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Évolution urbaine et historique de Guérande
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Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Guérande - Guérande
  • Commune Guérande

Une origine antique ?

L'origine de Guérande reste obscure, et a soulevé bien des controverses dès le XIXe siècle. Plusieurs historiens ont situé ici la ville portuaire gauloise de Corbilo, en s'appuyant sur les écrits de Strabon et de Jules César. Cette hypothèse est définitivement rejetée aujourd'hui. Il n'existe aucune preuve de l'existence d'une agglomération dès l'époque antique. Cependant, des découvertes ponctuelles de mobilier de l'époque gallo-romaine attestent d'une présence sur le site (des indices, mais pas de construction, ce que l'archéologue Christophe Devals appelle « un bruit de fond »). Il peut s'agir simplement d'une villa isolée. Les prospections archéologiques menées aux alentours de la ville ces dernières années montrent bien que le site est resté à l'écart des voies romaines, et mettent en évidence en revanche l'importance de l'agglomération de Clis.

Une basilique carolingienne

Les sources écrites sont tout aussi lacunaires pour la période mérovingienne. Dom Lobineau, et d'autres historiens à sa suite, situe à Guérande l' « aula Quiriaca » où vivait Guerech au milieu du VIe siècle, puis son fils Canao, comte du Vannetais. Encore une fois, aucun indice archéologique ne confirme cette hypothèse. La découverte sur le site d'une plaque boucle de chaussure mérovingienne reste isolée. En revanche, des restes de sarcophages confirment la présence d'une nécropole, ce qui suppose un lieu de culte voisin. Ils ont été découverts par Léon Maître en 1899, sous le sol du chevet de l'église Saint-Aubin, associés à une construction de plan semi-circulaire interprétée alors comme une piscine baptismale. Les fouilles réalisées très récemment autour du chevet ne permettent ni d'infirmer ni de confirmer cette théorie. Le Sarcophage conservé dans la chapelle basse est bien daté de l'époque mérovingienne ; mais on ne connaît pas sa provenance. Quant aux textes, ils restent muets jusqu'à l'époque carolingienne, où l'existence de l'église Saint-Aubin et de ses reliques est alors confirmée.

La première mention du site de « Guerrandia » date approximativement de 843. Les mentions abondent dans la seconde moitié du IXe siècle, dans le cartulaire de l'abbaye de Redon. C'est ainsi qu'on trouve la preuve, dès 854 de l'existence de l'église de Guérande et de ses reliques de Saint-Aubin (« ecclesia » de « Werran »). Plusieurs actes des années 859, 861 et 870 sont signés dans l'église, devant elle ou, plus précisément, dans le « campus » qui la précède. De l'église carolingienne Saint-Aubin dateraient les chapiteaux (ou bases de pilier) quadrilobés remployés dans l'édifice. Leur style n'autorise pas une datation si précoce.

Guerran (866) ou Uueran (876) est alors le siège d'un « plebe » ou paroisse située près de la mer et comprenant la villa Burbrii et la villa Alli. Il est difficile de préciser si la place est située dans le comté Nantais ou dans le Vannetais ; la chronique de Nantes, couramment citée, est peu claire sur ce point. Il est encore plus difficile de confirmer la création d'un évêché à Guérande au milieu du IXe siècle, comme le propose Henri Quilgars. À cette époque, on trouve en revanche mention des salines du pays guérandais.

En résumé, notre connaissance de Guérande, avant l'an mil, se limite à l'église Saint-Aubin et son cimetière. L'existence d'un établissement conventuel associé n'est pas mentionnée, mais il serait plausible que des chanoines réguliers - ou des moines - participent dès cette époque à la mise en exploitation du sol (salines, vignes) autour de la basilique.

La viguerie de Guérande (XIe-XIIe siècles)

Au milieu du XIe siècle, le pays Guérandais est définitivement rattaché au Nantais, tant du point de vue civil que religieux. L'abbé Gautier (1036-1055), de Saint-Aubin d'Angers, fait rédiger par un de ses moines une biographie de saint Aubin ; c'est ce texte qui signale à Guérande une magnifique basilique. S'agit-il toujours de l'église carolingienne ? Elle aurait été agrandie à l'époque romane ; il n'en reste que les chapiteaux sur les colonnes de la nef (démontées et remontées au XIXe s.). Le style des sculptures indique une datation dans la seconde moitié du XIIe siècle. Plusieurs cimetières sont avérés autour de l'édifice.

