Dossier IA85002747 | Réalisé par
Suire Yannis
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée depuis 2017.

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Damvix : présentation de la commune
Auteur
Suire Yannis
Suire Yannis

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Copyright
  • (c) Région Pays de la Loire - Inventaire général
  • (c) Conseil départemental de la Vendée

Dossier non géolocalisé

Sommaire
  • Aires d'études
    Vallée de la Sèvre Niortaise, Marais poitevin
  • Adresse
    • Commune : Damvix

L'inventaire du patrimoine de la vallée de la Sèvre Niortaise a concerné Damvix à partir de septembre 2021. Ont été étudiés : d'une part, tous les éléments du patrimoine présents dans une zone d'un kilomètre à partir du fleuve, étendue jusqu'à la Petite Bernegoue et à la route D25, soit, en l'occurrence, la quasi totalité de la commune ; d'autre part, les éléments les plus marquants et représentatifs du patrimoine relevés sur le reste du territoire communal. L'enquête a ainsi permis d'identifier 341 éléments, dont 203 ont fait l'objet d'un dossier documentaire (parmi lesquels 98 étudiés) et 138 d'un repérage à des fins statistiques. Le tout est illustré par plus de 1300 images.

Des marais déjà actifs au Moyen Age

Les découvertes archéologiques sur le territoire de Damvix demeurent rares et ne permettent donc pas d'en savoir beaucoup sur son occupation aux époques préhistoriques et antiques. Des vestiges d'époque romaine, des IIIe ou IVe siècles, sont indiqués au XIXe siècle près du bourg. Il faut attendre le XIe siècle pour avoir une première mention du lieu, précisément d'une forêt s'étendant entre la Sèvre et l'Autise, et de l'église, consacrée à saint Vit ou saint Guy : toutes deux sont données le 10 mars de l'an 1010 par Guillaume III le Grand, comte de Poitou, à l'abbaye de Saint-Maixent, dans le cadre de la politique de donations de biens dispensées par les comtes de Poitou au bénéfice des abbayes de la région. Le 27 avril 1110, une bulle du pape Pascal II confirme les possessions de l'abbaye de Saint-Maixent, dont l'église "sanctorum Viti et Modesti et Crescentiae de Duumvir" (l'église est vouée à saint Guy et ses parents adoptifs, saints Modeste et Crescence).

Dès lors, et jusqu'à la Révolution, Damvix, son prieuré et sa ferme seigneuriale dépendent de cette abbaye qui y envoie des représentants. Vers 1108, on relève ainsi le don d'une terre située à Courdault (Saint-Sigismond), faite au fils d'Anscher de Courdault par l'abbé de Saint-Maixent et Rainaud, moine prévôt de Damvix. En ce même XIIe siècle, est dressé un état des redevances dues par le prieuré de Damvix à l'abbaye de Saint-Maixent, à l'occasion des grandes fêtes. Vers 1222, maître Guillaume, prieur de Damvix, est le témoin d'hommages rendus à l'abbé de Saint-Maixent. Au XIVe siècle, le Grand Gauthier mentionne le "prioratus de Domno Viro", dépendant du même abbé.

En cette fin du Moyen Age, l'économie de Damvix et des environs est axée sur trois activités essentielles : la pêche, à travers des pêcheries et bouchauds sur la Sèvre et les biefs ou conches, l'élevage dans les marais et sur les terres hautes, et la coupe et vente du bois, abondant dans les marais. En 1471, un terrier de la seigneurie de Benet mentionne "Jehan Got, de Dampvix" avec "sa vrignee [plantation de vergnes ou aulnes] assise ondit longier de Garine" (lieu situé entre Damvix et La Ronde) ; ou encore "Micheau Esmer et ses parsonniers (…) sur leur vrignee d'Amourettes tenant es biefz de Dampvix". Le terrier fait aussi état d'une livre de poivre perçue par le seigneur de Benet sur les tenanciers de l'écluse ou pêcherie de Forges, à Damvix ; ou encore d'anguilles salées (pour leur conservation, voire leur commercialisation) "et fresches, dehues à Monseigneur à cause de son aigagerie et querables on village de Dampvysé ; ou bien des "excluses et betz de Dampvysé appartenant au curé ; et enfin du prieur de Damvix, redevable pour "ses excluseaux tenant à la route de Ret". Au détour de ces mentions, on fait état des biefs, conches et routes d'eau qui, déjà, serpentent dans les marais, permettant d'y circuler en bateau : ainsi de la "route de Ret", soit la conche des Bougnoux, ou de la "conche Torte" appartenant à Huguet Regnoul selon le même terrier de Benet, en 1471.

