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Écart de la Haute-Ânerie ou de la Haute-Rue, Fontevraud-l'Abbaye

Dossier IA49010719 réalisé en 2010

Fiche

S'il s'inscrit désormais comme un prolongement sud du bourg, l'ancien écart de la Haute-Rue demeure toujours identifiable. Il présente des caractères originaux, marqués notamment par la présence d'habitations troglodytiques et une forte représentation de maisons en appentis (dans des proportions que l'on retrouve aussi à la Socraie). L'ensemble constitue un regroupement d'habitations et de dépendances relativement modestes, mais offre un paysage architectural très typé et conserve les grands traits d'une nette organisation de l'espace.

Appellationsécart de la Haute-Ânerie ou de la Haute-Rue
Dénominationsécart
Aire d'étude et cantonFontevraud-l'Abbaye - Montsoreau - Saumur-Sud
AdresseCommune : Fontevraud-l'Abbaye
Lieu-dit : la Haute-Ânerie

Le nom d'"Ânerie" n'est pas unique à Fontevraud et l'écart aujourd'hui connu sous le nom des Grandes-Genières, au nord-ouest du bourg, s'appelait autrefois la Grande-Ânerie, puis la Grange-Ânière (avec évolution par glissements sémantiques). Dans un territoire où ânes et mulets furent très longtemps les animaux de bâts les plus utilisés (le cheval est rare en Saumurois médiéval), il est possible que des lieux d'étape de transporteurs et de voyageurs, avec relais pour ces bêtes, aient existé juste aux abords de l'abbaye, sur les itinéraires qui y conduisaient.

Dans la documentation la plus ancienne consultée pour cette étude, le toponyme "L'Ânerie" désigne l'ensemble des habitations implantées au sud de l'abbaye de Fontevraud, notamment le long du vallon du ruisseau de Luzerne.

Lorsque l'on commence à mieux en cerner les contours, ce secteur comprend pourtant deux entités distinctes. La première, au nord, est peuplée depuis le début du XIVe siècle (voire dès le XIIIe siècle). Elle est séparée par une zone cultivée d'un second écart, plus au sud, vraisemblablement plus tardif et pour lequel les mentions assurées d'un habitat ne datent que de la première moitié du XVIe siècle : à la fin de ce XVIe siècle, ce dernier est désigné comme la Haute-Ânerie.

En 1558, l'abbaye de Fontevraud connaît de catastrophiques inondations, qui ont pour conséquence la mise en place d'un système de canalisation du cours du ruisseau de Luzerne, qui traverse l'Ânerie et la Haute-Ânerie. Ces travaux d'aménagements hydrauliques sont conduits de 1558 à 1565 avec la mise en place de presque 2 km de tuyaux en amont de l'abbaye avec enfouissement du ruisseau sur une large partie de son tracé, dont un tronçon à la Haute-Ânerie.