L'église Saint-Aubin est alors une collégiale. Un acte issu des prieurés dépendant de l'abbaye de Marmoutier mentionne, du temps de l'évêque de Nantes Itier (1142-1147), plusieurs chanoines de Guérande. L'existence en ce milieu de XIIe siècle d'un collège canonial est bientôt confirmée, entre 1157 et 1189, par un autre acte de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers qui signale la présence comme témoins de deux clercs, Daniel et Guillaume, chanoines de Guérande. Les fouilles réalisées aux abords immédiats de la collégiale n'ont pas permis de reconnaître d'éventuels bâtiments conventuels (maisons, cloître, salle du chapitre). Seules des sépultures ont été découvertes ; l'archéologue conclut à l'existence d'un cimetière périphérique ; mais certaines inhumations ont pu être faites dans l'emprise d'une cour, d'un cloître, voire de bâtiments.

À la même époque, on trouve dans les archives plusieurs personnages qui portent le nom de Guérande, mais jamais les qualificatifs de « dominus » ou de « custos » qui pourraient attester de la position de seigneur ou châtelain dans la place. Entre le milieu du XIe siècle et le milieu du XIIe siècle sont mentionnés plusieurs viguiers de Guérande, représentant le pouvoir ducal. Le premier apparaît dans la seconde moitié du XIe siècle. Il s'agit soit de « Grafionus de Guarranda », cité entre 1064 et 1079, soit de Bernard de Guérande, qualifié de miles, qui effectue avec le duc Hoël 1er (1066-1084) des donations à l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers. La confirmation de ce don par le comte Alain Fergent (1084-1112) se fait en présence de « Rohaldus vicarius de Guarranda », titre qu'il porte dans un autre texte des années 1082-1106 où il est aussi qualifié d' « homo nobilis ». Geoffroi, viguier de Guérande apparaît avant 1092 dans un acte impliquant son successeur Geoffroi de Donges. Un peu plus tard, entre 1114 et 1139, le « nobillissimus Gaufridus nomine, de Guerran », avec son fils Judicaël, fait don de deux hommes et de leurs terres. En 1129, « Men », serviteur ducal de Guérande, apparaît plusieurs fois dans des actes concernant le Nantais. Enfin, du temps de l'évêque de Nantes Itier (1142-1147), Geoffroi, ancien viguier de Guérande, est dit le père de Bérard, viguier alors en poste dans ce lieu. Cette mention est la première preuve d'une noblesse héréditaire à Guérande.

Le viguier est un officier représentant le comte sur un territoire qui reste étroitement contrôlé par l'administration carolingienne. Sa présence n'implique pas l'existence d'un château. Les textes ne livrent aucun indice d'une quelconque fortification à Guérande vers l'an mil, à une période où apparaissent cependant la plupart des castra majeurs de la Bretagne. De tout le Moyen Âge, il n'est même jamais question d'un château à Guérande dans les archives, pourtant abondantes. On n'en trouve d'ailleurs aucune trace sur le site.

Le bourg de Guérande (XIIIe siècle)

En 1206, le roi Philippe Auguste offre aux seigneurs André de Vitré et Éon de Ponchâteau pour leurs loyaux services les bourgs de Guérande et de Saillé, et toutes les terres qui appartiennent à la seigneurie - « dominium » - de Guérande. Alain Gallicé délimite ce bourg de Guérande dans un secteur d'un demi-hectare s'étendant entre l'église Notre-Dame la Blanche et le marché aux grains, sans aucune preuve de leur existence à ce moment . Il nous semble plutôt que le terme « burgus » désigne, à Guérande comme à Saillé, l'ensemble de l'agglomération existant alors.

L'année suivante, Guy de Thouars retrouve le gouvernement du duché de Bretagne ; le domaine de Guérande est reconstitué, mais certaines terres ne lui reviennent pas immédiatement. Judicaël de Guérande est présent dans son entourage. On a vu en lui un bourgeois enrichi par l'exploitation des salines, un marchand : le 15 juin 1214, il reçoit du roi Plantagenêt Jean sans Terre un sauf conduit pour aller commercer en Angleterre. Il devient conseiller attitré de la maison ducale, un des plus proches familiers de la duchesse Constance, prêtant sur gages aux grands seigneurs. En fait, la documentation ne le situe pas à Guérande, mais à Nantes où il a une maison, des biens, et où il exerce la fonction de prévôt, à la fin du XIIe siècle.

