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Évolution urbaine et historique de Guérande

Dossier IA44004456 réalisé en 2005

Fiche

Á rapprocher de

Dénominationsville
Aire d'étude et cantonGuérande - Guérande
AdresseCommune : Guérande

Une origine antique ?

L'origine de Guérande reste obscure, et a soulevé bien des controverses dès le XIXe siècle. Plusieurs historiens ont situé ici la ville portuaire gauloise de Corbilo, en s'appuyant sur les écrits de Strabon et de Jules César. Cette hypothèse est définitivement rejetée aujourd'hui. Il n'existe aucune preuve de l'existence d'une agglomération dès l'époque antique. Cependant, des découvertes ponctuelles de mobilier de l'époque gallo-romaine attestent d'une présence sur le site (des indices, mais pas de construction, ce que l'archéologue Christophe Devals appelle « un bruit de fond »). Il peut s'agir simplement d'une villa isolée. Les prospections archéologiques menées aux alentours de la ville ces dernières années montrent bien que le site est resté à l'écart des voies romaines, et mettent en évidence en revanche l'importance de l'agglomération de Clis.

Une basilique carolingienne

Les sources écrites sont tout aussi lacunaires pour la période mérovingienne. Dom Lobineau, et d'autres historiens à sa suite, situe à Guérande l' « aula Quiriaca » où vivait Guerech au milieu du VIe siècle, puis son fils Canao, comte du Vannetais. Encore une fois, aucun indice archéologique ne confirme cette hypothèse. La découverte sur le site d'une plaque boucle de chaussure mérovingienne reste isolée. En revanche, des restes de sarcophages confirment la présence d'une nécropole, ce qui suppose un lieu de culte voisin. Ils ont été découverts par Léon Maître en 1899, sous le sol du chevet de l'église Saint-Aubin, associés à une construction de plan semi-circulaire interprétée alors comme une piscine baptismale. Les fouilles réalisées très récemment autour du chevet ne permettent ni d'infirmer ni de confirmer cette théorie. Le Sarcophage conservé dans la chapelle basse est bien daté de l'époque mérovingienne ; mais on ne connaît pas sa provenance. Quant aux textes, ils restent muets jusqu'à l'époque carolingienne, où l'existence de l'église Saint-Aubin et de ses reliques est alors confirmée.

La première mention du site de « Guerrandia » date approximativement de 843. Les mentions abondent dans la seconde moitié du IXe siècle, dans le cartulaire de l'abbaye de Redon. C'est ainsi qu'on trouve la preuve, dès 854 de l'existence de l'église de Guérande et de ses reliques de Saint-Aubin (« ecclesia » de « Werran »). Plusieurs actes des années 859, 861 et 870 sont signés dans l'église, devant elle ou, plus précisément, dans le « campus » qui la précède. De l'église carolingienne Saint-Aubin dateraient les chapiteaux (ou bases de pilier) quadrilobés remployés dans l'édifice. Leur style n'autorise pas une datation si précoce.

Guerran (866) ou Uueran (876) est alors le siège d'un « plebe » ou paroisse située près de la mer et comprenant la villa Burbrii et la villa Alli. Il est difficile de préciser si la place est située dans le comté Nantais ou dans le Vannetais ; la chronique de Nantes, couramment citée, est peu claire sur ce point. Il est encore plus difficile de confirmer la création d'un évêché à Guérande au milieu du IXe siècle, comme le propose Henri Quilgars. À cette époque, on trouve en revanche mention des salines du pays guérandais.

En résumé, notre connaissance de Guérande, avant l'an mil, se limite à l'église Saint-Aubin et son cimetière. L'existence d'un établissement conventuel associé n'est pas mentionnée, mais il serait plausible que des chanoines réguliers - ou des moines - participent dès cette époque à la mise en exploitation du sol (salines, vignes) autour de la basilique.

La viguerie de Guérande (XIe-XIIe siècles)

Au milieu du XIe siècle, le pays Guérandais est définitivement rattaché au Nantais, tant du point de vue civil que religieux. L'abbé Gautier (1036-1055), de Saint-Aubin d'Angers, fait rédiger par un de ses moines une biographie de saint Aubin ; c'est ce texte qui signale à Guérande une magnifique basilique. S'agit-il toujours de l'église carolingienne ? Elle aurait été agrandie à l'époque romane ; il n'en reste que les chapiteaux sur les colonnes de la nef (démontées et remontées au XIXe s.). Le style des sculptures indique une datation dans la seconde moitié du XIIe siècle. Plusieurs cimetières sont avérés autour de l'édifice.

L'église Saint-Aubin est alors une collégiale. Un acte issu des prieurés dépendant de l'abbaye de Marmoutier mentionne, du temps de l'évêque de Nantes Itier (1142-1147), plusieurs chanoines de Guérande. L'existence en ce milieu de XIIe siècle d'un collège canonial est bientôt confirmée, entre 1157 et 1189, par un autre acte de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers qui signale la présence comme témoins de deux clercs, Daniel et Guillaume, chanoines de Guérande. Les fouilles réalisées aux abords immédiats de la collégiale n'ont pas permis de reconnaître d'éventuels bâtiments conventuels (maisons, cloître, salle du chapitre). Seules des sépultures ont été découvertes ; l'archéologue conclut à l'existence d'un cimetière périphérique ; mais certaines inhumations ont pu être faites dans l'emprise d'une cour, d'un cloître, voire de bâtiments.

À la même époque, on trouve dans les archives plusieurs personnages qui portent le nom de Guérande, mais jamais les qualificatifs de « dominus » ou de « custos » qui pourraient attester de la position de seigneur ou châtelain dans la place. Entre le milieu du XIe siècle et le milieu du XIIe siècle sont mentionnés plusieurs viguiers de Guérande, représentant le pouvoir ducal. Le premier apparaît dans la seconde moitié du XIe siècle. Il s'agit soit de « Grafionus de Guarranda », cité entre 1064 et 1079, soit de Bernard de Guérande, qualifié de miles, qui effectue avec le duc Hoël 1er (1066-1084) des donations à l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers. La confirmation de ce don par le comte Alain Fergent (1084-1112) se fait en présence de « Rohaldus vicarius de Guarranda », titre qu'il porte dans un autre texte des années 1082-1106 où il est aussi qualifié d' « homo nobilis ». Geoffroi, viguier de Guérande apparaît avant 1092 dans un acte impliquant son successeur Geoffroi de Donges. Un peu plus tard, entre 1114 et 1139, le « nobillissimus Gaufridus nomine, de Guerran », avec son fils Judicaël, fait don de deux hommes et de leurs terres. En 1129, « Men », serviteur ducal de Guérande, apparaît plusieurs fois dans des actes concernant le Nantais. Enfin, du temps de l'évêque de Nantes Itier (1142-1147), Geoffroi, ancien viguier de Guérande, est dit le père de Bérard, viguier alors en poste dans ce lieu. Cette mention est la première preuve d'une noblesse héréditaire à Guérande.