Au XVIIe siècle, plusieurs mentions attestent la présence d'ateliers de potiers (familles Boissonneau et Milsant) à la Haute-Ânerie. L'un d'eux, Charles Boissonneau (mort en 1639) fait d'ailleurs l'objet d'une certaine réputation (il est dit « insignis figulus » dans son acte de décès porté au registre paroissial). La production de ces potiers fontevristes n'est pas connue, mais la bibliographie leur attribue une céramique fine de qualité ; il semblerait toutefois que, d'après les pièces connues et les découvertes archéologiques, la poterie fontevriste soit plutôt d'une pâte assez grossière et d'usage courant. Plusieurs actes notariés (aux XVIe-XVIIIe siècles) mentionnent d'ailleurs la production par ces potiers de grands nombres de creusets de terre cuite utilisés en fonderie, à destination de la Monnaie d'Angers ou d'ateliers de poêliers à Villedieu-les-Poêles, dans la Manche. Diverses mentions évoquent une « grotte » ou des caves où étaient installés les fours de ces potiers, à la Haute-Ânerie. Il est à noter que dès le XVIIe siècles, des membres de la famille de ces potiers sont installés ailleurs à Fontevraud (la Socraie, puis les Roches) et que l'activité de poterie semble avoir déserté l'Ânerie dès le début du XVIIIe siècle ; cet écart n'est donc pas le seul à avoir connu une telle activité à Fontevraud-l'Abbaye. Par ailleurs, les métiers des habitants de l'écart que livre la documentation ancienne sont très diversifiés et les potiers n'y sont que minoritaires face aux exploitants agricoles, possesseurs fonciers ou manouvriers, voire aux métiers du textile, assez nettement représentés au XVIIIe siècle. Si ce ne fut peut-être qu'une activité secondaire, voire simplement marquante, la mémoire de la production de poterie perdura tout de même et se fixa dans la toponymie locale : au XVIIe siècle, on mentionne un "Carrefour des potiers" et au XVIIIe siècle, une « rue des Potiers » (qui aujourd'hui encore porte ce nom). Le maintien d'un tel toponyme, outre l'activité céramique, peut aussi renvoyer à l'activité d'extraction que ces potiers menaient dans le secteur, puisqu'à l'extrémité sud de la rue qui parcourt l'Ânerie, un lieu-dit porte le nom de Fosses-à-Pots, correspondant à d'anciennes carrières d'argile. Au XVIIIe siècle, encore, des potiers des Roches et de la Socraie venaient y prélever la matière première nécessaire à leur activité.

Les informations relatives à l'organisation de l'écart dans les siècles d'Ancien Régime sont ponctuelles. Toutefois, l'impression majeure que livrent les sources est celle d'un habitat où le troglodytisme semble majoritaire, avec une association régulière entre cave demeurante et cour avec puits, d'un côté de la rue principale, et jardin ou verger, entre la rue et le cours d'eau du fond de vallon. On conserve plusieurs mentions d'abris troglodytiques associés à des "ballets" ou auvents. Si l'on note la présence ancienne de maisons, celles-ci semblent longtemps minoritaires jusqu'aux XVIIe et XVIIIe où l'on trouve mention de construction de plusieurs d'entre elles qui se substituent ou s'ajoutent aux habitations troglodytiques. La morphologie de ces maisons nouvellement construites n'est pas régulièrement spécifiée dans les actes notariés et registres de perception foncière, mais ces textes évoquent à plusieurs reprises des maisons en appentis. Le cadastre napoléonien de 1813 permet l'identification de 27 maisons (ainsi que 4 bâtiments en ruine et 7 bâtiments de dépendances), pour 22 caves demeurantes (et 25 ensembles de dépendances troglodytiques, dont certaines comptant plusieurs galeries). À cette date, l'évolution morphologique de l'habitat traduit donc déjà un recul du troglodytisme par rapport à la maison bâtie. Cette tendance se poursuit au fil du XIXe siècle et de nouvelles maisons sont encore construites, où l'appentis est encore un type très représenté. Le développement de l'écart se fait alors en direction du sud, mais également vers l'ouest, par des constructions élevées entre la rue des Potiers et le tracé du ruisseau de Luzerne.

Le recensement de 1876 indique que l'écart de la Haute-Rue est alors peuplé de 81 habitants pour 30 habitations (et autant de ménages) ; c'est, selon le zonage adopté pour ce recensement, le troisième pôle de peuplement de la commune, loin derrière le bourg (846 habitants) et l'écart des Roches (261 habitants).

Au cours du XXe siècle, la construction de maisons dans l'espace interstitiel situé au nord de l'écart qui séparait la Haute-Rue de l'ensemble formé par l'Ânerie et le bourg, eut pour effet d'atténuer la notion d'écart existant entre ces pôles de peuplement pour ne faire de l'ancienne Haute-Ânerie qu'un prolongement sud de la trame bâtie du bourg de Fontevraud-l'Abbaye.