Dès le commencement du XIIIe siècle, les ducs de Bretagne utilisent la seigneurie de Guérande lors de plusieurs transactions. En 1212, Alix, héritière du trône de Bretagne, constitue une dot en faveur de sa sœur Catherine qui va se marier avec André III de Vitré ; cette dot confirme la donation de Livré et Guérande faite par son père le duc de Bretagne à André II de Vitré. Toutefois, ces deux lieux n'apparaissent plus dans la confirmation de la dot faite par Guy de Thouars, duc de Bretagne. En 1214, Pierre Mauclerc dispose du domaine de Guérande qu'il engage pour dédommager l'évêque de Nantes. Il le récupère en 1216 contre une somme d'argent donnée à l'évêque de Nantes.

Il est difficile d'appréhender l'organisation urbaine de la ville au XIIIe siècle. Aucune maison ne subsiste pour cette période, aucun édifice public, et très peu d'édifices religieux. En dehors de l'église collégiale Saint-Aubin, qui connaît sans doute une grande campagne de reconstruction dès la fin du XIIe siècle, seule l'église Notre-Dame la Blanche, par son style, peut être datée des années 1200. Quant à l'église Saint-Michel, dont les textes ne font pas mention avant la fin du Moyen Âge, elle ne livre que peu d'indices. La fente de jour sur la face nord et la baie à arc brisé sur l'élévation sud évoquent le XIIIe siècle, mais pourraient tout aussi bien appartenir au XIVe voire au XVe siècle. La toponymie livre quelques informations complémentaires. La rue de la Juiverie atteste de la présence de juifs à Guérande, confirmée dès 1234 par un texte. On peut supposer que cette rue est antérieure à 1239, année où les juifs sont expulsés de Bretagne par ordre du duc. En réalité, il ne reste aucune preuve du développement et de l'organisation de la ville en ce début du XIIIe siècle. L'existence de l'enceinte urbaine reste hypothétique. Seule la porte Vannetaise, par son architecture défensive, peut être datée au plus tôt du début du XIIIe siècle. Les autres ouvrages de l'enceinte ont été construits ou reconstruits plus tard. C'est le contexte de la guerre de succession de Bretagne, au début du XIVe siècle, qui justifie la fortification de Guérande. Sa situation sur la mer lui confère un rôle stratégique et un rôle économique. La ville est dotée d'une flotte importante pour le commerce du sel et du vin de Bordeaux, entre Libourne et l'Angleterre.

La ville des Montfort

En 1310, Yolande de Dreux, duchesse de Bretagne, établit un apanage pour son fils Jean et les filles qu'elle avait eues du duc Arthur II : Guérande est donnée à Jean de Montfort en partage, rachetable sous cinq ans de la somme de douze mille livres. À la mort de sa mère intervenue en 1322, le duc n'ayant pas été en mesure d'exercer ce droit, Jean de Montfort tient le domaine de Guérande. Une dizaine d'années plus tard, le duc ouvre un atelier monétaire à Guérande, comme à Brest, Quimperlé et Vannes. Ce sont des ouvriers anglais, envoyés dans le duché dès 1342 par le roi Édouard III, qui sont chargés de l'exploitation.

En 1342, Guérande est prise par l'armée française menée par Louis d'Espagne, en campagne pour rejoindre Charles de Blois. Elle est alors décrite comme « Une moulte grosse et forte ville séant sur mer qu'on nomme Garlande ». La chronique de Froissart précise encore que la ville « n'estoit pas adonc trop fort fremee ». Les chroniques attestent que les cinq églises de la ville « furent toutes brulées et pillées ». En dehors de l'église Saint-Aubin, dont on sait qu'elle a été fortement endommagée lors de ce siège, puis reconstruite, il est difficile de reconnaître les quatre autres églises mentionnées, et qui ne sont pas précisément situées intra-muros.

