord, le logis noble incluait la partie est du bâtiment principal, jusqu’à la tour d’escalier qui en occupait alors l’angle : on entrait par une porte ménagée sur un pan de cette tour, dont le percement a été conservé dans la distribution intérieure et dont un jambage est encore visible en extérieur. Cet espace sur cave incluait une salle au rez-de-chaussée dont la cheminée est conservée (actuellement salle du conseil) et une salle à l’étage, peut-être sous charpente. On y ajouta sans doute très rapidement la tour carrée en appui contre la façade arrière, pour des raisons de consolidation ou de fortification. Plusieurs baies chanfreinées ont été conservées, notamment sur les deux tours, ainsi qu'une fenêtre à traverse sur le pignon ouest, datables de la construction primitive. A proximité du logis noble se trouvait un second bâtiment (aujourd’hui plus bas), dont la fonction n’a pas été identifiée. Les dépendances se répartissaient autour de la cour close.

A une date inconnue, au plus tard au début du XVIIe siècle, le manoir devient presbytère. En 1684, le curé de Conflans avoue tenir du duc de Vendôme son presbytère, grand corps de logis à plusieurs chambres, grange, étable, colombier, cour et jardin clos, description qui pourrait correspondre à cet ensemble. Cette fonction est bien attestée au XVIIIe siècle : selon l’inscription portée au-dessus d’une fenêtre, "R COURTE CURE 1767", c’est René Courte, curé de Conflans de 1764 à 1785, qui fait rejoindre les deux bâtiments par la construction de la travée centrale, à droite de la tour d’escalier. Cette date est confirmée avec exactitude par l'étude dendrochronologique de la charpente, qui révèle une remise en oeuvre complète de la structure médiévale et l'adjonction de jambes de force. La plupart des baies ont été remaniées à cette occasion et une nouvelle porte d’entrée a été aménagée en remplacement de celle de la tour, désormais incluse dans le mur. La plupart des cheminées, de style rocaille, datent également de cette période. C’est également probablement au XVIIIe siècle que sont aménagés les jardins en terrasses. Le four, qui était sans doute celui du presbytère avant de devenir communal, porte la date 1770 au sommet du pignon.

A la Révolution, le presbytère est déclaré bien national mais n’est pas vendu, la commune décidant de le mettre à la disposition d’instituteurs communaux et d’en réserver une salle pour la mairie. Il est alors ainsi décrit : « scavoir première division composée d’une chambre à feu deux chambres froides et un cabinet à côté, grenier sur le totale, et la cave sous lesdicts bâtiments […] 2e division composée de la cuisine, d’une laiterie, d’un cabinet et d’un levier avec le pressoir à la charge par l’adjudicataire de souffrir à l’usage du pressoir par les habitans de la commune qui auront du cidre à faire […] 3e division composée d’une chambre haute à feu d’un grenier dessus et d’un fruitier à côté ». Les dépendances incluent « les grange et écurie cabinet poullalié engou fourny colonbié cour toit à porcs et jardins bas et haut », le tout couvert de bardeaux. La cour est accessible par une porte cochère. Le presbytère est ainsi loué au sulfureux curé Bonaventure Pipet au motif qu’il donne des cours à quelques élèves. Cessant d’assurer le culte à la Terreur, il épouse sa domestique, travaille à la justice de paix de Saint-Calais et tiendrait cabaret à Conflans. Peu apprécié par la population et la municipalité, l’ex-curé et sa famille sont sommés de quitter le presbytère en 1801. Quelques années plus tard, celui-ci est réaffecté au logement des curés, et le demeure jusqu’en 1957 malgré la séparation de l’Église et de l’État.

De nombreuses réparations mineures sont citées tout au long des XIXe et XXe siècles. Les couvertures sont entièrement refaites en 1841 et les derniers bardeaux (sur les communs) disparaissent au profit de la tuile, « en ayant soin de mettre des contrelattes pour renforcer les chevrons ». Une partie des encadrements de baies sont refaits en briques. Les dépendances autour de la cour sont progressivement démolies. Suite au décès du dernier curé de Conflans, l’abbé Segrétain, le presbytère est réaffecté aux logement des instituteurs communaux. Une partie du jardin est utilisée pour la construction du groupe scolaire en 1964. L’ancien presbytère étant devenu vacant en 1990, le conseil municipal décide d’y fixer la mairie après près de deux siècles d’errances d’une maison du bourg à l’autre. S’ensuit une restauration menée par l’architecte Michel Pitois, qui comprend notamment la réfection de nombreuses ouvertures et la construction d’un garage accolé. La cour est transformée en parking. La mairie précédente est ensuite transformée en salle polyvalente.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 15e siècle, 3e quart 18e siècle
    • Secondaire : 19e siècle, 20e siècle, 4e quart 20e siècle
  • Dates
    • 1767, porte la date
    • 1770, porte la date