La Haute-Rue ne compte aujourd'hui plus aucune habitation troglodytique en usage, mais un grand nombre de ces abris sont encore utilisés comme dépendances, dont des anciennes caves demeurantes reconverties en lieux de stockage.

Période(s)Principale : Moyen Age
Principale : Temps modernes
Principale : Epoque contemporaine
Auteur(s)Auteur : auteur inconnu

Topographie et organisation générale de l'écart

La Haute-Rue (autrefois Haute-Ânerie) forme aujourd'hui un prolongement méridional du bourg de Fontevraud, mais des caractères à la fois topographiques, architecturaux et de densité d'occupation permettent encore d'individualiser cet ancien écart à un ensemble de parcelles bâties situées dans la partie sud de la rue des Potiers (numéros 39 et supérieurs).

Ce secteur correspond à une partie médiane du cours du ruisseau de Luzerne et forme un vallon relativement encaissé d'axe sud-nord, où l'habitat est situé à une altitude comprise entre 70 et 80 mètres, entouré de reliefs culminant à un peu de 100 mètres. À l'ouest, la pente est relativement douce ; à l'est, le dénivelé est plus raide et le secteur est barré par un longue falaise qui surplombe le site de quelques mètres.

Dans les premiers siècles de l'histoire de Fontevraud, l'axe majeur qui filait vers le sud en direction de Loudun était situé en partie ouest de ce vallon. Le secteur de la Haute-Ânerie (plus tard dite Haute-Rue), situé en partie orientale du vallon, correspond donc à un habitat qui se développe sur un embranchement qui vient se greffer parallèlement à cet itinéraire auquel il est rattaché par quatre tracés est-ouest : l'un au nord, qui marque la limite septentrionale de l'Ânerie, deux au coeur de l'écart de la Haute-Rue et le quatrième, plus au sud, qui marque la limite septentrionale de cet écart.

L'habitat

À l'exception d'une ferme à l'ouest, un peu isolée du reste de l'écart et qui borde l'ancienne route de Loudun, le bâti ancien de la Haute-Rue est donc située en partie orientale du vallon, le long d'une route (rue des Potiers) qui est tracée globalement à mi-distance entre le ruisseau et la paroi rocheuse.

L'habitat ancien se compose d'abris troglodytiques et de maisons.

Du fait de la topographie, les habitations troglodytiques sont toutes en fond de parcelle et séparées de la rue par une cour.

Les abris troglodytiques sont creusés en pied de falaise, dans les niveaux de sable coquilliers du Turonien moyen à supérieur (voire de sable glauconieux du Turonien moyen). Le percement de ces cavités étai aisé, car la roche est relativement tendre. Le « ciel » de l'abri, ou roche de couvrement correspond parfois à des niveaux plus durs, mais le plus souvent, la voûte creusée à même la roche permet une stabilité de l'ensemble. Quelques cavités sont toutefois dotées de doubleaux de confortement en moyen appareil de tuffeau, voire sont entièrement maçonnées, avec parements supportant une voûte là encore en moyen appareil de tuffeau. Au niveau du 73 rue des Potiers, un adoucissement de l'escarpement permet l'accès vers un niveau plus haut où sont aussi aménagés des abris troglodytiques à des strates de transition vers un tuffeau jaune du Turonien supérieur. Cet accès formait au XIXe siècle encore un chemin haut en surplomb de l'écart (dont le tracé a depuis été privatisé), qui desservait des parcelles cultivées. La plupart de ces abris sont relativement étroits.

En ce qui concerne les maisons, elles sont toutes dissociées les unes des autres et l'on n'observe aucun front bâti continu dans l'écart. Presque toutes sont à pignon sur rue, mais ce pignon est, à de rares exceptions près, dépourvu d'accès et la façade principale est quasiment toujours sur cour et exposée au sud. Dans le secteur qui semble le cœur ancien de l'écart (entre le 45 et le 68, rue des Potiers) plusieurs maisons, de dimensions modestes, sont en rez-de-chaussée, avec toit à deux pans et des murs de moellons, relevant d'une architecture vernaculaire des XVIe-XVIIIe siècles.