Une petite paroisse d’Ancien Régime, à l’écart des grands dessèchements

Dans la seconde moitié du XVIe siècle, Damvix apparaît pour la première fois sur une carte, en l'occurrence celle de Pierre Rogier, en 1579. Peut-être s'agit-il de relever par là le rôle du port de Damvix dans le commerce fluvial entre Marans et Niort. A noter aussi qu'en 1597, sire Jehan Gorron est marchand au village de la Brenegou, paroisse de Damvix. L'époque est pourtant troublée par les guerres de Religion. Un combat se déroule en mai 1574 à Damvix (mentionnée par Pierre Brisson dans son histoire des guerres de Religion) : il aurait eu lieu près du bourg, au lieu-dit "le Champ de la bataille". Au sortir de ces conflits, en 1601 et 1617, la paroisse est décrite petite et peu peuplée (environ 100 communiants) par Jehan Collart, vicaire général de l'évêché de Maillezais. L'église est presque ruinée, "n'ayant rien entier, sinon que trois murailles entières et la quatriesme rompue, toutte descouverte". En 1665, lors de la visite pastorale de Mgr Laval, évêque de La Rochelle, Damvix ne compte que 200 communiants. Jusqu'en cette seconde moitié du XVIIe siècle, il semble qu'il existe, outre la terre seigneuriale de Damvix, une petite seigneurie de la Bernegoue, probablement redivisée à cette époque entre la Grande Bernegoue, à Maillé, sur la rive droite de la Vieille Autise, et la Petite Bernegoue, sur la rive gauche. De celle-ci devait dépendre le moulin à vent de la Petite Bernegoue.

Si l'on en juge les cartes actuelles, Damvix reste en apparence à l'écart des grands dessèchements de marais menés plus à l'ouest, en aval de Maillé, à partir des années 1650-1660. En apparence seulement car, dès sa création en 1654, la Société des marais desséchés de Vix-Maillé-Maillezais a bien pour objectif de mettre en valeur l'ensemble des marais situés entre Coulon, Benet et la mer ! Or, ces travaux s'avèrent bien plus compliqués que prévu, les marais en question étant situés très en amont, enchevêtrés avec des terres hautes et de multiples cours d'eau qui entravent leur mise hors d'eau. Il semble aussi qu'en 1656, l'un des propriétaires d'origine des marais de Damvix, Philippe de Montaut-Bénac, duc de Navailles, s'oppose aux travaux, craignant, avec d'autres, qu'ils compromettent la navigation sur la Sèvre en faisant diminuer le niveau d'eau, En 1663, le partage des marais desséchés de Vix-Maillé-Maillezais met de côté les marais en amont de Maillé, dont ceux de Damvix. Trois ans plus tard, la Société des marais décide de les abandonner pour se concentrer sur les marais en aval de Maillé. Les marais de Damvix, comme des paroisses en amont, sont donc exclus des grands dessèchements.

 

Lorsqu'en 1720, Claude Masse cartographie la région, il note ces marais "presque toujours inondés", traversés par la Sèvre qui "coule en cet endroit dans des prairies fermes et est assez rapide et n'a que 8 à 10 toises de largeur". Au nord, on observe encore le canal de Reth, ancienne portion amont du canal de Vix, grand canal évacuateur. A l'ouest, entre les terres hautes de Damvix et la Vieille Autise, s'étendent d'autres marais "dont le fond est ferme, qui assèchent quelque fois". C'est là où, jusqu'au début du XXe siècle, les habitants de Damvix bénéficient collectivement du marais communal de la Petite Bernegoue, en plus du grand communal situé sur la rive gauche du fleuve, face au bourg. La carte de Claude Masse relève aussi un moulin à eau en aval du bourg, liés à des moulins à vent en bordure de terres hautes, le tout appelé Vilbourneau (en fait la Bouterie). La carte mentionne enfin un chapelet d'écluses ou pêcheries sur la Sèvre (écluse de Jonas, vers les Lavauderies) et sur un des principaux cours d'eau qui traversent les marais au sud, le canal de Saint-Hilaire à Marans, par exemple l'écluse de Forges déjà citée en 1471.