Le viguier est un officier représentant le comte sur un territoire qui reste étroitement contrôlé par l'administration carolingienne. Sa présence n'implique pas l'existence d'un château. Les textes ne livrent aucun indice d'une quelconque fortification à Guérande vers l'an mil, à une période où apparaissent cependant la plupart des castra majeurs de la Bretagne. De tout le Moyen Âge, il n'est même jamais question d'un château à Guérande dans les archives, pourtant abondantes. On n'en trouve d'ailleurs aucune trace sur le site.

Le bourg de Guérande (XIIIe siècle)

En 1206, le roi Philippe Auguste offre aux seigneurs André de Vitré et Éon de Ponchâteau pour leurs loyaux services les bourgs de Guérande et de Saillé, et toutes les terres qui appartiennent à la seigneurie - « dominium » - de Guérande. Alain Gallicé délimite ce bourg de Guérande dans un secteur d'un demi-hectare s'étendant entre l'église Notre-Dame la Blanche et le marché aux grains, sans aucune preuve de leur existence à ce moment . Il nous semble plutôt que le terme « burgus » désigne, à Guérande comme à Saillé, l'ensemble de l'agglomération existant alors.

L'année suivante, Guy de Thouars retrouve le gouvernement du duché de Bretagne ; le domaine de Guérande est reconstitué, mais certaines terres ne lui reviennent pas immédiatement. Judicaël de Guérande est présent dans son entourage. On a vu en lui un bourgeois enrichi par l'exploitation des salines, un marchand : le 15 juin 1214, il reçoit du roi Plantagenêt Jean sans Terre un sauf conduit pour aller commercer en Angleterre. Il devient conseiller attitré de la maison ducale, un des plus proches familiers de la duchesse Constance, prêtant sur gages aux grands seigneurs. En fait, la documentation ne le situe pas à Guérande, mais à Nantes où il a une maison, des biens, et où il exerce la fonction de prévôt, à la fin du XIIe siècle.

Dès le commencement du XIIIe siècle, les ducs de Bretagne utilisent la seigneurie de Guérande lors de plusieurs transactions. En 1212, Alix, héritière du trône de Bretagne, constitue une dot en faveur de sa sœur Catherine qui va se marier avec André III de Vitré ; cette dot confirme la donation de Livré et Guérande faite par son père le duc de Bretagne à André II de Vitré. Toutefois, ces deux lieux n'apparaissent plus dans la confirmation de la dot faite par Guy de Thouars, duc de Bretagne. En 1214, Pierre Mauclerc dispose du domaine de Guérande qu'il engage pour dédommager l'évêque de Nantes. Il le récupère en 1216 contre une somme d'argent donnée à l'évêque de Nantes.

Il est difficile d'appréhender l'organisation urbaine de la ville au XIIIe siècle. Aucune maison ne subsiste pour cette période, aucun édifice public, et très peu d'édifices religieux. En dehors de l'église collégiale Saint-Aubin, qui connaît sans doute une grande campagne de reconstruction dès la fin du XIIe siècle, seule l'église Notre-Dame la Blanche, par son style, peut être datée des années 1200. Quant à l'église Saint-Michel, dont les textes ne font pas mention avant la fin du Moyen Âge, elle ne livre que peu d'indices. La fente de jour sur la face nord et la baie à arc brisé sur l'élévation sud évoquent le XIIIe siècle, mais pourraient tout aussi bien appartenir au XIVe voire au XVe siècle. La toponymie livre quelques informations complémentaires. La rue de la Juiverie atteste de la présence de juifs à Guérande, confirmée dès 1234 par un texte. On peut supposer que cette rue est antérieure à 1239, année où les juifs sont expulsés de Bretagne par ordre du duc. En réalité, il ne reste aucune preuve du développement et de l'organisation de la ville en ce début du XIIIe siècle. L'existence de l'enceinte urbaine reste hypothétique. Seule la porte Vannetaise, par son architecture défensive, peut être datée au plus tôt du début du XIIIe siècle. Les autres ouvrages de l'enceinte ont été construits ou reconstruits plus tard. C'est le contexte de la guerre de succession de Bretagne, au début du XIVe siècle, qui justifie la fortification de Guérande. Sa situation sur la mer lui confère un rôle stratégique et un rôle économique. La ville est dotée d'une flotte importante pour le commerce du sel et du vin de Bordeaux, entre Libourne et l'Angleterre.

La ville des Montfort

En 1310, Yolande de Dreux, duchesse de Bretagne, établit un apanage pour son fils Jean et les filles qu'elle avait eues du duc Arthur II : Guérande est donnée à Jean de Montfort en partage, rachetable sous cinq ans de la somme de douze mille livres. À la mort de sa mère intervenue en 1322, le duc n'ayant pas été en mesure d'exercer ce droit, Jean de Montfort tient le domaine de Guérande. Une dizaine d'années plus tard, le duc ouvre un atelier monétaire à Guérande, comme à Brest, Quimperlé et Vannes. Ce sont des ouvriers anglais, envoyés dans le duché dès 1342 par le roi Édouard III, qui sont chargés de l'exploitation.

En 1342, Guérande est prise par l'armée française menée par Louis d'Espagne, en campagne pour rejoindre Charles de Blois. Elle est alors décrite comme « Une moulte grosse et forte ville séant sur mer qu'on nomme Garlande ». La chronique de Froissart précise encore que la ville « n'estoit pas adonc trop fort fremee ». Les chroniques attestent que les cinq églises de la ville « furent toutes brulées et pillées ». En dehors de l'église Saint-Aubin, dont on sait qu'elle a été fortement endommagée lors de ce siège, puis reconstruite, il est difficile de reconnaître les quatre autres églises mentionnées, et qui ne sont pas précisément situées intra-muros.