En 1343, le duc de Bretagne décide de renforcer les fortifications de la ville. Les quatre portes principales existent sans doute à cette époque. Le tracé de l'enceinte a été déterminé de façon assez lâche, pour englober largement l'agglomération existante, et prévenir une pression démographique, et une croissance urbaine qui ne s'est jamais pleinement réalisée au vu des nombreux espaces libres enclos encore de nos jours. La construction de l'enceinte est venue couper les rues principales partant du centre, et il a fallu détruire alors quelques maisons sur le fief de l'évêque. Tout au long du Moyen Âge, l'administration de la ville est en effet partagée entre le duc et l'évêque qui tient en fief la plupart des maisons intra-muros. Le capitaine, qui représente le duc, conserve ses prérogatives sur toutes les questions touchant la mise en défense de la ville.

Dans la guerre de succession de Bretagne, qui oppose les tenants de Charles de Blois et ceux de Jean IV Montfort, Guérande est une place stratégique attachée au parti breton. C'est dans cette ville que sont signés deux traités de paix (1364 et 1381).

En cette fin du XIVe siècle, Guérande occupe une place de premier plan dans l'histoire du duché. Pourtant, nous n'avons toujours pas d'informations sur l'organisation de la ville à cette époque.

La fin du Moyen Âge (XVe siècle)

Au début du XVe siècle, Guérande semble connaître une nouvelle croissance démographique. Le cœur de la ville s'organise autour de l'église Saint-Aubin, mais aussi des halles dont la première mention connue date de 1400. Elles étaient déjà installées à leur emplacement actuel. Il faut restituer sans doute autour de ce noyau de peuplement un parcellaire densément loti. En l'absence de fouilles, il est impossible d'appréhender l'habitat médiéval, dont il ne reste que peu de témoins. L'étude des comptes des biens de l'évêque de Nantes (les régaires) permet à Alain Gallicé d'évaluer la population de la ville à environ 3000 habitants à cette époque. C'est d'ailleurs le nombre requis pour justifier en théorie de l'implantation d'un couvent de Dominicains. C'est en 1408 que le duc Jean V fonde à Guérande, en 1408, le couvent des dominicains ou Jacobins, auxquels il accorde une foire franche de trois jours au faubourg de Bizienne. Les chanoines de Saint-Aubin accueillent avec hostilité ce nouvel établissement religieux dans la ville où ils sont tout puissants. La création du couvent par le duc traduit sans doute la volonté de mettre un frein au pouvoir des chanoines, et donc de l'évêque.

Le duc s'intéresse par ailleurs à la mise en défense de la ville. Les fortifications urbaines sont complétées à partir des années 1450 par la construction de tours qui sont toutes conservées sauf une aujourd'hui (tour Sainte-Catherine). Ces travaux financés par la taxe du billot s'achèvent avant les années 1480. Le contexte politique justifie une nouvelle campagne de fortification dans les années 1500, sur l'initiative de la duchesse Anne. C'est sans doute à ce moment que sont construits les ouvrages avancés de terre (boulevards) autour de l'enceinte de pierre.

À la fin du Moyen Âge, la population des faubourgs de Bizienne, Saillé et Saint-Michel augmente sensiblement. Le dernier est organisé autour de l'église Saint Michel, sans doute paroissiale. Elle est construite ou reconstruite à ce moment comme le révèle le style de son architecture (baies est et sud, bénitier flamboyant, charpente à engoulants). Entre la fin du XIVe siècle et les années 1540, Alain Gallicé relève dans les archives plus de 210 mentions de familles ou de maisons dans la ville close, et plus de 180 dans les faubourgs.

L’Époque moderne

Le développement urbain est interrompu dans la seconde moitié du XVIe siècle par les guerres de religion. De l'église protestante fondée au Croisic vers 1558, se forment les églises voisines de Piriac et de Guérande. Les tensions religieuses éclatent dans les années 1560. Les archives mentionnent la dégradation du couvent Saint-Yves en 1562 : « Une troupe de ces nouveaux évangélistes vint à la porte de l'église des Jacobins, pour y chanter leurs psaumes. Non content de cette première insulte, ils entrèrent dans l'église, abattirent les autels et brisèrent les images des saints ». En janvier 1563, le ministre Lecoq s'installe à Guérande. En lutte avec les Dominicains et le chapitre de la collégiale Saint-Aubin, il quitte la ville trois mois après son installation. Il est remplacé en 1565 par Jean Boisseul pendant un an environ puis l'église de Guérande est rendue au culte catholique. Les actes du synode protestant de Vitré en décembre 1577, signalent que malgré les persécutions et le massacre de la Saint-Barthélemy, il reste en Bretagne seize églises calvinistes dont celles de Guérande (sous l'appellation de Careil), Le Croisic et Piriac. En 1602, un arrêt du Parlement autorise la construction d'un temple au village de Clis et la création d'un cimetière (comme au Croisic) ; aucun n'est finalement créé. En 1665, le Parlement interdit le culte réformé sur le territoire de la sénéchaussée de Guérande, même dans les maisons.