Luttes politico-religieuses et développement économique au XIXe siècle

A la Révolution, les biens de l'abbaye de Saint-Maixent et de la cure de Damvix sont saisis et vendus comme biens nationaux. Parmi les acquéreurs, on trouve quelques notables locaux et un batelier de Niort qui fréquentait sans doute Damvix pour ses affaires. Le curé de Damvix, François Clion, réfractaire, est exilé en Espagne en 1792. Jean-Jacques-Charles Héraud, prêtre jureur, lui succède jusqu'en 1795. Damvix reste sans curé jusqu'en 1830. Le curé Delavaud est alors nommé pour desservir à la fois Damvix, Saint-Sigismond et Sainte-Christine. Le poste n'est toutefois pourvu que par intermittence jusqu'en 1850. L'église est alors en pleine reconstruction et devient dès lors, avec son clocher ajouté en 1877, un des principaux exemples d'architecture néo-classique en Sud-Vendée. La vie politico-religieuse à Damvix en cette seconde moitié du XIXe siècle, est toutefois très agitée : la paroisse et le camp anticlérical s'affrontent vivement au sujet de l'église, de son mobilier (notamment les cloches, un contentieux soldé en 1971 seulement), ou encore du presbytère et de la construction de la nouvelle école des filles dans son jardin, en 1910.

Pendant ce temps, la commune voit son activité économique se développer, et sa population augmenter : de 713 habitants à la Révolution et 650 en 1806, on passe à 1069 en 1851, jusqu'à 1473 en 1886, 1402 en 1901. Cette hausse, de plus de 125 % en moins d'un siècle, est l'une des plus fortes observées dans les communes du Marais poitevin à cette époque. La quasi-totalité des habitations sont construites ou reconstruites dans la seconde moitié du XIXe siècle. Nombreux sont les bâtiments à recevoir un commerce ou un atelier d'artisan. Une minoterie est créée par la famille Maret à l'ancien moulin de la Petite Bernegoue, et une laiterie coopérative voit le jour au nord du bourg. Celui-ci s'étend de plus en plus le long de la Sèvre dont le cours est modernisé à partir des années 1830-1840 : curage et recalibrage du cours du fleuve, creusement du canal du Nouveau Béjou, redressement du Vieux Béjou. De leur côté, l'Etat, le syndicat des marais mouillés et la commune, créent ou améliorent et entretiennent les autres cours d'eau et ouvrages qui dépendent de chacun d'eux : biefs et conches, barrages comme au Coin Sotet ou sur la Vieille Sèvre, pont et passerelles de halage. L'objectif, outre la circulation des biens et des personnes, est de mieux contrôler les niveaux d'eau dans les marais, surtout en été et après la mise en place des grands barrages des Bourdettes et de Bazoin, jugés responsables d'une évacuation de l'eau trop rapide.

L'activité fluvio-commerciale sur la Sèvre et dans l'ensemble des marais étant ainsi facilitée, le port est plus que jamais le cœur du développement économique de la commune. Il est modernisé à partir surtout des années 1880-1890, avec création d'un quai et d'une cale, et dégagement des bâtisses qui l'encombraient. Le développement économique est aussi permis par la construction, lente et par étapes, de la route entre Arçais et Damvix, sur la rive gauche de la Sèvre, entre les années 1850 et 1880. Cet axe vient faciliter l'exportation des biens agricoles produits en abondance dans les marais des environs. L'édification du grand pont de Damvix en 1886, au niveau du port, vient parachever l'opération. Elle s'accompagne de la construction d'autres ponts de halage, aux Lavauderies et au niveau du grand communal. Un autre pont est établi dans le prolongement du port pour mieux desservir le nouveau quartier des Petites Cabanes.

Déclin et renouveau au XXe siècle

Au tournant du XXe siècle, l'activité commerciale sur la Sèvre est pourtant en déclin, et l'exode rural se fait déjà nettement sentir. La commune ne compte plus que 1181 habitants en 1921, 1070 en 1936, soit une diminution de près d'un quart en à peine 40 ans. Les jeunes quittent la commune pour aller chercher du travail en ville. Pour les retenir, la commune fait par exemple construire en 1934 une salle des fêtes sur le port, afin d'accueillir des activités culturelles. En vain. L'agriculture aussi se transforme, la main d'œuvre diminuant, et les petites exploitations ne suffisant plus pour faire vivre les familles. Depuis 1884, le marais communal n'est plus exploité collectivement mais affermé par lots ou tâches. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, en avril 1944, un maquis de résistance, érigé ensuite en groupe FTP, se constitue autour de Léon Monéger, habitant à Damvix. Le 19 mai, ce "groupe du Marais" effectue une opération de sabotage de la voie ferrée Niort-La Rochelle. Ses membres sont dénoncés, arrêtés et fusillés en juillet. L'un d'eux, Daniel Pouponneau est inhumé dans le cimetière de Damvix.