En 1343, le duc de Bretagne décide de renforcer les fortifications de la ville. Les quatre portes principales existent sans doute à cette époque. Le tracé de l'enceinte a été déterminé de façon assez lâche, pour englober largement l'agglomération existante, et prévenir une pression démographique, et une croissance urbaine qui ne s'est jamais pleinement réalisée au vu des nombreux espaces libres enclos encore de nos jours. La construction de l'enceinte est venue couper les rues principales partant du centre, et il a fallu détruire alors quelques maisons sur le fief de l'évêque. Tout au long du Moyen Âge, l'administration de la ville est en effet partagée entre le duc et l'évêque qui tient en fief la plupart des maisons intra-muros. Le capitaine, qui représente le duc, conserve ses prérogatives sur toutes les questions touchant la mise en défense de la ville.

Dans la guerre de succession de Bretagne, qui oppose les tenants de Charles de Blois et ceux de Jean IV Montfort, Guérande est une place stratégique attachée au parti breton. C'est dans cette ville que sont signés deux traités de paix (1364 et 1381).

En cette fin du XIVe siècle, Guérande occupe une place de premier plan dans l'histoire du duché. Pourtant, nous n'avons toujours pas d'informations sur l'organisation de la ville à cette époque.

La fin du Moyen Âge (XVe siècle)

Au début du XVe siècle, Guérande semble connaître une nouvelle croissance démographique. Le cœur de la ville s'organise autour de l'église Saint-Aubin, mais aussi des halles dont la première mention connue date de 1400. Elles étaient déjà installées à leur emplacement actuel. Il faut restituer sans doute autour de ce noyau de peuplement un parcellaire densément loti. En l'absence de fouilles, il est impossible d'appréhender l'habitat médiéval, dont il ne reste que peu de témoins. L'étude des comptes des biens de l'évêque de Nantes (les régaires) permet à Alain Gallicé d'évaluer la population de la ville à environ 3000 habitants à cette époque. C'est d'ailleurs le nombre requis pour justifier en théorie de l'implantation d'un couvent de Dominicains. C'est en 1408 que le duc Jean V fonde à Guérande, en 1408, le couvent des dominicains ou Jacobins, auxquels il accorde une foire franche de trois jours au faubourg de Bizienne. Les chanoines de Saint-Aubin accueillent avec hostilité ce nouvel établissement religieux dans la ville où ils sont tout puissants. La création du couvent par le duc traduit sans doute la volonté de mettre un frein au pouvoir des chanoines, et donc de l'évêque.

Le duc s'intéresse par ailleurs à la mise en défense de la ville. Les fortifications urbaines sont complétées à partir des années 1450 par la construction de tours qui sont toutes conservées sauf une aujourd'hui (tour Sainte-Catherine). Ces travaux financés par la taxe du billot s'achèvent avant les années 1480. Le contexte politique justifie une nouvelle campagne de fortification dans les années 1500, sur l'initiative de la duchesse Anne. C'est sans doute à ce moment que sont construits les ouvrages avancés de terre (boulevards) autour de l'enceinte de pierre.

À la fin du Moyen Âge, la population des faubourgs de Bizienne, Saillé et Saint-Michel augmente sensiblement. Le dernier est organisé autour de l'église Saint Michel, sans doute paroissiale. Elle est construite ou reconstruite à ce moment comme le révèle le style de son architecture (baies est et sud, bénitier flamboyant, charpente à engoulants). Entre la fin du XIVe siècle et les années 1540, Alain Gallicé relève dans les archives plus de 210 mentions de familles ou de maisons dans la ville close, et plus de 180 dans les faubourgs.

L’Époque moderne

Le développement urbain est interrompu dans la seconde moitié du XVIe siècle par les guerres de religion. De l'église protestante fondée au Croisic vers 1558, se forment les églises voisines de Piriac et de Guérande. Les tensions religieuses éclatent dans les années 1560. Les archives mentionnent la dégradation du couvent Saint-Yves en 1562 : « Une troupe de ces nouveaux évangélistes vint à la porte de l'église des Jacobins, pour y chanter leurs psaumes. Non content de cette première insulte, ils entrèrent dans l'église, abattirent les autels et brisèrent les images des saints ». En janvier 1563, le ministre Lecoq s'installe à Guérande. En lutte avec les Dominicains et le chapitre de la collégiale Saint-Aubin, il quitte la ville trois mois après son installation. Il est remplacé en 1565 par Jean Boisseul pendant un an environ puis l'église de Guérande est rendue au culte catholique. Les actes du synode protestant de Vitré en décembre 1577, signalent que malgré les persécutions et le massacre de la Saint-Barthélemy, il reste en Bretagne seize églises calvinistes dont celles de Guérande (sous l'appellation de Careil), Le Croisic et Piriac. En 1602, un arrêt du Parlement autorise la construction d'un temple au village de Clis et la création d'un cimetière (comme au Croisic) ; aucun n'est finalement créé. En 1665, le Parlement interdit le culte réformé sur le territoire de la sénéchaussée de Guérande, même dans les maisons.

De nouveaux établissements religieux sont édifiés aux XVIIe et XVIIIe siècles à l'extérieur des murs de la ville. Dans le faubourg Saint-Michel est fondé un hôpital, installé en 1680 dans le manoir de l'Arloc. Le père Chaurand, missionnaire apostolique de la Compagnie de Jésus, nomme pour l'administrer « un prêtre, un gentilhomme et un bourgeois ». La chapelle Saint-Louis qui donne son nom au nouvel établissement, est bénie en 1689. Des sœurs laïques, dites de Sainte-Catherine, sont établies pour l'entretien de la maison. C'est dans le même faubourg que les Ursulines, qui étaient établies intra-muros depuis 1646, bâtissent un couvent en 1753. Quant à l'Hôpital Saint-Jean, dont la gestion est transférée des Hospitaliers à la municipalité, il s'agrandit intra-muros. Les bâtiments organisés autour de la place Saint-Jean sont en partie conservés. Tous ces hospices sont regroupés à la Révolution.

Le développement économique de Guérande est soutenu encore au XVIe siècle par le commerce du sel. Il concerne toutes les paroisses du littoral, sauf Piriac. Les expéditions sont faites en grande partie par des navires du Nord, notamment d'Angleterre et de Hollande. Ce commerce fait sous le nom de Guérande, appartient surtout aux ports du littoral : Le Croisic, Le Pouliguen et Mesquer. Plusieurs villages bordant les marais salants reçoivent des navires, notamment Congors et Saillé.

L'industrie textile est au même titre que la pêche et le sel l'une des plus importantes activités artisanales. Il s'agit essentiellement d'une activité familiale. On note toutefois avant la Révolution deux manufactures à Guérande et au Croisic. Selon Fernand Guériff, au milieu du XVIIe siècle, 3000 tisserands exercent dans les villages guérandais. Le lin, le chanvre et la laine des moutons noirs de la Brière offrent la matière première. Le coton issu du commerce maritime permet de varier la production. À la fin du XVIIe siècle, l'édit de Colbert restreint la liberté de commerce des toiles bretonnes ; quatre ports seulement sont autorisés à les exporter : Landerneau, Morlaix, Saint-Malo et Nantes. Il en résulte une crise de l'activité et à la fin du XVIIIe siècle, on compte seulement 180 tisserands dans le pays guérandais.