De nouveaux établissements religieux sont édifiés aux XVIIe et XVIIIe siècles à l'extérieur des murs de la ville. Dans le faubourg Saint-Michel est fondé un hôpital, installé en 1680 dans le manoir de l'Arloc. Le père Chaurand, missionnaire apostolique de la Compagnie de Jésus, nomme pour l'administrer « un prêtre, un gentilhomme et un bourgeois ». La chapelle Saint-Louis qui donne son nom au nouvel établissement, est bénie en 1689. Des sœurs laïques, dites de Sainte-Catherine, sont établies pour l'entretien de la maison. C'est dans le même faubourg que les Ursulines, qui étaient établies intra-muros depuis 1646, bâtissent un couvent en 1753. Quant à l'Hôpital Saint-Jean, dont la gestion est transférée des Hospitaliers à la municipalité, il s'agrandit intra-muros. Les bâtiments organisés autour de la place Saint-Jean sont en partie conservés. Tous ces hospices sont regroupés à la Révolution.

Le développement économique de Guérande est soutenu encore au XVIe siècle par le commerce du sel. Il concerne toutes les paroisses du littoral, sauf Piriac. Les expéditions sont faites en grande partie par des navires du Nord, notamment d'Angleterre et de Hollande. Ce commerce fait sous le nom de Guérande, appartient surtout aux ports du littoral : Le Croisic, Le Pouliguen et Mesquer. Plusieurs villages bordant les marais salants reçoivent des navires, notamment Congors et Saillé.

L'industrie textile est au même titre que la pêche et le sel l'une des plus importantes activités artisanales. Il s'agit essentiellement d'une activité familiale. On note toutefois avant la Révolution deux manufactures à Guérande et au Croisic. Selon Fernand Guériff, au milieu du XVIIe siècle, 3000 tisserands exercent dans les villages guérandais. Le lin, le chanvre et la laine des moutons noirs de la Brière offrent la matière première. Le coton issu du commerce maritime permet de varier la production. À la fin du XVIIe siècle, l'édit de Colbert restreint la liberté de commerce des toiles bretonnes ; quatre ports seulement sont autorisés à les exporter : Landerneau, Morlaix, Saint-Malo et Nantes. Il en résulte une crise de l'activité et à la fin du XVIIIe siècle, on compte seulement 180 tisserands dans le pays guérandais.

D'autres activités artisanales sont connues à Guérande. Les marchands pintier qui fabriquent et vendent la vaisselle (assiette, pots ou pintes) et ustensiles de ménage sont nombreux. La ville compte également plusieurs orfèvres au XVIIIe siècle. On rencontre également des perruquiers, des boulangers (rue de Saillé, « au pilori »), des horlogers, et de nombreux cabaretiers et aubergistes.

La croissance économique et démographique entraîne une longue phase de reconstruction des bâtiments médiévaux. La forme de l'habitat reflète la hiérarchie sociale des différents quartiers. Des hôtels particuliers et de grandes maisons bourgeoises sont bâties intra-muros, alors que les faubourgs sont plutôt lotis de maisons basses et de maisons jumelles dont les lucarnes portent des millésimes permettant de les dater des XVIIe et XVIIIe siècles. Le dernier tiers du XVIIIe siècle est marqué par plusieurs grands chantiers urbains. De 1764 à 1774, sous l'influence du duc d'Aiguillon, gouverneur de Bretagne, les abords de la ville intra-muros sont transformés. C'est à cette époque que l'actuelle place du Marché au Bois est aménagée. Le projet prévoit notamment la création des promenades, l'établissement d'égouts, la réfection des chemins d'accès vers la ville. Les remparts créés dans les années 1500 sont nivelés et plantés d'ormeaux. Les masses de terre évacuées sont utilisées pour le comblement des douves. Ce comblement n'est réalisé qu'entre les portes de Saillé, de Bizienne et Saint-Michel. Le mail est créé avec une promenade haute encore existante, et une promenade basse actuellement transformée en route. Les travaux du duc d'Aiguillon nécessitent l'expropriation de nombreux habitants, et la destruction de maisons et murs qui encombraient les abords de l'enceinte. La démolition de l'enceinte, qui est un temps évoquée, n'est pas jugée nécessaire. La population se maintient intra-muros et à la veille de la Révolution, un contexte de disette explique un brutal recul démographique. Les trois paroisses n'en forment déjà plus qu'une, celle de Saint-Aubin.