Au sud et au nord de l'écart, par contre, les types les plus courants sont les maisons en appentis, en rez-de-chaussée et plus rarement avec étage-carré, en moellons voire en moyen appareil de tuffeau, érigées entre la fin du XVIIe et le XIXe siècle, époque marquée par le début du recul de l'habitat troglodytique au profit de la construction de maisons.

Cette substitution progressive de maisons à des abris troglodytiques put se traduire par des adaptations originales dans l'aménagement de l'habitation. Ainsi, au 88, rue des Potiers, l'installation d'une seconde cheminée dans une maison en appentis s'est faite par le percement du pignon sur rue pour établir une évacuation de la fumée dans l'épaisseur du mur, méthode totalement impropre à l'architecture maçonnée, mais utilisée de manière très courante pour les abris troglodytiques, notamment au voisinage.

Plutôt en partie nord ou à l'extrémité sud de l'écart, plus tard dans le courant du XIXe siècle, sont construites des maisons qui s'apparentent davantage aux maisons de bourg, en moyen appareil de tuffeau, avec toit à longs pans et souvent étage-carré.

Lorsqu'elles ne prolongent pas un bâtiment préexistant, certaines maisons élevées au XIXe siècle et d'une manière générale celles construites dans l'écart ou plus au nord pour faire jonction avec l'Ânerie aux XXe-XXIe siècles rompent nettement avec l'organisation de l'habitat ancien : elles sont parfois à gouttereau sur rue, souvent en cœur de parcelle et pour beaucoup implantées en partie ouest de la rue des Potiers.

Habitations et dépendances

La plupart des habitations anciennes, caves demeurantes ou maisons, comportent des dépendances qui, pour la plupart sont des abris troglodytiques. On voit également quelques dépendances bâtiments ou simples auvents qui flanquent les maisons, pour l'essentiel en appentis et exceptionnellement à deux versants. Dans leur ensemble, ces structures sont de petite envergure et correspondent à des aménagements de stockage ou abritant un petit bétail, ce qui semble relever d'une activité de polyculture vivrière.

On note par ailleurs la présence de puits individuels ou communs à plusieurs propriétés voisines (mise en commun sans doute issue de partages successoraux). Au sud de l'écart, un puits est directement établi en bord de route et correspond peut-être à un usage collectif aux habitants dernières maisons érigées là au cours du XIXe siècle.

Quelques propriétés disposent, par ailleurs, d'un accès individuel (par un sentier plus ou moins abrupt) vers les parcelles qui coiffent le coteau et des archives anciennes mentionnent que certains des habitants de caves troglodytiques possédaient aussi les terres qui surplombaient leur abri.

Les constructions plus récentes ont ponctuellement brouillé la lecture de l'aspect ancien de l'écart, mais l'on perçoit toujours une organisation très séquencée, de part et d'autre de la rue et en interaction entre coteau et ruisseau, avec habitat et dépendances (troglodytiques ou non), cour et jardin.

Statut de la propriétépropriété privée

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Maine-et-Loire. 101 H 159. Abbaye de Fontevraud. LARDIER, Jean (dom). Volume septiesme, inventaire des titres de la Petite Recepte de Font-Evraud divisé en 3 cantons, etc., manuscrit, Fontevraud, 1658 (1658, mis à jour jusqu'en 1756).

  • BN, Département des manuscrits, Latin 5480. Fonds Gaignières. Chartularium Monsaterii Fontis Ebraldi, in dioecesi Pictaviensi, etc.

    Voir t. 2, p. 380
(c) Région Pays de la Loire - Inventaire général ; (c) Conseil départemental de Maine-et-Loire - Conservation départementale du patrimoine - Stalder Florian