D'autres activités artisanales sont connues à Guérande. Les marchands pintier qui fabriquent et vendent la vaisselle (assiette, pots ou pintes) et ustensiles de ménage sont nombreux. La ville compte également plusieurs orfèvres au XVIIIe siècle. On rencontre également des perruquiers, des boulangers (rue de Saillé, « au pilori »), des horlogers, et de nombreux cabaretiers et aubergistes.

La croissance économique et démographique entraîne une longue phase de reconstruction des bâtiments médiévaux. La forme de l'habitat reflète la hiérarchie sociale des différents quartiers. Des hôtels particuliers et de grandes maisons bourgeoises sont bâties intra-muros, alors que les faubourgs sont plutôt lotis de maisons basses et de maisons jumelles dont les lucarnes portent des millésimes permettant de les dater des XVIIe et XVIIIe siècles. Le dernier tiers du XVIIIe siècle est marqué par plusieurs grands chantiers urbains. De 1764 à 1774, sous l'influence du duc d'Aiguillon, gouverneur de Bretagne, les abords de la ville intra-muros sont transformés. C'est à cette époque que l'actuelle place du Marché au Bois est aménagée. Le projet prévoit notamment la création des promenades, l'établissement d'égouts, la réfection des chemins d'accès vers la ville. Les remparts créés dans les années 1500 sont nivelés et plantés d'ormeaux. Les masses de terre évacuées sont utilisées pour le comblement des douves. Ce comblement n'est réalisé qu'entre les portes de Saillé, de Bizienne et Saint-Michel. Le mail est créé avec une promenade haute encore existante, et une promenade basse actuellement transformée en route. Les travaux du duc d'Aiguillon nécessitent l'expropriation de nombreux habitants, et la destruction de maisons et murs qui encombraient les abords de l'enceinte. La démolition de l'enceinte, qui est un temps évoquée, n'est pas jugée nécessaire. La population se maintient intra-muros et à la veille de la Révolution, un contexte de disette explique un brutal recul démographique. Les trois paroisses n'en forment déjà plus qu'une, celle de Saint-Aubin.

Le XIXe siècle

La période révolutionnaire est vécue à Guérande sans grands bouleversements. Guérande est alors chef-lieu de district. En mars 1793, la ville est prise et la mairie saccagée par des troupes royalistes. L'occupation est de courte durée et la place est rendue avant l'arrivée des troupes républicaines commandées par le général Beysser. Ici comme ailleurs, les établissements religieux sont supprimés (couvent des Ursulines, couvent Saint-Yves, collège de chanoines de Saint-Aubin). En 1800, la ville perd de son importance administrative puisque c'est à Savenay que sont établis une sous-préfecture et un tribunal de première instance. Les protestations des Guérandais restent vaines. En 1803, une lettre anonyme du bureau de bienfaisance adressée au préfet dresse le bilan de la Révolution : le pays se trouve plongé dans une extrême misère. Plus de 800 pauvres indigents sont comptés dans la seule paroisse de Guérande où les hospices sont en ruines.

Le recensement de 1836 permet de mieux connaître la population. On retient en particulier la présence de 90 vignerons dans les faubourgs, 6 tisserands, 6 mégissiers, 1 tanneur. Sur le cadastre de 1819, la toponymie rappelle l'exploitation de la vigne, en particulier au sud du faubourg Saint-Armel (clos de la Vigne, Vigne des landes, Vigne Beau Soleil, Grande Vigne, Le Pressoir, etc). Toutefois aucun vestige bâti lié à cette activité n'est conservé sur le territoire étudié. Le toponyme « chemin de la Tannerie » et les documents d'archives attestent le travail des peaux dans le faubourg Saint-Armel . L'activité semble perdurer jusque dans les années 1880.

L'industrie principale reste le sel. En 1840, on évalue les marais salants du canton à 2294 hectares, formant 35 600 œillets (En moyenne un hectare de marais compose un peu plus de 15 œillets). Avec les produits de la pêche (poisson conservé et frais), le sel représente la majorité du tonnage des exportations. Les importations consistent essentiellement en matériaux de construction (chaux, bois, brique et pierre blanche, ardoise).

Au début du XIXe siècle, un premier plan d'alignement des rues de la ville intra-muros est dressé. Un second projet est proposé en 1862. Il consiste à établir deux axes principaux nord-sud et est-ouest partant des portes de ville et se rejoignant au centre près de l'église Saint-Aubin. Ce plan est en partie réalisé. Ainsi les maisons obstruant l'entrée de la rue de Saillé sont détruites (Z 116 et 117 du cadastre de 1819). Les maisons à l'ouest de la place Saint-Aubin (Z112 et 119) et celles formant le début de la rue Vannetaise (Z 82 et 80) sont supprimées afin de dégager une percée vers la porte Vannetaise. C'est probablement à cette époque que certains encorbellements de façade sont reculés (en particulier dans les rues de Saillé et du Pilori).

L'entrée en exploitation de la ligne de Saint-Nazaire au Croisic avec embranchement sur Guérande est inaugurée en 1879 par le ministère des travaux publics. Elle favorise la fréquentation du littoral et le désenclavement de la presqu'île. La gare de Guérande est construite au nord de la porte Vannetaise, sur des terrains vierges. La rue liant la gare à la ville intra-muros donne naissance à un quartier attractif. On y observe aujourd'hui des maisons bourgeoises formant pavillon en milieu de parcelle ou alignées le long de la rue. La ligne de chemin de fer décline à la fin des années 1930 et les voies sont déposées. Progressivement les terrains sont convertis (installation de routes, aménagement de parking, construction de la gendarmerie et de la caserne des pompiers). La rue du Général de Gaulle est percée à l'emplacement de la voie ferrée.