Après-guerre, l'exode rural se poursuit et la courbe démographique de Damvix s'incline inexorablement : 1002 habitants en 1946, 673 en 1990. La modernisation et la mécanisation de l'agriculture engendrent des restructurations foncières. Dans les années 1960, une association de propriétaires et exploitants agricoles est constituée pour améliorer l'accès aux marais au sud du bourg, par le tracé de chemins et la construction de ponts : après ceux sur les conches de la Baronnerie et des Marionnettes dès 1949, les ponts des Ribaudelles sont établis en 1963. Dans les dernières décennies du XXe siècle, Damvix mise plus que jamais sur une activité déjà en germe depuis le début du siècle : le tourisme. Une partie de l'ancien marais communal est réaménagée en camping puis en village vacances, ouvert en 1994. Le port, qui ne reçoit plus de barques chargées de produits des marais, est réaménagé et accueille une activité de batellerie et de croisière sur la Sèvre. Les établissements d'hébergement et de restauration ne s'adressent plus aux bateliers mais aux touristes. Le nombre d'habitants repart un peu à la hausse (761 habitants en 2013, 741 en 2019). Le 21 juin 2000, au tournant du millénaire, les préfets de la Vendée, des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime se rencontrent symboliquement dans les marais des Forges, point frontalier précis entre les trois départements.

La commune est la seule en Vendée (comme Arçais dans les Deux-Sèvres) à s'étendre sur les deux rives de la Sèvre Niortaise, quand le fleuve constitue la limite sud des communes voisines. Ici, depuis les Bourdettes jusqu'à Bazoin, en passant par le bourg, les Loges et la Barbée, le cours historique du fleuve traverse la commune sur 5 kilomètres. Son cours est régulier entre les Bourdettes et la tête amont du canal du Nouveau Béjou, puis oblique vers le nord-ouest, les Loges et la Barbée. A l'Ouillette, la Sèvre reçoit sur sa rive droite la rivière de la Vieille Autise, et forme un coude vers le sud-ouest pour rejoindre en ligne droite Bazoin et son site d'écluse. Au nord et à l'ouest, la Vieille Autise constitue la frontière avec Maillé et Saint-Sigismond. Au sud, la limite communale avec La Ronde et Saint-Hilaire-la-Palud suit d'anciens cours d'eau au sein de l'enchevêtrement des marais mouillés : écluseau des Ribaudelles, canal de Forges ou de Saint-Hilaire à Marans, rivière canalisée du Vieux Béjou. A l'est, un ancien bras de la Sèvre, appelé la Vieille Sèvre, aboutissant au fleuve sur sa rive droite, fait la séparation avec Arçais. Une frontière terrestre avec Saint-Sigismond file ensuite vers le nord à travers les terres hautes, prolongée par le fossé de la Terrée de Saint-Arnault.

Au sein de cette délimitation, le territoire de Damvix se divise en deux parties distinctes par leur géographie et leur topographie, de part et d'autre de la Sèvre Niortaise. Au sud, rive gauche, il s'agit exclusivement de marais mouillés, traversés de cours d'eau principaux ou conches (des Mauvais Bouts, de la Baronnerie, de la Béquetterie...) et d'un réseau de fossés plus ou moins resserré : il l'est moins par exemple dans les marais au nord du canal du Nouveau Béjou qu'au sud. Là où il l'est davantage, par exemple vers les Forges, prairies et plantations de bois (peupliers) se partagent l'espace. Des chemins d'exploitation permettent d'y pénétrer. L'un d'eux, au sud du bourg, au-delà du village vacances, longe l'ancien marais communal pour rejoindre les marais de Saint-Hilaire-la-Palud.

Sur la rive droite de la Sèvre, le territoire est plus morcelé. L'essentiel est occupé par les terres hautes, extrémité de l'ancienne presqu'île dite de Damvix qui prend naissance, à l'ouest de Benet. Cet espace culmine à 8 mètres d'altitude à la Devise, 7 au Moulin Maret. Il est constitué de terres agricoles, un paysage largement ouvert, traversé par la route départementale D25. Le bourg de Damvix et plusieurs hameaux (la Petite Bernegoue, la Barbée et les Loges) se sont établis et développés au bord de cette presqu'île, à proximité immédiate des marais, tout en étant protégés de la montée des eaux par la surélévation du terrain. Certains toponymes rappellent la constitution pierreuse et calcaire des lieux (les Chaintres), d'autres un passé probablement forestier (Bois Charrie). Au-delà du canal de Reth puis du canal de la Vieille Autise, une frange nord du territoire renoue avec les marais, cette fois sur la rive droite de la rivière de la Vieille Autise. Ces marais sont cultivés en vastes parcelles entre ces deux canaux, davantage livrés à la végétation et aux prairies auprès de la rivière.