Dossier IA72058931 | Réalisé par
Barreau Pierrick
Barreau Pierrick

Chercheur auprès du Pays du Perche sarthois jusqu'en octobre 2020. Depuis novembre 2020, chercheur auprès du Conseil départemental de la Mayenne.

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Église paroissiale Saint-Pierre, place du Général-Leclerc
Auteur
Fourny Pierre-Bernard
Fourny Pierre-Bernard

Photographe, Service Patrimoine, Région Pays de la Loire.

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Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Pays du Perche sarthois - La Ferté-Bernard
  • Commune Tuffé Val de la Chéronne
  • Adresse place du Général-Leclerc
  • Cadastre 1831 D2 132  ; 2019 AC 210
  • Dénominations
    église paroissiale
  • Vocables
    Saint-Pierre
  • Parties constituantes non étudiées
    sacristie, chapelle

Des campagnes difficiles à dater

Les premières mentions d’un lieu de culte à Tuffé renvoient à l’église Sainte-Marie de l’abbaye puis du prieuré, à partir du VIIe siècle. La création de la paroisse de Tuffé est peut-être contemporaine ou plus tardive mais actuellement non documentée. L’église Sainte-Marie du prieuré, citée bien plus tôt que l’église Saint-Pierre, aurait-elle pu également être un temps l’église paroissiale de Tuffé ? L'embryon de l'église paroissiale actuelle pourrait-il être cette chapelle privée que Hugues Doubleau donne à l'abbaye avec l'église Sainte-Marie au début du XIe, d’après le cartulaire de l’abbaye Saint-Vincent du Mans ? Quoi qu’il en soit, la paroisse n’est attestée que tardivement par les textes (début du XIIe siècle dans le même cartulaire), mais le plan non orienté de l’église, ainsi que le vocable Saint-Pierre plaident pour l’ancienneté de l’édifice. L’adjonction de Saint-Paul au vocable semble très tardive, voire même abusive, puisque les documents d’archives font systématiquement référence à une église Saint-Pierre, de même que la décoration de l’édifice au XIXe siècle. S’il s’agit d’une erreur, elle fut peut-être induite par Julien-Rémy Pesche au début du XIXe siècle.

La partie la plus ancienne de l’édifice actuel est la nef, très remaniée par la suite mais dont la base des murs montre par endroits un appareillage en petits moellons au plus tard de l’époque romane. Mais surtout, le mur-pignon nord et la première travée des murs gouttereaux présentent des traces d’ouvertures et des chaînages d’angles appareillés en briques alternant avec des pierres de taille calcaire. Cette formule, rare si ce n’est unique en Perche sarthois, fait débat quant à sa datation. Certains historiens y voient un témoignage d’architecture carolingienne. D’autres, plus prudents, avancent une datation du XIe siècle archaïsante, où l’utilisation de la brique en alternance de la pierre serait un choix économique plus qu’esthétique : ceci expliquerait une certaine irrégularité dans la mise en œuvre, notamment dans l’arc de l’ancienne porte du mur-pignon nord. Une même incertitude plane sur l’ajout des contreforts et le percement de l’actuelle porte nord. La nef est couverte d’une nouvelle charpente et d’une flèche et le lambris est posé en 1604 comme en témoignerait la signature (repeinte en 1885) « En l’a 1604 cete Eglise fut labruchée – Tomas mabile procureur de la Fabrique de séans ».

La datation des autres parties de l’église n’est guère plus aisée. La construction de la chapelle est (côté presbytère) ne fait pas trop de doute, le décor Renaissance de la porte sur rue et du placard, bien que grossier, accusant le milieu du XVIe siècle. Cette chapelle, dédiée à la Vierge, relevait des seigneurs de Chéronne. Son pendant ouest (côté place), dédié au Sacré-Cœur et construit par les seigneurs de la Ramée, est moins aisé à dater faute de décor ancien. Cette chapelle pourrait avoir été construite peu avant ou peu après celle de Chéronne, mais sans doute non simultanément, comme en témoigne la légère asymétrie des toitures et le profil différent des pièces de charpente. L’abside, généralement considérée comme datant également du XVIe siècle, pourrait quant à elle être seulement du 3e quart du XVIIIe siècle, comme le laisse présager un faisceau d’indices : le mur axial laissé aveugle sans doute pour recevoir un retable, le plan terrier réalisé entre 1757 et 1759 qui montre encore une abside circulaire sans doute romane, ainsi qu’un document de 1775, indiquant que le curé « auroit fait faire les ouvrages nécessaires et agréables au grand autel de la ditte église occasionnés par la démolition et construction que Mrs de Saint-Vincent auroient fait faire du pignon de la ditte église ». La sacristie serait une adjonction du XVIIe siècle.