Dans le dernier tiers du XIXe siècle et au début du XXe siècle, artisans et commerçants s'implantent à proximité de la ville, sur les boulevards ceinturant l'intra-muros. Les bâtiments à usages professionnels s'accompagnent d'une maison de maître. Trois exemples remarquables se distinguent : l'ancienne distillerie Cassard et Minot au carrefour de la rue du Faubourg Saint-Armel et de la rue du Marhallé ; la scierie Chelet au carrefour de la rue du Faubourg Bizienne et du boulevard de l'Abreuvoir ; l'entreprise de maçonnerie Louis Guillouzo boulevard du Midi. D'autres établissements sont à signaler, en particulier une ancienne tannerie (34 rue du faubourg Saint-Armel), un atelier de nature indéterminée (25 boulevard Émile Pourieux). Des auberges et des cafés s'implantent à proximité du centre-ville, en particulier à l'Est et au Nord près de la place du Marché au Bois, de la porte Saint-Michel et de la rue conduisant à la gare.

Les maisons continuent à l'aligner sur la rue et les quelques villas implantées en milieu de parcelle (boulevard Émile Pourieux, 15 boulevard du Midi) sont l'exception. Les maisons bourgeoises se concentrent essentiellement le long de l'axe conduisant à la gare et dans la ville intra-muros. Le registre de mutation des parcelles cadastrales atteste la réédification de nombreuses maisons dans les faubourgs et l'intra-muros entre les années 1850 et le début du XXe siècle.

Le XXe siècle

Dans la première moitié du XXe siècle, c'est le faubourg Saint-Anne qui connaît le développement urbain le plus important. Il s'explique par l'attrait du nouveau quartier de la gare et la présence de nombreux terrains vierges proches de la ville. Comme dans de nombreuses villes, la loi Loucheur de 1928 participe à cet élan de constructions nouvelles. Elle permet aux propriétaires de contracter des emprunts à taux réduits, permettant ainsi plus facilement l'accès à la propriété et la construction de logements locatifs. L'actuelle rue Aristide Briand voit la construction de nombreux pavillons dit « Loucheurs ». Il s'agit de petites maisons entre cour et jardin avec deux ou trois chambres dont une est parfois sous comble. Le n° 21 se distingue par la qualité de l'architecture et l'organisation interne ancienne qui divise l'ensemble en trois logements indépendants, deux au rez-de-chaussée et un sous comble. Il s'agit du seul logement locatif de la rue réunissant plusieurs foyers.

Les exemples d'habitat des années 1930 sont nombreux en milieu urbain. Ils se rencontrent en particulier dans le faubourg Saint-Anne. Quelques exemples ont également été repérés dans le faubourg Saint-Michel (chemin des Moulins de la Place), faubourg Bizienne (rue du faubourg Bizienne).

La seconde moitié du XXe siècle marque une nouvelle étape dans l'extension urbaine de Guérande. Vers 1960, on constate l'implantation d'un habitat collectif au Nord. Toutefois ce sont les zones pavillonnaires qui constituent l'essentiel de la construction. Le phénomène perdure et s'accentue dans le dernier quart du XXe siècle à l'Ouest le long de du boulevard du Général de Gaulle en direction de La Turballe ; au Nord le long de la rue de Mesquer et du boulevard du 19 mars 1962 ; à l'Est le long de la rue de Kerbiniou. Face à cet urbanisme en pleine évolution, l'intra-muros n'est pas en reste. En effet les vastes zones non loties au Nord connaissent des programmes de construction de logements (rue Château gaillard, rue des Capucins, rue de la Juiverie). Le programme de logements collectifs le plus important se situe autour de la place Saint-Anne. Il remplace des bâtiments construits dans les années 1950.

Au début du XXIe siècle, les nouvelles limites urbaines inscrivent la ville dans un cercle dont le diamètre est légèrement supérieur à 2,1 km. Aujourd'hui, seule la rocade à l'Est et au Nord, semble limiter le développement urbain de Guérande.

Période(s)Principale : Moyen Age
Principale : Temps modernes
Principale : Epoque contemporaine

Annexes

  • D´après Froissart, « Chroniques », livre 1, chapitre CLI.

    1342

    "puis Louis d´Espagne s´en alla tout son ost par devers une grosse ville séant sur le flanc de la mer que on nomme Garlande. Puis fit le lendemain assaillir la ville par terre et par mer, qui ne se put longuement defendre ; ains fut assez gagnée par force, et tantost tout robée, et tout mis à l´épée femmes et hommes et enfants, et cinq églises arses et violées. Là eut gagné grand trésor, si que chascun en eut tant qu´il en put porter, car la ville était durement grande et riche marchande."

  • Lobineau, Guy Alexis, Dom. "Histoire de Bretagne", t. 1. Paris, édition du Palais royal, 1973, réed. Histoire de Bretagne composée sur les titres et les auteurs originaux ; t. 2 contenant les preuves et pièces justificatives. Paris, chez la veuve François Muguet, 1707, colonne 658.

    1386

    Lors des États de Bretagne réunis à Rennes, dont l´ouverture est proclamée le lundi 14 mai, on y déclare que les évêques de Nantes « ne pouvoient bastir de maison forte à Guerrande, sans la permission du duc ».

    « Maistre Estienne Davy Procureur général de Bretaigne, etc. Comme l´Evesque de Nantes eust commencé et voulu faire certain édiffice de mur de pierre joignant la closture et fortiffication de la ville de Guerrande apartenant totalement à Monsieur ; sur quoi Eon de Rosmadec, Capitaine de Guerrande y eust mis empeschement contre ledit Evesque ; et à sa requeste eussent esté baillez les Seneschal et Procureur de Nantes pour Commissaires pour voir le fait : en cest jour à la supplication l´Evesque ont esté veuës et ouvertes les informations sur ledit cas, selon lesquelles ledit evesque avoit voulu prendre droit par nostre Parlement ; et tout veu et ouy les opinions desditz commissaires, et des sages du Conseil de Parlement, a esté baillé par sentence, present ledit Evesque, que la demolition que le Capitaine de Guerrande avoit faite sur ledit ediffice l´Evesque avoit esté bien et duement faite ; car l´Evesque n´y devoit pas toucher sans le congé de Monsieur. Mais il est dit que quand ledit Evesque voudra édiffier une autrefois, que par l´avisement des Capitaines et Officiers de Monsieur dessus lieux il le pourra faire, et non autrement ».

  • LOBINEAU, Guy Alexis, Dom. « Histoire de Bretagne », t. 1. Paris, édition du Palais royal, 1973, réed. Histoire de Bretagne composée sur les titres et les auteurs originaux, t. 1, Paris, chez la veuve François Muguet, 1707, p. 770.