Le XIXe siècle

La période révolutionnaire est vécue à Guérande sans grands bouleversements. Guérande est alors chef-lieu de district. En mars 1793, la ville est prise et la mairie saccagée par des troupes royalistes. L'occupation est de courte durée et la place est rendue avant l'arrivée des troupes républicaines commandées par le général Beysser. Ici comme ailleurs, les établissements religieux sont supprimés (couvent des Ursulines, couvent Saint-Yves, collège de chanoines de Saint-Aubin). En 1800, la ville perd de son importance administrative puisque c'est à Savenay que sont établis une sous-préfecture et un tribunal de première instance. Les protestations des Guérandais restent vaines. En 1803, une lettre anonyme du bureau de bienfaisance adressée au préfet dresse le bilan de la Révolution : le pays se trouve plongé dans une extrême misère. Plus de 800 pauvres indigents sont comptés dans la seule paroisse de Guérande où les hospices sont en ruines.

Le recensement de 1836 permet de mieux connaître la population. On retient en particulier la présence de 90 vignerons dans les faubourgs, 6 tisserands, 6 mégissiers, 1 tanneur. Sur le cadastre de 1819, la toponymie rappelle l'exploitation de la vigne, en particulier au sud du faubourg Saint-Armel (clos de la Vigne, Vigne des landes, Vigne Beau Soleil, Grande Vigne, Le Pressoir, etc). Toutefois aucun vestige bâti lié à cette activité n'est conservé sur le territoire étudié. Le toponyme « chemin de la Tannerie » et les documents d'archives attestent le travail des peaux dans le faubourg Saint-Armel . L'activité semble perdurer jusque dans les années 1880.

L'industrie principale reste le sel. En 1840, on évalue les marais salants du canton à 2294 hectares, formant 35 600 œillets (En moyenne un hectare de marais compose un peu plus de 15 œillets). Avec les produits de la pêche (poisson conservé et frais), le sel représente la majorité du tonnage des exportations. Les importations consistent essentiellement en matériaux de construction (chaux, bois, brique et pierre blanche, ardoise).

Au début du XIXe siècle, un premier plan d'alignement des rues de la ville intra-muros est dressé. Un second projet est proposé en 1862. Il consiste à établir deux axes principaux nord-sud et est-ouest partant des portes de ville et se rejoignant au centre près de l'église Saint-Aubin. Ce plan est en partie réalisé. Ainsi les maisons obstruant l'entrée de la rue de Saillé sont détruites (Z 116 et 117 du cadastre de 1819). Les maisons à l'ouest de la place Saint-Aubin (Z112 et 119) et celles formant le début de la rue Vannetaise (Z 82 et 80) sont supprimées afin de dégager une percée vers la porte Vannetaise. C'est probablement à cette époque que certains encorbellements de façade sont reculés (en particulier dans les rues de Saillé et du Pilori).

L'entrée en exploitation de la ligne de Saint-Nazaire au Croisic avec embranchement sur Guérande est inaugurée en 1879 par le ministère des travaux publics. Elle favorise la fréquentation du littoral et le désenclavement de la presqu'île. La gare de Guérande est construite au nord de la porte Vannetaise, sur des terrains vierges. La rue liant la gare à la ville intra-muros donne naissance à un quartier attractif. On y observe aujourd'hui des maisons bourgeoises formant pavillon en milieu de parcelle ou alignées le long de la rue. La ligne de chemin de fer décline à la fin des années 1930 et les voies sont déposées. Progressivement les terrains sont convertis (installation de routes, aménagement de parking, construction de la gendarmerie et de la caserne des pompiers). La rue du Général de Gaulle est percée à l'emplacement de la voie ferrée.

Dans le dernier tiers du XIXe siècle et au début du XXe siècle, artisans et commerçants s'implantent à proximité de la ville, sur les boulevards ceinturant l'intra-muros. Les bâtiments à usages professionnels s'accompagnent d'une maison de maître. Trois exemples remarquables se distinguent : l'ancienne distillerie Cassard et Minot au carrefour de la rue du Faubourg Saint-Armel et de la rue du Marhallé ; la scierie Chelet au carrefour de la rue du Faubourg Bizienne et du boulevard de l'Abreuvoir ; l'entreprise de maçonnerie Louis Guillouzo boulevard du Midi. D'autres établissements sont à signaler, en particulier une ancienne tannerie (34 rue du faubourg Saint-Armel), un atelier de nature indéterminée (25 boulevard Émile Pourieux). Des auberges et des cafés s'implantent à proximité du centre-ville, en particulier à l'Est et au Nord près de la place du Marché au Bois, de la porte Saint-Michel et de la rue conduisant à la gare.

Les maisons continuent à l'aligner sur la rue et les quelques villas implantées en milieu de parcelle (boulevard Émile Pourieux, 15 boulevard du Midi) sont l'exception. Les maisons bourgeoises se concentrent essentiellement le long de l'axe conduisant à la gare et dans la ville intra-muros. Le registre de mutation des parcelles cadastrales atteste la réédification de nombreuses maisons dans les faubourgs et l'intra-muros entre les années 1850 et le début du XXe siècle.

Le XXe siècle

Dans la première moitié du XXe siècle, c'est le faubourg Saint-Anne qui connaît le développement urbain le plus important. Il s'explique par l'attrait du nouveau quartier de la gare et la présence de nombreux terrains vierges proches de la ville. Comme dans de nombreuses villes, la loi Loucheur de 1928 participe à cet élan de constructions nouvelles. Elle permet aux propriétaires de contracter des emprunts à taux réduits, permettant ainsi plus facilement l'accès à la propriété et la construction de logements locatifs. L'actuelle rue Aristide Briand voit la construction de nombreux pavillons dit « Loucheurs ». Il s'agit de petites maisons entre cour et jardin avec deux ou trois chambres dont une est parfois sous comble. Le n° 21 se distingue par la qualité de l'architecture et l'organisation interne ancienne qui divise l'ensemble en trois logements indépendants, deux au rez-de-chaussée et un sous comble. Il s'agit du seul logement locatif de la rue réunissant plusieurs foyers.

Les exemples d'habitat des années 1930 sont nombreux en milieu urbain. Ils se rencontrent en particulier dans le faubourg Saint-Anne. Quelques exemples ont également été repérés dans le faubourg Saint-Michel (chemin des Moulins de la Place), faubourg Bizienne (rue du faubourg Bizienne).

La seconde moitié du XXe siècle marque une nouvelle étape dans l'extension urbaine de Guérande. Vers 1960, on constate l'implantation d'un habitat collectif au Nord. Toutefois ce sont les zones pavillonnaires qui constituent l'essentiel de la construction. Le phénomène perdure et s'accentue dans le dernier quart du XXe siècle à l'Ouest le long de du boulevard du Général de Gaulle en direction de La Turballe ; au Nord le long de la rue de Mesquer et du boulevard du 19 mars 1962 ; à l'Est le long de la rue de Kerbiniou. Face à cet urbanisme en pleine évolution, l'intra-muros n'est pas en reste. En effet les vastes zones non loties au Nord connaissent des programmes de construction de logements (rue Château gaillard, rue des Capucins, rue de la Juiverie). Le programme de logements collectifs le plus important se situe autour de la place Saint-Anne. Il remplace des bâtiments construits dans les années 1950.

Au début du XXIe siècle, les nouvelles limites urbaines inscrivent la ville dans un cercle dont le diamètre est légèrement supérieur à 2,1 km. Aujourd'hui, seule la rocade à l'Est et au Nord, semble limiter le développement urbain de Guérande.

  • Période(s)
    • Principale : Moyen Age
    • Principale : Temps modernes
    • Principale : Epoque contemporaine