Les amples restaurations du XIXe siècle

A la Révolution, l’église n’est pas vendue comme bien national et dite en mauvais état, la toiture nécessitant des réparations, probablement suite au remplacement d’une couverture en bardeaux par des tuiles plus lourdes. Une nouvelle enquête statistique des années 1840 indique que l’église est désormais en bon état. A partir de la fin des années 1850, l’édifice est largement modifié par les amples restaurations des curés Hippolyte Richer et René Ragot. Aidés par les dons des paroissiens, ceux-ci procèdent à de nombreux travaux, mettant à l’honneur la mode du néogothique. Ils désirent ainsi harmoniser un édifice disparate et le rendre plus propre au service divin : en 1870, le curé Richer écrit que l’église « était une grange avec deux chapelles inégales pour transepts, des fenêtres de toutes formes et dimensions, des autels moitié bois moitié tuffeau d’un style innommé ». Le plus souvent, ces travaux sont réalisés sans autorisation de l’administration, sur des plans dressés par le curé lui-même ou un architecte sollicité à titre privé (le nom d’Eugène Landron apparaît notamment dans une correspondance). D’après les archives, le curé Richer lui-même « n’a pas hésité à prendre le marteau et la truelle ».

Ainsi, le curé commence par renouveler les autels en mauvais état et d'un style jugé "bizarre" : les nouveaux sont acquis auprès du sculpteur parisien Damien. Puis il procède, avec l'aval et le soutien de la municipalité, à la modification des fenêtres du chevet et de la chapelle de la Ramée pour les mettre en harmonie avec celles de la chapelle de Chéronne, de style gothique. Les travaux s'étendent ensuite à la nef, au cours des années 1860, où les fenêtres sont à leur tour agrandies et transformées. En 1869, on procède à la construction du portail monumental donnant sur la place, sur les plans dressés par Damien, pour permettre un accès plus facile à l’église notamment lors des processions : la petite porte latérale, qui était celle du cimetière, est murée mais son contour est toujours visible. A peine achevé, le portail doit être en partie refait car endommagé par le gel de l’hiver 1870-1871. En 1881, la flèche est remaniée, voire reconstruite, et de nouvelles cloches sont installées. En 1886, un grand oculus est percé dans le pignon nord pour éclairer la nouvelle tribune, sur un projet de Leroux, sans tenir compte de l’avis du conseil des bâtiments civils préconisant une baie géminée. En 1896, la couverture en tuile, trop pesante sur la charpente qu’elle déformait dangereusement, est remplacée par de l’ardoise : les travaux sont réalisés par les entrepreneurs Auguste Fourmy, maçon, et Auguste Chartier, charpentier, sur les plans de l’architecte Auguste Ricordeau. Une corniche, pourtant jugée inutile par le préfet, vient orner le mur gouttereau du côté de la place. Dès leur réalisation, ces « restaurations » soulèvent les critiques d’architectes et d’érudits dénonçant la dénaturation de l’édifice et l’atteinte irrémédiable à sa valeur archéologique.