    1487

    Lors du siège de Nantes par le roi, les assiégeants s´illustrent pas plusieurs sorties : « les Guerrandois se distinguerent à ce siege par un zele et un courage extraordinaire. Ils sy rendirent, au nombre de cinq cent, tous rezolus d´exposer leur vie pour le Duc. On leur fit donner des hocquetons marquez chacun d´une croix de drap noir, selon l´ancien usage de la nation Bretonne, qui se distinguoit dans les batailles par la Croix noire. Les Guerrandois, pour faire voir qu´ils méritoient que l´on fist quelque fonds sur leur courage, passerent l´eau, et se battirent avec les François dans la plaine de Bièce, d´une manière qui leur attira des loüanges et des recompenses ».

  • MORICE, Hyacinthe Dom. Mémoires pour servir de preuves à l´histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, t. 3. Paris, impr. Charles Osmont, 1746, colonne 1305-1307.

    1562

    « Informations contre les Calvinistes qui avoient brise les Images à Guerrande. Enquestes et informations d´office faictes par la Court de Guerrande, instant le Procureur du Roi audit lieu, à l´encontre de ceux qui au mois d´Apvril dernier à ung jour de mardy furent en l´Eglise des Jacoppins lez le ville de Guerrande, et d´icelle Eglise prindrent et gecterent partie les Imaiges de Sainct Fiacre et Sainct Martin, et rompirent les bras à icelle Imaige de Sainct Martin, et baillerent du bled estant sur l´autier de Sainct Avertin, y estant mis par offerte, à manger ux pourceaux. A laquelle enqueste a esté procédé par nous Pierre de Godelin Sieur de Chavaignes, Conseiller du Roy, Seneschal de Guerrande, present et appellé avecq nous pour adjoint Guillaume de Kerveno Greffier d´Office Criminel, les jours et an ci-après, comme ensuit.

    Du 10. jour de May l´an 1562.

    Frere Guillaume Nouvel Religieux, resident au Couvent des Jacoppins lez la ville de Guerrande, âgé, comme il dit, de 16. ans ou environ, par son serment faict jurer dire vérité, examiné et enquis d´office, dépose que puix les troys sepmaines et le jour que fut baptisée une fille au Sieur de Baullac à Sainct Michel, ainsi que on disoit ledit jour, et dit que environ les deux à trois heures après midi dud. jour estant au Cloistre desdits Jacoppins, entendit la voix de plusieurs personnes qui chantoient des salmes aux environs de la grande porte et entrée de ladite Eglise. Quoi oyant il s´approcha d´une porte qui donne du Cloistre en ladite Eglise, en laquelle y a une petite veue qui regarde droict à la grande porte et entrée de ladite Eglise, par laquelle il apperçut plusieurs personnes au-devant et joignant ladite porte, qui chantoient les salmes, les uns ayans les chausses de marine, entre lesquels congneust ung appellé Jehan Biarotte du Croysic. Et après avoir achevé leurs salmes il veid ung d´eux qui estoit tort ayant chausses bleues, entrer en ladite Eglise, qui laissa une cappe et une épée qu´il avoit en l´entrée de ladite Eglise, et le veid abaptre par terre les Images de Sainct Fiacre et Sainct Martin, et rompit les bras à icellui Image de Sainct Fiacre, et ouid audit Biarotte estant en la porte de ladite Eglise, dire tels mots :

    S´il y a quelque chose de bien à faire

    Frere Lubin ne le sçaura faire ;

    Mais s´il y a quelque chose de mal à faire,

    Frere Lubin le sçaura bien faire.

    Dit outre que deux ou trois jours après estant en la ville de Guerrande, rencontra ledit Biarotte, auquel il demanda pourquoi il avoit abaptu leurs Images ; à quoi lui respondit ledit Biarotte, que ce n´étoit lui, mais que ce avoit esté l´un de sa compaignie ; mais qu´il avoit trouvé environ ung cartau de bled sur ung aultier de Sainct Avertin, qu´il avoit donné aux pourceaux. Et est son record qu´il a signé.

    Franczois Glan demeurant au Couvent des Jacoppins lez la ville de Guerrande, portier, âgé de 15. ans ou environ, par son serment faict jurer dire vérité, examiné et enquis d´office, dépose que puix trois sepmaines environ les deux heures de l´après-midi d´un jour de mardy, ainsy que mieux lui semble, sortant du Convent de Saint Yves allant querir de la bonne eau, il rencontra environ quatorze à quinze personnes entre la Chapelle de la Trinité et la maison desdits Jacoppins, venants de Guerrande, l´un desquels demanda audit deposant où estoient les Moines. Et en ce disant, l´un d´eux lui bailla d´une gaulle sur les épaules. Quoi voyant et de peur qu´ils ne l´eussent offensé, passe outre jucque à la Fontaine de Bisienne, où il fut incontinent de retour ; et estant advis de la grande porte de l´Eglise desdits Jacoppins, veid en ladite Eglise ung tort qui avoit barbe jaune, ung manteau noir, des chausses bleues, qui abattoit par terre les Images de Sainct Fiacre et de Sainct Martin. Et dit que la dite compaignie par lui rencontré estoit près desd. Jacoppins, attendant ledit tort, ayant partie de eux chausses de marinades, lesquels ils congnonstroit, si lui estoient monstrés : et est son record qu´il a signé.

    Du 11. jour de May l´an 1562.

    Perrine Macé demeurante avec Jehan Macé son frere au Moulin de Kersalio en la paroisse de Guerrande, âgée de 35. ans ou environ, par son serment faict jurer dire vérité, examinée et enquise d´office, dépose que puis trois sepmaines à ung jour de mardi, ainsi que mieux lui semble, qui estoit le jour du baptesme d´une fille du sieur de Baulac, s´en venant de Tesson dun jardin de sondit frere environ les deux heures après le midi dudit jour, estant entre la maison et manoir de la Jeleusie de la maison de Kerhuedez, ouid chanter les salmes droict au Couvent des Jacoppins lez la ville de Guerrande ; et estante arrivée près et au-devant de la grande porte et entrée de l´Eglise desdits Jacoppins, veid Jeh. Le Ray, Thobias le Ray, Francçois Trimault et plusieurs autres qu´elle ne congnoissoit, qui estoint près de la maison de la Buandière desdits Jacoppins. Lesquels Thobias Le Ray et Franczois Trimaut appellerent cette déposante pour aller parler à eux, ce qu´elle ne fit semblant de les ouyr ; et veid dns l´entrée de ladite Eglise Jehan Toubelet du Croysic ayant une espée, et ung appellé Barbillon tort fourbisseur, qu´elle dit congnoisre pour l´avoir veu en ladite ville du Croysic, qui se retiroit en lad. Eglise entre la Chappelle de Nostre-Dame de Bonnes-Nouvelles et la porte d´un recoing, et disoit : je les ai bien gectés par terre, et rompu et tournés à dans ; sur lesquels elle se mit à dire : Meschans, vous avez rompu les Images. Lors lesdits Barbillon, Thoubelet et ci-devant nommés s´en allerent ; et elle qui dépose entra en ladite Eglise, et veid deux Images qui avoient esté descendues, gectées par terre et rompues. Et est son record qu´elle dit contenir vérité. Ainsi signé, Pierre de Godelin. Et plus bas : de Kerveno, Greffier d´Office Cremynel, avec paraphe ».

  • MORICE, Hyacinthe Dom. «Mémoires pour servir de preuves à l´histoire ecclésiastique et civile de Bretagne», t. 1. Paris, Editions du palais royal, réimp. 1974, colonne 140 [Chronicon Nannetense].

    Vers 843

    « Mortuo autem Nemenoio furrexit filius ejus Herispogius pseud rex loco ejus, non tamen secutus ejus tyranidem, sed puis et ecclesiarum validus restaurator, qui pace inita cum Karolo fedem quidem Nannetensis urbis Actardo reliquit, Marchiam vero et totum Comitatum in sua potestate retinuit. Porro Gislardus quem Nemenoius Rex episcopum Nannetensem instituerat, ab eadem civitate recessit, et Britonum potentia apud aulam Quiriacam (quae ab ipsis Britannis illius loci incolis nunc Guerrandia nuncupatur, prius autem de jure Episcoporum Nannetensium erat) hospitatus est ».

  • « Études et documents sur l´histoire de Bretagne », XXV, La fondation des dominicains à Guérande (1404-1409), pièce justificative, Annales de Bretagne, t. XXV, n° 4, juillet 1910, p. 720-721.

    1404

    Bulle de Benoit XIII autorisant la fondation des Dominicains à Guérande, donné à Saint-Victor de Marseille, le 19 mars 1404 [Reg. Avinion. 316, f. 429 v° ; Archives départementales de Loire-Atlantique, E 43, original scellé de plomb sur lacs de soie].

    Dilecto filio nobili viro Johanni duci Britannie salutem

    Exigit tue devotionis affectus, quo nos et Romanam Ecclesiam revereris, ut petitionibus tuis, illis presertim que divini cultus augmentum et ordinis fratrum Predicatorum propagationem respiciunt, favorabiliter annuamus. Exhibita siquidem nobis pro parte tua petitio continebat quod in villa de Garrandia, Nannetensis diocesis, cujus dominus existis, aut alio loco civitati Nannetensi propinquiori qui ab ipsa villa per quatuordecim leucas distat, aliqua domus alicujus ordinis mendicantium non existit, et quod ipsa villa est sita in patria populosa, fertili et abundanti, et prope mare, et ad meam multi mercatores et extranei tam per mare quam per terram de diversis mundi partibus accedunt continue, et quod in ea ultra tria milia habitantium existunt, ex quorum et personarum ibi confluentium et partium predictarum elemosinis multi fratres alicujus ordinis mendicantium poterunt congrue substentari aca lia eis onera incumbentia supportare, quodque tu, zelo devotionis accensus, in dicta villa unum locum congruum et decentem ad usum fratrum ordinis fratrumpredicatorum concedere et in eo ad omnipotentis Dei et Beate Marie Virginis, ejus matris, ac sancti Yvonis laudem et gloriam, et ut verbum Dei in illis partibus per amplius predicetur, in honore et sub vocabulo dicti sancti unam ecclesiam, capellam vel oratorium cum campanili, campana, cimiterio, domibus et aliis necessariis officinis ad usum ipsorum fratrum ordinis Predicatorum fundare, et construi ac edificari facere desideras et proponis ; quare pro parte tua fuit nobis humiliter supplicatum ut eisdem fratribus ordinis fratrum Predicatorum recipiendi locum ipsum tibi que in eo ecclesiam, cappelam seu oratorium cum campanili, campana, cimiterio, domibus et aliis necessariis ad usum ipsorum fratrum construendi et edificandi licentiam concedere de benignitate apostolica dignaremur. Nos igitur, qui ipsum ordinem gerimus in viceribus caritatis et divinum cultum augeri totis desideriis affectamus, tuis in hac parte supplicationibus inclinati, eisdem fratribus locum ipsum recipiendi et tibi in eo construendi et edificandi hujusmodi ecclesiam, seu cappellam vel oratorium cum campanili, campana, cimiterio, domibus et aliis officinis ad usum ipsorum fratrum, jure tamen parrochialis ecclesie et cujuslibet alterius in omnibus semper salvo, ac venerabilis fratris nostri episcopi Nannetensis licentia minime requisita, felicis recordationis Bonifacii pape VIII predecessoris nostri qua inhibetur ne aliqui fratres ordinum mendicantium in aliqua civitate, castro, villa vel alio loco domos vel loca quacumque recipere de novo presumant absque Sedis Apostolice licentia speciali, faciente plenam et expressam de inhibitione hujusmodi mentionem, et quibuslibet aliis constitutionibus apostolicis contrariis nequaquam obstantibus, plenam et liberam auctoritate apostolica tenore presentium licentiam elargimur, et insuper tibi eadem auctoritate concedimus quod prior et fratres, qui in hujusmodi loco pro tempore morabuntur, omnibus libertatibus, exemptionibus, privilegiis et gratiis aliis fratribus dicti ordinis a prefata Sede generaliter concessis gaudeant et utantur. Nulli etc. Datum apud Sanctum Victorem prope Massiliam, XIV kalendas aprilis, pontificatus nostri anno decimo.

    Sur le repli : H. de Brayo.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales de Loire-Atlantique. B 2.

  • Archives départementales de Loire-Atlantique. B 3. Mandement au capitaine de la Guerche de faire réparer les portes et les murailles de la place. 1464.

    f° 135.
  • Archives départementales de Loire-Atlantique. B 574. Le receveur ordinaire de Guérande reçoit commandement pour faire « muraille et porte devers Saillé ». 1542.

    f° 238.
  • Archives départementales de Loire-Atlantique. B 1455-1470. Domaines royaux de Bretagne ; aveux et dénombrements ; papier terrier ; sentences rendues par les commissaires réformateurs ; sénéchaussée de Guérande ; paroisse de Guérande. 1383-1782.

  • Archives départementales de Loire-Atlantique. E 43. Bulle papale de Benoît XIII, fondation du couvent Saint-Yves.

  • Archives départementales de Loire-Atlantique. E 165/18. Traité de Guérande. 1365.

  • Archives départementales de Loire-Atlantique. H, dépôt 2 A 2.