L’ancien manoir occupe une position stratégique dans le bourg, en surplomb de la confluence de l’Anille et de l’Axone et du chemin de Saint-Calais. L’effet défensif a été certainement fortement atténué par l’adjonction des terrasses qui englobent le soubassement au sud et par les remblais nécessaires à l’aménagement du jardin des curés. Placé en fond de cour, l’ancien logis est orienté au nord, côté cour, et au sud, côté jardin. Les communs, qui devaient prendre place de part et d’autre, ont entièrement disparu, à l’exception du four à pain. Il ne reste que des vestiges du portail d'accès à la cour.

Le corps de bâtiments subsistant, qui comprend une partie à étage carré et une partie à comble à surcroît, est orienté au nord, côté cour, et au sud, côté jardin. Les maçonneries présentent de multiples reprises témoignant des évolutions du bâti, et peut-être du remplacement de murs en pan-de-bois par des moellons. Les toitures, très pentues, sont couvertes de tuile plate, il subsiste une portion de rampant du pignon découvert côté est. Les baies offrent un panel de formes et de matériaux variés. Les plus anciennes sont chanfreinées et de petite taille, avec un encadrement en calcaire ou en grès roussard. Celle du mur-pignon, pourvue d’une traverse, fait figure d’exception. Les autres ouvertures souvent pour la plupart disposées en travées et présentent un encadrement en calcaire alternant parfois avec la brique ; les linteaux sont en arc segmentaire parfois délardé. L’une d’elles, côté sud, présente un fin appui mouluré. D’autres ouvertures, plus tardives, possèdent des encadrements entièrement en briques.

Une tour d’escalier polygonale flanque la partie haute du manoir côté cour et dessert les quatre niveaux. Située sur l’angle du logis primitif avant qu’il ne soit agrandi vers l’ouest, elle est surmontée d’une corniche et couverte d’ardoise. La maçonnerie en est particulièrement soignée, avec l’utilisation du grès roussard dans le traitement des angles et des baies en partie basse, puis du calcaire pour le reste de l’élévation. L’encadrement de la porte primitive, condamnée lorsque le bâti fut prolongé, reste partiellement visible sur le pan ouest de la tour. D’autres éléments architecturaux accusent un caractère plus défensif : la tour accolée à la tour d’escalier, qui pourrait s'apparenter à une tour des gardes, la tour carrée côté sud, ainsi que les étroites ouvertures, semblables à des meurtrières, qui éclairent le soubassement à l’est.

Bien que remanié, et redécoupé pour la partie ouest, l’intérieur conserve en partie ses dispositions d’origine. Dans la partie est, correspondant au logis noble initial, le même volume se retrouve à chaque niveau, soubassement (avec départ d’un souterrain aujourd’hui condamné), rez-de-chaussée (salle du conseil municipal), étage et comble (agrandi par la suite). On y retrouve l’espace dévolu à la cheminée sur le mur gouttereau, avec un épais massif en maçonnerie au niveau du soubassement, et l’imposante cheminée de l’actuelle salle du conseil municipal, au rez-de-chaussée. Celle-ci présente un linteau mouluré posé sur deux corbeaux et un arc de décharge sur la hotte. L’intérieur est encore percé de deux fours, l’un à pain, l’autre à pâtisserie. La cheminée de l’étage, comme celles visibles dans les autres parties du manoir (actuels accueil et bureau du maire), datent du XVIIIe siècle et sont de style rocaille, avec leurs fins manteaux et leurs moulures chantournées. Les charpentes ont été remaniées et renforcées mais présentent des éléments qui semblent appartenir au manoir primitif, notamment les poinçons. Enfin, l’escalier en vis est en pierre au niveau du soubassement et en bois pour le reste de l’élévation : le noyau est sculpté d’une main-courante en relief qui court en spirale depuis le rez-de-chaussée jusqu’à l’enrayure de la charpente.

  • Murs
    • calcaire moellon enduit
    • grès moellon enduit
  • Toits
    tuile plate, ardoise
  • Étages
    étage de soubassement, rez-de-chaussée, 1 étage carré
  • Couvrements
    • charpente en bois apparente
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
    • toit à longs pans pignon découvert
    • toit polygonal
  • Escaliers
    • escalier hors-œuvre : escalier en vis en charpente
    • escalier de distribution extérieur : escalier droit en maçonnerie
  • État de conservation
    bon état, remanié
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Protections