En parallèle de ces lourds travaux de restauration, un nouveau décor intérieur est progressivement réalisé et s'achève dans les années 1885-1895, comme en attestent les dates portées : 1885 sur le lambris, 1889 et 1891 sur la peinture murale, 1886 et 1889 sur les vitraux. Le monogramme qui signe les vitraux est interprété, sans certitude, comme celui d’Anselme Fialeix. Les peintures, essentiellement financées par un don d’Adélaïde Charpentier, sont l’œuvre de Louis Renouard et G. Poinot, lesquels ont signé dans un écoinçon au-dessus de l’arc de la chapelle est. On trouve également, en face, les initiales encore énigmatiques A. L. C. A. La tribune et l’essentiel du mobilier du chœur et des chapelles (autels, chaire, bancs et boiseries) sont mis en place à la même période. Les bancs et les boiseries de la nef ainsi que le carrelage en mosaïque de marbres sont installés en 1892 selon un devis dressé par l’architecte Ernest Rodier. Quelques réparations ponctuelles sont signalées au cours du XXe siècle. D’importants travaux de réfection des façades sont réalisés en 1994-1995, sous la conduite de l’Architecte des Bâtiments de France Dominique Latron. Ils sont réalisés par l’entreprise de maçonnerie Pavy de La Chapelle-Saint-Aubin.

L’architecture

L’église a la particularité de ne pas être orientée, le chœur faisant face au sud et non à l’est. Elle présente un plan en croix latine avec une nef rectangulaire, une abside à trois pans et deux chapelles latérales formant transept. Les toitures couvertes d’ardoise dont surmontées d’une haute flèche à huit pans sur base carrée.

La façade en pignon, au nord, présente les vestiges, aux angles et au-dessus de la porte, des chaînages primitifs alternant pierre de taille calcaire et briques. La porte actuelle est en plein cintre et chanfreinée, surmontée d’un grand oculus au contour maladroit. Une petite baie murée occupe le sommet du pignon. La première travée de la nef, à l’est et à l’ouest, présente une baie romane en plein cintre murée. Le reste du mur est de la nef, donnant sur la cour du presbytère, est aveugle, dépourvu de toute ornementation et épaulé de trois contreforts. A l’inverse, le mur sud, soutenu par un seul contrefort, est largement ajouré par deux grandes fenêtres et un portail néogothiques. Celui-ci, en anse de panier, présente une voussure moulurée et un gâble orné des armoiries de saint Pierre (l’écu aux clés croisées) sur fond végétal. Les rampants de l’accolade qui le surmontent sont ornés de choux frisés. De part et d’autre, deux pinacles massifs à crochets font office de contreforts.

Les deux chapelles, légèrement asymétriques, présentent toutes deux une grande baie à remplage gothique. Celle donnant sur la place possède un pignon découvert surmontée d’une croix pattée sculptée, ainsi qu’une porte en arc déprimé avec accolade sculptée d’un écu vide et de feuillages. La chapelle donnant sur le jardin du presbytère, épaulée par deux contreforts, possède deux portes dont une sur la rue : elle possède un encadrement sculpté d’un décor Renaissance assez naïf, à losanges, fleurs et croix pattée. On signale encore, au XXe siècle, des vestiges de deux litres funéraires superposées sur les murs de cette chapelle, aujourd’hui disparus. L’abside à pans coupés est peu profonde et éclairée par deux fenêtres latérales de style néogothique, tandis que le mur axial est aveugle. La sacristie couverte d’une croupe occupe l’angle entre l’abside et la chapelle ouest. On y remarque une petite baie en plein cintre chanfreinée ainsi qu’un fragment de stèle témoignant des remplois utilisés pour sa construction.

Un foisonnant décor

A l’exception du placard mural sculpté de la chapelle est (inscrit Monument Historique en 1979), à rapprocher de celui de la porte voisine, avec motifs floraux et géométriques naïfs ainsi que deux dauphins affrontés, l’ensemble du décor de l’église ne date que de la fin du XIXe siècle. Les murs et la voûte lambrissée sont peints de décors couvrants. Les murs de la nef présentent un faux appareil ponctués de grands médaillons où apparaissent les bustes de la Vierge et de saints personnages : Notre-Dame du Chêne, Notre-Dame de Lourdes, saint Augustin, saint Joseph, saint Benoît, sainte Scholastique, sainte Anne. Des décors végétaux et quatre autres médaillons, représentant saint Michel, saint Jean-Baptiste, sainte Adélaïde et une autre sainte dont le nom a été effacé, occupent les écoinçons des arcs donnant accès aux chapelles. La nef présente un sol en mosaïque et une tribune au revers du pignon nord, au-dessus des fonts baptismaux.