  • Archives départementales de Loire-Atlantique. 184 T 1-19. Monuments historiques. Dossiers particuliers : classements, propositions, propriété, travaux, affectation, gardiennage : 9 : Guérande, église Saint-Aubin (1824-1931) ; 10 : Guérande, remparts (1852-1934).

  • Archives communales de Guérande. Matrice des portes et fenêtres. 1826.

Documents figurés
  • Plan d´alignement de la ville de Guérande, feuille d´ensemble, échelle 1/20000e [9 feuilles] dont : « Tableau indicatif » des alignements prévus, avec, par rue concernée, le numéro des propriétés, les noms des propriétaires et la nature des propriétés, août 1862 (Archives départementales de Loire-Atlantique ; 1 Fi Guérande 1/1).

  • Plan d´alignement, ville de Guérande, feuille de détail n° 1, par F. Pinson, agent voyer, août 1862 [dont rue Bizienne et quart nord-ouest de l´intra-muros], août 1862 (Archives départementales de Loire-Atlantique ; 1 Fi Guérande 1/2).

  • Plan d´alignement, ville de Guérande, feuille de détail n° 2, par F. Pinson, agent voyer, août 1862 [dont rue Saint-Armel et quart sud-ouest de l´intra-muros], août 1862 (Archives départementales de Loire-Atlantique ; 1 Fi Guérande 1/3).

  • Plan d´alignement, ville de Guérande, feuille de détail n° 3, par F. Pinson, agent voyer, août 1862 [dont moitié orientale de la ville, et le mail et le début extra-muros], août 1862 (Archives départementales de Loire-Atlantique ; 1 Fi Guérande 1/4).

  • Plan d´alignement, ville de Guérande, feuille de détail n° 4, par F. Pinson, agent voyer, août 1862 [le faubourg Saint-Michel], août 1862 (Archives départementales de Loire-Atlantique ; 1 Fi Guérande 1/5).

  • Plan cadastral, ville de Guérande, section G de Villeneuve [faubourg Saint-Michel], 1819 (Archives départementales de Loire-Atlantique ; 7P2492F024).

  • Plan cadastral, ville de Guérande, section N de Colveu [faubourg Bizienne, faubourg Saint-Armel], 1819 (Archives départementales de Loire-Atlantique ; 7P2492F035).

  • Plan cadastral, ville de Guérande, section Y de la Jalousie [faubourg Bizienne], 1819 (Archives départementales de Loire-Atlantique ; 7P2492F051).

  • Plan cadastral, ville de Guérande, section Z de la ville [intra-muros], 1819 (Archives départementales de Loire-Atlantique ; 7P2492F053).

  • Plan géométrique, 1814 (Archives communales de Guérande).

  • Plan cadastral, 1819 (Archives communales de Guérande).

  • Plan cadastral, 1962 (Archives communales de Guérande).

  • Plan cadastral, 1989 (Archives communales de Guérande).

Bibliographie
  • BOUVET, Yannick. Évolution de la répartition sociale de la propriété foncière à Guérande et dans le pays guérandais de 1750 à 1790. Maîtrise d´histoire, université de Nantes, 1969.

  • BROUSSILLON, Bertrand de. La maison de Laval (1020-1065). Etude historique accompagnée du cartulaire de Laval et de Vitré, t. 1-5 - Paris, 1895-1903.

    t. 4 : p. 311, n° 2835.
  • BROUSSILLON, Bertrand de. Cartulaire de l´abbaye de Saint-Aubin d´Angers. Paris, Picard, 1903, t. 2.

    p. 396.
  • CÉSAR, Jules. Guerre des Gaules, III, 7, 8, 9, 11 et 16. Strabon (IV, 4, 6).

  • COURSON, Aurélien de. Cartulaire de l´abbaye de Redon en Bretagne. Paris, imprimerie impériale, 1863.

    p. 370.
  • FROISSART. Chroniques, t. 2. Paris, éd. S. Luce, 1870.

    p. 157-158, 384 et 387-388.
  • GALLICÉ, Alain. Guérande au Moyen Âge. Guérande, Le Croisic, le pays guérandais du milieu du XIVe au milieu du XVIe siècle. Presses universitaires de Rennes, 2006.

  • GALLICÉ, Alain. Guérande et le pays guérandais du milieu du 14ème au milieu du 16ème siècle. Thèse d´histoire sous la direction de Kerhervé, université de Brest, 1999.

  • GALLICÉ, Alain. Les régaires de l´évêque de Nantes à Guérande au début du XVIème siècle (1500-1506) : étude de compte. Bulletin de la société archéologique et historique de Nantes et de Loire Inférieure, t. 129, 1993.

    p. 35, et note 90.
  • LA BORDERIE, Arthur de. Recueil d´actes inédits des ducs et princes de Bretagne. Rennes, Ch. Catel imp., 1888.

    p. 37.
  • LA BORDERIE, M.-A. de. Inventaire analytique des titres des prieurés de Marmoutier situés dans l´évêché de Nantes. Bulletin de la société archéologique et historique de Nantes et de Loire inférieure, 1er trimestre 1867, t. 7.

    p. 42.
  • LOBINEAU, Guy-Alexis, Dom. Histoire de Bretagne, t. 1, édition du Palais royal. Paris, 1973, réed. Histoire de Bretagne composée sur les titres et les auteurs originaux, t. 1, Paris, chez la veuve François Muguet, 1707.

    p. 10.
  • MEURET, Jean-Claude. Corbilo ou l´antique serpent de Loire. Les Cahiers du Pays de Guérande, n° 43, 2003.

    p. 50-55.
  • MORICE, Hyacinthe Dom. Mémoires pour servir de preuves à l´histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, t. 1. Paris, éditions du palais royal, réimp. 1974.

    colonne 140.
  • NENNIG, Jean-Pierre. Un chemin de fer d´intérêt local en Loire-Inférieure Saint-Nazaire, La Roche Bernard, Herbignac-Guérande, Pornic-Paimboeuf, la compagnie du Morbihan, les bacs de Saint-Nazaire à Mindin. JPN éditions, 2003.

  • ORIEUX, Eugène. Nantes et la Loire-Inférieure, t. 2. Nantes, 1898.

    p. 261.
  • QUILGARS, Henri. L´histoire du protestantisme dans la sénéchaussée de Guérande, en Bretagne. Bulletin de la société d´histoire du protestantisme français, 1912.

    p. 23-26.
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Ville de Guérande - Parthenay Marie-Pierre
Marie-Pierre Parthenay

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- Dufrêche Frédéric
Frédéric Dufrêche

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