Le chœur est placé entre deux portes encadrées de pinacles, celle de la sacristie surmontée d’une statue de saint François d’Assise et une fausse porte placée en pendant, au revers du placard Renaissance de la chapelle est, surmontée d’une statue de saint Gilles. Le décor de faux appareil de la nef se prolonge jusqu’aux fenêtres, surmontées d’une arcature néogothique en trompe-l’œil. Le mur axial est peint d’une grande baie gothique dans laquelle s’inscrit l’autel et le retable avec la statue de saint-Pierre. De part et d’autre, une fausse draperie tapisse le registre inférieur et deux anges, tenant des phylactères, un sceptre fleurdelisé et un poisson occupent la partie supérieure sur fond doré. L’ensemble est quadrillé par des bandeaux à motifs végétaux stylisés où l’on remarque le monogramme AC.

Les chapelles sont séparés de la nef par deux grands arc brisés dont l’embrasure est peinte de rinceaux et de divers trophées religieux. La chapelle du Sacré-Cœur (à l’ouest) est peinte de motifs géométriques et végétaux. Le décor de la chapelle de la Vierge (à l’est) reprend ces motifs mais présente également une fausse arcature gothique abritant des draperies aux symboles des litanies de la Vierge. Une partie des murs est tapissée d’ex-voto. A l’entrée est peinte l’inscription suivante : « Confrérie du St Rosaire érigée le ... octobre 1889 à Tuffé par le Père Trophime dominicain d’Angers ».

Les voûtes lambrissées sont intégralement peintes de motifs d’inspiration géométrique et végétale. Au-dessus de l’abside figure une représentation de la Trinité d’inspiration byzantine. D’une grande richesse, les vitraux figurent, sous un décor architecturé, des saints et saintes en pied commémorant leurs divers donateurs. Certains ont fait représenter leur propre visage par photogravure : Anatole Boul, trésorier de la fabrique, donne ainsi ses traits à saint Anatole, tandis que Suzanne de Chavagnac prête son visage à sainte Suzanne. Dans la nef ont été représentés avec ce même principe les enfants de la famille Famin. On trouve également quelques vestiges des vitraux du XVIe siècle (anges musiciens) réincrustés dans la partie haute du remplage de la baie de la chapelle ouest. Les verrières sont classées ou inscrites Monuments Historiques depuis 1983 et 2001. Le riche mobilier inclut également plusieurs éléments remarquables, dont certains pourraient provenir du prieuré : des tableaux de la Nativité et de la Fuite en Égypte, du XVIIe ou du XVIIIe siècle, inscrits Monuments Historiques en 1979, une statue de sainte Barbe de la fin du XVIe siècle, classée en 1908, des fonts baptismaux du XVIe siècle et des stalles richement sculptées du XIXe siècle inscrits Monuments Historiques en 2001. L’autel en bois sculpté du pélican nourrissant ses petits avec ses entrailles, du XVIIIe siècle, est également remarquable. La bancellerie fourmille également de détails, instruments de la passion, fouets et symboles du jeu, cœur transpercé...

  • Murs
    • calcaire moellon enduit
    • grès moellon enduit
  • Toits
    ardoise
  • Étages
    1 vaisseau
  • Couvrements
    • charpente en bois apparente
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe polygonale
    • flèche polygonale
  • Escaliers
    • escalier intérieur : escalier droit en charpente
  • État de conservation
    bon état
  • Techniques
    • sculpture
    • peinture
    • vitrail
  • Représentations
    • ornement géométrique, losange
    • ornement en forme d'objet, croix pattée, écu, draperie
    • ornement végétal, fleur, feuillage, chou
    • ornement architectural, pinacle
    • ornement animal, dauphin
    • ornement a chiffre, monogramme
    • personnages, Vierge, saint Augustin, saint Joseph, saint Benoît, sainte Scholastique, sainte Anne, saint Michel, saint Jean-Baptiste, sainte Adélaïde, sainte, Trinité, saint Louis, sainte Suzanne, saint Charles Borromée, saint Arnould, saint Yves, saint Etienne, saint Paul, saint Georges, saint Maurice, saint Léon ix, sainte Marie-madeleine, Vierge à l'Enfant
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune